Mirage et réalité

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Christian Hahn, président du Conseil Culturel d’Alsace, organisme consultatif rattaché à la région Grand Est, a donné sa vision sur l’avenir dans la langue régionale (DNA du 6/07/2018) à la suite d’un rapport contenant 20 propositions rendu fin mai à Jean Rottner. Mais ce dont il en ressort, c’est surtout l’absence de vision sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, alors que cette question est intimement liée à la valorisation de la culture et des langues.

Christian Hahn connaît la réalité linguistique et culturelle, mais aussi le rapport de forces politiques en Alsace :

  • avec 2% de locuteurs de moins de 10 ans, l’alsacien n’est plus une « langue menacée », mais une langue « en voie d’extinction » ; du fait même de l’absence de transmission familiale, le dernier dialectophone pourrait disparaître deux générations après le décès du dernier Malgré-Nous ;
  • dans de nombreuses écoles maternelles (et pas seulement dans les grandes villes), il n’y a probablement déjà plus d’enfants, ni d’enseignants « alsacophones » ;
  • il n’y a pas de bilinguisme français/allemand à défendre puisqu’il n’existe pas ; coupé de ses racines alémaniques, l’allemand est une langue étrangère, et il est évident que non seulement l’anglais, mais aussi l’espagnol et même le chinois seront plus attractifs pour les familles.

Alors, quelles sont les 20 propositions contenues dans le rapport du Conseil Culturel ? En réalité, nous n’en savons rien. Comme le rapport du préfet Marx sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, les 20 propositions du « Groupe Alsace » sont secrètes ! Une singulière conception de la démocratie, ou seulement la peur des réactions de l’opinion ?

L’interview de Christian Hahn nous apprend cependant que l’articulation entre la culture régionale et les institutions politiques autonomes est refusée (hypocritement ?) par le Conseil culturel d’Alsace. C’est une grave erreur.  L’exemple d’autres pays (Québec, Galles, Tyrol-du-Sud, etc.) montrent qu’elle est au contraire indispensable.

Christian Han sait bien que sa proposition de créer un « médiateur culturel intercommunal » ne serait au mieux qu’un pis-aller, un « alibi » permettant aux élus régionaux de se dédouaner de leur responsabilité. Pour donner une chance à l’alsacien (et au bilinguisme), il faut fonder une « Alsace nouvelle » ! Mais avec Jean Rottner et ses amis au pouvoir, même cette modeste idée risque bien de rester un mirage…

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Le Grand Est s’affiche partout, tout le temps. En 2018, la région va dépenser près de 9,5 millions d’euros en communication, soit une hausse de 23% en deux ans !

Dépenses de publicité

Les dépenses de communication recouvrent des activités diverses, comme les fêtes, les réceptions ou l’achat d’espaces publicitaires. Une bonne partie – 2,8 millions d’euros – sera dépensée pour l’achat d’espaces publicitaires dans les journaux, à la télévision, la radio et le web.

Les dépenses communicationnelles du Grand Est apparaissent élevées en comparaison avec les autres régions dont les comptes administratifs sont disponibles (Bretagne, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire). Dans ces autres régions, elles fluctuent autour de 5 millions d’euros, soit un niveau bien inférieur à celui du Grand Est.

Par ailleurs, les dépenses de communication sont en réalité supérieures à celles affichées dans le budget car la région en maquille certaines opérations en affectant le financement dans d’autres comptes. La péniche Grand Est à 180 000 euros ? Du soutien à la culture ! Les 120 000 euros donnés à des sportifs pour réaliser la promotion du Grand Est ? Du soutien au sport ! On pourrait multiplier les exemples, même s’il est difficile d’en évaluer l’ampleur globale.

Comment expliquer la dérive de ces dépenses dans la région Grand Est, à l’heure où l’État impose pourtant un plafonnement des dépenses des collectivités locales ?

Une fuite en avant

Officiellement, l’objectif de ce matraquage publicitaire est de « créer de la confiance dans la nouvelle collectivité » et de « promouvoir la Région Grand Est en mettant en avant ses atouts à même de développer son attractivité en France et à l’international » (rapport du 21 décembre 2017).

Voilà donc que la région se préoccupe de la confiance des habitants dans la collectivité, en s’imaginant qu’on peut rétablir une profonde crise démocratique avec des opérations de communication. La situation est ubuesque. Alors que les sondages montrent que le rejet du Grand Est est toujours aussi massif en Alsace, ces dépenses s’apparentent à une véritable fuite en avant. Plus on affiche le Grand Est, plus cela irrite les gens, et plus le Grand Est dépense en retour pour les forcer à se « Grandestiser ». Un cercle vicieux, et ruineux !

