L’Alsace disparaît des livres scolaires, et bien plus encore !

Club Perspectives Alsaciennes, le 6 février 2017.

histoiregeo-hachetteSelon les DNA de ce jour, la nouvelle édition du manuel scolaire d’histoire-géographie de Hachette fait disparaître l’Alsace des cartes. La carte des nouvelles régions administratives (page 240) ne fait désormais plus mention de l’Alsace, ce qui était prévisible. Mais l’Alsace disparaît également de la carte des reliefs du pays (page 241), qui mentionne pourtant encore les Vosges et la Lorraine.

A long terme, cette tendance est dangereuse. Déjà aujourd’hui, les jeunes qui sortent du lycée ont une très mauvaise connaissance de la géographie et de l’histoire de l’Alsace, c’est à dire sa dimension rhénane, au contact direct de l’Allemagne et de la Suisse. De nombreux jeunes alsaciens ne savent même pas ce que signifie le terme  »Pays de Bade », leur connaissance du voisinage de l’Alsace se limitant souvent à Europapark. Ceci est la conséquence de l’inadéquation totale des programmes scolaires pour l’Alsace.

L’effacement de l’Alsace des programmes scolaires résonne avec d’autres mesures prises par la région Grand Est. Depuis le 1 janvier 2017, les plaques d’immatriculation sont estampillées Grand Est, les annonces dans les trains TER ont substitué le terme Alsace par Grand Est. Les exemples de ce remplacement sont déjà nombreux.

A long terme, l’effacement de l’Alsace programmée par le Grand Est est dangereux. Contrairement à ceux qui disaient qu’il s’agissait d’une réforme purement administrative, qui ne changerait rien à l’identité et au quotidien des gens, il s’agit bien d’une tentative d’imposer une nouvelle identité. Pour 2017, le Grand Est souhaite  »donner corps à une politique mémorielle qui puisse s’appliquer sur l’ensemble du territoire régional », à travers un Comité d’Histoire Régionale du Grand Est (rapport 16SP-3225 de la Commission Culture du Grand Est).

En créant de toute pièce une histoire régionale Grand Est, c’est bien une nouvelle identité GrandEstienne qu’on tentera de nous imposer. En effaçant l’Alsace partout où c’est possible, petit à petit, le Grand Est affaiblira l’identité alsacienne, pour la substituer par une identité factice imposée d’en haut.

Nous refusons cette tentative d’usurpation d’identité. Face à ce danger, nous considérons que l’avenir de l’Alsace passe obligatoirement par une sortie du Grand Est. C’est également une condition nécessaire à tout projet ambitieux pour la nouvelle collectivité territoriale envisagée par les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

 

 

Du Grand Est à l’Alsace : nous ne reviendrons pas en arrière, nous bondirons en avant

par Jean-Paul Sorg, philosophe. (article publié dans l’Ami Hebdo du 15 janvier 2017).

jpsorgNous l’aurons entendu plusieurs fois, lors des vœux de Nouvel An et pour le 1er anniversaire, le 4 janvier, de l’institution de la grande région baptisée « Grand Est », et nous l’entendrons encore souvent, à chaque occasion : « On ne reviendra pas en arrière ». C’est dit comme une évidence, énoncé comme une maxime de sagesse, présenté comme la loi d’un irréversible progrès en marche. Ne nous laissons pas impressionner. Ce propos idéologique, dont l’auteur confond son désir de puissance avec la réalité des choses, il importe de le démonter philosophiquement et par là même de préparer les esprits et les volontés à un souhaitable, possible et nécessaire « démontage » du conglomérat Grand Est. En jeu, la démocratie et une vision de l’histoire.

Cela m’avait frappé dès les débuts, dès que la loi de la nouvelle réforme territoriale fut votée, le 25 novembre 2014, dès la messe parlementaire dite, l’agilité avec laquelle tout à coup la plupart de « nos » acteurs politiques et économiques se sont rapidement adaptés, alignés et mis sur le rang pour appliquer les directives, jouer le jeu, s’organiser pour emporter les élections et conquérir du pouvoir dans le nouvel espace politique qui s’ouvrait (s’offrait) à eux.

L’insidieuse pensée unique

Des membres des partis de l’oppositions pourtant, LR-UDI-Modem, adversaires résolus, en principe, des socialistes qui, seuls, avaient subitement conçu et réussi à imposer, à peu de voix près, une calamiteuse réforme territoriale que personne ne demandait. Les chefs de l’opposition avaient eux-mêmes, souvenez-vous, dénoncé et combattu le projet, encadrant ou récupérant des manifestations anti-fusion et lançant des pétitions, mais une fois la loi votée, pfft ! plus de protestations. Soumission, résignation ? Légalisme, disent-ils. Républicanisme.

Étrange revirement tout de même, dans sa promptitude. Car on a connu, sur d’autres sujets, des opposants plus coriaces, irréductibles, jurant de continuer le combat jusqu’à leur victoire, qui est victoire du droit, et promettant de revenir alors, justement, sur une loi et une politique que leur conscience, leurs principes, leur sensibilité condamnent. On n’a pas entendu « nos » ténors de l’opposition dire de telles choses qui leur auraient valu de l’estime.

On ne pouvait attendre de leur part une franche insoumission, mais au moins un retrait, une prise de distance et la décence de ne pas contribuer activement à la mise en place de dispositifs institutionnels dont ils venaient de dénoncer l’ineptie. On a observé le contraire. Opportunisme, trahison ? Ou sens de l’État ? Pourquoi, alors qu’ils appartenaient toujours à

l’opposition sur le plan national, ce zèle soudain, cet empressement à appliquer une politique qu’ils avaient combattue, en paroles, pendant des mois ? Comment l’expliquer ?

Il y a une explication première, primitive, qui vient tout de suite à l’esprit et s’exprime en privé. « Ils » vont à la soupe. « Ils » ne pensent qu’à leur pouvoir, leur place, leur rang, et à ce qu’ils peuvent gagner. Cette explication psychologique commune n’est pas entièrement impertinente et ne saurait être écartée d’un revers de plume ! Les hommes politiques et autres sont ambitieux, accros à leur carrière, et ne résistent guère aux tentations du mal, c’est assez naturel.

