La cohésion de l’Alsace

par Jean-Paul Sorg. Article publié dans l’Ami Hebdo du 14/08/2017.jpsorg


« Ce qui tient la France unie relève de l’acceptation de la diversité des origines et des destins. De là vient notre volonté de donner l’autonomie à tous. »

Emmanuel Macron (Révolution)


Face à une douteuse politique de « la cohésion des territoires », nous affirmons en tout cas la cohésion de l’Alsace. Tandis que le Grand Est et d’autres grandes régions manquent à l’évidence de cohésion. D’où les problèmes. D’où le nouveau ministère. Non seulement ces territoires, tels qu’ils ont été d’office délimités, n’ont pour la plupart aucune cohésion interne, mais entre eux, entre grosses régions, vieux départements, jeunes métropoles et communautés de communes, ce sont des tiraillements, des rivalités, des empiètements, des « querelles de clocher », au niveau inférieur de la politique.

La France qui s’imagine une et indivisible est en morceaux.

Un ministère et après ?

Quand lors de la formation du nouveau gouvernement, un ministère de « la cohésion des territoires » est apparu, ce fut une surprise et la perplexité. On se demanda ce qu’on pouvait entendre sous ces mots.

J’ai ouvert le Manifeste de campagne d’Emmanuel Macron, Révolution. J’ai trouvé quelques allusions au chapitre XI, curieusement intitulé « Réconcilier les France ». Merveilleux pluriel, mais sans s. L’auteur nous convie à « renoncer au rêve d’une France uniforme, dans laquelle un modèle unique serait appliqué dans chaque territoire ». Un rêve ? Ce fut la réalité coercitive d’une politique jacobine dominante, longtemps incontestable et jugée propre au génie français.

L’unité à force pesait et craquait. Des éruptions régionalistes surgissaient çà et là au cours des années 70. En réponse plusieurs réformes furent entreprises, qui avaient toutes en commun de brider les processus de décentralisation annoncés et de ne reconnaître aucune autonomie (mot tabou) effective aux collectivités de base régionale. La décentralisation mise en œuvre n’a jamais été plus qu’une déconcentration contrôlée de quelques services de l’État, une délégation de quelques compétences, non un transfert de compétences qui auraient été définies, délimitées certes, décidées et exercées par les élus régionaux (ou départementaux) eux-mêmes. Des pratiques démocratiques fédérales ne sont envisageables en France d’aucune façon.

Ce qui frappe dans les discours de Macron, c’est qu’il ne parle de ces problèmes et ne raisonne qu’en termes de « territoire ». Ce n’est pas si nouveau d’ailleurs et pas « révolutionnaire » du tout ; cela fait bien vingt ans que des politiques stratèges ont pris l’habitude de penser et de s’exprimer ainsi. Déjà Balladur. Déjà Raffarin. Et tous les socialistes.

Et maintenant les vœux de Macron : « Désormais il faut faire en sorte que chaque métropole puisse entraîner d’autres territoires et recréer ainsi de la cohérence. » Nous ferons donc « en sorte que » (une locution qu’on entend à satiété et qui nous étourdit les oreilles), mais… « en même temps nous devons considérer que chaque métropole porte une grande responsabilité à l’égard du territoire dans lequel elle s’inscrit ». Quel genre de responsabilité ? Pourquoi ? Et comment donc est-elle « inscrite » (encore inscrite ?) dans un territoire ? Quel genre de territoire ?

L’eurométropole strasbourgeoise aspire, par la bouche de son actuel président, à se désinscrire plutôt, à sortir de « son » territoire qui est le département, qui est la région. Comme tout cela s’embrouille ! Et Macron ne débrouille rien quand il dira encore : « une part importante du développement de la France passera, selon moi, par une complémentarité du couple que ces métropoles doivent former avec nos nouvelles grandes régions ».

