Colmar–Freiburg : le train fantôme de la coopération franco-allemande

Jean-Philippe Atzenhoffer, docteur en sciences économiques, auteur de « Réveiller l’Alsace », La Nuée Bleue, 2026.

Le projet ferroviaire Colmar–Freiburg, pourtant identifié comme un « chaînon manquant » du réseau européen, semble aujourd’hui condamné à la voie de garage. Cet échec révèle les failles de la coopération transfrontalière, entre lourdeurs administratives et absence de vision stratégique. L’article propose de sortir de cette impasse en associant financements publics et privés, et en donnant à l’Alsace davantage de moyens pour conduire ses projets transfrontaliers.

Après des années d’études, d’expertises et de négociations laborieuses, le projet de liaison ferroviaire entre Colmar et Freiburg semble finalement prendre la voie de garage, et pour longtemps.

Le 17 août 2026, le ministère des Transports du Bade-Wurtemberg a renoncé à financer sa part du projet, prenant acte des réticences persistantes de l’État français, qui considère la liaison comme insuffisamment rentable. Ainsi s’achève, au moins provisoirement, l’un des projets emblématiques de la coopération transfrontalière dans le Rhin supérieur.

Il ne s’agit pas ici de trancher le débat sur la rentabilité de la ligne. Les différentes études réalisées ces dernières années aboutissent à des conclusions parfois discordantes, et le sujet mérite d’être examiné avec rigueur. Mais au-delà de ce débat technique, cet abandon est révélateur d’un problème beaucoup plus profond. Il illustre les difficultés de la coopération rhénane à passer des déclarations d’intention aux réalisations concrètes, particulièrement lorsqu’il faut mobiliser des financements et prendre des décisions.

Car depuis des années, les discours sur l’Europe rhénane, les territoires transfrontaliers et les « chaînons manquants » du réseau ferroviaire se multiplient. Mais lorsqu’il s’agit de mettre effectivement de l’argent sur la table, les ambitions s’effritent, les responsabilités se diluent et les projets s’enlisent. La liaison Colmar–Freiburg en est aujourd’hui l’un des exemples les plus frappants.

L’absence de vision stratégique franco-allemande et européenne

Le réseau ferroviaire du Rhin supérieur est composé de deux grands axes nord-sud qui fonctionnent largement en parallèle, sans véritable connexion entre les deux rives du Rhin. Côté français, la principale liaison relie Strasbourg à Bâle ; côté allemand, un axe parallèle relie Karlsruhe à Bâle. Il manque don des liaisons transversales qui permettraient de transformer ces deux réseaux nationaux en un véritable réseau ferroviaire rhénan.

C’est précisément l’objectif de la « boucle » ferroviaire imaginée par la Conférence du Rhin supérieur : créer un réseau en hélice entre Karlsruhe et Bâle, avec des liaisons directes entre les deux rives du Rhin. Deux projets, évoqués depuis des décennies, en constituent les maillons essentiels : la réhabilitation de la ligne Colmar–Freiburg et la réouverture de la liaison Haguenau–Karlsruhe.

Le cas de Colmar–Freiburg est particulièrement emblématique de cet inachèvement. Après la guerre de 1870, une liaison ferroviaire fut mise en service entre Colmar et Breisach, avant d’être prolongée jusqu’à Freiburg à une époque où les deux rives du Rhin appartenaient à l’Empire allemand. Dès sa conception, cette ligne dépassait d’ailleurs largement le cadre d’une desserte locale : elle devait constituer un maillon d’un grand axe reliant Paris à Vienne, via les Vosges et la Forêt-Noire[i].

La Seconde Guerre mondiale a pourtant interrompu cette liaison. Le pont ferroviaire sur le Rhin fut détruit et, depuis plus de 80 ans, jamais reconstruit. Aujourd’hui, la ligne entre Freiburg et Breisach fonctionne toujours côté allemand, tandis que, côté français, la voie entre Colmar et Neuf-Brisach est désaffectée. Le « chaînon manquant » est donc parfaitement identifié : il ne reste essentiellement qu’à franchir à nouveau le Rhin.