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1,4 millions d’euros pour les publicités dans les journaux en 2018 (photo : annonces dans les DNA en mai 2018).

Le seul moyen de retrouver la confiance, c’est de répondre aux aspirations légitimes des citoyens. Une région qui inspire confiance, c’est une région basée sur la cohérence géographique, culturelle, historique et économique ; c’est une région qui parle au cœur des gens. Pour les Alsaciens, cette région, c’est la région Alsace. Nul besoin de dépenser des millions d’euros pour reconnaître une telle évidence.

Quant à la question de l’attractivité, « Alsace », « Lorraine », « Champagne » sont positivement connues dans le monde entier. C’est la meilleure base à partir de laquelle on peut bâtir une politique d’attractivité (export, tourisme, partenariats) au profit de tous. Une appellation aussi insipide que « Grand Est », qui transpire la bureaucratie et la technocratie, ne pourra jamais développer une image aussi positive. S’ils étaient vraiment soucieux du bon usage des fonds publics, les élus régionaux assureraient la valorisation de l’image des trois régions, au lieu d’en effacer la visibilité.

Afficher l’identité du Grand Est

Mais l’excès de zèle en matière de communication peut s’expliquer par un autre objectif : la volonté de créer une identité du Grand Est. En effet, alors que les élus promettent aux citoyens de ne pas toucher aux identités régionales, qu’il ne s’agit que d’une fusion administrative, les discours au sein de l’assemblée régionale sont d’une autre nature. L’ancien président Philippe Richert a affirmé à plusieurs reprises vouloir construire l’identité du Grand Est. Lors de la dernière commission permanente du conseil régional (29 juin 2018), Jean Rottner lui emboîte le pas en annonçant l’objectif d’afficher l’identité du Grand Est, en particulier auprès des jeunes. Pour ce faire, la région va acheter pour 400 000 euros de panneaux Grand Est à placer dans les lycées, partant du principe que l’esprit des jeunes est plus facilement manipulable.

Ainsi, il apparaît clairement que la région tente d’imposer une nouvelle identité à grands coups de dépenses publicitaires. Ceci est complètement absurde. Comment une communication tous azimuts pourrait-elle combler l’absence d’histoire ou de culture commune ? Comment pourrait-elle effacer le déni de démocratie qu’a constitué la fusion forcée ?

Une région fondée sur une véritable identité comme l’Alsace n’a pas besoin de s’afficher partout. Elle rayonne d’elle-même naturellement. Quant à la région Grand Est, elle tente de combler artificiellement ce manque en inventant de nouvelles dépenses, en pure perte. Combien de millions d’euros seront gaspillés avant qu’on se rende compte d’une telle inanité ?

Grand Est : un mauvais coup porté au tourisme en Alsace

par Catherine Graesbeck, qui a dirigé le développement du Comité Régional du Tourisme (94-96) et a animé la mission « Noël en Alsace » (1997-2015).


L’Agence d’Attractivité de l’Alsace (AAA) a présenté le « pacte de destination » touristique de l’Alsace à Obernai le 15 juin 2018. Ce pacte correspond à une stratégie marketing coordonnée par la région Grand Est, en collaboration avec des acteurs publics et privés du tourisme.

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Ecotourisme, un beau projet noyé dans l’appellation Grand Est

Même si ce qui est proposé correspond globalement à ce qu’il serait souhaitable de faire, il y a une chose qui ne convient absolument pas : tout est proposé sous l’entête « Grand Est ». Or chacun sait que les destinations touristiques, c’est la Lorraine, la Champagne, les Ardennes et évidemment l’Alsace. Au niveau tourisme, Grand Est ne signifie rien ! C’est même pire : Grand Est évoque la Sibérie dans l’imaginaire collectif…

Les excellents résultats du tourisme en Alsace sont le fruit d’une action longue, persévérante et intelligente pour installer durablement la destination Alsace dans le cœur et l’esprit des clientèles. Mais l’entrée en vigueur de la loi NOTRe est un vrai désastre pour le tourisme et stoppe l’élan qui était engagé.

J’ai l’impression de revenir 30 ans en arrière lorsque nous « phosphorions » sur les Pays d’Accueil, préfiguration de ce que pouvait être l’intervention publique dans l’aménagement du territoire et le développement touristique du milieu rural. Entre temps, l’expérience nous a montré que le rôle essentiel dans l’accueil et le développement du tourisme revient aux professionnels (hébergeurs, prestataires de services, guides, conseillers de séjour…).

