Torture des chiffres par le Grand Est : toujours et encore !

Selon les DNA du lundi 4 novembre 2019, la majorité régionale du Grand Est tiendrait sa revanche sur le rapport accablant de la Cour des Comptes qui pointait les surcouts liés à la fusion des régions. Dans quel sens ? « Car les « dépenses réelles de fonctionnement du Grand Est hors transport auraient baissé de 0,3% entre 2015 et 2018 ». C’est à partir de cette unique donnée tirée de l’IFRAP que Valérie Debord et Jean Rottner ont voulu  pour balayer les critiques.

 Voilà « la réalité des chiffres », s’est esclaffée la vice-présidente du Grand Est sur Twitter.

Par souci de précision, notons qu’il s’agit de la dépense réelle de fonctionnement par habitant, qui est passée de 293 euros en 2015 (avant fusion) à 292 euros en 2018, soit une baisse de 1 euro. On la trouve le tableau publié par l’IFRAP le 31 octobre 2019.

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A partir de ce seul chiffre, peut-on nier les surcouts de la fusion ?  Nous affirmons que non, pour les raisons suivantes :

  • La base de comparaison, entre l’année 2015 et l’année 2018, est fortement biaisée en ce qui concerne le Grand Est. En effet, la région Lorraine a été épinglée sévèrement pour de graves dérives des dépenses les années avant la fusion. Si elle avait été gérée correctement, la dépense aurait été plus faible en 2015 que les 293 euros qui servent de comparaison. La correction de ces dérives aurait dû amener à une baisse des dépenses. Le seul fait qu’elles stagnent est donc un mauvais résultat en soi.
  • Plutôt que de faire une comparaison sur une base biaisée, il vaut mieux comparer les dépenses entre les régions. Or, si on reprend le tableau de l’IFRAP, on constate que les dépenses de fonctionnement hors transport sont 263 euros en moyenne dans toutes les régions. Le Grand Est affiche, avec 292 euros, une dépense supérieure de 11% à la moyenne.
  • Pour évaluer la situation financière d’une collectivité, il ne faut pas se contenter d’un seul chiffre, mais d’un ensemble de données complémentaires pour avoir une vision claire. Si on prend les dépenses totales (incluant le transport), on constate une forte hausse des dépenses de fonctionnement. On voit bien qu’on ne peut pas se baser uniquement sur la dépense de fonctionnement pour juger de la situation, d’autant plus que cela ne dit rien sur l’utilité de la dépense.
  • Dans les dépenses de fonctionnement, il faut distinguer les dépenses d’intervention (services rendus à la population) et les charges à caractère général (couts de gestion de la collectivité). C’est au niveau des charges générales, qui constituent les « mauvaises dépenses », qu’on nous promettait des économies. Donc ce sont ces charges qu’il faut regarder en priorité. Le verdict est sans appel : ces charges sont en très forte hausse, comme le montre le graphique du rapport financier officiel de la région. On peut ajouter à cela les charges de personnel qui sont également en forte augmentation.

En conclusion, nous voyons que les élus de la majorité régionale persistent à nier l’évidence des surcouts causés par la fusion des régions guidés par leur seul souci de justifier leur politique néfaste pour les citoyens, qu’ils soient Alsaciens, Champardennais ou Lorrains. Utiliser un unique chiffre pour invalider les études indépendantes autrement plus sérieuses et rigoureuses est assez risible, surtout lorsque ce chiffre est construit sur une base biaisée. Nous comprenons bien que ces élus puissent avoir des intérêts particuliers à défendre difficilement compatibles avec la réalité des faits, et tentent de  les manipuler. Mais cette tentative de tromperie dépasse une nouvelle fois l’entendement.

Urgence au Grand Est !

Le président du Grand Est Jean Rottner a annoncé reprendre à temps partiel ses activités professionnelles de médecin urgentiste à Mulhouse. S’il est tout à fait louable d’exercer une activité de médecin dans un service hospitalier en difficulté, on peut tout de même s’interroger sur les motivations d’un tel choix, surtout quand on exerce un mandat politique censé demander un investissement total. Même si Jean Rottner affirme qu’il essayera essentiellement de prendre cette charge sur son temps privé, son emploi du temps de président de conseil régional sera réaménagé pour être allégé.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance, cette annonce inédite appelle tout de même les commentaires suivants :

  • Dorénavant la région sera dirigée à temps partiel, ce qui annonce le début de la campagne pour les élections de 2021 et la multiplication des querelles entre les ambitions et les rivalités qui déchirent déjà l’actuelle majorité régionale.
  • Comment ne pas interpréter l’annonce, à l’approche des élections, comme un coup de communication visant à redorer une image écornée par le retournement de veste sur la question de l’Alsace et du Grand Est ? Jean Rottner s’adresse ainsi spécialement aux Mulhousiens, peut-être dans le but de se positionner pour retrouver ses fonctions de maire de Mulhouse au printemps 2020. Ce qui au passage exigera l’éviction « douloureuse » de Michèle Lutz qui espérait bien conserver le poste.
  • Malgré ses affirmations, Jean Rottner est conscient que le Grand Est s’achemine irrémédiablement vers l’échec (notamment avec la création de la CeA) et souhaite donc préparer son avenir (au Sénat ?).

Après la démission de Philippe Richert, ce nouveau coup de théâtre montre l’instabilité fondamentale de la grande bureaucratie régionale. Le Grand Est est une région à laquelle personne ne croit, même si certains font semblant d’y croire. Une région que même les présidents ne veulent pas présider.

Quelle identité politique pour l’Alsace ?

Tribune de Jacques Schleef publiée dans l’Ami Hebdo du 22 septembre 2019.

Ces derniers temps, la question d’un « ethno-régionalisme » alsacien a donné lieu à des polémiques stériles au sujet de la légitimité d’une revendication  identitaire dans les deux départements du Rhin, à la suite de l’adoption de la loi créant (au 1er janvier 2021) la Collectivité européenne d’Alsace »(CeA). Certains arguments paraissent utilisés pour dénigrer ceux qui « osent » dorénavant afficher leurs convictions « pro-alsaciennes ». Ce climat de ‘guerre civile »  n’est pas acceptable dans une démocratie moderne et apaisée (comme la souhaite le président de la République). Dans la perspective des prochains scrutins, les Alsaciens devraient donc réfléchir ensemble, à la question de l’identité politique de l’Alsace (qu’elle porte le nom de CeA, de région ou toute autre terme).

L’Alsace d’aujourd’hui,  c’est une identité territoriale constitué du Haut- et du Bas-Rhin. Ces deux collectivités disparaîtront avec l’entrée en vigueur de la CeA ; il serait souhaitable pour des raisons de gestion et de cohésion que l’Etat fusionne aussi ses deux administrations afin de former un « département du Rhin » unifié. En outre, un découpage en « districts » et « communautés d’agglomération » éviterait une « hydrocéphalie » strasbourgeoise tout en respectant la diversité historique de l’Alsace. Ceci étant, la future CeA doit être « ouverte » sur le plan géographique. Si demain, le Territoire-de-Belfort (détaché du Haut-Rhin en 1871) ou d’autres entités voisines voulaient nous rejoindre, il faudrait les accueillir (dans des conditions à déterminer). Il ne s’agit pas d’encourager un « irrédentisme » mosellan, mais de montrer que l’Alsace n’a pas « peur » de ses amis lorrains.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité économique largement tournée vers l’espace rhénan et -plus largement- l’Europe. Plusieurs défis doivent être relevés dans les prochaines années: le marché de l’emploi (impact de l’évolution démographique, formation et qualification professionnelle), l’attractivité pour les investisseurs locaux et étrangers (fiscalité et droit social), les infrastructures et l’énergie (fermeture de la centrale de Fessenheim, mise en place d’un péage pour les poids-lourds, amélioration des liaisons ferroviaires et « ferroutage » du fret en transit). Ces domaines requièrent une véritable stratégie pour la CeA, pour laquelle la contribution des acteurs privés est indispensable.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité sociale composite. Si la société alsacienne était largement homogène jusque dans les années 60, l’immigration a largement modifié sa composition, avec l’arrivée importante de Français « de l’Intérieur » et de ressortissants européens et extra-européens. Déjà après la Guerre de Trente Ans, l’Alsace avait « absorbé » des immigrants venus repeupler ses villes et villages dévastés, dans un esprit de large tolérance religieuse. Actuellement, les différences sont souvent exacerbées et instrumentalisées au détriment de l’intégration. Pour que tous et chacun, sans distinction d’origine, puisse se sentir Elsasser, une action de pédagogie civique volontariste doit être menée en direction de ceux dont les ancêtres vivaient ailleurs. Un échec serait doublement dangereux: les Alsaciens « d’origine » pourraient se sentir « colonisés » (entraînant un vote de protestation extrémiste), tandis que  les « nouveaux »  leur reprocheraient une « exclusion communautariste » (dont les différents groupes s’accuseraient réciproquement).