L’enjeu n’est pas seulement historique ou symbolique. Une étude de mobilité a évalué le potentiel de la liaison à 3 500 à 5 900 voyageurs par jour. Sa remise en service permettrait de réduire d’environ 5 000 le nombre de véhicules circulant quotidiennement sur l’axe routier[ii]. Pour un coût estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, notamment lié à la reconstruction du pont sur le Rhin, le projet apparaît à l’échelle européenne comme un investissement particulièrement structurant. Cette importance a d’ailleurs été officiellement reconnue par la France et l’Allemagne. La liaison Colmar–Freiburg a été identifiée comme un « chaînon manquant » du réseau européen et officiellement inscrite parmi les 15 premiers projets prioritaires découlant du traité d’Aix-la-Chapelle de 2019. Malgré cela, sept ans plus tard, rien n’a véritablement avancé sur ce dossier.

Un échec institutionnel

Cette affaire met également en lumière les asymétries qui plombent la coopération transfrontalière.

Du côté allemand, l’acteur clé est le Land du Bade-Wurtemberg, le gouvernement fédéral ne jouant qu’un rôle secondaire. Coté français, l’Alsace ne dispose pas des compétences et des ressources budgétaires pour mener ce type de projet. C’est vers l’Etat central à Paris qu’il faut se tourner pour obtenir les financements.

Et à ce petit jeu, les intérêts d’une région périphérique comme l’Alsace sont généralement relégués au second plan. Le manque d’autonomie locale est préjudiciable car il empêche la réalisation de projets transfrontaliers complexes qu’il est délicat de piloter de manière lointaine.

On constate également que la Région Grand Est, en charge des transports TER, apparaît complètement effacée dans ce dossier. Pourtant, dans la présentation de son budget 2018, la région affirmait que la nouvelle échelle régionale permettrait de réaliser 100 millions d’euros d’économies par an sur les TER. Si cela avait été le cas, ces ressources auraient largement suffit à financer la part française de la ligne Colmar-Freiburg. Mais comme la fusion des trois anciennes régions a finalement engendré des surcouts au lieu des économies promises, les capacités d’investissement s’en trouvent aujourd’hui limitées. Pour sortir de cette impasse à court terme, une solution pourrait être un montage franco-allemand associant financements publics et capitaux privés. Plutôt que de considérer la réouverture de Colmar–Fribourg comme un projet devant être intégralement financé par les pouvoirs publics, une société concessionnaire pourrait financer une partie des travaux, construire et entretenir l’infrastructure pendant plusieurs décennies, en se rémunérant grâce aux péages versés par les opérateurs ferroviaires.

Les financements européens et les contributions publiques viendraient compléter ce dispositif. Ainsi, un tel montage permettrait de réduire l’effort financier initial des collectivités et de l’État, tout en testant auprès d’investisseurs privés la viabilité économique réelle du projet. Certes, le trafic régional ne permettrait probablement pas un autofinancement complet, mais ce système limiterait la contribution publique.

Sortir de la sclérose

Le cas de Colmar-Freiburg illustre ainsi un problème plus profond : celui d’une coopération transfrontalière qui reste trop souvent prisonnière des lourdeurs administratives. Sur le papier, chacun reconnaît l’intérêt de mieux connecter les deux rives du Rhin. Dans les faits, les projets se heurtent à la multiplication des procédures, des études, des financeurs et des niveaux de décision. À force de vouloir tout décider depuis le centre, on finit par ne plus rien décider du tout.

Or une coopération rhénane réellement efficace exige d’abord de la proximité. Elle doit pouvoir être pensée et mise en œuvre depuis les territoires directement concernés : Strasbourg, Colmar ou Mulhouse, en lien permanent avec Karlsruhe, Freiburg, ou Bâle. Elle ne peut pas être pilotée efficacement depuis Metz, Nancy ou Paris, à plusieurs centaines de kilomètres des réalités quotidiennes de la frontière.

Cette proximité n’est pas une question de symbole ou de préférence administrative. Elle est une condition d’efficacité. Les collectivités alsaciennes sont les mieux placées pour identifier les besoins, dialoguer avec leurs partenaires allemands et suisses, hiérarchiser les investissements.

Mais encore faut-il disposer des compétences et des moyens nécessaires pour agir. C’est pourquoi l’Alsace doit pouvoir disposer d’un véritable statut régional, doté de compétences renforcées et de ressources à la hauteur de ses responsabilités.