Mais j’avancerais, pour le cas qui nous occupe, une raison plus profonde. Il manque à cette génération des quinquagénaires et jeunes sexagénaires qui tient actuellement les leviers du pouvoir (politique comme économique) une solide conscience historique et humaniste. Elle a été, cette génération, et les suivantes le sont encore plus, déculturée, particulièrement en Alsace. Elle a appris et assimilé : « Nos ancêtres les Gaulois ». Son intelligence et sa sensibilité n’ont pas été formées sur la base d’un véritable enseignement, méthodique, soutenu, de l’histoire régionale et de la littérature régionale dans ses trois modes d’expression et son ouverture européenne. Nous payons les effets d’une déculturation qui a été programmée, sans peut-être que ses responsables aient su clairement ce qu’ils faisaient, car « une culture régionale » n’était pour eux qu’une culture subalterne, de l’ordre du folklore, sans résonance affective et citoyenne. Dénués de conscience régionale, ignorant l’histoire des sentiments, esprits froids et purement calculateurs, ils n’avaient rien à objecter de fondamental à un programme étatique d’expansion, qui pour eux signifiait rationalisation et modernisation ; ils n’avaient aucune conviction intérieure, aucune force morale, pour se soustraire à l’attrait du grand, du plus grand, donc du plus puissant.

En filigrane une certaine idée de la France, une « grande nation » qui ne saurait se satisfaire d’avoir de petites régions ! Nos voisins ont de plus grandes ! En fait, non, c’est très inégal.

Le discret pouvoir des bureaux

Toutes les têtes politiques locales n’ont pas été formatées ainsi, par l’ENA ou d’autres grandes Écoles de management et communication, mais les directeurs de cabinet, secrétaires, rédacteurs, experts, conseillers, qui les entourent et les circonscrivent, le sont. Et ils pèsent dans les manières et les mesures politiques bien plus qu’on n’imagine. C’est cette classe administrative, moulée par les écoles, fermée comme une caste, énorme impalpable bureaucratie, qui détermine et bétonne les politiques. On reproche au président de tout décider avec son directeur général des services et son directeur de cabinet. « Ce n’est pas entièrement faux », ironise-t-il.

Pour tout ce monde supérieur, dont le métier est de manager, que ce soit une entreprise ou un service administratif ou une collectivité, un accroissement de taille apparaît toujours désirable et positif. Un plus est toujours, a priori, un progrès. Ou le progrès, c’est toujours du plus. Pas facile de briser cette équation, car nous sommes ainsi faits et conditionnés que tout progrès, sous l’aspect d’un agrandissement ou d’une expansion, nous semble irréversible. « On ne reviendra pas en arrière » signifie « on n’arrête pas le progrès », n’est-ce pas. Ce serait le destin, le sens même de l’histoire humaine, d’avancer vers des unités de plus en plus grandes jusqu’à n’en constituer plus qu’une, la société mondiale, le « village-monde » ! Ceux qui voudraient demeurer dans les limites d’un petit pays et y exercer leurs droits de citoyen font figure de réactionnaires ou de conservateurs. Attention, le mot « repli identitaire » va tomber et les faucher.

L’illusion, la tromperie, c’est de faire prendre n’importe quel progrès quantitatif, en taille ou en surface, pour un progrès tout court ou un progrès en qualité. Or, le Grand Est, si bien nommé, ne permet de par sa configuration ni de réels progrès économiques ni des progrès démocratiques. Au contraire, il les empêche, comme nous le savions d’avance et comme la pratique le vérifie. Plus un organisme collectif est grand, plus il a besoin de bureaucratie pour son fonctionnement et la communication (qui autrefois s’appelait « propagande »). C’est forcément un effet de la distance accrue entre « le pouvoir » (les bureaux, les agences) et les citoyens, entre les élus et les électeurs. Inévitablement, comme le dit un homme de terrain, le conseiller départemental du Haut-Rhin Michel Habig, « on perd beaucoup en proximité, et la proximité est essentielle dans l’exercice des responsabilités publiques » (Ami-Hebdo, 30 octobre 2016). Et encore, « avec cette grande région les gens ne comprennent plus », ne connaissent plus ceux qui sont censés les représenter. Perte en représentativité, en lisibilité, en intelligibilité ! « Langueurs administratives » et processus de décisions politiques opaques. La crise démocratique que nous vivons à tous les niveaux, dans la Ve République, est principalement une crise de représentativité, que toutes les dernières réformes et découpes électorales ne font qu’aggraver.

Pour remédier à l’éloignement des services, le président mise sur les agences territoriales. « Il en existe déjà presque partout. » Il annonce néanmoins la création de nouvelles, une douzaine. Fuite en avant. Cela revient encore, dans une même logique administrative, à multiplier les guichets et renforcer la bureaucratie. Ouvrir une agence, c’est créer une

structure bureaucratique de plus, ce n’est pas donner la parole aux citoyens et améliorer les relations démocratiques.

La partie n’est pas finie

Dans une telle situation de déficit politique général, c’est une forme de mépris, c’est un déni de démocratie, que de déclarer, sans y être autorisé, qu’« il n’y aura pas de retour en arrière institutionnel ». De faire comme si une telle déclaration avait valeur de décision. Le président prétend « nous » mettre en garde.

Vrai. Le « retour à l’Alsace » ne sera pas un repli et un retour à l’état institutionnel antérieur, à un Conseil régional faible et pusillanime, tel que nous l’avons connu, aux compétences réduites et en absurde compétition avec les conseils départementaux. Les citoyens d’Alsace qui résistent veulent autre chose et ils inventeront. En sortant du « Grand Est », ils ne reviendront pas en arrière, au passé, non, ils bondiront en avant.