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité juridique « en sursis » (partagée avec la Moselle). On sait que le Conseil constitutionnel a imposé une « abrogation rampante » du droit « local ». Aussi longtemps que le principe de différenciation ne sera pas reconnu, cette érosion insidieuse se poursuivra dans une large indifférence, la population veillant davantage à « ses » jours chômés (Saint-Etienne et Vendredi-Saint) qu’au respect du Code des communes. La reconnaissance d’un pouvoir normatif alsacien, serait conforme au principe de subsidiarité reconnu par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité culturelle perturbée et menacée. La langue régionale (dans ses versions dialectale et littéraire) se meurt, et les efforts menés pour soutenir sa transmission aux nouvelles générations sont voués à l’échec sans soutien des familles, des entreprises, de la société et des pouvoirs publics. L’Etat « profond » (centraliste et jacobin) fait tout pour saboter les projets de réforme d’Emmanuel Macron. Sur le modèle de la Corse, il faut imposer l’apprentissage obligatoire de l’alsacien et de l’allemand à l’école dès la maternelle (d’autant plus que la scolarisation obligatoire monolingue à trois ans aura un impact désastreux sur la connaissance du dialecte chez les enfants). Sans « déclaration d’état d’urgence culturelle », la disparition (programmée en haut lieu) de ce patrimoine sera un désastre pour l’Alsace, qu’il s’agisse du tourisme, des échanges avec les pays germanophones et du « bonheur d’être Alsacien » de ses habitants. L’Alsace n’est pas une « Bretagne de l’Est » avec une langue régionale cantonnée au folklore commercial !

Demain les régionalistes de toute obédience seront appelés à s’unir pour réussir le pari de la CeA: ne comptons pas sur les mouvements politiques nationaux pour une telle ambition, mais mobilisons nos propres capacités à imaginer une « Alsace nouvelle ».

Jacques Schleef

secrétaire général du Club Perspectives Alsaciennes secrétaire général adjoint du Mouvement pour l’Alsace,

Grand Est, mais où sont les économies ?

Alors que le Grand Est annonce des économies mirobolantes (1 milliard d’euros en 5 ans selon Philippe Richert et Jean Rottner), la réalité des comptes montre des choses bien différentes…

Notre analyse du budget 2018 du Grand Est vient d’être publiée par Les Echos. On y découvre que contrairement aux promesses, les charges de personnel tout comme les charges à caractère général augmentent.

En conséquence, les fonds disponibles pour l’investissement sont en fort recul, obligeant la région à réduire ses investissements de près de 40 millions d’euros par rapport aux prévisions. Il apparait de plus en plus clairement que les surcouts liés à la fusion des régions fait du tort à l’Alsace et à ses voisins, réduisant des investissements qui auraient été réalisables si on était resté dans le cadre des trois régions.

L’Assemblée nationale a lancé une mission d’évaluation de la loi NOTRe, qui doit rendre ses conclusion en octobre. Serait-ce enfin l’occasion de dresser un premier bilan des nouvelles grandes régions technocratiques, et d’envisager le retour à un découpage régionalplus cohérent ?

Pour une collectivité à statut particulier !

Alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à légiférer sur le projet de fusion des deux Départements alsaciens, de nombreuses personnalités semblent s’être converties à l’idée d’une Alsace bénéficiant, comme la Corse, d’un statut particulier. Que ne l’ont-elles pas dit lors de la création du Grand Est ! Il faut dire qu’en 2015, Roland Ries était encore socialiste et que le président de la République s’appelait François Hollande.

Les citoyens sont en droit d’exiger clarté et cohérence dans le débat sur la Collectivité européenne d’Alsace, au moment où se prépare l’unification des deux départements du Rhin :

  • comment l’articulation entre le Grand Est et la CeA pourra-t-elle fonctionner, si la région transfère à l’Alsace certaines missions ? les questions de financement et de personnel, mais aussi de procédure décisionnelle seront cruciales. Mais à l’heure actuelle, aucune compétence ne sera transférée de la région, ce qui signifie que la CeA restera sous tutelle du Grand Est pour ce qui concerne les compétences régionales.
  • de même, comment vont s’organiser les relations « triangulaires » entre Etat, région et CeA si celle-ci est dotée de compétences d’Etat, devenant ainsi plus « forte » que la région ? Cette architecture, ni pyramidale, ni fédérale, est parfaitement instable et risque de s’effondrer à tout moment (au plus tard après les élections de 2021).
  • quel sera le mode de scrutin de la CeA ? S’il s’agit de copier le modèle actuel des Départements, sans aucune dose de proportionnelle, la nouvelle collectivité ne sera rien d’autre qu’un département « relooké ». Au lieu de reposer uniquement sur les cantons, un scrutin où une partie des élus se présenteront sur une liste au niveau Alsace obligerait les partis à proposer un projet global pour l’Alsace. Cela permettrait aussi une véritable représentation des différents courant politiques, y compris minoritaires, ce qui renforcerait l’adhésion de la population à cette nouvelle institution.

A minima, si le gouvernement se cramponne à la CeA, il doit accepter de transférer des compétences significatives anticipant le droit à la différentiation. Le problème, c’est que la révision de la Constitution nécessaire à la différentiation est actuellement bloquée par les sénateur LR, alors que ces derniers devraient s’affirmer comme ses fervents partisans ! Et en l’absence de différentiation, le projet de CeA se heurterait alors à de graves risques juridiques d’inconstitutionnalité.

Etant donné que le droit à la différentiation semble compromis, il reste néanmoins une dernière option. Sous la pression de l’opinion (cf. sondages) et des parlementaires (pas seulement alsaciens !), Jacqueline Gourault peut encore renoncer à ce projet de CeA au rabais. Le plus simple serait de remplacer le projet de loi actuel par un texte autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance d’ici le printemps 2020, afin de préparer une « collectivité à statut particulier » répondant aux exigences d’une démocratie moderne et européenne.

Outre le risque juridique, le refus obstiné de Paris de faire droit aux demandes légitimes des Alsaciens pourrait aussi bien aboutir à un « accident politique » majeur. Car aujourd’hui, les Alsaciens ne sont plus dupes. Gageons qu’en cas d’échec, ils sauront le faire savoir dans les urnes.

Football : déculottée pour la ligue Grand Est

Coup de tonnerre à la ligue de football du Grand Est, les représentants des clubs ont rejeté le budget 2019-2020. Avec 47 % contre, 32 % pour et 21 % d’abstention, la défaite est cuisante pour le président Albert Gemmrich. Un tel affront est un évènement rare et lourd d’enseignements.

Mais pourquoi les clubs ont-ils rejeté le budget proposé ? Les informations livrées par les DNA sont sidérantes. Rappelons que c’est Albert Gemmrich qui a organisé la liquidation des ligues d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne au profit d’une ligue du Grand Est. Le football alsacien a ainsi été relégué du rang de ligue à celui d’un simple « district ». Tout cela s’est fait sur la promesse d’économies et d’efficacité.

Pour quel résultat ? On apprend maintenant que depuis la fusion, la nouvelle ligue a siphonné 400 000 euros de ses fonds propres. Et avec des recettes en berne et des dépenses difficilement compressibles (frais kilométriques, harmonisation des salaires), la situation ne va faire qu’empirer. Pour compenser les surcouts liés à la fusion des ligues, le budget prévoyait d’augmenter le prix des licences d’un euro pour toutes les catégories, ainsi que les droits de changement de club. A défaut d’économies, on taxe !

