L’affaire du Bendele : une tempête dans un verre de riesling ?

Georges Bischoff, historien spécialiste de l’époque médiévale en Alsace, sort des sentiers battus avec un pamphlet : L’affaire du Bandele ou le rêve loufoque d’une Alsace ratatinée et confite dans le Rot un Wiss, La Nuée Bleue, juin 2026.

Dans ce brulot, il dénonce le Bendele et le symbole qu’il représente, la volonté de recréer une Région Alsace unifiée hors du Grand Est. Le fil conducteur de ses propos est une assimilation au nazisme. Selon lui, le Bandele, aux couleurs historiques rouge-blanc de l’Alsace, rappelle l’imaginaire visuel du troisième Reich.

Une polémique aux accents historiques contestables

Hostile au principe de supprimer une couche du mille-feuille administratif, l’auteur propose de conserver la région Grand Est, tout en rescindant en deux département la Collectivité européenne d’Alsace. Il fait l’éloge de la réforme de François Hollande, et ne souhaite pas que l’Alsace soit dotée d’une collectivité propre. Selon lui, l’idée d’unifier l’Alsace dans une nouvelle Région au lieu d’être divisée en deux département renverrait également à la période nazie, où l’Alsace était intégrée dans le Gau Oberrhein.

Ce pamphlet, qui se veut sarcastique, aurait pu être drôle. Mais il ne l’est pas. Ce n’est pas tant son caractère outrancier qui dérange, mais le fait qu’il repose sur des accusations farfelues et des comparaisons fallacieuses.

Remettre l’histoire à sa juste place

Sur plusieurs points fondamentaux, il est nécessaire de replacer l’église au milieu du village :

  • Le drapeau Rot un Wiss et le Bandele n’ont absolument aucun rapport avec le nazisme. Le drapeau alsacien était par exemple abondamment représenté dans les tableaux de Hansi.
  • La volonté de remplacer les deux départements par une Région Alsacienne est ancienne. Antérieure à la période nazie, cette idée a été portée par un certain nombre de géographes français dès le 19ième siècle, et portée politiquement par des députés alsaciens dans l’entre-deux guerre, avec une première proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en 1934.
  • L’intégration dans le Gau Oberrhein, circonscription englobant l’Alsace et le Pays de Bade dirigée par le Gauleiter badois Wagner (sorte de préfet surpuissant), représente l’inverse d’un projet d’autonomie alsacienne. Effectuer un parallèle avec le projet de collectivité unique d’Alsace n’a aucun sens.

Une autre vision de l’avenir alsacien

Plus grave pour un universitaire, Georges Bischoff professe des accusations péremptoires et livre sa vision en faisant fi des nombreuses études portant sur la décentralisation, ainsi que des sondages montrant le degré d’attachement populaire à la Région Alsace. Contrairement à ce qu’il prétend, le projet de Région Alsace unifiée n’est pas un repli. Au contraire, en donnant plus d’autonomie à l’Alsace, nous pourrons mettre en place des coopérations plus efficaces avec les régions voisines, qu’elles soient françaises, allemandes ou suisses.

Contrairement aux ouvrages précédents de l’auteur sur l’histoire médiévale qui sont de très bonne facture, celui-ci ne présente que peu d’intérêt. Heureusement, il existe des ouvrages plus qualitatifs sur le sujet, dont nous recommandons vivement la lecture :

Jean-Philippe Atzenhoffer – Réveiller l’Alsace – La Nuée Bleue 2026

Jean-Philippe Atzenhoffer – Le Grand Est, une aberration économique – Le Verger Editeur 2021

Pierre Kretz – Le nouveau malaise alsacien – Le Verger Editeur 2015

Pierre Kretz – L’Alsace n’existe plus – Le Verger Editeur 2017

Michel Naudo – L’Alsace malgré elle – La Nuée Bleue 2021

Quel statut pour Strasbourg, capitale de la Région Alsace ?

Dans le cadre d’une sortie de l’Alsace du Grand Est et de la création d’une véritable Région Alsace dotée d’une autonomie institutionnelle propre, l’élaboration d’un statut spécifique pour la ville et l’Eurométropole de Strasbourg pourrait constituer un chantier central de la nouvelle architecture territoriale. Une telle réforme ne prend toutefois son sens que dans ce cadre préalable : tant que Strasbourg demeure intégrée à une grande région administrée depuis l’ouest des Vosges, une partie de ses spécificités institutionnelles, économiques et européennes reste diluée.