(à suivre)

Jean-Paul Sorg

Résister au retour du nationalisme

jean-marie-woehrlingLe CPA présente ses meilleurs vœux à tous les Alsaciens pour 2017. A cette occasion, nous réitérons celui qui nous est le plus cher, retrouver notre région Alsace. Nous débutons cette nouvelle année riche en perspectives par ce texte de Jean-Marie Woehrling, qui nous invite à résister aux sirènes du nationalisme.

Durant toute l’année 2016, nous avons assisté à une montée des nationalismes, dont le Brexit, les élections américaines, les primaires françaises et le referendum italien constituent des illustrations. Ce sont des réponses inadéquates à des questions justifiées. La globalisation, avec ses délocalisations industrielles, ses flux de populations, la paupérisation des classes moyennes, une bulle financière incontrôlable, la montée des déséquilibres climatiques, la croissance des risques terroristes, etc. incitent les populations à rechercher une protection.

Mais c’est bien vainement qu’elles pensent la trouver dans les recettes anciennes, les bons vieux « Etats-Nations ». Déjà peu convaincante pour une grande puissance comme les Etats-Unis, une telle stratégie est évidemment irréaliste pour un petit pays comme le nôtre. Les Alsaciens savent que ce serait une catastrophe si l’Alsace redevenait une sorte de glacis entouré de frontières. Le repli national est une chimère. Cela ne veut pas dire que rien n’est faisable au niveau de notre Etat : au contraire, la remise en ordre de celui-ci ne viendra pas de l’extérieur. A cet égard, nous avons du pain sur la planche. A commencer par remettre en cause un modèle qui confie à une seule personne, le Président de la République, le soin de sauver le pays à coup de décisions élyséennes. Il faut aussi sortir d’une bipolarisation qui conduit chaque camp à bloquer l’autre. La régionalisation est à reconstruire après la recentralisation des dernières années.

Quant à nous, nous restons fidèles au principe de subsidiarité : Le niveau européen pour relever les défis communs à notre continent, le niveau étatique pour les questions de solidarité nationale et le niveau régional/local pour tout ce qui peut se résoudre à ce niveau, c’est-à-dire la plupart des services publics et la vie de tous les jours. Pour notre territoire alsacien privé de représentation institutionnelle, nous sommes loin du compte en ce qui concerne l’attribution des compétences légitimes et le mouvement de nationalisme régressif qui tend à s’emparer de notre pays ne va pas améliorer la situation. Aux Alsaciens de sortir de leur léthargie et faire prévaloir durant les campagnes électorales à venir la prise en compte de leur personnalité régionale.

Les travaux d’Hercule

herculepar Pierre Kretz, écrivain, 21 décembre 2016

Peut-être avez-vous réagi comme moi à la lecture des articles consacrés dans les deux quotidiens régionaux à la séance du Conseil régional du Grand Est de la mi-décembre 2016 consacrée au budget 2017 : agacement, fatigue à lire encore et toujours les mêmes formules creuses, parfaites illustrations du divorce entre les citoyens et les élus dans notre région comme dans tout le pays.

Premier constat à partir d’un verbatim trié par les journalistes qui ont couvert la séance : ce n’est pas l’humilité qui étouffe le président du Grand Est. Ce champion inégalable en retournement de veste se transforme carrément en professeur ès morale politique : « Faire de la politique autrement c’est cela et ni les petites phrases ni l’écume ». Même pas peur !

Il faut donc que les générations à venir retiennent bien là les bases éthiques posées par celui qui «  contribue à écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays. » : d’abord retourner sa veste, ensuite parler parler parler. Parler encore et toujours. Parler comme si les discours sans fin permettaient d’étouffer la forfaiture. Parler et s’écouter parler jusqu’à en avoir le vertige. Parler au risque de saouler littéralement tout le monde. Et surtout ne pas craindre de débiter toujours les mêmes slogans, les mêmes bouts de phrases qui se veulent assassines. Et ne pas hésiter à donner des leçons de morale politique tous azimuts !

Et ne pas craindre les formules hugoliennes : «  Le travail accompli est énorme. Gigantesque. » Pas de doute, c’est Hercule en personne qui se trouve à la tête du Grand Est ! Et chacun pourra imaginer en fond d’écran des bulldozers qui avancent de front, suivis de très près par autant de rouleaux compresseurs.

Et puis, chose difficile à croire, notre Hercule de la démocratie  « …décèle sur le terrain une acceptation plus grande ». Difficile de savoir sur quel terrain il décèle cette pépite qui lui permettrait de dormir enfin tranquille. Peut-être sur le terrain de jeu des quantités de larbins qui l’entourent ? En tout cas, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais on ne le voit plus du tout en Alsace. Il s’y faisait chahuter à chaque fois qu’il y apparaissait officiellement, jusqu’aux réunions des militants de son propre parti.

Son lieutenant Jean Rottner, expert lui aussi en retournement de veste a également le sens des formules que je mets en bonne place dans ma collection de phrases-types en langue de bois. Pour lui «  Le Grand Est commence à faire sens ». Si ça commence seulement, on peut considérer que jusqu’à présent, pour lui, «  ça ne le faisait pas ». Ou alors ai-je mal compris ?

Moi je suis surtout frappé par l’incroyable orgueil, voire la mégalomanie que révèlent ce genre de propos : ainsi donc, par ce que pour Monsieur Rottner la stupidité grandestienne  « commence à faire sens » il faudrait qu’il en soit de même pour nous tous, alors que jour après jour nous constatons que ce projet est le plus absurde jamais conçu en termes d’aménagement du territoire et de démocratie locale ?

Mais qu’on se le dise une fois pour toutes : le Grand Est est   « un outil au service de la démocratie locale.» Parole de Philippe Richert, grand maître ès démocratie locale lors de cette même séance.
Tiens, ça me donne une idée. Pourquoi ne pas faire un test de démocratie locale grandeur nature, sous forme de référendum, pour savoir si les Alsaciens sont effectivement dans une «  plus grande acceptation » de l’ineptie grandestienne ?