Qui a compris ? Qui imagine une « complémentarité du couple » et que les (grandes) métropoles forment un couple avec non pas un département ici, mais avec « nos » nouvelles régions entérinées, l’Eurométropole Strasbourg avec le Grand Est par exemple ? Pas même avec le Bas-Rhin et pas avec l’Alsace ! Qui peut sérieusement, sur la base de réalités géographiques, historiques, économiques, concevoir et vouloir une telle chimère ?

Contre ces fantaisies dispendieuses, qui naissent dans le cerveau de quelque affamés de pouvoir supplémentaire, affirmons, rappelons, que Strasbourg, de par son histoire et son rayonnement, est la capitale naturelle de l’Alsace et de plus, « en même temps », une des capitales de l’Europe. C’est tout – et c’est déjà beau !

Des logiques néo-féodales

Qu’est-ce qu’un territoire ? Qu’est-ce que l’usage politique (relativement récent) de ce concept dit et cache aujourd’hui ? Un territoire est un terrain de pouvoir, donc de domination, économique et politique. Une métropole, en expansion, qui concentre des richesses et des services supérieurs ou presque à ceux du département (dans lequel elle « s’inscrit »), veut les pouvoirs de celui-ci et s’en émanciper. Ce sont des hommes, les élus présidents et vice-présidents ambitieux, qui veulent, qui se sentent avoir des droits, et même des devoirs, de puissance.

Les rapports conflictuels – ou compétitifs – obéissent à des logiques politiques plus fortes qu’un souci de l’intérêt général. Ce phénomène politique, que nous voyons s’étendre aujourd’hui en France et qui en mine le corps, de par la faiblesse de l’État, reproduit des structures et des rapports de type féodal. Les présidents des Conseils départementaux se conduisent comme des comtes. Les présidents des Régions se conduisent comme des ducs. Les comtes jalousent le duc qui se tient au-dessus et ils visent sa place. Le duc veille à ce que les comtes lui restent subordonnés, obligés et soumis. Quant aux vicomtes qui gouvernent les métropoles, ils se pensent déjà et se veulent comtes. Ce sont des défis et des calculs de pouvoir constants. La République menace d’éclater. Au secours ! Le moyen âge revient !

Comment en est-on arrivé là et pourquoi ça ne s’arrange pas ? On le sait. Parce que les corps possédants de l’État ne peuvent se résoudre à simplifier, à réduire le nombre de strates politiques, et à lâcher du lest, du pouvoir. Le monarque a peur d’une Fronde et ménage par instinct de conservation les baronnies installées. Cohésion d’un système : il n’y a pas si longtemps le maire était appelé à devenir conseiller général ou régional, puis député. Les pouvoirs, placés à différents degrés, coagulaient. L’ascenseur politique, bien huilé, fonctionnait bien. Cela va changer, est déjà changé ? Cumul restreint des mandats. Mais les territoires, comme espaces de pouvoir, demeurent ou même se multiplient.

L’accomplissement de la réforme régionale, amorcée en 1982, impliquait rationnellement la suppression à terme des départements – ou, disons plus précisément, évitons la confusion, des conseils généraux. C’est parce que l’État central depuis vingt ans ajoute de nouveaux organes et fiefs de pouvoir, au lieu d’en supprimer, que se posent des problèmes difficiles de cohésion et que la France souffre d’embonpoint. La création d’un ministère de la cohésion territoriale serait le remède.

La philosophie du président, si on en croit ses écrits de campagne, n’est pas de réguler et de mettre de l’ordre là-dedans, par ordonnance, mais de laisser les dynamiques des territoires se développer selon le principe libéral : que les plus forts s’agrandissent et gagnent, ils obtiendront les pouvoirs qu’ils méritent et dont ils ont besoin pour jouir.

Fin du régionalisme

Ne nous faisons plus d’illusion, comprenons que cette philosophie, cette vision, signifie la mise au rancart de l’idée régionaliste, la fermeture de la perspective d’une France équilibrée des régions. L’avenir appartiendrait aux territoires multiples sur une base essentiellement économique.