Il ne s’agit pas de créer un échelon administratif supplémentaire, mais au contraire de donner à l’Alsace les moyens de prendre des décisions aujourd’hui dispersées entre l’État, le Grand Est et une multitude d’acteurs. Transport, développement économique, formation, environnement, coopération transfrontalière : autant de domaines dans lesquels la proximité de la décision peut faire la différence entre un projet qui avance et un projet qui s’enlise. Le traité d’Aix-la-Chapelle engageait l’Etat français à doter les collectivités frontalières de larges compétences en matière d’éducation, de santé, de transport et d’environnement. Ne serait-il pas temps de passer enfin des paroles aux actes ?


[i] Klaus Schüle (2022). Bahnlinie Colmar-Freiburg wieder herstellen – eine historische Chance !, dans Die Rolle Badens in Europa, Rombach Verlag, p. 332.

[ii] Liaison ferroviaire entre Colmar et Fribourg, étude de mobilité multimodale, Setec et Prognos, 5 mars 2019.

Liquidation de l’Agence Culturelle Grand Est : « Vous avez dit culture ? »

La Région Grand Est a décidé la « liquidation » de certaines activités de l’Agence culturelle du Grand Est, dans un contexte politique et budgétaire où chaque €uro compte. Cette baisse de 60% du budget est particulièrement questionnable pour l’Alsace. Le siège de l’Agence est à Sélestat, où se trouve notamment un parc de matériel scénique. Une réduction forte de ses moyens risque donc de diminuer les services directement accessibles aux compagnies et acteurs culturels alsaciens, alors même que la distance avec les centres de décision régionaux est déjà un sujet récurrent.

Bien sûr, les artistes et opérateurs culturels protestent. Mais ils étaient bien silencieux lors de la fusion forcée de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne : sans doute ont-ils oublié que c’est l’Alsace qui avait créé (voici un demi-siècle) cette Agence pour soutenir les animations culturelles sur l’ensemble du territoire… La fameuse prise de vue du photographe Michel Koebel, où l’on voit des agents décrocher les lettres « Alsace » sur le siège de l’Agence à Sélestat en novembre 2018 aurait du constituer une sonnette d’alarme.

La culture est un sujet trop important pour être laissé aux seuls professionnels. Un débat est nécessaire entre tous les partenaires concernés, notamment l’Etat (DRAC), les grandes agglomérations et EPIC et la Collectivité européenne d’Alsace pour définir les compétences de chacun, les objectifs poursuivis et les moyens financiers nécessaires.

L’Alsace a besoin d’une stratégie culturelle inclusive, pour protéger et promouvoir son identité et redonner aux Alsaciens le « bonheur culturel » qu’ils sont en train de perdre. Le bilan de l’Agence culturelle est mitigé, il faut le reconnaître, mais ce n’est pas une raison pour la noyer dans l’Ill (difficile, avec la sécheresse, d’ailleurs).

L’affaire du Bendele : une tempête dans un verre de riesling ?

Georges Bischoff, historien spécialiste de l’époque médiévale en Alsace, sort des sentiers battus avec un pamphlet : L’affaire du Bandele ou le rêve loufoque d’une Alsace ratatinée et confite dans le Rot un Wiss, La Nuée Bleue, juin 2026.

Dans ce brulot, il dénonce le Bendele et le symbole qu’il représente, la volonté de recréer une Région Alsace unifiée hors du Grand Est. Le fil conducteur de ses propos est une assimilation au nazisme. Selon lui, le Bandele, aux couleurs historiques rouge-blanc de l’Alsace, rappelle l’imaginaire visuel du troisième Reich.

Une polémique aux accents historiques contestables

Hostile au principe de supprimer une couche du mille-feuille administratif, l’auteur propose de conserver la région Grand Est, tout en rescindant en deux département la Collectivité européenne d’Alsace. Il fait l’éloge de la réforme de François Hollande, et ne souhaite pas que l’Alsace soit dotée d’une collectivité propre. Selon lui, l’idée d’unifier l’Alsace dans une nouvelle Région au lieu d’être divisée en deux département renverrait également à la période nazie, où l’Alsace était intégrée dans le Gau Oberrhein.

Ce pamphlet, qui se veut sarcastique, aurait pu être drôle. Mais il ne l’est pas. Ce n’est pas tant son caractère outrancier qui dérange, mais le fait qu’il repose sur des accusations farfelues et des comparaisons fallacieuses.