La sortie de l’Alsace du Grand Est n’aurait donc pas vocation à constituer un repli, mais à permettre la mise en place d’une organisation territoriale plus cohérente, fondée sur les réalités historiques et rhénanes du territoire. C’est dans ce cadre seulement qu’une « Constitution municipale » pour Strasbourg pourrait être envisagée, en concertation entre l’État, la future Région Alsace et les collectivités concernées.

1. Institutions démocratiques

L’organisation de l’Eurométropole de Strasbourg pourrait être la suivante :

  • Election du président au suffrage universel direct à deux tours (durée du mandat : 8 ans)
  • Mise en place d’un « Parlement » bicaméral, avec un Conseil intercommunal (modèle actuel) et une Assemblée élue au suffrage universel direct (proportionnelle à deux tours) ;
  • Le nombre de membres devrait être limité (81 pour le Conseil, 41 pour l’Assemblée) pour maitriser les coûts administratifs, améliorer la transparence et assurer la cohérence du système ;
  • Le budget devrait être voté par les deux « Chambres », le Conseil pouvant l’emporter à la majorité des deux tiers sur l’Assemblée.

Afin de tenir compte de la légitimité historique des communes, le Conseil aurait un poids prépondérant ; la préparation et l’exécution du budget seraient confiées au président et à une équipe « resserrée » issue d’un vote de confiance dans les deux « Chambres » (majorité simple).

2. Compétences

Les compétences de l’Eurométropole seraient élargies par des transferts et/ou des délégations en provenance de l’Etat et de la Région :

  • La Région pourrait attribuer (selon diverses modalités) à l’Eurométropole des missions dans le domaine scolaire (collèges et lycées), ainsi que pour certaines infrastructures (voiries) ;
  • De même, des fonctions « régaliennes » pourraient revenir à l’Eurométropole (affaires sociales, sécurité publique), dans le contexte d’une décentralisation « en profondeur » réduisant le rôle de la Préfecture.

D’autres agglomérations (Paris, Marseille) ont obtenu un régime dérogatoire au droit national ; le droit local alsacien-mosellan pourrait être modifié.

3. Ressources propres

Actuellement, les collectivités territoriales ont largement perdu leur « autonomie » financière, du fait de la suppression de divers impôts locaux (avec une compensation de l’Etat insuffisante) : une réforme pourrait porter sur les points suivants :

  • Perception d’une part d’impôt sur le revenu, comme cela se pratique dans des grandes villes américaines ou en Suisse, où les communes suisses peuvent fixer une partie de cette fiscalité ;
  • Une fraction de la TVA pourrait être rétrocédée, dont le montant serait calculé en fonction de critères sociaux économiques (population, activité, etc.) .

Ce « Règlement financier » pourrait faire l’objet d’une délibération de l’Assemblée d’Alsace (Région), en concertation avec l’Eurométropole et l’Etat.

4. Enseignement/Culture/Patrimoine

Au cours des dernières décennies, Strasbourg a été marquée par d’importants changements structurels :

  • La sociologie de la population a considérablement évolué, notamment du fait de l’immigration ; les Alsaciens « d’origine » font partie d’un « caléidoscope » en mutation ;
  • Le tourisme s’est fortement accru, grâce à des initiatives comme la « Capitale de Noël » et le classement de la Neustadt au patrimoine de l’Unesco.

Le patrimoine « immatériel » s’est dégradé et exige des mesures de sauvegarde et de rénovation. Un tel programme pourrait inclure le soutien au dialecte (à destination de la jeunesse) et aux activités économiques liées à cette « authenticité alsacienne » (gastronomie, artisanat, etc.).

5. Intégration européenne

Strasbourg accueille de nombreuses institutions européennes ; l’espace rhénan constitue son aire d‘épanouissement naturelle. Deux priorités sont à retenir :

  • Développer les relations transfrontalières, par le biais de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau et avec d’autres métropoles (de Bâle à Cologne, par exemple) ;
  • Promouvoir le pluralisme culturel au service de l’identité européenne (bilinguisme franco-allemand, événements, valorisation des institutions internationales).