Les clubs qui ont sauté dans la fusion des ligues les deux pieds en avant s’en mordent maintenant les doigts. Pourtant, en 2016, Jacques Schleef (ancien membre du comité d’éthique de la ligue d’Alsace de football) et Dominique Lihrmann (président des éducateurs de football d’Alsace) avaient mené la fronde contre la fusion. Mais les présidents de clubs ont préféré suivre Albert Gemmrich. Il est vrai qu’avec ses fausses promesses, ce dernier n’a pas vraiment joué fair-play.

Nous avons une proposition très simple : reconstituer la Ligue d’Alsace de Football ! Cette ligue a très bien fonctionné pendant un siècle. Et pourquoi ne pas réfléchir à organiser des compétitions avec des clubs du Pays de Bade voisin ? Cela coutera sans doute moins cher en déplacement que d’aller dans l’Aube ou les Ardennes.

Européennes : l’avenir de l’Alsace largement oublié dans le débat !

Le résultat des élections européennes en Alsace confirme « l’alignement » politique  des deux départements du Rhin sur la France « de l’Intérieur » Le temps de la défunte Majorité Alsacienne est révolu… Il reste quelques spécificités locales, avec un ancrage rural fort du RN et la bonne implantation de LREM dans les zones urbaines, mais ces particularités ne font pas un « particularisme ».  Quelles leçons peut-on tirer du scrutin ?

Territoire qui se veut « européen » par excellence (en attendant la future Collectivité européenne d’Alsace !), l’Alsace ne participe pas vraiment davantage au vote que le reste du pays ; il n’a donc pas eu de « référendum » pour le maintien du siège du Parlement à Strasbourg, ce qui aurait été un thème de campagne intéressant.

Le « légitimisme » traditionnel en faveur du pouvoir présidentiel a joué un certain rôle, notamment parmi les électeurs âgés et les catégories sociales les plus aisées ; les « gagnants » de la mondialisation se reconnaissent dans les choix de réforme d’Emmanuel Macron.

Alors que les LR enregistrent une « raclée » magistrale (avec un leader impopulaire comme L. Wauquiez), le RN « plafonne », faute de relais crédibles sur place ; ayant renoncé à la sortie de l’euro, le mouvement souverainiste conserve sa fonction tribunicienne de protestation et de « balai dégagiste ».

Les municipales se profilent à l’horizon : à Strasbourg, Alain Fontanel n’est pas encore élu, car LREM a besoin d’alliances face à d’autres ambitions. Dans le débat public, l’avenir de l’Alsace a été largement oublié, alors même que l’Europe (intégration transfrontalière, diversité culturelle, etc.) est le cadre  fondamental pour l‘avenir des jeunes générations.

Strasbourg : le crépuscule dans le brouillard – en attendant l’orage libérateur ?

Alors que se profilent les élections européennes, puis les municipales en 2020, voici l’analyse du CPA sur la situation politique – hautement complexe – de la capitale alsacienne.cathedrale

Roland Ries doit gérer une fin de mandat politiquement confuse: la liste victorieuse de 2014 s’est délitée au fil du temps, et le ralliement de Fabienne Keller à Emmanuel Macron à la faveur des élections européennes montre combien la situation municipale est perturbée :

  • malgré ses réseaux et la « ressource administrative » (subventions, etc.), le PS devrait perdre la ville et le contrôle de l’Eurométropole, dont le mode de gouvernance n’est pas vraiment un modèle démocratique (GCO, etc.).
  • Sauf irruption d’une autre personnalité, l’ancien député Jean-Philippe Maurer est en bonne position pour porter les couleurs LR, même si le parti n’est pas sorti de la crise d’identité et de leadership qui le mine depuis 2017.
  • Alain Fontanel tente le va-tout pour s’imposer à la tête de LREM, en utilisant évidemment ses liens « familiaux » avec la présidence de la République pour distribuer les colifichets nécessaires.
  • Robert Herrmann semble avoir tiré les conséquences de la situation et reste en retrait d’une polémique où il n’a rien à gagner. Encore président de l’EMS, il ne peut que constater l’échec de la stratégie des dernières années !
  • suivant le chemin de Catherine Trautmann, la future ex-sénatrice Keller trouvera bientôt une fin de carrière honorable au Parlement européen, sans pouvoir cependant se parer du titre « d’ancienne ministre »

Par contre le Parlement Européen pourrait bien quitter le Wacken au cours du prochain mandat, l’Allemagne ayant lâché Strasbourg au profit de Bruxelles (sans protestation « forte » du président Macron).

Derrière les divisions strasbourgeoises, un nouveau consensus émerge : on ne parle plus du « siège », mais de la « capitale européenne », ce qui permettra de réclamer des compensations lorsque le départ sera devenu inévitable et qu’on voudra garder un « statut international » de référence…  Le 70ème anniversaire du Conseil de l’Europe pourrait aider, en termes de communication, à légitimer ce changement de position.

 

L’Alsace au cœur du débat

La semaine prochaine, le Sénat va entamer l’examen du projet de loi « Alsace ». A vrai dire, ce ne sera plus le texte du gouvernement, puisque la Commission des Lois de la Haute Assemblée a adopté plusieurs amendements essentiels pour les compétences de la future collectivité départementale, tant en matière culturelle que pour les missions économiques qui pourraient lui être confiées, au détriment du Grand Est (voir le texte ici).

Les parlementaires font donc leur travail, et il est remarquable de constater l’intérêt que suscite la « question d’Alsace » au Palais du Luxembourg. De nombreux sénateurs ont perçu l’enjeu de cette loi pour la décentralisation en France et le respect des identités territoriales (une revendication des « Gilets Jaunes »).

Nul doute que le dernier sondage de l’IFOP a ébranlé plus d’un élu et que l’idée de corriger la réforme NOTRe de 2015 progresse dans les esprits. Mais, soyons vigilants: c’est l’Assemblée nationale qui « aura le dernier mot » à l’issue de la procédure, et les députés LREM sont largement majoritaires au Palais-Bourbon.

 Il faut donc que les Alsaciens se battent sur plusieurs fronts :

  • d’une part, la pression populaire (« à l’Algérienne »)   doit rester forte entre Wissembourg et Saint-Louis, pour montrer aux décideurs locaux qu’un « ersatz d’Alsace » n’est pas acceptable au Parlement,
  • il faut convaincre que le respect de la volonté démocratique de la population est indispensable pour la crédibilité même du système institutionnel (à la représentativité contestée),
  • et, sans doute, au Conseil constitutionnel, un risque de censure, sur la base de l’avis du Conseil d’Etat, ne peut être exclu pour les articles les plus  « progressistes » que le pouvoir pourrait accepter pour faire retomber la responsabilité de l’échec sur les sages de la rue de Montpensier).

A l’issue de la procédure, le caractère ‘hybride » de l’Alsace proposée par Jacqueline Gourault restera une faiblesse « génétique » aussi longtemps que le droit à l’expérimentation sera (article 72) limité à 5 ans et que le droit à différenciation demeurera « dans les limbes ».

La sortie du Grand Est et le retour à une région Alsace (monodépartementale) est la seule solution viable, car la région actuelle (de Sedan à Mulhouse) ne pourra pas résister à l’existence en son sein d’une Alsace politiquement et juridiquement distincte.

Dans cette bataille, le combat continue !

Sondage IFOP : la bataille d’Alsace peut commencer

Hasard du calendrier: au moment où le gouvernement mettait la dernière main au projet de loi relatif à la création d’une entité territoriale alsacienne, l’IFOP réalisait, à la demande des clubs de réflexion (Club Perspectives Alsaciennes et Initiative Citoyenne Alsacienne, une nouvelle enquête d’opinion sur les attentes des citoyens des deux départements du Rhin après la « Déclaration de Matignon » d’octobre dernier.