Chiche ? Ce serait «  énôôôrme…gigantesque…. », non ?

Budget du Grand Est : où est passée l’Alsace ?

Jean-Philippe Atzenhoffer, docteur en sciences économiques de l’Université de Strasbourg, 22 octobre 2016.

La région Grand Est a présenté ses orientations budgétaires 2017 dans un document de 16 pages. Si les informations financières ne permettent pas encore une analyse fine de l’affectation des budgets, les objectifs affichés offrent un témoignage intéressant de la stratégie poursuivie par la région.

Les 2,8 milliards d’euros de budget seront affectés à une multitude de dispositifs qui rentrent dans les domaines de compétences définies par la loi NOTRe. De manière globale, les affectations sont les suivantes.

ob1Les principales attributions concernent les transports (en particulier la gestion des TER), et l’économie (dont les compétences régionales ont été élargies).

Pour être efficaces, les interventions des collectivités en économie doivent être adaptées aux circonstances particulières des régions. L’économie alsacienne possède justement des spécificités importantes par rapport à la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Les trois anciennes régions ne se trouvent pas dans la même situation ; il est donc impératif d’en tenir compte. Est-ce le cas pour les orientations budgétaires du Grand Est ?

L’Alsace, une économie rhénanecarte-rhin-superieur

Qu’est-ce qui rend l’Alsace spécifique au niveau économique ? Son ancrage dans la région du Rhin Supérieur. L’Alsace est géographiquement intégrée avec le Pays de Bade, le Sud-Palatinat et le canton de Bâle.

Cet ancrage géographique est non seulement une spécificité, mais surtout une force. Située au cœur d’une zone économique particulièrement dynamique en Europe, l’Alsace est tirée vers le haut par ses relations privilégiées avec ses voisins directs.

La force du lien économique de l’Alsace avec ses partenaires rhénans est illustrée par les données suivantes :

  • 29% des échanges (exportations et importations) de l’Alsace se font avec l’Allemagne (direction générale des douanes, 2013).
  • 68% des entreprises exportatrices alsaciennes exportent vers l’Allemagne (CCI Alsace 2013).
  • la moitié des capitaux étrangers investis viennent d’Allemagne et de Suisse.
  • 56 000 frontaliers en Allemagne et Suisse en 2013 (63 400 en 2008), selon l’INSEE. Chiffre en baisse en raison du déclin de la connaissance du dialecte (et donc de l’allemand).

Ainsi, l’espace économique naturel de l’Alsace se situe avant tout dans le bassin rhénan. Alsace, Pays de Bade, Suisse, c’est là que se concentrent les échanges et donc le besoin de coopération.

Le Grand Est ignore les spécificités régionales

La stratégie affichée par le Grand Est, au lieu de composer avec les spécificités des trois régions, les oublie complètement. Au lieu d’adapter les interventions sur le périmètre des régions naturelles, la logique assumée est de tout fusionner et uniformiser à marche forcée. Dès juin 2017, le souhait est d’effacer toutes les différences, pour  »harmoniser » l’ensemble des interventions à  »l’échelle du Grand Est ». On retrouve effectivement ces deux termes 8 fois et 15 fois respectivement dans le document budgétaire, tandis que les termes Alsace, Lorraine, ou Champagne-Ardenne ont pratiquement disparu.

Le  »processus de convergence » touchera 700 dispositifs,  allant des aides aux lycéens à la révision des partenariats de coopération internationale . Autre exemple, la taxe d’immatriculation va augmenter pour les alsaciens.

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L’uniformisation : créateur d’inefficacités

En négligeant la dimension rhénane de l’Alsace, la logique d’uniformisation des politiques risque de créer le même type de problème que celui vécu avec l’écotaxe poids-lourds. Alors que cette taxe était plutôt favorablement accueillie en Alsace du fait de la présence de transit européen, elle était rejetée en Bretagne, non affectée par ce problème. La centralisation des institutions en France a rendu impossible l’application du dispositif en Alsace et l’exonération en Bretagne. L’Etat, au lieu de s’adapter intelligemment aux situations locales, uniformise ses interventions et finit par les imposer dans des situations inadaptées. Au final, la logique d’affrontement et de rapport de force prime sur la coopération.

Par ses orientations budgétaires, le Grand Est manifeste la volonté de suivre le modèle centralisateur dans lequel l’Etat est lui-même embourbé. En témoigne le souhait de Philippe Richert de fusionner l’ensemble des dispositifs à l’échelle du Grand Est d’ici juin 2017, sans avoir mené le moindre audit sur la pertinence de cette stratégie. Robert Herzog, professeur de droit public de l’Université de Strasbourg, titrait récemment à propos du Grand Est : Plus qu’une faute politique, une erreur économique. Une erreur qui risque de couter cher à l’Alsace, et dans laquelle il serait irresponsable de persévérer.

Un référendum pour l’avenir de l’Alsace

Tribune de Jacques Schleef, fondateur et secrétaire du CPA. Publiée le 9/10/2016 dans les DNA.jacques

Finalement, la revendication d’un référendum portant sur l’avenir de l’Alsace après la réforme territoriale qui a imposé son « incorporation » dans le Grand Est semble progresser dans les esprits, car chacun constate que, faute de débat démocratique réel, la colère n’est pas retombée et qu’au contraire, les protestations politiques et sociales se renforcent dans la population, au fur et à mesure qu’elle prend conscience des conséquences de la fusion.

A vrai dire, même les partisans de l’ACAL y voient leur intérêt, puisqu’ils pourraient ainsi faire « valider » de manière incontestable l’existence de la « Trop Grande Région » ; de leur côté, les régionalistes sont persuadés de pouvoir corriger l’échec du vote de 2013, largement imputable aux querelles intestines de la Majorité Alsacienne (conduite par Philippe Richert) de l’époque. C’est donc une « sortie par le haut » qui se profile et pourrait donner lieu à un scrutin dès l’automne 2017 (date idéale pour mettre un terme aux incertitudes actuelles).