Quelle leçon tirer de ce changement de paramètres et de vocabulaire ? Les Alsaciens, conscients de la cohésion de leur région historique, de leurs droits et du devoir de défendre leurs valeurs, leurs qualités et leurs atouts, devront s’unir, déterminer eux-mêmes leur statut particulier au sein de la République, l’élaborer et se battre avec l’État pour l’obtenir. Viser une autonomie conséquente. Ne pas s’aligner sur une ligne générale. Faire exception. Le vouloir clairement, sans complexe. Comme la Corse. Comme la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Nouvelle Calédonie. Mais ce sont des îles et l’Alsace n’est pas une île. Si ! Le pays de l’Ill. J’ai déjà entendu ce bon mot. Je revendique d’en être l’auteur.

Jean-Paul Sorg

L’avenir institutionnel de l’Alsace : Meeting du 2 septembre 2017

ica-logoNos amis de l’Initiative Citoyenne Alsacienne organisent un meeting sur l’avenir de l’Alsace, avec la présence de nombreux intervenants et députés.

Cette journée permettra de faire le point sur les initiatives à venir des élus pour retrouver notre région Alsace, et de débattre des moyens à mettre en ouvre pour faire avancer le dossier alsacien.

Nous vous invitons à venir nombreux ! Indiquez-nous votre participation via notre formulaire de contact.


Lieu : Complexe Sainte-Barbe, rue sainte-Barbe à Sélestat

Horaire : de 9 heures à 17 heures 30

Programme

Introduction : Pierre Klein, président de l’ICA

Intervenants (classé par ordre alphabétique, l’ordre d’intervention restant à définir) :

– Atzenhoffer Jean-Philippe, docteur en sciences économiques : Pourquoi il faut retrouver une région Alsace

– Becht Olivier, député : Point de vue sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

– Berg Jean-Pierre, ancien haut-fonctionnaire de l’UE : Région et médias régionaux

– Fabian Antoine, vice-président du CA du RLAM : La défense du régime local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle

– Fuchs Bruno, député : Point de vue sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

– Furst Laurent, député : Point de vue sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

– Hertzog Robert, professeur émérite de droit public : Nouvelles gouvernances territoriales: de la métropole urbaine à la région métropolitaine 

– Hoeffel Daniel, vice-président du Sénat honoraire : Quel avenir institutionnel pour l’Alsace

– Klotz Olivier, président du Medef Alsace : Grand Est et corps intermédiaires, le point de vue du Medef Alsace

– Kretz Pierre, écrivain : Point de vue d’un républicain de gauche.

– Schellenberger Raphaël, député : Point de vue sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

– Sorg Jean-Paul, philosophe : La cohésion de l’Alsace, substance et forme

– Spiegel Jo, maire de Kingersheim : Organisation des pouvoirs locaux et qualité démocratique

– Straumann Eric, député : Point de vue sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

– Trouillet Jean-Georges : Que veulent les Alsaciens ? Analyse du sondage CSA d’avril 2017

– Weiss François, docteur en linguistique : Point de vue d’un linguiste et d’un didacticien des langues

– Winstein Ernest, chroniqueur : Nation et pouvoir régional

– Woehrling Jean-Marie, président de culture et bilinguisme : Pertinence de l’Alsace comme référence politique, économique et sociale

En raison du grand nombre d’intervenants, chaque intervention sera suivie d’un cours débat, une ou deux questions à l’intervenant. Un débat général aura lieu en fin de journée avec discussion sur la suite des événements et sur l’engagement de toutes et de tous pour faire avancer ce dossier.

Pour une nouvelle Alsace : Sommerbrànd !

jacquespar Jacques Schleef. Texte ayant fait l’objet d’une publication dans les DNA le 30 juillet 2017.