L’Eurométropole doit être une « locomotive » pour la place de l’Alsace en Europe avec le soutien de l’Etat (contrat triennal) et des ses voisins allemands (réseau ferroviaire à grande vitesse vers Francfort, par exemple).

Alors que Strasbourg s’est fait siphonner de nombreuses institutions qui ont déménagé leur siège à l’ouest des Vosges, la sortie de l’Alsace du Grand Est n’est pas une « perte », mais une chance. Refusant tout isolement politique, elle devrait – au contraire – s’engager en faveur de la « nouvelle » Région.

Loi Alsace : le moment de vérité

Le mardi 7 avril 2026, l’Assemblée nationale se prononcera sur la loi 1800 visant à « simplifier le millefeuille territorial » par la création d’une collectivité unique en Alsace. Derrière ce débat institutionnel se cachent des enjeux économiques majeurs.

Tirer les leçons de l’échec de 2015

La fusion des régions, décidée en 2015, poursuivait un objectif clair : réaliser des économies et contribuer au redressement des finances publiques. Dix ans plus tard, le constat est sans appel. Non seulement les économies attendues ne sont pas au rendez-vous, mais les comptes publics se sont encore dégradés.

Dans mon premier livre « Le Grand Est, une aberration économique », j’ai analysé l’échec de l’agrandissement des régions, à rebours des promesses initiales. Fondées sur des données factuelles et la littérature de recherche internationale en économie, mes analyses n’ont jamais été infirmées à ce jour. Seule la Région Grand Est les conteste, mais sans en apporter de preuves.

Un choc de simplification

La proposition de loi prévoit de transférer les compétences de la région Grand Est à la Collectivité européenne d’Alsace. L’Alsace passerait ainsi d’un statut départemental à celui de collectivité à statut particulier, à l’image de la Corse. Concrètement, il s’agit de supprimer un niveau administratif, permettant de réduire les doublons et de gagner en efficacité. Selon mes estimations, les économies potentielles pourraient atteindre une centaine de millions d’euros par an (« Collectivité d’Alsace, quelles perspectives d’économies ? », juin 2025.)

Certes, ces projections comportent une part d’incertitude, mais les gisements d’économies sont bien identifiés : baisse du nombre d’élus (de 141 à 80, soit -40 %), simplification des procédures (double traitement des subventions, financements croisés éliminés), réduction des redondances dans les politiques publiques, etc.

L’Alsace a besoin d’une greffe du Rhin

Dans mon nouveau livre « Réveiller l’Alsace », je montre que contrairement à une idée répandue, l’économie alsacienne marque le pas. Sa croissance est inférieure à la moyenne nationale depuis les années 2000 et le décrochage vis-à-vis des régions voisines allemandes et suisses s’accentue.

Dans ce contexte, il devient indispensable d’adapter les politiques publiques aux réalités d’un territoire frontalier au cœur de l’espace rhénan. Or, une telle adaptation ne peut être efficacement conçue à distance, depuis Metz, Nancy ou Paris. Elle suppose un pilotage local, au plus près des dynamiques économiques.

Restaurer la confiance

Les enquêtes d’opinion convergent : entre deux tiers et trois quarts des Alsaciens soutiennent cette réforme. Cette adhésion massive intervient dans un contexte de défiance généralisée envers les institutions. Comme l’ont montré Pierre Cahuc et Yann Algan dans « La société de défiance » (CEPREMAP, 2007), ce déficit de confiance constitue un frein majeur à la performance économique française.

Recréer des institutions en phase avec les réalités économiques, sociales et culturelles est donc une condition essentielle pour restaurer la confiance et favoriser le développement.

Surmonter les crispations jacobines

Certes, cette loi ne réglera pas, à elle seule, tous les dysfonctionnements du millefeuille administratif français. Mais elle corrige une erreur manifeste commise en 2015, et permettrait de desserrer un centralisme devenu contre-productif. Il est temps de sortir des postures, des crispations et de l’immobilisme qui paralysent trop souvent le débat public. Refuser d’agir au motif que tout ne serait pas parfait revient, en réalité, à entretenir les blocages existants.