Pour éclairer la situation née de ce « compromis » politiquement et juridiquement bancal, il convient donc de mettre en résonance le texte législatif et ce sondage:

  • la majorité des Alsaciens sait que le Haut-Rhin et le Bas-Rhin vont fusionner le 1er janvier 2021; cependant, sauf vote contraire du Parlement, cette décision aboutira à la naissance de la « Collectivité européenne d’Alsace », qui sera le nom d’un département et non d’une région de plein droit ou d’une collectivité à statut différencié (sur le modèle Corse) !
  • la CeA n’obtiendra pas les compétences réclamées avec force par la population; le sondage a confirmé la stabilité des revendications des Alsaciens, qui vont de l’économie à la culture en passant par l’enseignement et les médias.
  • le gouvernement entend bien gérer le dossier de manière jacobine, grâce à l’outil des ordonnances qu’il peut mettre en œuvre à sa guise (avec un contrôle démocratique limité et des départements en situation de « mendicité politique »).
  • bien entendu, les élus sont rassurés; malgré une situation démographique contrastée, les cantons actuels resteront le cadre du vote en 2021, un redécoupage devant intervenir d’ici 2027; dans ces conditions, l’émergence d’un débat « alsacien » est peu probable, les enjeux locaux étant plus importants que l’intérêt général.
  • Paris veut être débarrassé du dossier au plus vite; en effet, un groupe non négligeable de personnes interrogées affirme être prêt à sanctionner un parti qui « piétinerait » leur volonté de bâtir une ‘vraie » Alsace; lors des prochains débats, tant la majorité que l’opposition seront sur leur garde.
  • enfin, la sortie du Grand Est reste le « grand tabou » du texte, conformément à l’oukase du président de la République (pas de statut particulier, pas de sortie de la région); or, les 2/3 des Alsaciens exigent une abrogation de la réforme Hollande – ce n’est pas la « réformette Macron » qui va les satisfaire !

Deux points positifs doivent être retenus :

  • l’Alsace est présentée comme « européenne »; les départements sont appelés à
    « européaniser » dès maintenant leur action; les négociations sur la
    coopération transfrontalière et l’enseignement de l’allemand comme langue
    régionale sont l’occasion d’affirmer cette ambition (autorisée par le traité
    d’Aix-la-Chapelle).
  • la discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat offre des perspectives intéressantes, en particulier pour les élus alsaciens qui ont dorénavant toutes les « armes » pour convaincre leurs collègues, les résultats du Grand Débat National sur la décentralisation pouvant aussi être exploités à bon escient.

La pression populaire est indispensable pour « pousser l’équipe d’Alsace » dans le match qui devrait commencer en avril prochain. Il faudra aussi se « méfier » de l’arbitre, car le Conseil constitutionnel pourrait menacer les avancées (les « buts ») obtenus par les députés et sénateurs pour inscrire dans la future loi les résultats du dernier sondage.

Les chiffres clés du sondage

– 60% des sondés ont entendu parlé de la Collectivité européenne d’Alsace.
– 90% en moyenne des sondés souhaitent disposer pour l’Alsace des compétences suivantes (formation professionnelle, transport, coopération avec les voisins suissss et allemands, enseignement bilingue, développement économique et tourisme, promotion de la culture alsacienne, audiovisuel).
– 66 % ( les 2/3) souhaitent que l’Alsace sorte du Grand Est.
– 58 % disent que la non prise en compte de leur souhait pour l’Alsace influera sur leur choix aux futures échéances électorales.
– 85% souhaitent s’exprimer sur la question par référendum.

sondage complet IFOP février 2019 (PDF)

Pourquoi l’Alsace doit redevenir une Région

L’Association de Prospective Rhénane vient de publier une note actualisée de la contribution orale de Jean-Philippe Atzenhoffer à la conférence sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, du 10 octobre 2018 à la Faculté Eco-Gestion de l’Université de Strasbourg.

Basée sur la recherche récente en économie, l’idée principale de l’auteur est que la dilution de l’Alsace dans le Grand Est risque d’affaiblir l’identité de l’Alsace, ce qui serait une perte néfaste pour sa dynamique économique.

Lien vers la note : culture, identité, et institutions

Grand Débat National : réunions sur l’avenir de l’Alsace

Voici les réunions qui seront organisées sur l’avenir de l’Alsace, dans le cadre du Grand Débat National. La question alsacienne s’inscrit dans les thèmes de l’organisation de l’Etat et les services publics ; la démocratie et citoyenneté.

  • Haguenau, le 1er février à 18h30 à l’école ABCM-Zweisprachigkeit, 50 rue Ettore Bugatti
  • Mulhouse, le 6 février à 18h30 à l’hôtel Bristol, 18 avenue de Colmar
  • Altkirch, le 7 février à 18h30 à la Halle au blé, 1 place Xavier Jourdain
  • Colmar, le 8 février à 18h30 à l’hôtel Bristol, 7 place de la Gare
  • Strasbourg, le 11 février à 18h30 au centre culturel alsacien, 5 bd de la Victoire
  • Rosheim (pour la région d’Obernai à Molsheim), le 13 février à 18h30 au restaurant à la Croix d’or, 3 rue du Gal de Gaulle
  • Wissembourg, le 18 février à 18h30, à la Nef, 6 rue des écoles
  • Kintzheim (pour la région de Sélestat), le 20 février à 18h30 à l’hôtel Au Parc des Cigognes, route de Sélestat
  • Saverne, le 25 février à 18h30, à la Maison de l’emploi, Pays de Saverne Plaine et Plateau, 16 Rue du Zornhoff

Nous vous invitons à participer à ces conférences, et à faire entendre vos souhaits pour l’avenir de notre région ! Des membres fondateurs du Mouvement Pour l’Alsace viendront aussi présenter et discuter de la démarche de cette nouvelle association.

A nos morts

Dans toutes les communes de France, les monuments patriotiques érigés après la 1ére guerre mondiale portent l’inscription «  Morts pour la France ». Toutes les communes ? Non, car en Alsace et en Moselle la formule retenue pour rendre hommage aux victimes civiles et militaires des deux conflits de la première moitié du 20ème siècle est « A nos morts » puisque la plupart d’entre eux sont tombés sous l’uniforme allemand.

Aujourd’hui la population de l’ancienne Alsace-Lorraine n’est pas constituée uniquement de descendants de ces soldats ; un nombre important de nos concitoyens est issu de familles dont les fils ont donné leur vie pour la France et aussi pour l’Alsace, même si leurs noms ne sont pas gravés sur nos monuments.

Le 11 novembre nous devons exprimer notre gratitude et notre respect aussi bien aux victimes alsaciennes des deux guerres mondiales qu’aux combattants venus d’ailleurs ( de France, de l’Empire colonial et des pays alliés) qui sont tombés au champ d’honneur pour permettre de construire la paix et la démocratie dont nous bénéficions aujourd’hui.

Ainsi l’Alsace exprimera à la fois son ouverture et sa capacité d’intégration ainsi que son attachement à son identité et à son histoire.

Message envoyé aux associations des maires du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, afin qu’ils puissent affirmer  sans ambages leur attachement à l’histoire régionale et à notre identité politique.

Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Le 4 novembre prochain, vous serez à Strasbourg pour y commémorer – avec le Président de la République fédérale d’Allemagne Frank-Walter Steinmeier- le 100ème anniversaire de l’Armistice de la Première Guerre mondiale; cet événement constituera à la fois un symbole et un signal pour l’amitié franco-allemande, après plusieurs conflits aux conséquences si tragiques pour l’Alsace depuis le XVIIè siècle. Les Alsaciens se réjouissent de cette relation fondamentale pour la construction d’une Europe unie et démocratique.

Après l’accord signé à l’Hôtel Matignon le 29 octobre, votre visite doit être l’occasion de répondre aux aspirations d’une large majorité des citoyens des deux départements du Rhin. Pour que vous soyez vraiment le bienvenu, ils attendent de vous un message clair concernant leurs revendications à propos de l’avenir de leur « petite Patrie ». En effet, la réforme territoriale de 2015 a été ressentie comme une erreur politique et une véritable insulte à son Histoire.

Pour être un succès, votre séjour sur les bords de l’Ill doit être marqué par des engagements précis concernant la future collectivité à compétences particulières dont la création a été annoncée par le gouvernement dans les prochains mois :

  • sans préjudice de la révision de la Constitution, son statut devrait permettre une organisation institutionnelle adaptée à l’héritage historique et à la diversité géopolitique de l’Alsace ; l’attribution de compétences normatives, sous le contrôle du Conseil d’Etat et du Conseil constitutionnel, serait une avancée décisive pour la décentralisation et permettrait de faire vivre le droit local.
  • en matière économique, cette collectivité devrait se voir attribuer des missions stratégiques qui relèvent actuellement du Grand Est et de l’Etat ; les infrastructures de transport (rail et routes), l’aménagement du territoire, l’agriculture, l’économie, le tourisme et l’environnement paraissent être des domaines où la spécificité de l’Alsace exige l’attribution de vrais pouvoirs à ladite collectivité.
  • en matière d’enseignement et de culture, la promotion de la spécificité régionale et sa transmission aux nouvelles générations sont devenues des préoccupations majeures pour nos concitoyens ; là aussi, l’Etat doit respecter ses engagements en faveur du bilinguisme français-allemand, ce que souligneraient la ratification de la Charte européenne des langues régionales et la création d’un organisme de radiotélévision accordant une large place au dialecte et à la langue allemande.
  • la coopération transfrontalière et l’intégration européenne doivent être des atouts pour l’Alsace ; face à ses interlocuteurs allemands et suisses, sa crédibilité et son efficacité dépendront des responsabilités et des moyens que l’Etat et le Grand Est lui auront transférés pour améliorer sa compétitivité dans l’espace rhénan.