Les députés élus il y a quelques semaines dans les deux départements du Rhin semblent dorénavant d’accord pour retrouver une région de plein exercice ; certains ayant d’ailleurs été clairement élus ou réélus sur un tel engagement. Rien ne devrait donc pouvoir empêcher le rétablissement rapide d’une région Alsace.

Es brennd !

Car c’est maintenant que ce processus doit être mis sur les rails. Dans trois mois cela sera trop tard. On sera dans les budgets et l’économie et probablement dans l’annonce de projets de réorganisation des départements et peut-être de refonte des compétences des régions. Le dossier Alsace passera alors en arrière-plan puis à la trappe, sauf à voir se lever des manifestations de citoyens exaspérés, ne comprenant pas un nouvel échec de nos représentants politiques…

Processus simple

Les débats entretenus depuis 2012 ont clarifié les problèmes et dégagé la solution : ni retour en arrière, ni simple fusion des départements au sein du Grand Est (GE), ni délégations de compétences de la Région à un département Alsace, formule compliquée et politiquement et financièrement fragile. Ne reste donc que la création d’une Région Alsace réunissant en même temps les compétences des départements, ce qui répond au souhait de simplification et aux exigences d’économie exprimés par le Président.

Impératif démocratique

Il faudra dès lors une loi, prise après consultation de l’actuel conseil régional du GE et de tous les conseils départementaux (il s’agit uniquement d’une consultation non contraignante visant à respecter de la Charte de l’Autonomie locale du Conseil de l’Europe). Les arguments pour le retour à l’Alsace à faire valoir au plan national sont solidement fondés. Il est maintenant avéré que le GE n’apporte aucun bénéfice qualitatif aux politiques publiques, ni de l’efficacité à l’organisation administrative, ni des économies budgétaires. Mais c’est aussi un impératif démocratique puisqu’une majorité massive des citoyens alsaciens le demande.

Dynamiser les potentialités de l’Alsace

Seule une politique vigoureuse tenant compte des caractéristiques de l’Alsace pourra contribuer à dynamiser son économie en exploitant les formidables potentialités qu’offre sa proximité, au cœur de l’Europe, avec de puissants Länder allemands et de riches cantons suisses. Une Alsace en croissance et en innovation profitera à la France entière. La réforme sera faite pour les jeunes générations, pour l’avenir d’une économie et d’une culture, loin de l’image fausse et mensongère d’une Alsace repliée sur elle-même et fascinée par son passé.

Ne pas tomber dans le piège de Philippe Richert !

grandest mania2Lors de l’inauguration de la Foire aux Vins de Colmar jeudi 27 juillet, Philippe Richert a déclaré :  » je souhaite que l’Alsace retrouve sa place  ». Selon les DNA, il juge nécessaire de répondre aux interrogations légitimes des Alsaciens :  » On ne doit pas seulement entendre le souhait de l’Alsace, il faut aussi y répondre  ».

Très bien. Celui qui s’échine depuis près de 2 ans à fusionner au forceps tout ce qui était alsacien pour le fondre dans le Grand Est aurait-il – une nouvelle fois – changé d’avis ? Car répondre au souhait des Alsaciens, c’est retrouver une région Alsace à part entière, en dehors du Grand Est. Le sondage CSA d’avril 2017 montre que c’est effectivement le souhait de 84% des Alsaciens.

Sauf que Philippe Richert ne propose absolument pas de recréer une région Alsace. Son idée :

  1. créer un Département Alsace à l’intérieur du Grand Est.
  2. sortir l’Eurométropole de Strasbourg de ce département.

Il s’agit en réalité d’un piège, visant à conserver l’hégémonie du Grand Est en marginalisant encore un peu plus l’Alsace, déjà bien malmenée par les politiques iniques du Grand Est.

Créer un Département Alsace soumis au Grand Est ne permet pas de mener le développement dont l’Alsace a besoin. Ses moyens financiers et ses compétences ont été amoindries par la loi NOTRe en 2015. Ce que nous propose Richert, c’est simplement une coquille vide. Néanmoins, fusionner les deux Départements Alsaciens est nécessaire ; car cette fusion constitue la première étape de la sortie du Grand Est. Frédéric Bierry et Eric Straumann pourront consolider cette démarche par une consultation des Alsaciens.