Malgré tous ces avantages, les résistances sont toujours fortes. Des idéologues en proie à des délires paranoïaques voient dans les initiatives alsaciennes la volonté de détruire la France. Un courrier non signé au contenu grossier circule chez les parlementaires actuellement, les mettant en garde contre le « danger pour la République ». Au vu des éléments qu’il contient, il émane vraisemblablement de la Région Grand Est. A travers une énumération de ce qu’on pourrait qualifier de « fake news », il tente de mettre la pression sur les députés en jouant sur les peurs.

Ainsi, on assiste à une forme de convergence entre les idéologues jacobins et les intérêts personnels de ceux qui profitent du millefeuille pour accumuler les postes et les indemnités. Mais dans un contexte économique exigeant, la France ne peut plus se permettre l’inaction. Elle a besoin de décisions claires, de réformes assumées, et d’un cap cohérent.

C’est pourquoi les députés doivent privilégier l’intérêt général de la nation, ce qui amène à voter OUI à la loi 1800 visant à simplifier le millefeuille territorial.

Jean-Philippe Atzenhoffer – docteur en sciences économiques

10 ans de trop. Jetzt langt’s!

Les associations militant pour la sortie de l’Alsace du Grand Est ( ICA, MPA, CPA, Culture et Bilinguisme, et LAFA LE RETOUR) s’étaient déplacées vendredi 30 janvier à Metz pour y tenir une conférence de presse sur le parvis de la Région Grand Est.

Le Conseil régional s’était en effet réuni ce jour-là pour fêter ses 10 ans d’existence, et demander à l’Etat qu’il renforce ses pouvoirs. Forts de la présence d’une centaine de nos membres et de sympathisants à notre cause, nous avons rappelé les « 10 raisons de sortir du Grand Est », et présenté notre vision de la décentralisation.

Une décentralisation fondée sur les régions historiques et culturelles, respectueuse de leur diversité et de leurs identités propres. L’Alsace doit être le laboratoire de cette transformation !

Voici le tract que les associations ont distribué aux élus. Nous remercions ceux qui sont venus échanger avec nous, apportant leur soutien au changement que nous appelons de nos voeux.

Conférence : L’Alsace et la République, quelles perspectives pour sortir du Grand Est ?

Les associations Hag’tion Citoyenne et le Mouvement pour l’Alsace nous convient à une soirée d’échanges avec André Reichardt, sénateur démissionnaire.

A l’heure où les déficits publics s’accumulent, la pression pour réformer le coûteux mille-feuille territorial s’accroit. Mais comment réaliser concrètement cette évolution ? André Reichardt reviendra sur les raisons et les coulisses de sa démission du poste de sénateur, et partagera sa vision concrète pour reconstituer une Région Alsace hors du Grand Est.

📅 Mercredi 12 novembre 2025 à 19h
📍 Foyer Saint-Nicolas, 205 Grand Rue, Haguenau
🎟️ Entrée libre

Nous vous invitons à venir nombreux à ce moment d’échange.

Hommage à Daniel Hoeffel et à Jean-Paul Sorg

C’est avec une grande tristesse que le CPA a appris la disparition de Daniel Hoeffel. La politique était chez lui une vocation qui l’a amené à prendre des responsabilités à toutes les strates de l’engagement citoyen, de la gestion communale aux ministères en passant par les présidences du Conseil Général et des Maires du Bas-Rhin et de France. Ces fonctions ont forgé un homme d’expérience et de conviction, d’une exceptionnelle droiture et d’une grande modestie.

Le CPA a bénéficié de son soutien indéfectible et son investissement précieux aux actions menées par les associations citoyennes pour que l’Alsace redevienne une Région à part entière. Il était allé jusqu’au Conseil d’Etat pour contester la réforme régionale de 2015, et n’avait cessé de réclamer depuis une évolution vers une Région Alsace souveraine.

Avec Daniel Hoeffel disparaît un Alsacien authentique, einer vùn denne wò ìhre Gebùrtschin nie nàbgschlùckt hàn !

S’en est allé en même temps Jean-Paul Sorg, philosophe spécialiste d’Albert Schweitzer. Membre de notre association, il était engagé avec vigueur pour la défense de l’identité alsacienne, fortement imprégné par sa dimension franco-allemande.