Pour être vraiment démocratique, le référendum doit porter sur une question claire et intelligible par tous, avec des conséquences sans ambiguïté. Il convient également de fixer la composition du corps électoral et les règles de validité du résultat. Voici les propositions qui pourraient répondre à ces interrogations :

  • les citoyens régulièrement inscrits sur les listes électorales des communes du Haut- et du Bas-Rhin sont seuls appelés aux urnes (et non les habitants des autres départements du Grand Est),
  • la participation exigée est de 50% ; pour ce décompte, l’ensemble du territoire est pris en compte (pas de « taux départemental »),
  • en cas de vote « non », les deux départements continuent à faire partie de l’ACAL.

Ni référendum d’indépendance de type écossais, ni Brexit aux conséquences floues, ce référendum serait un signe de maturité civique pour notre Landel et permettrait de faire « tomber les masques ».

Reste à formuler la question, qui pourrait être : « approuvez-vous la création d’une nouvelle région Alsace organisée selon les principes du texte en annexe ? »

En effet, il ne suffit pas de souhaiter le retour à la situation d’avant le 1er janvier 2016, car la « vieille » région avait très largement échoué ; après le refus du « faux projet » de 2013, il convient aussi d’élaborer une architecture institutionnelle attrayante, moderne et efficace, pour mettre l’Alsace « en lice » dans l’espace rhénan. C’est ce travail « constitutionnel » qui doit mobiliser les énergies : pour être crédibles dans la revendication référendaire, les Alsaciens doivent se montrer unis!

C’est le moment de décréter l’amnistie pour les querelles et les rancoeurs du passé, si nous voulons réussir à offrir un horizon alsacien et européen aux futures générations.

Sur le grand chantier de la Grande Région : les démolitions avant les constructions

par Jean-Paul Sorg, philosophe. Article publié dans l’Ami Hebdo du 18 septembre 2016.jpsorg

On n’imaginait pas toutes les conséquences directes, immédiatement destructrices, qu’entraînerait l’organisation administrative du territoire Grand Est. On savait que l’Alsace sera désormais privée, jusqu’à nouvel ordre, nouvelle République, d’un organe politique propre, d’un Conseil au moins avec ses représentants élus au suffrage universel. On était dans le chagrin d’une perte et d’une régression, mais on ne prévoyait pas le travail de démolition, de déconstruction, qui allait être entrepris sans tarder, avec une hâte et une sorte de rage administrative dont les citoyens candides (que nous sommes restés) ne peuvent que s’étonner.

Même le foot !

L’exemple de la démolition la plus inattendue, la plus brutale, qui ne semble répondre à aucune nécessité, est celui de la Ligue d’Alsace de Football Association (LAFA). Une institution vénérable, cette Ligue, dont le parcours épouse les lignes brisées de l’histoire de la région. Fondée en janvier 1919 à Sélestat, comme organe fédéral dépendant de la Fédération française de football. Auparavant, dans le Reichsland, les clubs alsaciens étaient affiliés au Süddeutscher Fussball-Verband. En 1940, dans une Alsace annexée par les nazis, la LAFA est aussitôt dissoute et les clubs alsaciens incorporés de force dans la Fédération des sports nationale-socialiste. À la Libération, ils retrouveront leur souveraineté et dès le 22 juillet 1945 reconstitueront la Ligue. Donc, trois changements de nationalité et d’appartenance fédérale le long du XXe siècle, et au bout un retour heureux à la normale, à la France.

Or, voilà que, chose incroyable, scandaleuse, la Ligue d’Alsace de football est sommée de se saborder comme telle, comme « alsacienne », et de fusionner avec ses homologues de Lorraine et de Champagne-Ardenne au sein d’une super-ligue du Grand Est. Elle a jusqu’au 31 mars 2017 pour réaliser sa disparition annoncée.

Pourquoi ? C’est logique. « L’Alsace n’existe plus ». Les statuts prévoient une ligue par région, et pas deux, à l’intérieur de la Fédération nationale. C’est arithmétique et c’est aussi, par derrière, psychologique. On cherche, instinctivement et cyniquement, à créer dans le monde du sport un chauvinisme régional, tremplin du chauvinisme national. On attend que les footballeurs et leur supporters vibrent, demain, pour les équipes du Grand Est et que la population dans son ensemble adhère à la nouvelle entité. Dernier slogan en cours : « L’avenir ensemble ».

À ce territoire hétéroclite, qui n’est pas une région, qui n’est pas vécu et perçu comme une région, il manque une « âme », il manque de devenir un objet de fierté et d’amour. C’est une caractéristique (un vice !) de l’esprit français, cartésien et jacobin, que de… placer la charrue avant les bœufs, que de penser que l’État précède la nation, que la nation procède de l’État, que l’État, par sa seule machine administrative et communicative, doit être capable de construire une nation et d’y insuffler un sentiment patriotique – ou en l’occurrence s’agissant de nouvelles régions découpées, comme jadis de nouvelles colonies, d’y faire naître un sentiment d’appartenance, de reconnaissance, d’identité régionale, mais mineur toutefois et subordonné à la capitale identité nationale.

Et ce n’est pas une identité graphique par le logo nouveau Grand-Est, à la symbolique laborieuse, les trois barres égales du « E » devant symboliser l’union des trois ex-régions, qui va changer les données et nous « rendre heureux », comme le voudrait le directeur général des services.

Les architectes de même

Malaise persistant garanti. C’est parce que la classe politique française, moulée par les partis et des écoles comme l’ENA, ne comprend pas que la volonté politique ne peut, sur la durée, forcer la nature sociale – la culture – des peuples et la façonner, qu’elle s’acharne aujourd’hui avec tant de rigueur, tant de raideur, à faire table rase des organismes et structures depuis longtemps installés pour les remplacer hâtivement par de nouvelles organisations « grand-régionales » (sic). Mise au pas – mise à dimension – des chambres de métiers, pour que « la grande Région de l’artisanat » se fasse, des chambres de commerce et d’industrie, des chambres d’agriculture, pour disposer ensemble au salon de Paris d’un stand de prestige commun aux Alsaciens, Lorrains et Champardennais. Les architectes, de même, sont poussés à dessiner un nouveau plan de leur Ordre pour le Grand Est, car la loi impose d’avoir un ordre, et pas trois, par nouvelle région dès 2017. Le périmètre du Grand Est-il pertinent du point de vue des architectes ? Pas du tout, mais on s’aligne, il faut faire avec.