Quant à retirer l’Eurométropole de Strasbourg du Département alsacien, il s’agit évidemment d’une manœuvre pour diviser l’Alsace, pour lui permettre de garder la main sur le Grand Est. Mais au-delà de l’aspect politique, il s’agit en plus d’une grave erreur économique. Contrairement aux autres métropoles françaises, Strasbourg a la particularité d’être entourée de pôles dynamiques dans toute l’Alsace, sur lesquels s’appuie son développement. Cette position particulière est développée dans l’ouvrage le développement métropolitain de Strasbourg par les universitaires de l’Association de Prospective Rhénane (2013). Le schéma de développement doit s’inscrire dans une logique  » Strasbourg avec l’Alsace, l’Alsace avec Strasbourg  ». La séparation institutionnelle de Strasbourg et de l’Alsace proposée par Robert Hermann et Philippe Richert est donc une ineptie.

Par conséquent, contrairement à ce qu’il affirme, Philippe Richert ne cherche pas à répondre aux attentes des Alsaciens. Il cherche à diviser et à affaiblir l’Alsace, afin de sauvegarder la région qu’il aime tant, le Grand Est.

Recréer la Région Alsace

alsacepar Robert Herzog, professeur émérite de droit public à l’Université de Strasbourg. Tribune publiée dans l’AMI Hebdo le 23 juillet 2017.

Après la Conférence nationale des territoires, qui s’est tenue lundi 17 juillet au Sénat, y a-t-il encore un espoir de reconstituer une région Alsace ? Les annonces du Président de la République et du Premier ministre n’ont pas été très explicites. Plusieurs points semblent cependant assurés. Il n’y aura pas de réforme territoriale d’ensemble et le modèle de collectivité fusionnant la région et ses départements ne sera pas généralisé, bien qu’il en existe déjà plusieurs (Martinique, Guyane, Corse en 2018). La préférence va plutôt aux fusions de départements. De grands départements dans de grandes régions avec de grandes intercommunalités : cela garant-il plus d’efficacité, de démocratie et des économies ? Le blocage sur les périmètres actuels, qui n’ont démontré en rien leur pertinence, se fait par défaut : on ne saurait quoi faire de certaines régions résiduelles, Lorraine et Champagne-Ardenne notamment.

Le gouvernement promet des « adaptations législatives » là où il faudra calmer des mécontentements. Le résultat sera un compromis mal ficelé, ajoutant des complications et des coûts, selon un schéma qui se dessine depuis quelque temps et a des partisans chez les parlementaires alsaciens. Il semble surtout ne fâcher personne : conserver la région Grand Est, à l’intérieur de laquelle un département Alsace, fusion des deux départements du Rhin, aura un statut spécial par des délégations de compétences de la région et éventuellement de l’Etat.

Admirable ! Des politiques « régionales » seront menées d’un côté par le département et pour le reste du territoire par la Région. Qui peut croire qu’ajouter à l’architecture actuelle des dérogations pour certaines composantes améliorera la clarté des politiques ? Et n’attendons guère d’économies ; la Région gardera ses services et le département devra créer les siens.

Seul avantage apparent : les procédures sont simples. La fusion des départements est décidée par décret après délibérations concordantes des conseils départementaux, adoptées à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Et la loi prévoit une procédure de délégation de compétences entre collectivités territoriales. Toutefois ces compétences déléguées « sont exercées au nom et pour le compte de la collectivité territoriale délégante » sur la base d’une convention « qui définit les objectifs à atteindre et les modalités du contrôle de l’autorité délégante sur l’autorité délégataire». Le département sera donc sous tutelle de la région, laquelle sera peu encline à lui accorder d’importants pouvoirs car elle craindra les revendications d’autres départements. Et le Conseil d’Etat a jugé que le conseil régional ne peut déléguer l’octroi des aides économiques aux départements. Plus délicat sera le calcul de la compensation financière que versera la région au titre des compétences déléguées. Elle ne sera surement pas très généreuse. Or, le département, qui n’a aucune marge de manœuvre sur ses ressources, se retrouvera rapidement étouffé par ces fonctions supplémentaires et sous le joug d’une région qui lui dictera ses orientations.