Nous lui devons d’innombrables articles qui ont alimenté durant des décennies les débats sur l’esprit propre de notre région, qui sont évidemment toujours d’actualité aujourd’hui. Nous gardons en mémoire son article répondant à l’ancien Premier ministre Manuel Valls, qui proclamait qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien ». https://perspectivesalsaciennes.com/2016/03/04/en-quel-sens-les-alsaciens-forment-un-peuple/

Nous remercions ces deux grandes figures de l’Alsace. Nos actions futures s’inscrirons dans leurs pas. Ruet alli zwei in Friede.

Collectivité d’Alsace, quelles perspectives d’économies ?

Dans cette étude, notre économiste Jean-Philippe Atzenhoffer propose une évaluation des économies potentielles offertes par la création d’une Collectivité unique d’Alsace. En supprimant un échelon territorial (région Grand Est), l’estimation serait d’une centaine de millions d’euros par an.

Tonnerre en Alsace : des orages à venir !

Avec la démission de André Reichardt de son mandat de sénateur, l’Alsace perd un héraut au Parlement dans une période particulièrement agitée de la vie politique nationale. Nous saluons son engagement et son courage inlassables au service de notre Landel.

Le combat pour le démantèlement de la Région Grand Est et la création d’une « Alsace nouvelle », dotée d’un statut spécifique lui permettant de conserver son identité et de valoriser ses atouts en Europe, doit continuer.

Pour les défenseurs de l’Alsace trois orages pour dégager le ciel sont attendus :

– Les prochains scrutins seront l’occasion d’exprimer dans les urnes la volonté des Alsaciennes et des Alsaciens en votant pour des candidats qui soutiennent ce projet ;

– La mobilisation des élus face à un Etat profondément affaibli et contesté est indispensable pour le succès, alors que la décentralisation est une revendication majeure dans le pays ;

– Une réaction de gratitude du président de la CeA Frédéric Bierry ne suffit pas. Après le coup d’éclat du sénateur André Reichardt une initiative stratégique est attendue pour profiter de la déflagration causée à Paris par sa décision.

A défaut, la sortie avec panache du sénateur sera un ultime et inutile baroud d’honneur d’un défenseur de la cause alsacienne.

Région Grand Est : les Alsaciens disent toujours « NON »

Dix ans après la création des méga-Régions par François Hollande, le malaise devant cette « décentralisation jacobine » persiste, en Alsace et ailleurs. L’enquête concernant la perception de la Région Grand Est – commandée et payée par elle – en dit long sur l’inquiétude qui ronge les partisans de ce conglomérat sans identité propre ni valeur ajoutée démocratique, notamment après le récent sondage ICA/MPA/CAP qui a relevé que 72% des Alsaciens souhaitent un référendum sur la sortie de la CeA de la RGE. 

L’enquête menée par la Région Grand Est est un exercice habile, rédigé avec subtilité afin d’obtenir les réponses voulues. A la question de savoir si on est « satisfait ou pas satisfait de vivre dans la région Grand Est », 92% répondent oui. Mais être satisfait de vivre chez soi peut-il être vraiment être interprété comme une approbation de la réforme territoriale de 2015 ? On pourrait poser exactement les mêmes questions dans n’importe quelle autre endroit de France qu’on obtiendrait à coup sûr des résultats quasiment identiques !

Il est particulièrement intéressant de noter que même malgré ces efforts de guidage et d’orientation des réponses, la Région Grand Est ne parvient pas à trouver un plébiscite en Alsace. Les résultats sont sans appel : 53 % des citoyens alsaciens estiment que la région Grand Est est une « mauvaise chose » et, logiquement, soutiendraient son démantèlement (si on avait le courage d’organiser un vote à ce sujet).

Mais au lieu d’en tirer les conclusions qu’imposent sa propre étude, la Région Grand Est continue à nier la réalité. Face à la défiance des Alsaciens, elle soumet la population à un « matraquage » qui vise à détruire irrémédiablement la culture alsacienne, ciblant spécialement les jeunes. Elle est aidée en cela par l’Etat, qui a forcé la fusion des fédérations sportives afin de « familiariser » les nouvelles générations avec le cadre territorial imposé en 2015. Les efforts menés en faveur du bilinguisme français-allemand et du rétablissement des Ligues de football et de tennis autonomes (par ex.) ont montré leurs limites !