Remettre l’histoire à sa juste place

Sur plusieurs points fondamentaux, il est nécessaire de replacer l’église au milieu du village :

  • Le drapeau Rot un Wiss et le Bandele n’ont absolument aucun rapport avec le nazisme. Le drapeau alsacien était par exemple abondamment représenté dans les tableaux de Hansi.
  • La volonté de remplacer les deux départements par une Région Alsacienne est ancienne. Antérieure à la période nazie, cette idée a été portée par un certain nombre de géographes français dès le 19ième siècle, et portée politiquement par des députés alsaciens dans l’entre-deux guerre, avec une première proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en 1934.
  • L’intégration dans le Gau Oberrhein, circonscription englobant l’Alsace et le Pays de Bade dirigée par le Gauleiter badois Wagner (sorte de préfet surpuissant), représente l’inverse d’un projet d’autonomie alsacienne. Effectuer un parallèle avec le projet de collectivité unique d’Alsace n’a aucun sens.

Une autre vision de l’avenir alsacien

Plus grave pour un universitaire, Georges Bischoff professe des accusations péremptoires et livre sa vision en faisant fi des nombreuses études portant sur la décentralisation, ainsi que des sondages montrant le degré d’attachement populaire à la Région Alsace. Contrairement à ce qu’il prétend, le projet de Région Alsace unifiée n’est pas un repli. Au contraire, en donnant plus d’autonomie à l’Alsace, nous pourrons mettre en place des coopérations plus efficaces avec les régions voisines, qu’elles soient françaises, allemandes ou suisses.

Contrairement aux ouvrages précédents de l’auteur sur l’histoire médiévale qui sont de très bonne facture, celui-ci ne présente que peu d’intérêt. Heureusement, il existe des ouvrages plus qualitatifs sur le sujet, dont nous recommandons vivement la lecture :

Jean-Philippe Atzenhoffer – Réveiller l’Alsace – La Nuée Bleue 2026

Jean-Philippe Atzenhoffer – Le Grand Est, une aberration économique – Le Verger Editeur 2021

Pierre Kretz – Le nouveau malaise alsacien – Le Verger Editeur 2015

Pierre Kretz – L’Alsace n’existe plus – Le Verger Editeur 2017

Michel Naudo – L’Alsace malgré elle – La Nuée Bleue 2021

Quel statut pour Strasbourg, capitale de la Région Alsace ?

Dans le cadre d’une sortie de l’Alsace du Grand Est et de la création d’une véritable Région Alsace dotée d’une autonomie institutionnelle propre, l’élaboration d’un statut spécifique pour la ville et l’Eurométropole de Strasbourg pourrait constituer un chantier central de la nouvelle architecture territoriale. Une telle réforme ne prend toutefois son sens que dans ce cadre préalable : tant que Strasbourg demeure intégrée à une grande région administrée depuis l’ouest des Vosges, une partie de ses spécificités institutionnelles, économiques et européennes reste diluée.

La sortie de l’Alsace du Grand Est n’aurait donc pas vocation à constituer un repli, mais à permettre la mise en place d’une organisation territoriale plus cohérente, fondée sur les réalités historiques et rhénanes du territoire. C’est dans ce cadre seulement qu’une « Constitution municipale » pour Strasbourg pourrait être envisagée, en concertation entre l’État, la future Région Alsace et les collectivités concernées.

1. Institutions démocratiques

L’organisation de l’Eurométropole de Strasbourg pourrait être la suivante :

  • Election du président au suffrage universel direct à deux tours (durée du mandat : 8 ans)
  • Mise en place d’un « Parlement » bicaméral, avec un Conseil intercommunal (modèle actuel) et une Assemblée élue au suffrage universel direct (proportionnelle à deux tours) ;
  • Le nombre de membres devrait être limité (81 pour le Conseil, 41 pour l’Assemblée) pour maitriser les coûts administratifs, améliorer la transparence et assurer la cohérence du système ;
  • Le budget devrait être voté par les deux « Chambres », le Conseil pouvant l’emporter à la majorité des deux tiers sur l’Assemblée.

Afin de tenir compte de la légitimité historique des communes, le Conseil aurait un poids prépondérant ; la préparation et l’exécution du budget seraient confiées au président et à une équipe « resserrée » issue d’un vote de confiance dans les deux « Chambres » (majorité simple).

