Les mauvais calculs du Grand Est

Communiqué CPA du 20 juillet 2018

La région Grand Est conteste la révélation de ses frais liés aux déplacements, en hausse de 51% en deux ans, passant de 2,1 à 3,2 millions d’euros. Selon la région, qui nous accuse de donner de faux chiffres, la hausse serait de « seulement » 30%, soit 250 000 euros. Pourquoi cette différence ?

Frais de déplacement oubliés…

frais de déplacementPour réaliser nos calculs, nous avons additionné l’ensemble des frais de déplacement, c’est à dire ceux des élus du conseil régional, mais aussi ceux du CESER, les déplacements « extérieurs », ainsi que les dépenses de carburant. Il est logique d’intégrer ces éléments, car ils font tous partie des « frais généraux » de la collectivité. Quant à la région, elle affiche un montant plus faible car elle oublie une grande partie des frais en ne comptant que celui des élus régionaux. Notre chiffre est donc plus complet et représente mieux la réalité que celui donné par la région. Et encore, nos données ne concernent que la collectivité régionale, et n’intègrent pas ceux des services de l’Etat et de toutes les associations et ligues sportives que l’on a forcé à fusionner.

Frais généraux en baisse ?

Par ailleurs, la région affirme que la hausse des coûts des déplacements est insignifiante à côté de  106 millions d’euros d’économies par an en communication, fonctionnement général, ressources humaines. Chiffre invérifiable, mais surprenant. Globalement, les « frais généraux » nécessaires au fonctionnement de la collectivité (chapitre 930) ressortent en hausse : 122 millions d’euros en 2016, 128 en 2017, et 133,4 prévu pour 2018. Les dépenses de communication et les frais de personnel contribuent d’ailleurs à cette hausse.

Taux d’épargne brut inférieur à la moyenne

La région vante un taux d’épargne brute de 19%, qui représente la part des recettes de fonctionnement disponibles pour l’investissement. Ce taux est convenable, mais inférieur à la moyenne des régions françaises (20%), et bien inférieur à celui qu’avait la région Alsace en 2015 (22,2%). On ne peut pas dire que l’Alsace y ait gagné au change. La hausse des ressources pour l’investissement affichée par la région provient avant tout des transferts de compétences, dont ont bénéficié toutes les régions en 2017, qu’elles aient fusionné ou non. Par exemple, les dépenses d’investissement de la région Bretagne ont augmenté de 50% de 2016 à 2017 (+11% pour le Grand Est).

Économies d’échelle peu évidentes

Quant au milliard d’économies (rien que ça !) annoncé sur le haut débit et le ferroviaire, ils sont basés sur des comparaisons complètement biaisées, en comparant des contrats ayant des modalités différentes, dans des situations différentes. En réalité, les économies d’échelle sont très peu évidentes, bien loin du chiffre donné la par région.

Au final, les économies promises par le gouvernement ne sont pas au rendez-vous. La fusion des régions a occasionné de nouvelles dépenses, sans que les économies viennent les compenser. Pour l’essentiel, il ne s’agit pas d’un problème de gestion financière de la part de la collectivité, mais plutôt des effets pervers d’une fusion imposée par la loi NOTRe dans une totale improvisation, sans estimation préalable de l’impact économique.

Le Club Perspectives Alsaciennes s’engage pour obtenir à court terme pour l’Alsace une collectivité territoriale à statut différencié et la sortie du Grand Est avant 2021.

Publicités

L’explosion des frais de déplacement du Grand Est

Les DNA viennent de publier un article relatif aux problèmes de déplacement liés à la taille du Grand Est (lien vers l’article réservé aux abonnés DNA). Cette question est importante, car la fusion des régions avait pour but (officiellement) de réaliser des économies sur les dépenses de fonctionnement (en particulier les charges à caractère général). Voici quelques éléments d’informations complémentaires.