Monsieur le Président, le malaise alsacien ne sera pas dissipé par de vaines paroles. L’exemple du Grand Contournement Ouest est éloquent : la procédure utilisée pour ce chantier illustre les incohérences de la gestion du trafic autour de l’Eurométropole de Strasbourg et la nécessité de transférer à la collectivité la compétence en matière d’infrastructure de transport (y compris les autoroutes à péage). Pour de nombreux alsaciens le GCO laisse le sentiment d’une compensation en faveur d’intérêts privés alors que la protection de l’environnement et des terres arables dans un territoire très urbanisé semble passée au second plan. Voilà aussi un sujet qui aurait mérité un référendum !

Reconnu par l’Unesco, le Münster de Strasbourg, véritable « cathédrale de l’impossible » est le plus beau cadeau de l’Alsace au monde ; nous attendons de la France qu’elle accorde aux Alsaciens les moyens de bâtir pour leur région un avenir qui soit à la hauteur de son passé.

Dans cet espoir, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération républicaine.

Jean-Daniel Zeter Président du Club Perspectives Alsaciennes

L’Alsace et le CGO

par François Robert, Président du Théâtre de Truchtersheim, membre d’Alsace Nature et du Club Perspectives Alsaciennes. Article paru dans l’ami hebdo du 2 septembre.lovely-elsa-dit-non-au-gco_2

Madame Wonner est la seule député qui s’oppose frontalement au GCO. Il faut l’en remercier et la féliciter d’oser affronter le rouleau compresseur de Vinci soutenu par une grande partie du monde politique alsacien.
L’autre soir, à la fête du « collectif GCO non merci » à Kolbsheim, madame Wonner fustigeait les députés alsaciens qui d’une part soutiennent la création d’une collectivité alsacienne propre et par ailleurs défendent un projet aussi dévastateur que le GCO.

Faut-il absolument opposer l’Alsace et l’environnement ? Ne peut-on pas être défenseur d’une Alsace sans GCO ?

Nous sommes bien d’accord :

  • Le GCO prend 350 ha de forêts et d’excellentes terres cultivables du Kochersberg.
  • Le construction du GCO a enregistré 7 avis négatif de la part d’ instances officielles. Excusez du peu !
  • Le GCO va polluer encore plus notre pauvre plaine d’Alsace, déjà bien mal en point et coûter très cher.
  • Enfin, officiellement le GCO n’a pas pour but de régler la circulation sur Strasbourg, et ceci très officiellement ! Ce qui veut dire que, après la construction du GCO, nous aurons exactement les mêmes bouchons qu’avant, notamment dans le Kochersberg.
    Le GCO est donc une grosse calamité pour les Alsaciens.

Seulement voilà, la seule chose qui peut encore mettre le GCO en péril, c’est l’instauration de l’écotaxe en Alsace. En effet, la Maut (l’écotaxe allemande) est omniprésente en Allemagne sur les autoroutes et bientôt sur les routes nationales. De ce fait l’ensemble des camions sur l’axe Nord-Sud, s’est déjà reporté, ou va se reporter sur les routes alsaciennes. Elle fera accessoirement l’affaire de Vinci qui va empocher le gros lot avec le péage sur la portion d’autoroute du GCO.

Seule l’écotaxe sur l’axe Nord-Sud alsacien pourra faire revenir les deux mille camions quotidiens sur leur parcours naturel côté allemand et du coup rendre le GCO de Vinci inutile, en tous cas sa rentabilité bien moins évidente !.

Or, il est pratiquement acquis que l’écotaxe ne se fera pas au niveau national. Ni la ministre des transports, ni les grands partis politiques, ni l’Elisée n’ont envie de se brûler les doigts. Tout le monde regrette sa non mise en application mais personne ne veut s’y coller !

Alors, la seule alternative, c’est la création d’une collectivité à statut particulier, c’est à dire la création d’une Alsace avec des compétences particulières, notamment le bilinguisme et les transports. Avec le transfert de la compétence des routes nationales à l’Alsace, celle-ci pourra instaurer l’écotaxe uniquement en Alsace, et éviter ainsi les lenteurs parisiennes et les bonnets rouges de nos amis bretons !

La seule solution pour faire barrage au GCO est locale ! A Paris, tout le monde est décidé à passer outre à toutes les recommandations négatives des organismes consultatifs. Même Nicolas Hulot ne s’était pas mouillé !
Il semble donc particulièrement contreproductif d’opposer les revendications pour une Alsace à statut particulier qui puisse décider de son avenir et en particulier de son infrastructure routière, et d’autre part le combat de citoyens lucides et déterminés contre l’hydre de Vinci et son projet mortifère pour l’Alsace.

François ROBERT

Pour un statut particulier

par Jean-Philippe Atzenhoffer. Article paru dans Land un Sproch 206, juin 2018.


identite alsacienneLa disparition de la région Alsace au profit du Grand Est fait naître la crainte d’un effacement progressif de l’identité alsacienne. En affaiblissant la visibilité de l’Alsace et en la privant des moyens publics de valoriser la culture régionale, le risque de délitement est en effet majeur, ce qui aurait des conséquences économiques très néfastes. Retrouver une collectivité propre est aussi urgent qu’indispensable.

Contrairement aux autres pays d’Europe, l’organisation institutionnelle régionale de la France tient peu compte des réalités historiques et culturelles telles quelles sont vécues par les habitants. La loi NOTRe, en instituant de grandes régions aux contours largement artificiels, renforce cette négation du fait régional.

Il s’agit d’une double erreur. D’une part, la rationalisation espérée laisse la place à un fonctionnement lourd et complexe des nouvelles régions, source de surcoûts et d’inefficacités. D’autre part, en heurtant les identités régionales, on crée de la défiance entre les citoyens et les institutions, ce qui est néfaste pour le développement économique. Au contraire, la France aurait tout intérêt à valoriser ses identités et cultures, qui sont des facteurs positifs de développement.

Depuis une vingtaine d’années, les études académiques nous permettent d’appréhender le lien entre la culture régionale et le développement économique. Notamment, on sait que le principal aspect positif d’une culture régionale est qu’elle a tendance à renforcer les liens de confiance entre les habitants. Le chercheur italien Guido Tallabani a montré en 2005 que la culture régionale, vecteur de confiance et de respect de l’autre, a un lien fort avec le développement économique. Ceci est confirmé par une étude statistique montrant que le niveau de confiance dans les 289 régions européennes est corrélé positivement avec le PIB régional (Weckrotha, Kemppainen et Sørensen 2015).

Or, les difficultés économiques de la France viennent justement d’un problème de confiance. Les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg ont montré que le climat de défiance généralisée en France est un handicap majeur pour l’économie. Par conséquent, la France gagnerait à doter l’Alsace d’institutions correspondant aux désirs de ses habitants, au lieu de les heurter en imposant une région artificielle génératrice de défiance.

Institutions et identité

Une opinion assez répandue parmi ceux qui ne comprennent pas le malaise causé par la disparition de la région Alsace est que les institutions n’ont aucun rapport avec l’identité. Par exemple, Jean Rottner affirme : il faut oublier les régions historiques, pas nos identités (DNA du 28 février 2018). Ce faisant, il suppose qu’il n’existerait aucun lien entre les institutions et les identités régionales.