Avec la loi NOTRe, les collectivités reviennent sur le devant de la scène dans un registre qui n’est pas le leur. ça leur fait perdre de l’énergie, du temps, de l’argent pour un résultat tout à fait hypothétique dont on verra au mieux quelques résultats dans 30 ans.

Entre-temps, nous avons aussi pu mesurer l’attachement des clientèles à la marque Alsace et à ses identifiants, nous avons pu mesurer combien il faut de temps, de présence constante et d’investissements pour gagner des points en fréquentation.

Car, enfin j’en viens à la question qui fâche : que dire de cette grande Région qu’on nous a imposée ? Elle nous porte préjudice à tous ! La Lorraine qui, dans le tourisme a fait des avancées magnifiques ces dernières années. La Champagne, les Ardennes qui sont des destinations à part entière, mondialement connues, et qui ne gagnent rien à être noyées dans ce conglomérat qui nuit à la proximité. La disparition du mot Alsace ou seulement sa mise au deuxième plan comme nous l’avons vu lors de différents événements (le salon du livre à Francfort, l’ITB de Berlin…) désoriente les visiteurs et les insécurise, ce qui est néfaste pour nos affaires.

Lorsque nous avions à conquérir des marchés lointains, à développer des grands axes ou travailler sur des thématiques (l’oenotourisme, le fluvial…) nous avons su établir des partenariats et mener des actions communes. C’était le pragmatisme et l’expression du terrain ; pas les grandes idées et constructions fumeuses.
Comment expliquera-t-on aux grands opérateurs sur le net, TRIPADVISOR et consort, que les classifications administratives nuisent à la fréquentation touristique, que la seule référence aux capitales régionales nuit à l’espace rural et qu’il faut conserver le nom des régions historiques, qui elles seules parlent au public.

Je m’interroge sur la compétence des personnes qui ont en charge la communication du Grand Est, à moins qu’elles ne soient simplement « aux ordres » de ceux qui veulent effacer l’Alsace… On a l’impression qu’il s’agit d’imposer vaille que vaille « Grand Est ». Et pourtant, en tourisme on ne peut être efficace au niveau des clientèles et des populations locales qu’en déclinant les régions historiques : La Champagne, la Lorraine, les Ardennes, l’Alsace. On nous avait d’ailleurs laissé entendre que Grand Est ne serait qu’une dénomination administrative. Alors, qu’en est-il vraiment à ce jour ?

En ce qui me concerne, je ne peux qu’adhérer aux propositions faites par les Présidents des 2 départements du Rhin, Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry qui affirment que l’échelon départemental, ou plutôt celui de la future collectivité Alsace, est le plus pertinent pour assurer la pérennité du développement et le succès en matière de notoriété et de fréquentation.

Ne pas tomber dans le piège de Rottner !

Jean Rottner s’est exprimé devant les maires du Haut-Rhin. Le président du Grand Est propose de rabaisser l’Alsace à un Département auquel il propose une convention pour exercer des compétences. Convention dont il serait, bien évidemment, lui-même le président !

lire l’article complet des DNA

Mais comment pourrait-on faire confiance à un élu qui a retourné sa veste ? Comment pourrait-on faire confiance à un élu qui méprise l’opinion massive des Alsaciens en faveur du retour à leur vraie région de coeur ? Au final, Jean Rottner n’est que le digne – ou plutôt indigne – héritier de Philippe Richert…

Notre ami Frédéric Le Jehan a parfaitement résumé ce que nous voulons dans une tribune également parue dans les DNA : pour que l’Alsace soit plus qu’une région. Une vision juste et claire, c’est à dire incompatible avec la proposition de Jean Rottner.

Traité de l’Elysée

Le 22 janvier dernier, l’Assemblée nationale et le Bundestag ont adopté (dans une relative indifférence) une résolution demandant aux gouvernements français et allemand d’élaborer un nouvel accord d’amitié et de coopération destiné à actualiser le Traité de l’Élysée de 1963. Pour l’Alsace, ce texte pourrait prendre une importance particulière s’il est suivi d’effets ; il paraît donc utile de se livrer à une analyse précise d’un document qui devrait guider les discussions entre Paris et Berlin.

1. Considérant que…

Parmi les 24 « Considérant » de cette résolution, plusieurs concernent les régions frontalières dont l’Alsace (sans que celles-ci ne soient néanmoins expressément citées ou définies).