Lorsqu’on regarde la situation du Grand Est, on constate que le coût des « services généraux » est en hausse. Il s’agit de charges liées à la gestion de la collectivité  (communication, rémunérations des agents, entretien des locaux, etc.). Parmi ces dépenses, on retrouve également les « frais de déplacement et de mission ».

Si l’on s’intéresse à ces dépenses, il est plutôt logique que ce poste soit en hausse au vu de l’accroissement des distances. La nouveauté, c’est que nous pouvons désormais mesurer la hausse des coûts. Pour cela, nous avons effectué la somme des 4 comptes des services généraux relatifs aux couts de déplacement, à partir des comptes administratifs du Grand Est pour 2016 et 2017, mais aussi des trois régions en 2015.

frais de déplacement

On constate qu’avec la fusion, les coûts augmentent de 17 %, puis augmentent encore plus rapidement entre 2016 et 2017 : + 30 %. Ceci peut s’expliquer car en 2016 une grande partie des structure n’avaient pas encore été réorganisées. Au fur et à mesure de la mise en place des institutions à l’échelle Grand Est, les coûts augmentent. Sur deux ans, de 2015 à 2017, la hausse est de 51 %.

Quelles sont les perspectives ?

Le budget prévisionnel 2018 du Grand Est n’est pas assez détaillé pour estimer précisément l’évolution future des coûts de déplacement. Toutefois, deux éléments nous permettent d’anticiper une évolution à la hausse :

  • les frais de déplacement « extérieurs » sont prévus à 1,7 million d’euros, soit une nouvelle hausse de 10% environ par rapport à 2017.
  • Le 13 juillet 2018, la Commission Permanente a décidé de rembourser les déplacements du Conseil Régional des Jeunes du Grand Est. Les élus ont reconnu que les coûts de déplacements devenaient trop lourd, que ce soit pour les jeunes ou les parents qui doivent les conduire sur de longues distances. Il s’agit de frais qui n’existaient pas auparavant (le Parlement Alsaciens des Jeunes n’avait aucune indemnité).

Sur la base de ces deux éléments, on peut donc anticiper une nouvelle hausse significative du budget consacré aux frais de déplacement et de mission pour 2018.

Grand Est : un mauvais coup porté au tourisme en Alsace

par Catherine Graesbeck, qui a dirigé le développement du Comité Régional du Tourisme (94-96) et a animé la mission « Noël en Alsace » (1997-2015).


L’Agence d’Attractivité de l’Alsace (AAA) a présenté le « pacte de destination » touristique de l’Alsace à Obernai le 15 juin 2018. Ce pacte correspond à une stratégie marketing coordonnée par la région Grand Est, en collaboration avec des acteurs publics et privés du tourisme.

tourisme GE

Ecotourisme, un beau projet noyé dans l’appellation Grand Est

Même si ce qui est proposé correspond globalement à ce qu’il serait souhaitable de faire, il y a une chose qui ne convient absolument pas : tout est proposé sous l’entête « Grand Est ». Or chacun sait que les destinations touristiques, c’est la Lorraine, la Champagne, les Ardennes et évidemment l’Alsace. Au niveau tourisme, Grand Est ne signifie rien ! C’est même pire : Grand Est évoque la Sibérie dans l’imaginaire collectif…

Les excellents résultats du tourisme en Alsace sont le fruit d’une action longue, persévérante et intelligente pour installer durablement la destination Alsace dans le cœur et l’esprit des clientèles. Mais l’entrée en vigueur de la loi NOTRe est un vrai désastre pour le tourisme et stoppe l’élan qui était engagé.

J’ai l’impression de revenir 30 ans en arrière lorsque nous « phosphorions » sur les Pays d’Accueil, préfiguration de ce que pouvait être l’intervention publique dans l’aménagement du territoire et le développement touristique du milieu rural. Entre temps, l’expérience nous a montré que le rôle essentiel dans l’accueil et le développement du tourisme revient aux professionnels (hébergeurs, prestataires de services, guides, conseillers de séjour…).