Le problème, c’est que cette prétendue dichotomie entre les institutions et l’identité est démentie tant par de nombreux exemples historiques, que par la recherche récente en économie. Alberto Alesina, professeur à Harvard de renommée mondiale, a recensé en 2015 des centaines d’études scientifiques qui étudient justement les relations entre l’identité et les institutions. Il apparaît que la culture et l’identité – définis comme les valeurs partagées en commun par des groupes d’individus – ont un impact réel sur l’évolution et le fonctionnement des institutions locales. Mais surtout, les institutions ont en retour une influence sur les valeurs partagées par les individus.

Par exemple, suite à la division de l’Allemagne entre la RDA et la RFA, les mentalités collectives ont divergé ; les habitants de la RDA ont développé une préférence plus marquée pour l’interventionnisme de l’État dans l’économie. Depuis la réunification, on constate une convergence des valeurs, qui devrait être complète d’ici deux générations. Ce processus très graduel est difficilement tangible et perceptible, mais les enquêtes réalisées périodiquement montrent qu’il est bien réel.

D’une manière générale, les régions ayant une reconnaissance institutionnelle conservent une culture régionale bien plus vivace car les habitant s’identifient plus facilement aux symboles représentant leur identité. Elles ont bien évidemment aussi les capacités de mettre en place des politiques publiques pour soutenir la culture régionale. C’est le cas du Pays Basque ou de la Catalogne en Espagne, où l’identité est plus vivante que du côté français. C’est aussi le cas du Pays de Galles, en pleine renaissance depuis que le gouvernement britannique l’a doté d’une assemblée en 1999, et dont les moyens d’actions ont été étoffés depuis.

Quant à l’Alsace, sa culture est le fruit d’une histoire institutionnelle mouvementée, à la reconnaissance institutionnelle très aléatoire. Mais hormis la tragique période nazie, elle n’a jamais été intégrée dans un ensemble plus vaste qui tend à effacer sa visibilité. Le Grand Est est nocif car il casse l’image de l’Alsace et sa représentation symbolique (disparition des plaques minéralogiques, etc.). Cet effet pervers, qui avait déjà été souligné par l’institut européen Jacques Delors en 2015, est en train de se produire.

L’identité, un atout majeur

Depuis plus d’une vingtaine d’année, les travaux académiques portant sur l’économie locale et l’innovation montrent que les identités collectives sont sources de développement économique. Dans le cas particulier de l’Alsace, le principal avantage économique lié à l’identité alsacienne est son intégration avec les autres régions du Rhin Supérieur. La langue régionale est un facteur décisif pour le travail transfrontalier, mais aussi pour l’implantation d’entreprises et l’exportation vers les pays germanophones. Toutefois, cet avantage de l’Alsace s’érode, avec des conséquences économiques particulièrement néfastes.

En Europe, les régions frontalières sont moins performantes que les autres, en raison des obstacles légaux et administratifs qui freinent les échanges. L’Alsace n’échappe pas à ce constat, bien au contraire. Selon une estimation de 4 économistes italiens réalisée en 2017 pour le compte de la Commission Européenne, les obstacles transfrontaliers font perdre 15% du PIB à l’Alsace, ce qui est considérable. En effet, l’Alsace ne tire pas suffisamment profit de sa position géographique car en plus des obstacles administratifs, le Rhin est en train de devenir une frontière linguistique et culturelle. Le fossé qui se creuse entre les deux rives du Rhin annihile les progrès accomplis dans l’intégration européenne, notamment sur le marché du travail qui reste cloisonné.

Un autre avantage de l’identité régionale vient du sens de l’engagement lié à au sentiment d’appartenance. Ainsi, l’Alsace a le taux de don monétaire le plus élevé de France (32% des foyers imposables, contre 23,4% en moyenne en France en 2014). On retrouve les mêmes résultats pour le don du sang. Le département du Bas-Rhin regroupe 2,6 % des dons pour 1,7 % de la population française, et le Haut-Rhin respectivement 2,0 % et 1,1 %. L’engagement associatif et le bénévolat sont également particulièrement développés en Alsace ou dans les régions culturelles comme la Bretagne.

Ainsi, en affaiblissant le sentiment d’appartenance à la communauté Alsace, on risque d’affecter négativement la générosité et l’engagement associatif. La dégradation des liens de solidarité serait en outre préjudiciable à la confiance, facteur clé de succès économique.

Pour un statut particulier

Face à la menace de délitement progressif de l’identité alsacienne, un sursaut est nécessaire. Il est primordial de retrouver une collectivité propre qui représente les Alsaciens et valorise leur culture. Valoriser l’identité alsacienne – savant mélange de cultures française et allemande – ne peut être que profitable pour le développement économique du Rhin Supérieur.

 

Mais pour pouvoir bâtir un véritable projet global de développement, encore faut-il disposer d’un outil adapté. Certains proposent de reléguer l’Alsace au rang de simple Département, mais cette option ne résoudrait rien. D’une part, cela serait ressenti comme une nouvelle humiliation. D’autre part, les compétences d’un département (même amélioré), ne seraient pas à la hauteur des enjeux.

La seule solution est de faire de l’Alsace une collectivité à statut particulier. Dans l’idéal, cette collectivité exercerait les compétences départementales et régionales, ainsi que celles de l’État quand elles concernent les spécificités de l’Alsace. A terme, la sortie du Grand Est est indispensable pour mettre fin à la défiance que génère cette création technocratique et supprimer une couche du mille-feuille en regroupant les compétences dans la nouvelle collectivité Alsace. Faire une collectivité à statut particulier dans le Grand Est n’est souhaitable que dans la mesure où elle constituerait une étape avant que l’Alsace retrouve sa place pleine et entière au sein des régions de France.

Les mauvais calculs du Grand Est

Communiqué CPA du 20 juillet 2018

La région Grand Est conteste la révélation de ses frais liés aux déplacements, en hausse de 51% en deux ans, passant de 2,1 à 3,2 millions d’euros. Selon la région, qui nous accuse de donner de faux chiffres, la hausse serait de « seulement » 30%, soit 250 000 euros. Pourquoi cette différence ?

Frais de déplacement oubliés…

frais de déplacementPour réaliser nos calculs, nous avons additionné l’ensemble des frais de déplacement, c’est à dire ceux des élus du conseil régional, mais aussi ceux du CESER, les déplacements « extérieurs », ainsi que les dépenses de carburant. Il est logique d’intégrer ces éléments, car ils font tous partie des « frais généraux » de la collectivité. Quant à la région, elle affiche un montant plus faible car elle oublie une grande partie des frais en ne comptant que celui des élus régionaux. Notre chiffre est donc plus complet et représente mieux la réalité que celui donné par la région. Et encore, nos données ne concernent que la collectivité régionale, et n’intègrent pas ceux des services de l’Etat et de toutes les associations et ligues sportives que l’on a forcé à fusionner.

Frais généraux en baisse ?

Par ailleurs, la région affirme que la hausse des coûts des déplacements est insignifiante à côté de  106 millions d’euros d’économies par an en communication, fonctionnement général, ressources humaines. Chiffre invérifiable, mais surprenant. Globalement, les « frais généraux » nécessaires au fonctionnement de la collectivité (chapitre 930) ressortent en hausse : 122 millions d’euros en 2016, 128 en 2017, et 133,4 prévu pour 2018. Les dépenses de communication et les frais de personnel contribuent d’ailleurs à cette hausse.

Taux d’épargne brut inférieur à la moyenne

La région vante un taux d’épargne brute de 19%, qui représente la part des recettes de fonctionnement disponibles pour l’investissement. Ce taux est convenable, mais inférieur à la moyenne des régions françaises (20%), et bien inférieur à celui qu’avait la région Alsace en 2015 (22,2%). On ne peut pas dire que l’Alsace y ait gagné au change. La hausse des ressources pour l’investissement affichée par la région provient avant tout des transferts de compétences, dont ont bénéficié toutes les régions en 2017, qu’elles aient fusionné ou non. Par exemple, les dépenses d’investissement de la région Bretagne ont augmenté de 50% de 2016 à 2017 (+11% pour le Grand Est).

Économies d’échelle peu évidentes

Quant au milliard d’économies (rien que ça !) annoncé sur le haut débit et le ferroviaire, ils sont basés sur des comparaisons complètement biaisées, en comparant des contrats ayant des modalités différentes, dans des situations différentes. En réalité, les économies d’échelle sont très peu évidentes, bien loin du chiffre donné la par région.