2. Compétences

Les compétences de l’Eurométropole seraient élargies par des transferts et/ou des délégations en provenance de l’Etat et de la Région :

  • La Région pourrait attribuer (selon diverses modalités) à l’Eurométropole des missions dans le domaine scolaire (collèges et lycées), ainsi que pour certaines infrastructures (voiries) ;
  • De même, des fonctions « régaliennes » pourraient revenir à l’Eurométropole (affaires sociales, sécurité publique), dans le contexte d’une décentralisation « en profondeur » réduisant le rôle de la Préfecture.

D’autres agglomérations (Paris, Marseille) ont obtenu un régime dérogatoire au droit national ; le droit local alsacien-mosellan pourrait être modifié.

3. Ressources propres

Actuellement, les collectivités territoriales ont largement perdu leur « autonomie » financière, du fait de la suppression de divers impôts locaux (avec une compensation de l’Etat insuffisante) : une réforme pourrait porter sur les points suivants :

  • Perception d’une part d’impôt sur le revenu, comme cela se pratique dans des grandes villes américaines ou en Suisse, où les communes suisses peuvent fixer une partie de cette fiscalité ;
  • Une fraction de la TVA pourrait être rétrocédée, dont le montant serait calculé en fonction de critères sociaux économiques (population, activité, etc.) .

Ce « Règlement financier » pourrait faire l’objet d’une délibération de l’Assemblée d’Alsace (Région), en concertation avec l’Eurométropole et l’Etat.

4. Enseignement/Culture/Patrimoine

Au cours des dernières décennies, Strasbourg a été marquée par d’importants changements structurels :

  • La sociologie de la population a considérablement évolué, notamment du fait de l’immigration ; les Alsaciens « d’origine » font partie d’un « caléidoscope » en mutation ;
  • Le tourisme s’est fortement accru, grâce à des initiatives comme la « Capitale de Noël » et le classement de la Neustadt au patrimoine de l’Unesco.

Le patrimoine « immatériel » s’est dégradé et exige des mesures de sauvegarde et de rénovation. Un tel programme pourrait inclure le soutien au dialecte (à destination de la jeunesse) et aux activités économiques liées à cette « authenticité alsacienne » (gastronomie, artisanat, etc.).

5. Intégration européenne

Strasbourg accueille de nombreuses institutions européennes ; l’espace rhénan constitue son aire d‘épanouissement naturelle. Deux priorités sont à retenir :

  • Développer les relations transfrontalières, par le biais de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau et avec d’autres métropoles (de Bâle à Cologne, par exemple) ;
  • Promouvoir le pluralisme culturel au service de l’identité européenne (bilinguisme franco-allemand, événements, valorisation des institutions internationales).

L’Eurométropole doit être une « locomotive » pour la place de l’Alsace en Europe avec le soutien de l’Etat (contrat triennal) et des ses voisins allemands (réseau ferroviaire à grande vitesse vers Francfort, par exemple).

Alors que Strasbourg s’est fait siphonner de nombreuses institutions qui ont déménagé leur siège à l’ouest des Vosges, la sortie de l’Alsace du Grand Est n’est pas une « perte », mais une chance. Refusant tout isolement politique, elle devrait – au contraire – s’engager en faveur de la « nouvelle » Région.

Loi Alsace : le moment de vérité

Le mardi 7 avril 2026, l’Assemblée nationale se prononcera sur la loi 1800 visant à « simplifier le millefeuille territorial » par la création d’une collectivité unique en Alsace. Derrière ce débat institutionnel se cachent des enjeux économiques majeurs.

Tirer les leçons de l’échec de 2015

La fusion des régions, décidée en 2015, poursuivait un objectif clair : réaliser des économies et contribuer au redressement des finances publiques. Dix ans plus tard, le constat est sans appel. Non seulement les économies attendues ne sont pas au rendez-vous, mais les comptes publics se sont encore dégradés.

Dans mon premier livre « Le Grand Est, une aberration économique », j’ai analysé l’échec de l’agrandissement des régions, à rebours des promesses initiales. Fondées sur des données factuelles et la littérature de recherche internationale en économie, mes analyses n’ont jamais été infirmées à ce jour. Seule la Région Grand Est les conteste, mais sans en apporter de preuves.

Un choc de simplification

La proposition de loi prévoit de transférer les compétences de la région Grand Est à la Collectivité européenne d’Alsace. L’Alsace passerait ainsi d’un statut départemental à celui de collectivité à statut particulier, à l’image de la Corse. Concrètement, il s’agit de supprimer un niveau administratif, permettant de réduire les doublons et de gagner en efficacité. Selon mes estimations, les économies potentielles pourraient atteindre une centaine de millions d’euros par an (« Collectivité d’Alsace, quelles perspectives d’économies ? », juin 2025.)