Avec la loi NOTRe, les collectivités reviennent sur le devant de la scène dans un registre qui n’est pas le leur. ça leur fait perdre de l’énergie, du temps, de l’argent pour un résultat tout à fait hypothétique dont on verra au mieux quelques résultats dans 30 ans.

Entre-temps, nous avons aussi pu mesurer l’attachement des clientèles à la marque Alsace et à ses identifiants, nous avons pu mesurer combien il faut de temps, de présence constante et d’investissements pour gagner des points en fréquentation.

Car, enfin j’en viens à la question qui fâche : que dire de cette grande Région qu’on nous a imposée ? Elle nous porte préjudice à tous ! La Lorraine qui, dans le tourisme a fait des avancées magnifiques ces dernières années. La Champagne, les Ardennes qui sont des destinations à part entière, mondialement connues, et qui ne gagnent rien à être noyées dans ce conglomérat qui nuit à la proximité. La disparition du mot Alsace ou seulement sa mise au deuxième plan comme nous l’avons vu lors de différents événements (le salon du livre à Francfort, l’ITB de Berlin…) désoriente les visiteurs et les insécurise, ce qui est néfaste pour nos affaires.

Lorsque nous avions à conquérir des marchés lointains, à développer des grands axes ou travailler sur des thématiques (l’oenotourisme, le fluvial…) nous avons su établir des partenariats et mener des actions communes. C’était le pragmatisme et l’expression du terrain ; pas les grandes idées et constructions fumeuses.
Comment expliquera-t-on aux grands opérateurs sur le net, TRIPADVISOR et consort, que les classifications administratives nuisent à la fréquentation touristique, que la seule référence aux capitales régionales nuit à l’espace rural et qu’il faut conserver le nom des régions historiques, qui elles seules parlent au public.

Je m’interroge sur la compétence des personnes qui ont en charge la communication du Grand Est, à moins qu’elles ne soient simplement « aux ordres » de ceux qui veulent effacer l’Alsace… On a l’impression qu’il s’agit d’imposer vaille que vaille « Grand Est ». Et pourtant, en tourisme on ne peut être efficace au niveau des clientèles et des populations locales qu’en déclinant les régions historiques : La Champagne, la Lorraine, les Ardennes, l’Alsace. On nous avait d’ailleurs laissé entendre que Grand Est ne serait qu’une dénomination administrative. Alors, qu’en est-il vraiment à ce jour ?

En ce qui me concerne, je ne peux qu’adhérer aux propositions faites par les Présidents des 2 départements du Rhin, Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry qui affirment que l’échelon départemental, ou plutôt celui de la future collectivité Alsace, est le plus pertinent pour assurer la pérennité du développement et le succès en matière de notoriété et de fréquentation.

Mirage et réalité

nope-grand-est-carre-v2-1-web

Christian Hahn, président du Conseil Culturel d’Alsace, organisme consultatif rattaché à la région Grand Est, a donné sa vision sur l’avenir dans la langue régionale (DNA du 6/07/2018) à la suite d’un rapport contenant 20 propositions rendu fin mai à Jean Rottner. Mais ce dont il en ressort, c’est surtout l’absence de vision sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, alors que cette question est intimement liée à la valorisation de la culture et des langues.

Christian Hahn connaît la réalité linguistique et culturelle, mais aussi le rapport de forces politiques en Alsace :

  • avec 2% de locuteurs de moins de 10 ans, l’alsacien n’est plus une « langue menacée », mais une langue « en voie d’extinction » ; du fait même de l’absence de transmission familiale, le dernier dialectophone pourrait disparaître deux générations après le décès du dernier Malgré-Nous ;
  • dans de nombreuses écoles maternelles (et pas seulement dans les grandes villes), il n’y a probablement déjà plus d’enfants, ni d’enseignants « alsacophones » ;
  • il n’y a pas de bilinguisme français/allemand à défendre puisqu’il n’existe pas ; coupé de ses racines alémaniques, l’allemand est une langue étrangère, et il est évident que non seulement l’anglais, mais aussi l’espagnol et même le chinois seront plus attractifs pour les familles.