Au final, les économies promises par le gouvernement ne sont pas au rendez-vous. La fusion des régions a occasionné de nouvelles dépenses, sans que les économies viennent les compenser. Pour l’essentiel, il ne s’agit pas d’un problème de gestion financière de la part de la collectivité, mais plutôt des effets pervers d’une fusion imposée par la loi NOTRe dans une totale improvisation, sans estimation préalable de l’impact économique.

Le Club Perspectives Alsaciennes s’engage pour obtenir à court terme pour l’Alsace une collectivité territoriale à statut différencié et la sortie du Grand Est avant 2021.

L’explosion des frais de déplacement du Grand Est

Les DNA viennent de publier un article relatif aux problèmes de déplacement liés à la taille du Grand Est (lien vers l’article réservé aux abonnés DNA). Cette question est importante, car la fusion des régions avait pour but (officiellement) de réaliser des économies sur les dépenses de fonctionnement (en particulier les charges à caractère général). Voici quelques éléments d’informations complémentaires.

Lorsqu’on regarde la situation du Grand Est, on constate que le coût des « services généraux » est en hausse. Il s’agit de charges liées à la gestion de la collectivité  (communication, rémunérations des agents, entretien des locaux, etc.). Parmi ces dépenses, on retrouve également les « frais de déplacement et de mission ».

Si l’on s’intéresse à ces dépenses, il est plutôt logique que ce poste soit en hausse au vu de l’accroissement des distances. La nouveauté, c’est que nous pouvons désormais mesurer la hausse des coûts. Pour cela, nous avons effectué la somme des 4 comptes des services généraux relatifs aux couts de déplacement, à partir des comptes administratifs du Grand Est pour 2016 et 2017, mais aussi des trois régions en 2015.

frais de déplacement

On constate qu’avec la fusion, les coûts augmentent de 17 %, puis augmentent encore plus rapidement entre 2016 et 2017 : + 30 %. Ceci peut s’expliquer car en 2016 une grande partie des structure n’avaient pas encore été réorganisées. Au fur et à mesure de la mise en place des institutions à l’échelle Grand Est, les coûts augmentent. Sur deux ans, de 2015 à 2017, la hausse est de 51 %.

Quelles sont les perspectives ?

Le budget prévisionnel 2018 du Grand Est n’est pas assez détaillé pour estimer précisément l’évolution future des coûts de déplacement. Toutefois, deux éléments nous permettent d’anticiper une évolution à la hausse :

  • les frais de déplacement « extérieurs » sont prévus à 1,7 million d’euros, soit une nouvelle hausse de 10% environ par rapport à 2017.
  • Le 13 juillet 2018, la Commission Permanente a décidé de rembourser les déplacements du Conseil Régional des Jeunes du Grand Est. Les élus ont reconnu que les coûts de déplacements devenaient trop lourd, que ce soit pour les jeunes ou les parents qui doivent les conduire sur de longues distances. Il s’agit de frais qui n’existaient pas auparavant (le Parlement Alsaciens des Jeunes n’avait aucune indemnité).

Sur la base de ces deux éléments, on peut donc anticiper une nouvelle hausse significative du budget consacré aux frais de déplacement et de mission pour 2018.

Grand Est : un mauvais coup porté au tourisme en Alsace

par Catherine Graesbeck, qui a dirigé le développement du Comité Régional du Tourisme (94-96) et a animé la mission « Noël en Alsace » (1997-2015).


L’Agence d’Attractivité de l’Alsace (AAA) a présenté le « pacte de destination » touristique de l’Alsace à Obernai le 15 juin 2018. Ce pacte correspond à une stratégie marketing coordonnée par la région Grand Est, en collaboration avec des acteurs publics et privés du tourisme.

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Ecotourisme, un beau projet noyé dans l’appellation Grand Est

Même si ce qui est proposé correspond globalement à ce qu’il serait souhaitable de faire, il y a une chose qui ne convient absolument pas : tout est proposé sous l’entête « Grand Est ». Or chacun sait que les destinations touristiques, c’est la Lorraine, la Champagne, les Ardennes et évidemment l’Alsace. Au niveau tourisme, Grand Est ne signifie rien ! C’est même pire : Grand Est évoque la Sibérie dans l’imaginaire collectif…

Les excellents résultats du tourisme en Alsace sont le fruit d’une action longue, persévérante et intelligente pour installer durablement la destination Alsace dans le cœur et l’esprit des clientèles. Mais l’entrée en vigueur de la loi NOTRe est un vrai désastre pour le tourisme et stoppe l’élan qui était engagé.

J’ai l’impression de revenir 30 ans en arrière lorsque nous « phosphorions » sur les Pays d’Accueil, préfiguration de ce que pouvait être l’intervention publique dans l’aménagement du territoire et le développement touristique du milieu rural. Entre temps, l’expérience nous a montré que le rôle essentiel dans l’accueil et le développement du tourisme revient aux professionnels (hébergeurs, prestataires de services, guides, conseillers de séjour…).

Avec la loi NOTRe, les collectivités reviennent sur le devant de la scène dans un registre qui n’est pas le leur. ça leur fait perdre de l’énergie, du temps, de l’argent pour un résultat tout à fait hypothétique dont on verra au mieux quelques résultats dans 30 ans.

Entre-temps, nous avons aussi pu mesurer l’attachement des clientèles à la marque Alsace et à ses identifiants, nous avons pu mesurer combien il faut de temps, de présence constante et d’investissements pour gagner des points en fréquentation.

Car, enfin j’en viens à la question qui fâche : que dire de cette grande Région qu’on nous a imposée ? Elle nous porte préjudice à tous ! La Lorraine qui, dans le tourisme a fait des avancées magnifiques ces dernières années. La Champagne, les Ardennes qui sont des destinations à part entière, mondialement connues, et qui ne gagnent rien à être noyées dans ce conglomérat qui nuit à la proximité. La disparition du mot Alsace ou seulement sa mise au deuxième plan comme nous l’avons vu lors de différents événements (le salon du livre à Francfort, l’ITB de Berlin…) désoriente les visiteurs et les insécurise, ce qui est néfaste pour nos affaires.

Lorsque nous avions à conquérir des marchés lointains, à développer des grands axes ou travailler sur des thématiques (l’oenotourisme, le fluvial…) nous avons su établir des partenariats et mener des actions communes. C’était le pragmatisme et l’expression du terrain ; pas les grandes idées et constructions fumeuses.
Comment expliquera-t-on aux grands opérateurs sur le net, TRIPADVISOR et consort, que les classifications administratives nuisent à la fréquentation touristique, que la seule référence aux capitales régionales nuit à l’espace rural et qu’il faut conserver le nom des régions historiques, qui elles seules parlent au public.

Je m’interroge sur la compétence des personnes qui ont en charge la communication du Grand Est, à moins qu’elles ne soient simplement « aux ordres » de ceux qui veulent effacer l’Alsace… On a l’impression qu’il s’agit d’imposer vaille que vaille « Grand Est ». Et pourtant, en tourisme on ne peut être efficace au niveau des clientèles et des populations locales qu’en déclinant les régions historiques : La Champagne, la Lorraine, les Ardennes, l’Alsace. On nous avait d’ailleurs laissé entendre que Grand Est ne serait qu’une dénomination administrative. Alors, qu’en est-il vraiment à ce jour ?

En ce qui me concerne, je ne peux qu’adhérer aux propositions faites par les Présidents des 2 départements du Rhin, Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry qui affirment que l’échelon départemental, ou plutôt celui de la future collectivité Alsace, est le plus pertinent pour assurer la pérennité du développement et le succès en matière de notoriété et de fréquentation.

Mirage et réalité

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Christian Hahn, président du Conseil Culturel d’Alsace, organisme consultatif rattaché à la région Grand Est, a donné sa vision sur l’avenir dans la langue régionale (DNA du 6/07/2018) à la suite d’un rapport contenant 20 propositions rendu fin mai à Jean Rottner. Mais ce dont il en ressort, c’est surtout l’absence de vision sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, alors que cette question est intimement liée à la valorisation de la culture et des langues.