Ce ne sont donc pas des délégations qu’il faut demander mais des transferts de compétences, ce qui relève de la loi, qui en définira aussi les modalités financières. Il ne faut plus tergiverser. Comme il y a un large accord au sein des conseils départementaux, allons rapidement vers la fusion. Le nouveau département aura du poids pour revendiquer des adaptations législatives. Il aura aussi la possibilité d’organiser en son sein un référendum, et pourquoi pas pour exiger sa transformation en région à part entière ?

Pour compliquer encore le paysage, voilà que le Président de l’Eurométropole propose de transposer à Strasbourg le statut de Lyon, c’est à dire d’en faire une collectivité exerçant sur son territoire toutes les compétences du département. Cela peut se discuter, mais nous y voyons deux objections majeures. D’une part cela n’est pas dans l’intérêt de l’Eurométropole. Elle a déjà de larges pouvoirs économiques et culturels; en matière de transports des ajustements seraient faciles à convenir et pour la voirie l’essentiel est réglé. Restent les collèges et le volet social pour lequel existent des accords avec la Ville de Strasbourg. Que gagnerait l’Eurométropole à accumuler des missions hétéroclites, complexes et coûteuses qui vont gonfler ses structures, pomper des ressources dans le budget et détourner les élus de leurs fonctions stratégiques? Le seul bénéfice envisageable, à court terme, serait de récupérer les bases d’impôts du département. Mais affaiblir celui-ci n’est dans l’intérêt de personne et la métropole serait vite rattrapée par l’explosion de ses charges, perdant de sa réactivité dans ses politiques structurelles!

D’autre part, séparer Strasbourg du reste de l’Alsace par un tel statut est ce qu’il faut surtout éviter car, ensemble, les deux se renforcent alors qu’elles souffrent depuis des décennies de ne pas être suffisamment en synergie et solidaires dans la course au développement, à l’innovation et à l’affirmation sur le plan international.

Mais le plus important dans les quelques semaines à venir serait que les mouvements régionalistes s’entendent enfin pour faire une pression convergente, vigoureuse et visible. L’agitation de groupuscules et les jeux d’égos ont définitivement démontré leurs limites.

A fond les ballons !

ballonGEUne satire par Etichon Adalric, 21 juillet 2017.

L’heure est grave. Cela fait maintenant un an et demi que le Grand Est déploie des efforts inimaginables pour imposer son nom et son logo partout. Et pourtant, un sondage CSA d’avril 2017 montre que 84% des orientaux du Grand Est souhaitent son démantèlement, pour retrouver une région Alsace.

La partie orientale pose en effet problème. Encerclée par des peuplades germaniques bordant le Rhin, elle en subit les mauvaises influences. A tel point que les habitants ont tendance à se sentir Alsaciens au lieu d’adhérer à l’idéal commun que devrait partager le peuple du Grand Est. Rendez-vous compte, ils prétendent même avoir une culture et une langue spécifique à eux ! Le populaire et regretté François Hollande était pourtant venu à Strasbourg pour leur expliquer que  »l’Alsace n’existe plus », mais ces farfelus ne veulent rien savoir. Que faire ?

Certains orientaux osent même jusqu’à demander une consultation par référendum sur la sortie du Grand Est. Mais disons-le net, il est hors de question de leur donner satisfaction. On voit bien que l’idée d’un référendum s’inspire du modèle pseudo-démocratique Suisse, connu pour son archaïsme. Ce n’est pas comme cela que se passent les choses dans une région moderne comme le Grand Est, bien évidemment  »une et indivisible ». C’est au gouverneur du Grand Est d’imposer sa loi. On ne va quand même pas se rabaisser à demander l’avis des gens !