Certes, ces projections comportent une part d’incertitude, mais les gisements d’économies sont bien identifiés : baisse du nombre d’élus (de 141 à 80, soit -40 %), simplification des procédures (double traitement des subventions, financements croisés éliminés), réduction des redondances dans les politiques publiques, etc.

L’Alsace a besoin d’une greffe du Rhin

Dans mon nouveau livre « Réveiller l’Alsace », je montre que contrairement à une idée répandue, l’économie alsacienne marque le pas. Sa croissance est inférieure à la moyenne nationale depuis les années 2000 et le décrochage vis-à-vis des régions voisines allemandes et suisses s’accentue.

Dans ce contexte, il devient indispensable d’adapter les politiques publiques aux réalités d’un territoire frontalier au cœur de l’espace rhénan. Or, une telle adaptation ne peut être efficacement conçue à distance, depuis Metz, Nancy ou Paris. Elle suppose un pilotage local, au plus près des dynamiques économiques.

Restaurer la confiance

Les enquêtes d’opinion convergent : entre deux tiers et trois quarts des Alsaciens soutiennent cette réforme. Cette adhésion massive intervient dans un contexte de défiance généralisée envers les institutions. Comme l’ont montré Pierre Cahuc et Yann Algan dans « La société de défiance » (CEPREMAP, 2007), ce déficit de confiance constitue un frein majeur à la performance économique française.

Recréer des institutions en phase avec les réalités économiques, sociales et culturelles est donc une condition essentielle pour restaurer la confiance et favoriser le développement.

Surmonter les crispations jacobines

Certes, cette loi ne réglera pas, à elle seule, tous les dysfonctionnements du millefeuille administratif français. Mais elle corrige une erreur manifeste commise en 2015, et permettrait de desserrer un centralisme devenu contre-productif. Il est temps de sortir des postures, des crispations et de l’immobilisme qui paralysent trop souvent le débat public. Refuser d’agir au motif que tout ne serait pas parfait revient, en réalité, à entretenir les blocages existants.

Malgré tous ces avantages, les résistances sont toujours fortes. Des idéologues en proie à des délires paranoïaques voient dans les initiatives alsaciennes la volonté de détruire la France. Un courrier non signé au contenu grossier circule chez les parlementaires actuellement, les mettant en garde contre le « danger pour la République ». Au vu des éléments qu’il contient, il émane vraisemblablement de la Région Grand Est. A travers une énumération de ce qu’on pourrait qualifier de « fake news », il tente de mettre la pression sur les députés en jouant sur les peurs.

Ainsi, on assiste à une forme de convergence entre les idéologues jacobins et les intérêts personnels de ceux qui profitent du millefeuille pour accumuler les postes et les indemnités. Mais dans un contexte économique exigeant, la France ne peut plus se permettre l’inaction. Elle a besoin de décisions claires, de réformes assumées, et d’un cap cohérent.

C’est pourquoi les députés doivent privilégier l’intérêt général de la nation, ce qui amène à voter OUI à la loi 1800 visant à simplifier le millefeuille territorial.

Jean-Philippe Atzenhoffer – docteur en sciences économiques

10 ans de trop. Jetzt langt’s!

Les associations militant pour la sortie de l’Alsace du Grand Est ( ICA, MPA, CPA, Culture et Bilinguisme, et LAFA LE RETOUR) s’étaient déplacées vendredi 30 janvier à Metz pour y tenir une conférence de presse sur le parvis de la Région Grand Est.

Le Conseil régional s’était en effet réuni ce jour-là pour fêter ses 10 ans d’existence, et demander à l’Etat qu’il renforce ses pouvoirs. Forts de la présence d’une centaine de nos membres et de sympathisants à notre cause, nous avons rappelé les « 10 raisons de sortir du Grand Est », et présenté notre vision de la décentralisation.

Une décentralisation fondée sur les régions historiques et culturelles, respectueuse de leur diversité et de leurs identités propres. L’Alsace doit être le laboratoire de cette transformation !

Voici le tract que les associations ont distribué aux élus. Nous remercions ceux qui sont venus échanger avec nous, apportant leur soutien au changement que nous appelons de nos voeux.