Christian Hahn connaît la réalité linguistique et culturelle, mais aussi le rapport de forces politiques en Alsace :

  • avec 2% de locuteurs de moins de 10 ans, l’alsacien n’est plus une « langue menacée », mais une langue « en voie d’extinction » ; du fait même de l’absence de transmission familiale, le dernier dialectophone pourrait disparaître deux générations après le décès du dernier Malgré-Nous ;
  • dans de nombreuses écoles maternelles (et pas seulement dans les grandes villes), il n’y a probablement déjà plus d’enfants, ni d’enseignants « alsacophones » ;
  • il n’y a pas de bilinguisme français/allemand à défendre puisqu’il n’existe pas ; coupé de ses racines alémaniques, l’allemand est une langue étrangère, et il est évident que non seulement l’anglais, mais aussi l’espagnol et même le chinois seront plus attractifs pour les familles.

Alors, quelles sont les 20 propositions contenues dans le rapport du Conseil Culturel ? En réalité, nous n’en savons rien. Comme le rapport du préfet Marx sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, les 20 propositions du « Groupe Alsace » sont secrètes ! Une singulière conception de la démocratie, ou seulement la peur des réactions de l’opinion ?

L’interview de Christian Hahn nous apprend cependant que l’articulation entre la culture régionale et les institutions politiques autonomes est refusée (hypocritement ?) par le Conseil culturel d’Alsace. C’est une grave erreur.  L’exemple d’autres pays (Québec, Galles, Tyrol-du-Sud, etc.) montrent qu’elle est au contraire indispensable.

Christian Han sait bien que sa proposition de créer un « médiateur culturel intercommunal » ne serait au mieux qu’un pis-aller, un « alibi » permettant aux élus régionaux de se dédouaner de leur responsabilité. Pour donner une chance à l’alsacien (et au bilinguisme), il faut fonder une « Alsace nouvelle » ! Mais avec Jean Rottner et ses amis au pouvoir, même cette modeste idée risque bien de rester un mirage…

Propaganda

Le Grand Est s’affiche partout, tout le temps. En 2018, la région va dépenser près de 9,5 millions d’euros en communication, soit une hausse de 23% en deux ans !

Dépenses de publicité

Les dépenses de communication recouvrent des activités diverses, comme les fêtes, les réceptions ou l’achat d’espaces publicitaires. Une bonne partie – 2,8 millions d’euros – sera dépensée pour l’achat d’espaces publicitaires dans les journaux, à la télévision, la radio et le web.

Les dépenses communicationnelles du Grand Est apparaissent élevées en comparaison avec les autres régions dont les comptes administratifs sont disponibles (Bretagne, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire). Dans ces autres régions, elles fluctuent autour de 5 millions d’euros, soit un niveau bien inférieur à celui du Grand Est.

Par ailleurs, les dépenses de communication sont en réalité supérieures à celles affichées dans le budget car la région en maquille certaines opérations en affectant le financement dans d’autres comptes. La péniche Grand Est à 180 000 euros ? Du soutien à la culture ! Les 120 000 euros donnés à des sportifs pour réaliser la promotion du Grand Est ? Du soutien au sport ! On pourrait multiplier les exemples, même s’il est difficile d’en évaluer l’ampleur globale.

Comment expliquer la dérive de ces dépenses dans la région Grand Est, à l’heure où l’État impose pourtant un plafonnement des dépenses des collectivités locales ?

Une fuite en avant

Officiellement, l’objectif de ce matraquage publicitaire est de « créer de la confiance dans la nouvelle collectivité » et de « promouvoir la Région Grand Est en mettant en avant ses atouts à même de développer son attractivité en France et à l’international » (rapport du 21 décembre 2017).

Voilà donc que la région se préoccupe de la confiance des habitants dans la collectivité, en s’imaginant qu’on peut rétablir une profonde crise démocratique avec des opérations de communication. La situation est ubuesque. Alors que les sondages montrent que le rejet du Grand Est est toujours aussi massif en Alsace, ces dépenses s’apparentent à une véritable fuite en avant. Plus on affiche le Grand Est, plus cela irrite les gens, et plus le Grand Est dépense en retour pour les forcer à se « Grandestiser ». Un cercle vicieux, et ruineux !

pub journaux (DNA)

1,4 millions d’euros pour les publicités dans les journaux en 2018 (photo : annonces dans les DNA en mai 2018).

Le seul moyen de retrouver la confiance, c’est de répondre aux aspirations légitimes des citoyens. Une région qui inspire confiance, c’est une région basée sur la cohérence géographique, culturelle, historique et économique ; c’est une région qui parle au cœur des gens. Pour les Alsaciens, cette région, c’est la région Alsace. Nul besoin de dépenser des millions d’euros pour reconnaître une telle évidence.

Quant à la question de l’attractivité, « Alsace », « Lorraine », « Champagne » sont positivement connues dans le monde entier. C’est la meilleure base à partir de laquelle on peut bâtir une politique d’attractivité (export, tourisme, partenariats) au profit de tous. Une appellation aussi insipide que « Grand Est », qui transpire la bureaucratie et la technocratie, ne pourra jamais développer une image aussi positive. S’ils étaient vraiment soucieux du bon usage des fonds publics, les élus régionaux assureraient la valorisation de l’image des trois régions, au lieu d’en effacer la visibilité.

Afficher l’identité du Grand Est

Mais l’excès de zèle en matière de communication peut s’expliquer par un autre objectif : la volonté de créer une identité du Grand Est. En effet, alors que les élus promettent aux citoyens de ne pas toucher aux identités régionales, qu’il ne s’agit que d’une fusion administrative, les discours au sein de l’assemblée régionale sont d’une autre nature. L’ancien président Philippe Richert a affirmé à plusieurs reprises vouloir construire l’identité du Grand Est. Lors de la dernière commission permanente du conseil régional (29 juin 2018), Jean Rottner lui emboîte le pas en annonçant l’objectif d’afficher l’identité du Grand Est, en particulier auprès des jeunes. Pour ce faire, la région va acheter pour 400 000 euros de panneaux Grand Est à placer dans les lycées, partant du principe que l’esprit des jeunes est plus facilement manipulable.

Ainsi, il apparaît clairement que la région tente d’imposer une nouvelle identité à grands coups de dépenses publicitaires. Ceci est complètement absurde. Comment une communication tous azimuts pourrait-elle combler l’absence d’histoire ou de culture commune ? Comment pourrait-elle effacer le déni de démocratie qu’a constitué la fusion forcée ?

Une région fondée sur une véritable identité comme l’Alsace n’a pas besoin de s’afficher partout. Elle rayonne d’elle-même naturellement. Quant à la région Grand Est, elle tente de combler artificiellement ce manque en inventant de nouvelles dépenses, en pure perte. Combien de millions d’euros seront gaspillés avant qu’on se rende compte d’une telle inanité ?

Le combat continue !

Réuni en Assemblée générale le 10 juillet à Strasbourg, le Club Perspectives Alsaciennes s’est réjoui de l’impact de son travail en faveur d’une Alsace nouvelle. Ses prises de position ont été largement relayées et ont eu un impact fort chez les acteurs du débat démocratique.

Avec d’autres associations et centres de réflexion, il a joué un rôle déterminant pour mettre l’Alsace au centre de l’actualité nationale (notamment grâce aux sondages IFOP réalisés en février 2018 et 2019 largement commentés dans la presse).

S’agissant de la création de la Collectivité européenne d’Alsace, le CPA a toujours plaidé en faveur de la fusion pleine et entière des deux départements; leur unification renforcera l’identité alsacienne et aura un effet positif sur la « conscience civique » de la population. Il est important que cette fusion soit effectuée en tenant compte des attentes des Alsaciens.

Néanmoins le CPA ne peut pas se satisfaire de ce premier résultat: avec la CeA, le Grand Est ne sera pas viable et seul son démembrement répondra aux attentes des Alsaciens (mais aussi d’une part croissante des Lorrains et des Champenois).

Le CPA appelle les élus, et en particulier les parlementaires, à oeuvrer en faveur d’une décentralisation « différenciée » répondant à la diversité des territoires; cette réforme est cruciale pour une gouvernance respectant le principe de subsidiarité et rendant confiance à la population après les événements des derniers mois. 

Le CPA ne se satisfait pas de promesses et de belles paroles. Il met en garde contre la tentation du  renoncement, que certains veulent populariser sous le nom de « compromis ». Face au jacobinisme, la méfiance est la seule garantie pour ne pas être une nouvelle fois trahi ! Pour sortir du Grand Est, une bataille est gagnée, mais le combat continue…