C’est bien ce qui est navrant : cette docilité ou, si l’on préfère dire, ce réalisme spontané, ce grand sens citoyen de la responsabilité qui plie, sans résistance, devant des lois dont on affirme pourtant, et publiquement, qu’elles ne sont pas sensées et qu’elles n’amélioreront en

rien le fonctionnement et les prestations. La culture de l’objection de conscience est au point zéro en France. » Que voulez-vous ! Ou on construit, ou on fait des marches avant-arrière… », « Que voulez-vous ! La réforme est votée, la dynamique est désormais lancée, le chantier ouvert, alors autant y travailler pour faire au mieux et ne pas subir des effets négatifs… ».

Pour beaucoup, c’est même excitant, ce challenge qui fait d’eux, estiment-ils, des bâtisseurs. Il y a une part de sportivité, de virilité, dans le psychisme de ces hauts fonctionnaires et conquérants politiques. On ne se dégonfle pas, on y va ! Résultat de toute une éducation qui depuis des lustres, dans les écoles, sur les stades et sur les écrans, valorise l’esprit de compétition et minore l’esprit humaniste chrétien rhénan de compréhension et de coopération.

Les écrivains aussi

Si les organisations en quelque sorte institutionnelles, consubstantielles à la région, comme la Ligue de football, semble-t-il, les chambres économiques et l’ordre des architectes, sont sommées de se dissoudre pour mieux se reconstituer en se redimensionnant, il y a des associations de moindre importance, certes, qu’on laisse tranquilles, mais qui se trouvent maintenant comme devant un vide, sans interlocuteur, sans répondant politique, sans bureau où toquer. Que d’élans soudain brisés, que d’idées coupées, de projets qui avortent ! Les associations avaient des repères et des contacts dans l’administration de « l’ancienne » région ; ils n’en ont plus.

Le 18 juin dernier, l’association Littér’Al, qui regroupe des écrivains de toute sorte et de belle jeunesse, avait tenu sa troisième assemblée générale dans les locaux de l’Évasion à Sélestat. Réflexions pessimistes du président, Pierre Kretz, sur les conditions de développement et même de survie. On devra en tout cas renoncer cette année aux Journées de Folies Littéraires qui étaient programmées pour octobre, faute de soutien des collectivités et suite au silence de la Région nouvelle.

Il y a deux ans et demi, mars 2014, l’association avait été fondée dans une salle de la Région Alsace, avec la bénédiction de l’autorité culturelle représentée. Beaux discours. Applaudissements. Soutien promis. Lancement de plusieurs initiatives. Intervention dans les Bibliothèques. Présence dans les Salons du Livre. Publication d’un Annuaire des auteurs.

Juin 2015, deuxième AG, encore dans les locaux de la Région Alsace, où nous nous trouvons pourtant un peu seuls cette fois-ci. Pas de représentant officiel pour souhaiter la bienvenue. On sent que le vent tourne et se refroidit.

1er janvier 2016 : disparition officielle de la Région Alsace.

Les nouveaux conseillers régionaux et fonctionnaires du Grand-Est ne vont jamais s’intéresser à la créativité littéraire en Alsace ni au patrimoine littéraire alsacien comme tel, dans sa « triphonie ». Ils ne vont pas regarder la culture en Alsace comme particulière, extraordinaire (!), au risque de la privilégier. Ce serait contraire à leur principe républicain fixe de l’égalité qui doit aussi s’appliquer à l’intérieur des régions et entre les régions. Leur idée stratégique fixe est de promouvoir une vie littéraire qui « contribue à créer une identité à la nouvelle région », qui soit, expression employée sans rire, « grand-régionalisable ».

L’ineptie politique d’un tel dessein apparaît dès que l’intention en est formulée. C’est le cas.

Jean-Paul Sorg

Fonds International pour la Langue Alsacienne : discours de Richard Weiss

Discours de Richard Weiss lors de l’AG de l’Association FILAL, 10 septembre 2016. Membre du CPA, Richard Weiss est un pionnier des écoles bilingues en Alsace.

Liewwi Friend !logofilal

Il y a 25 ans , à la rentrée scolaire de 1991, un quart de siècle presque jour pour jour, l’ Association pour le Bilinguisme en Classe dès la Maternelle ABCM-Zweisprachigkeit, présidée par Tomi UNGERER, ouvrait les 5 premières classes maternelles bilingues à parité horaire de l’histoire de l’Alsace, et cela grâce au soutien des associations culturelles et des élus ( conseillers municipaux, généraux, régionaux, maires, députés et sénateurs) qui le réclamaient à l’unanimité depuis… 1918 à l’administration de l’Education nationale.

Il y eut évidemment, comme à chaque nouveauté en France, car « en France on veut des changements mais on a peur des nouveautés » ,une levée de boucliers, des protestations venant des éternels jacobins corporatistes. Mais 2 ans après le « Mur de Berlin », chez nous en Alsace puis en Moselle, c’est le « mur du monolinguisme » qui tombait enfin !

A la rentrée suivante, en 1992, grâce à la nomination de M. Jean-Paul de Gaudemar, un recteur jeune, intelligent et sans complexes, l’Education nationale nous emboîtait le pas et ouvrait les premières classes publiques (c’est bien la preuve qu’il faut commencer…) Ce recteur a même essayé de pousser la logique pédagogique jusqu’au bout en proposant :

  • un plan de développement de l’enseignement bilingue au primaire,
  • la création d’ UN site bilingue par secteur de recrutement de collège et lycée,
  • des formations professionnelles spécifiques pour les futurs enseignants qui seraient nécessaires. Comme nous avons 125 établissements, cela signifiait à terme 125 classes à 8 niveaux, de la 6ème au bac, soit 1000 classes bilingues à parité !