Non, la seule stratégie possible, c’est continuer à marteler Grand Est dans la tête de ces récalcitrants. Ils finiront bien par s’y faire !

Continuons à acheter des espaces publicitaires dans les journaux locaux. Continuons à dépenser pour des panneaux Grand Est au stade de la Meinau. Continuons à débourser pour s’afficher dans la caravane du Tour de France. Ils ne doivent pas passer la moindre journée sans avoir vu le logo du Grand Est !

Mais cela ne suffit pas. Il faut que le Grand Est soit visible même lorsque les gens regardent le ciel. La solution ? Le ballon du Grand Est, pardi ! Quelle beauté éblouissante, n’est-ce pas ?

Certes, il paraît qu’il faut 5 semaines en ballon pour faire le tour du Grand Est. Mais au moins il pourra voler suffisamment haut pour éviter les projectiles que pourraient envoyer certains perturbateurs de la plaine du Rhin. Ce serait dommage de l’endommager ; il parait qu’un ballon coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais cela, il ne faut surtout pas leur dire, ça risquerait de les énerver encore plus.

Que peut-on maintenant imaginer pour la suite ? Quel dommage que notre Grand Est ne soit pas une région maritime. Imaginez un sous-marin du Grand Est capable d’aller 20 000 lieues sous les mers. Quelle fierté pour le peuple du Grand Est ! Mais faisons confiance à nos élus régionaux pour trouver la prochaine idée, on sait qu’ils ne sont pas du genre à se dégonfler.

Le Grand Est fait son Tour !

Une satire par Etichon Adalric, 19 juillet 2017.

tourGE

Le Tour de France est vraiment un spectacle riche en émotion. Cette année, les spectateurs ont même l’honneur d’être salués par deux automobiles aux couleurs du Grand Est qui intègrent la caravane, ce qui en soit mérite le déplacement.

Certaines mauvaises langues critiquent le logo de la région, qui nous permet pourtant d’effacer le vilain blason de l’Alsace de nos plaques d’immatriculation. Voilà qui devrait les faire changer d’avis. Quelle élégance ! Peugeot serait bien inspiré de proposer ces peintures au grand public pour relancer ses ventes.

En tout cas, merci à la région Grand Est de nous montrer à quoi servent nos impôts. Nous ne connaissons pas le cout de l’opération, mais il doit être assez salé vu l’ampleur de la manifestation. Mais nous sommes persuadés que cet argent n’aurait pas pu être mieux utilisé, car il répond sans aucun doute aux aspirations de la population.

Certains pourraient s’étonner de faire rouler des voitures sur 200 kilomètres, alors qu’en même temps la région vient d’organiser un séminaire climat Air Energie (le 5 juillet) pour lutter contre le changement climatique et la pollution de l’air. Mais rappelons que 200 kilomètres ne représentent que la moitié seulement du trajet entre Strasbourg et Châlons-en-Champagne. Autrement dit, c’est une petite balade au regard des déplacements quotidiens des agents et des élus régionaux. Dans le Grand Est, on n’en est plus à ça près !

Si nous pouvons donner un conseil à la région, ce serait de renouveler l’expérience pour le Tour d’Alsace fin juillet. Le public serait ravi, car comme le souligne le président de la région : « nous avons juste, avec le Grand Est, un supplément d’âme » (Philippe Richert le 21 janvier 2017). Et les Orientaux du Grand Est sont effectivement très sensibles à l’âme d’une région qui puise ses racines dans leur histoire et de leur culture. Par contre, il est donc fortement recommandé de fermer les vitres des véhicules. Car dans un débordement de joie, il n’est pas impossible que certains spectateurs en viennent à lancer des tomates.

Comme le dit Jean Rottner : « Grand Est is back ! »