On le voit, la coopération transfrontalière est une thématique importante pour les parlementaires, à la fois parce qu’elle doit faciliter la vie des citoyens, et parce qu’elle illustre la volonté d’intégration européenne des deux pays. Mais derrière cette affirmation généreuse, les structures existantes (par exemple la Conférence du Rhin Supérieur qui rassemblent l’Alsace, le Palatinat et le Pays de Bade – ainsi que la Suisse du Nord-Ouest) – ne sont même pas cités. Dès lors, ces « considérant » sont surtout « des considérations »…

2. Et si on essayait vraiment ?

La coopération transfrontalière est un écheveau où s’entremêlent les compétences d’État et les entités infra-étatiques aux statuts extrêmement différents (Régions et Länder, collectivités territoriales) ; dans ce paysage morcelé (où les rivalités sont nombreuses), la résolution constitue un encouragement incitatif, mais ne représente ni engagements, ni promesses.

En France, il s’agit de questions qui relèvent très largement de la compétence de l’État. Pour être efficace, il faudrait que celui-ci se dote d’une agence de coopération dédiée ; ce qui paraît très problématique dans la mesure où l’État inscrit son action dans le cadre du Grand Est (dont seuls trois départements sur dix sont frontaliers de l’Allemagne). La mise en place d’une telle agence devrait associer l’État et les départements du Rhin et de la Moselle dans les domaines de compétence listés avec pertinence dans cette résolution, mais une telle décision « amputerait » sévèrement les missions du Grand Est.
A la lecture du texte, on peut même s’inquiéter : il existerait donc des entraves administratives au marché intérieur ? Pourtant, les États sont appelés à respecter la législation européenne ; faut-il donc vraiment une résolution pour cela ?

Le bilan actuel de l’Abibac (quelques centaines de baccalauréats binationaux obtenus tous les ans) montre, s’il en était besoin, que la politique menée par l’éducation nationale (en particulier dans les académies de Strasbourg et de Nancy-Metz) s’est révélée « peu performante ». Au-delà des discours du dimanche sur le bilinguise français-allemand que tiennent de nombreux élus, le résultat des dernières décennies d’enseignement monolinguistique apparaît clairement dans les statistiques pour l’emploi en Alsace.

Si on poursuit la « dissection » de la résolution, les « systèmes de propulsion alternatifs » sont certainement nécessaires pour faire avancer l’intégration régionale dans les vallées du Rhin, de la Sarre et de la Moselle. En cette période de carnaval, on pense évidemment à la bicyclette et à la voiture à pédales !

Conclusion

Le député du Bas-Rhin Sylvain Wasermann (MoDem) vient de se voir confier une mission auprès de la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau pour proposer des solutions permettant de faire de la coopération transfrontalière une composante majeure du nouveau « traité de l’Elysée ». Compte tenu du débat sur le Grand Est, il pourrait être amené à intégrer la dimension « alsacienne » dans sa réflexion sur le partenariat franco-allemand.

Refondation de la région Alsace : osons l’innovation démocratique

par Jo Spiegel, maire de Kingersheim, connu pour ses initiatives en faveur de la démocratie participative.


Une réforme qui touche à l’organisation des pouvoirs locaux et donc à la vie quotidienne des gens, ne peut être de nature technocratique. Elle doit être d’essence démocratique. C’est-à-dire réelle et effective. Celle qui s’exerce autant dans l’intervalle des élections que pour les élections.

  • Celle qui préfère associer les citoyens et les ressources démocratiques au processus de décision, plutôt que de se complaire dans l’entre soi des élus, de la posture, des clivages et des intérêts souvent partisans.
  • Celle qui vise à fertiliser des points de vue différents, plutôt que de nous retrancher dans des affrontements stériles.
  • Celle qui veut, enfin, s’inscrire dans une éthique de la discussion et du dialogue, pour susciter l’élévation scrupuleuse du débat public.

Rien de tout cela dans la réforme des régions. C’est une réforme de la déliaison, une réforme institutionnelle sans les citoyens, sans les experts, sans les organisations et sans les élus concernés.

Dans quel espace voulons-nous nous reconnaitre, penser, agir, vivre ensemble en ouverture avec les autres ? Pour quelles visions, quels projets, quel avenir ? Telle est la question qui mérite débat, qui mérite transparence et qui mérite co-construction.

Hannah Arrendt disait de la démocratique, qu’elle est la capacité à organiser l’espace qui existe entre les gens. La haute qualité de l’organisation des pouvoirs locaux et la haute qualité démocratique sont intrinsèquement liées.