Aujourd’hui nous sommes loin du compte malgré les pourcentages de 10 à 15% d’enfants bénéficiant de cet enseignement dans les différents types d’établissements primaires : publics, privés catholiques et associatifs ABCM-Zweisprachigkeit.

Certes il y a des classes en collège mais en nombre insuffisant et elles ne sont pas paritaires (certains enfants n’ont que 7 heures d’allemand et EN allemand par semaine !). De plus, le problème de la formation et du recrutement des enseignants n’est toujours pas réglé, alors qu’on nous disait que dès 1992 tous les ressortissants européens diplômés pourraient enseigner en France, donc dans l’Académie de Strasbourg !

Ce qu’on peut dire, pour conclure cette 1ère partie, c’est que si toutes les familles demandeuses d’enseignement bilingue avaient obtenu satisfaction pour leurs enfants, nous ne connaîtrions pas un taux de chômage de plus de 10%, unique dans l’histoire de notre région, Région Alsace qui a même disparu administrativement alors qu’elle est la seule région de France à continuer à financer les « Contrats de plan Etat-Région pour le développement de l’enseignement de l’allemand dans l’académie de Strasbourg » ! En somme : tout l’argent de nos collectivités – donc le nôtre – retourne à l’Etat !

Mais le constat le plus grave est la non-prise en compte de notre dialecte par l’Education nationale,qui continue à présenter l’allemand, le Hochdeutsch, comme une langue étrangère, comme « la langue de Goethe, la langue du voisin », alors que c’est aussi la langue de nos Prix Nobel Albert SCHWEITZER et Alfred KASTLER, la langue d’écrivains comme André Weckmann et le prolongement naturel de notre dialecte alsacien.

Selon une étude de l’OLCA, seuls 3% de nos enfants comprennent encore le dialecte en arrivant à l’école (et le perdent au bout de quelques mois, car ils sentent qu’il n’y a pas sa place, qu’il n’y est pas reconnu, si ce n’est pire !). Les textes officiels parlent en effet de simples « activités périscolaires »,ce qui est un moyen pratique pour l’évacuer des programmes. Ainsi, chacun peut faire ce qu’il veut et personne ne fait rien !

Comme au Luxembourg , au Québec,en Suisse et dans toutes les autres régions de France ayant une langue historique (Bretagne,Pays basque et catalan, Occitanie) nous proposons :

  • un saut quantitatif (l’immersion toute la journée) avant et pendant la scolarité maternelle, que ce soit dans des mini-crèches, des « Bubbalaschuala, des Kindergàrte, Bubbitànz, Vorschulen, Storicke-neschtla ».
  • puis un transfert naturel à la langue standard, die Dachsprache, le Hochdeutsch (lors du passage à l’écrit) avec évidemment poursuite d’activités en dialecte et introduction du français, dès que les enfant sauront lire et écrire en allemand, au CE1 ou CE2, comme cela se fait avec succès dans les autres régions de France.

Car rappelons que c’est grâce à l’immersion que nous les petits Alsaciens avons appris le français (et non à des doses homéopathiques et au périscolaire).

Comme le répète depuis des années M. Thierry KRANZER , l’immersion scolaire, c’est aussi LE modèle français car dans le monde entier. En effet, si une école veut obtenir le cachet, le label et les subventions du « Ministère de la Francophonie » , elle doit appliquer l’immersion scolaire complète ! Nous ne voyons pas pourquoi ce qui est valable dans le monde entier pour le français ne le serait pas pour notre langue qui, comme le français, nous met en contact avec 100 millions de locuteurs germanophones tout autour de nous.

Autant il était anormal qu’il n’y ait pas de maternelles bilingues « français-allemand ,langue régionale » en 1990, autant il est anormal qu’aujourd’hui il n’y en ait pas encore en immersion complète en alsacien !

Tous ces enfants sortiront parfaitement bilingues de nos écoles en immersion et seront fiers d’être des Alsaciens et des citoyens européens du XXIème siècle !

Lettre ouverte à Manuel Valls

Le Club Perspectives Alsaciennes a adressé une lettre ouverte à Manuel Valls, à l’occasion de son passage à la Foire européenne de Strasbourg.

En honorant de votre présence l’ouverture de la Foire Européenne de Strasbourg, vous maintenez la tradition qui veut que ce grand événement de la rentrée économique en Alsace soit présidé par un membre du gouvernement. Il était aussi de tradition qu’il apporte quelques bonnes nouvelles pour notre région.

Aujourd’hui celle-ci a perdu son statut, ses institutions propres et se trouve dans une situation de déprime économique d’une gravité sans précédent. Non seulement les indicateurs économiques ou sociaux sont au rouge mais, plus préoccupant, l’évolution est sur une pente déclinante. Le taux de chômage est proche de 10% (catégorie A) et, de 2000 à 2014, il a augmenté de 4,3 points, alors qu’au niveau national la hausse a été de 1,7 points. Les politiques de l’emploi que vous menez n’ont guère porté leurs fruits en Alsace alors que des solutions régionales prometteuses ne sont pas exploitées.

En effet, si le niveau de chômage alsacien a été longtemps inférieur aux moyennes nationales cela s’explique largement par l’emploi transfrontalier. Or, on assiste à une chute dramatique des embauches de jeunes Alsaciens dans les puissants centres industriels de Karlsruhe – Rastatt ou de Bâle notamment, alors même qu’on continue à y recruter massivement puisque le taux de chômage en Bade-Wurtemberg est de 4,1%, comme à Bâle!

La principale raison est connue : les jeunes Alsaciens ne savent plus parler l’allemand qui est aussi la version standardisée de la langue historique régionale, l’alsacien. Le taux de lycéens en filière bilingue français-allemand est dérisoire alors que c’est un atout reconnu par tous les professionnels. Il est ridicule et anachronique d’y voir une quelconque menace pour la cohésion nationale. Au contraire, l’actualité montre que l’identité nationale est la mieux défendue dans les territoires où elle va de pair avec l’attachement profond à une identité régionale !