Conférence : L’Alsace et la République, quelles perspectives pour sortir du Grand Est ?

Les associations Hag’tion Citoyenne et le Mouvement pour l’Alsace nous convient à une soirée d’échanges avec André Reichardt, sénateur démissionnaire.

A l’heure où les déficits publics s’accumulent, la pression pour réformer le coûteux mille-feuille territorial s’accroit. Mais comment réaliser concrètement cette évolution ? André Reichardt reviendra sur les raisons et les coulisses de sa démission du poste de sénateur, et partagera sa vision concrète pour reconstituer une Région Alsace hors du Grand Est.

📅 Mercredi 12 novembre 2025 à 19h
📍 Foyer Saint-Nicolas, 205 Grand Rue, Haguenau
🎟️ Entrée libre

Nous vous invitons à venir nombreux à ce moment d’échange.

Hommage à Daniel Hoeffel et à Jean-Paul Sorg

C’est avec une grande tristesse que le CPA a appris la disparition de Daniel Hoeffel. La politique était chez lui une vocation qui l’a amené à prendre des responsabilités à toutes les strates de l’engagement citoyen, de la gestion communale aux ministères en passant par les présidences du Conseil Général et des Maires du Bas-Rhin et de France. Ces fonctions ont forgé un homme d’expérience et de conviction, d’une exceptionnelle droiture et d’une grande modestie.

Le CPA a bénéficié de son soutien indéfectible et son investissement précieux aux actions menées par les associations citoyennes pour que l’Alsace redevienne une Région à part entière. Il était allé jusqu’au Conseil d’Etat pour contester la réforme régionale de 2015, et n’avait cessé de réclamer depuis une évolution vers une Région Alsace souveraine.

Avec Daniel Hoeffel disparaît un Alsacien authentique, einer vùn denne wò ìhre Gebùrtschin nie nàbgschlùckt hàn !

S’en est allé en même temps Jean-Paul Sorg, philosophe spécialiste d’Albert Schweitzer. Membre de notre association, il était engagé avec vigueur pour la défense de l’identité alsacienne, fortement imprégné par sa dimension franco-allemande.

Nous lui devons d’innombrables articles qui ont alimenté durant des décennies les débats sur l’esprit propre de notre région, qui sont évidemment toujours d’actualité aujourd’hui. Nous gardons en mémoire son article répondant à l’ancien Premier ministre Manuel Valls, qui proclamait qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien ». https://perspectivesalsaciennes.com/2016/03/04/en-quel-sens-les-alsaciens-forment-un-peuple/

Nous remercions ces deux grandes figures de l’Alsace. Nos actions futures s’inscrirons dans leurs pas. Ruet alli zwei in Friede.

Collectivité d’Alsace, quelles perspectives d’économies ?

Dans cette étude, notre économiste Jean-Philippe Atzenhoffer propose une évaluation des économies potentielles offertes par la création d’une Collectivité unique d’Alsace. En supprimant un échelon territorial (région Grand Est), l’estimation serait d’une centaine de millions d’euros par an.

Tonnerre en Alsace : des orages à venir !

Avec la démission de André Reichardt de son mandat de sénateur, l’Alsace perd un héraut au Parlement dans une période particulièrement agitée de la vie politique nationale. Nous saluons son engagement et son courage inlassables au service de notre Landel.

Le combat pour le démantèlement de la Région Grand Est et la création d’une « Alsace nouvelle », dotée d’un statut spécifique lui permettant de conserver son identité et de valoriser ses atouts en Europe, doit continuer.

Pour les défenseurs de l’Alsace trois orages pour dégager le ciel sont attendus :

– Les prochains scrutins seront l’occasion d’exprimer dans les urnes la volonté des Alsaciennes et des Alsaciens en votant pour des candidats qui soutiennent ce projet ;

– La mobilisation des élus face à un Etat profondément affaibli et contesté est indispensable pour le succès, alors que la décentralisation est une revendication majeure dans le pays ;

– Une réaction de gratitude du président de la CeA Frédéric Bierry ne suffit pas. Après le coup d’éclat du sénateur André Reichardt une initiative stratégique est attendue pour profiter de la déflagration causée à Paris par sa décision.

A défaut, la sortie avec panache du sénateur sera un ultime et inutile baroud d’honneur d’un défenseur de la cause alsacienne.