Quant aux autres sujets abordés, ils « enfoncent des portes ouvertes ». Les actions citées au bilan de la RGE n’ont aucune spécificité, dans la mesure où il s’agit de compétences générales largement soumises aux décisions ou à l’influence de l’Etat (santé, emploi, transport, environnement). Au contraire, 33% des personnes interrogées s’expriment en faveur de la réorganisation territoriale, ce qui témoigne de l’importance de cette préoccupation pour une fraction substantielle de la population.

Malgré les propos patelins de Franck Leroy, les réflexions en cours à Paris sur la réforme de l’Etat le taraudent. L’ancien maire d’Epernay sait que le retour à une Région Alsace permettrait d’économiser des dizaines de millions d’argent public, ce qui est la vraie priorité du gouvernement.  L’horizon n’est donc pas si dégagé pour la RGE qu’il cherche à le faire croire. En fait, le maintien des structures actuelles est un gâchis qui protège de nombreux intérêts particuliers.

Enfin, si la majorité des « Grand-estiens » sont satisfaits de vivre là où ils sont installés – nul doute que c’est aussi le cas des Alsaciens. Et ils le seront s’autant plus quand ils retrouveront une région Alsace de plein exercice !

Sondage Ifop : 72% pour la Région Alsace, un score « massif »

Découvrez les résultats de notre nouveau sondage Ifop : présentation du sondage simplifiée, ou le rapport complet (pdf)

Dévoilé à la Maison de l’Alsace à Paris, le sondage a été présenté par Jérôme Fourquet, directeur à l’Ifop. Qualifiant le résultat de « massif », il a souligné qu’on se situe même à un niveau un peu plus élevé que les sondages précédents.

De plus, Jérôme Fourquet a également insisté sur le fait que les résultats « transcendent les catégories ». Quels que soient l’âge, la taille des villes, le sexe, les catégories sociaux-professionnelles, le Oui est systématiquement au-dessus de 60%. Ces résultats sont plus homogènes également que lors des précédents sondage.

Les Alsaciens veulent mettre fin à cette « absurdité »

Alors que le gouvernement cherche des économies tous azimuts, la refonte de l’organisation territoriale qu’Emmanuel Macron avait qualifiée de confuse et de coûteuse[1], est plus indispensable que jamais.

François Bayrou a qualifié d’absurdité la fusion des régions, ciblant notamment le Grand Est. A juste titre, tant la fusion s’est soldée par un fiasco, générant des surcoûts au lieu des économies promises.

Créer une collectivité régionale Alsace revient à supprimer une strate en créant une Collectivité d’Alsace unifiant les compétences régionales et départementales.  Ce statut unique en lieu et place de la CeA et de la Région Grand Est peut s’opérer par une simple loi ordinaire (article 72 de la constitution).

Or, le sondage IFOP est sans appel. 72% des Alsaciens souhaitent cette unification, le plus tôt possible, et déclarent que passer par un référendum – si nécessaire – n’est pas un obstacle à cet égard. Ce soutien massif réunit à parts sensiblement égales tous les segments de la population : femmes et hommes, jeunes et vieux, ruraux et urbains, ouvriers et cadres.

100 millions d’euros d’économies en dépenses de fonctionnement

En éliminant de nombreux doublons, la suppression d’un échelon constituerait un « choc de simplification ». A la clé, selon nos estimations dont nous publierons bientôt plus détails, les économies réalisées seraient de l’ordre de 100 millions d’euros par an. Portant uniquement sur les charges administratives générales, elles n’altéreraient en rien les services rendus à la population.

Outre les économies budgétaires, la nouvelle Collectivité pourrait répondre aux enjeux spécifiques de l’Alsace, notamment dans les relations transfrontalières cruciales pour son développement économique et environnemental.

Un enjeu national

L’Alsace peut être la clé de pour faire sauter les verrous paralysants toute réforme ambitieuse. Si l’expérimentation alsacienne est fructueuse, elle préfigurerait une réforme de décentralisation qui concernerait l’ensemble des authentiques régions de France.

La presse en parle :

[1] Interview Le Point du 28/08/2023.