Bien que le nombre de classes de maternelle bilingues progresse, le système éducatif ne permet pas de former les jeunes à une maitrise suffisante de la langue allemande alors que c’est aussi une ouverture vers d’autres langues, dont l’anglais, qui s’apprennent plus facilement. On manque aussi de professeurs d’allemand et surtout d’une véritable vision en la matière. Le 4 juillet vous avez promis que chaque établissement scolaire de l’académie de Corse pourra proposer une filière bilingue. Si une politique linguistique clairvoyante et volontariste était mise en place en Alsace, il en résulterait un enrichissement personnel pour les jeunes Alsaciens et cela leur ouvrirait des opportunités dans deux des économies les plus compétitives et performantes au monde. Cela faciliterait aussi les coopérations entre entreprises et ferait de l’Alsace le champion français sur le Rhin, ce dont profiterait le pays tout entier, plutôt que de l’allongement des listes de chômeurs et d’allocataires du RSA.

Soulignons encore qu’au niveau industriel le déclassement de l’Alsace est tragique par rapport à sa riche histoire et incompréhensible – mais explicable – si l’on se compare aux réussites des voisins de la vallée du Rhin. Le secteur industriel français souffre de l’inflation normative et d’autres maux bien identifiés. Ne pourrait-on pas innover ici pour progresser en recourant à des expérimentations ? L’Alsace y serait prête, car on y voit mieux qu’ailleurs les bénéfices qui se retirent des bonnes pratiques.

Elle a autour d’elle de petites régions : le Luxembourg (0,6 Millions d’habitants et 2600 km²) Bâle (moins de 0,5 Millions d’habitants pour 555 km²) ou le Vorarlerg en Autriche (0,4 Millions d’habitants pour 2600 km²). Chacune a trouvé en elle-même et grâce à ses marges d’initiative le moyen de devenir un leader mondial dans les secteurs des services, de la chimie, ou de la mécanique. Le pouvoir d’adaptation laissé aux acteurs locaux, la taille optimale pour travailler en réseau avec des partenaires proches et partageant les mêmes valeurs ont été des facteurs décisifs alors que leur situation n’était pas d’emblée favorable.

Qu’attend l’Alsace ? D’abord d’être à nouveau une région française à part entière, car l’on n’avancera sur rien s’il n’existe pas une direction politique capable de fédérer les forces locales et d’être un interlocuteur réactif des partenaires extérieurs et des services de l’Etat. Vous aviez justifié la création des grandes régions par l’amélioration qu’elle apporterait à la définition des politiques économiques régionales. C’est l’inverse qui se passe. Ces immenses territoires aux bureaucraties incompréhensibles, éloignées des citoyens et des forces vives, ne sont pas des espaces pertinents et ne constituent pas des communautés solidaires et dynamiques capables de répondre aux défis de ce temps. Leur gouvernance affiche une perte d’efficacité brutale, tout en explosant leur coût de fonctionnement. La France peut-elle se permettre pareil gaspillage ?

Cette nouvelle organisation territoriale, rejetée par les trois quarts des Alsaciens, est un handicap mortel alors que nous avons une culture économique, un art du vivre ensemble, un sérieux dans la gestion publique qui peuvent faire de notre région un modèle pour d’autres. Le Gouvernement avait d’ailleurs regardé d’un oeil favorable le projet soumis à référendum le 7 avril 2013. L’Alsace devrait aussi être utilisée comme trait d’union avec l’Allemagne, la coopération entre les deux pays restant plus que jamais la condition des avancées de la construction européenne. Seul un pouvoir régional sera désireux et capable de créer les synergies nécessaires.

En politique et en économie on n’échappe pas au principe de réalité. Admettez, Monsieur le Premier Ministre, l’échec d’une expérimentation d’organisation régionale dont les défauts sont d’ores et déjà manifestes. Donnons à l’Alsace l’opportunité d’une relance économique, d’une innovation institutionnelle dont pourront bénéficier d’autres et, en définitive, la France elle-même.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma haute considération

Pour le Club Perspectives Alsaciennes
Jean-Daniel ZETER, Président

Grand Est : un logo illégitime

Communiqué du CPA du 29 août 2016.

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Logo du Grand Est présenté par Philippe Richert le 28 août 2016

La présentation du logo du Grand Est a eu lieu à Chalons en Champagne, à plus de 300 kilomètres de Strasbourg, plus proche de Paris que de l’Alsace. Tout un symbole, car même si ce logo laisse une petite place à l’Alsace en bas à gauche, il n’a fondamentalement rien d’alsacien.

Même s’il en fait mention, le logo symbolise la disparition des régions historiques, écrasées par le poids des lettres du Grand Est, écrites au-dessus avec une taille démesurée. On aura compris le message, le Grand Est domine et écrase les trois régions.

Par ses couleurs, ce logo insipide ne peut s’intégrer dans l’identité ou l’âme de l’Alsace. Par son drapeau, par ses blasons arborés fièrement par de nombreuses villes, les couleurs de l’Alsace sont le rouge et le blanc. En négligeant ses couleurs historiques, le logo montre que le Grand Est se détache de l’Alsace, qu’il en constitue même la négation.

Ce logo sans âme contient néanmoins un élément pertinent : le terme Grand Est coupé verticalement en deux au niveau du E. Cette coupure représente bien l’incohérence de la région, un assemblage forcé qui ne pourra déboucher que sur l’éclatement, la division.

Ainsi, il s’agit d’un bon logo, pour une mauvaise région. Nous le considérons comme tout aussi illégitime que la région elle-même, imposée aux habitants contre leur volonté, en violant les engagements européens de la France. Par conséquent, ce visuel ne peut être que temporaire. Sa disparition et son oubli sera le signe d’une région Alsace retrouvée.