La mise en agenda de cette réforme devrait donc commencer par intégrer les préoccupations des citoyens. Il me semble qu’elles sont de 4 ordres :

  • 1ère préoccupation : quelle est l’organisation la plus efficace, la plus cohérente, la plus lisible, bref la plus respectueuse de l’usage du denier public ? la réponse n’est certes pas dans l’empilement des structures, ni dans l’enchevêtrement des compétences. Cette question est importante, elle interroge le rapport à l’efficacité des politiques publiques !
  • 2ème préoccupation : quelle est l’organisation des territoires qui parle à mon cœur, à mon vécu, qui résonne à mon sentiment d’appartenance ? ce n’est certainement pas le Grand Est ? cette question centrale interroge le rapport à l’identité. Elle concerne autant le sentiment d’appartenance régionale que celui des bassins de vie.
  • 3ème préoccupation : quelle est l’organisation la plus souhaitable ? celle qui propose plus d’étendue, qui professe le « big is beautiful », ou celle qui propose plus de compétences ? A l’évidence ce qui est revendiqué ce n’est pas l’éloignement, c’est la capacité des représentants d’agir au mieux, au service de tous, du bien commun et des habitants. Cette question interroge le rapport au pouvoir d’agir.
  • 4ème préoccupation : la préoccupation qui englobe toutes les autres est la question démocratique. Comment exister en tant que citoyen et en tant qu’élu de base, dans l’intervalle des élections ?

Il faut bien reconnaitre que les politiques sont passés maître dans l’art de conquérir le pouvoir et restent des analphabètes quand il s’agit de le partager. L’éloignement des centres de décisions participe à cette paresse démocratique et va renforcer le fossé entre les représentants et les représentés !

Je pense, pour ma part, que dans une perspective véritablement démocratique, cette réforme ne peut pas être portée dans l’entre soi des élus. Nous ne sommes pas propriétaires des institutions que nous sommes censés servir. Pas davantage l’Etat au demeurant.

J’avais proposé, à Sélestat, la mobilisation de toutes les ressources de sens, d’intelligence et d’expertise au travers d’une séquence démocratique qui pouvait prendre la forme d’une conférence du consensus. Avec la volonté de réunir citoyens, élus, organisations, experts pour aller au fond du sujet, fertiliser les points de vue différents, pour proposer le meilleur pour les Alsaciens et avec les Alsaciens.

Il me semble que compte tenu des enjeux, la chance que constitue le débat sur cette question, il faut oser l’innovation démocratique au travers d’un processus citoyen instituant plus audacieux, dans le cadre d’Etats Généraux de la refondation de la région Alsace. Dans ces Etats Généraux il faudra voir s’épanouir, partout, les débats, la transparence, l’expertise, la contribution et la co-construction.

Une Assemblée Instituante pourrait être la pierre angulaire de cette approche de « Démocratie Construction » réelle, effective et permettant de co-construire les bases d’une organisation des pouvoirs locaux, pensée réfléchie à partir avec et pour les citoyens. Cette démarche est possible. Elle est souhaitable. Elle revendique une véritable ingénierie de débat public.

Deux conditions sont nécessaires à une telle démarche innovante :

  • d’abord la volonté des Grands Elus de s’inscrire dans un tel processus, d’accepter un rapport humble au pouvoir pour mieux décider ensemble et de rappeler cette réflexion d’Hannah Arendt : « le pouvoir nait quand les hommes travaillent ensemble et disparait lorsqu’ils se dispersent ».
  • il faut, enfin, le soutien des collectivités, singulièrement des Conseils Départementaux, voire de l’Etat pour le financement, la logistique et l’ingénierie démocratique à déployer.

Une telle démarche de démocratie réelle, effective, exigeante a un coût. Celui qui permet de mieux décider ensemble.

Conférence : l’Alsace entre convictions et opinion (6 avril à Strasbourg)

Vendredi 6 avril à 18h00 à la salle Blanche de la Librairie Kléber à Strasbourg

Le politologue Jérôme Fourquet se penchera sur le dernier sondage révélant que 83% des Alsaciens aspirent à la naissance d’une Alsace « nouvelle ». Connu pour ses interventions dans l’émission C’est dans l’air sur France 5, le Directeur du département « opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP s’interrogera, dans une perspective plus large, sur le sens  du sentiment régional deux ans après la réforme territoriale de 2015.


Dans une seconde partie, le conférencier sera rejoint par Anne-Pernelle Richardot, conseillère régionale  du Grand Est et secrétaire générale du parti  socialiste et par l’écrivain Pierre Kretz qui débattront du sujet.

La modération de la soirée sera assurée par le journaliste Matthieu Chanvillard.