Alors, quelles sont les 20 propositions contenues dans le rapport du Conseil Culturel ? En réalité, nous n’en savons rien. Comme le rapport du préfet Marx sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, les 20 propositions du « Groupe Alsace » sont secrètes ! Une singulière conception de la démocratie, ou seulement la peur des réactions de l’opinion ?

L’interview de Christian Hahn nous apprend cependant que l’articulation entre la culture régionale et les institutions politiques autonomes est refusée (hypocritement ?) par le Conseil culturel d’Alsace. C’est une grave erreur.  L’exemple d’autres pays (Québec, Galles, Tyrol-du-Sud, etc.) montrent qu’elle est au contraire indispensable.

Christian Han sait bien que sa proposition de créer un « médiateur culturel intercommunal » ne serait au mieux qu’un pis-aller, un « alibi » permettant aux élus régionaux de se dédouaner de leur responsabilité. Pour donner une chance à l’alsacien (et au bilinguisme), il faut fonder une « Alsace nouvelle » ! Mais avec Jean Rottner et ses amis au pouvoir, même cette modeste idée risque bien de rester un mirage…

Propaganda

Le Grand Est s’affiche partout, tout le temps. En 2018, la région va dépenser près de 9,5 millions d’euros en communication, soit une hausse de 23% en deux ans !

Dépenses de publicité

Les dépenses de communication recouvrent des activités diverses, comme les fêtes, les réceptions ou l’achat d’espaces publicitaires. Une bonne partie – 2,8 millions d’euros – sera dépensée pour l’achat d’espaces publicitaires dans les journaux, à la télévision, la radio et le web.

Les dépenses communicationnelles du Grand Est apparaissent élevées en comparaison avec les autres régions dont les comptes administratifs sont disponibles (Bretagne, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Centre-Val-de-Loire). Dans ces autres régions, elles fluctuent autour de 5 millions d’euros, soit un niveau bien inférieur à celui du Grand Est.

Par ailleurs, les dépenses de communication sont en réalité supérieures à celles affichées dans le budget car la région en maquille certaines opérations en affectant le financement dans d’autres comptes. La péniche Grand Est à 180 000 euros ? Du soutien à la culture ! Les 120 000 euros donnés à des sportifs pour réaliser la promotion du Grand Est ? Du soutien au sport ! On pourrait multiplier les exemples, même s’il est difficile d’en évaluer l’ampleur globale.

Comment expliquer la dérive de ces dépenses dans la région Grand Est, à l’heure où l’État impose pourtant un plafonnement des dépenses des collectivités locales ?

Une fuite en avant

Officiellement, l’objectif de ce matraquage publicitaire est de « créer de la confiance dans la nouvelle collectivité » et de « promouvoir la Région Grand Est en mettant en avant ses atouts à même de développer son attractivité en France et à l’international » (rapport du 21 décembre 2017).

Voilà donc que la région se préoccupe de la confiance des habitants dans la collectivité, en s’imaginant qu’on peut rétablir une profonde crise démocratique avec des opérations de communication. La situation est ubuesque. Alors que les sondages montrent que le rejet du Grand Est est toujours aussi massif en Alsace, ces dépenses s’apparentent à une véritable fuite en avant. Plus on affiche le Grand Est, plus cela irrite les gens, et plus le Grand Est dépense en retour pour les forcer à se « Grandestiser ». Un cercle vicieux, et ruineux !

pub journaux (DNA)

1,4 millions d’euros pour les publicités dans les journaux en 2018 (photo : annonces dans les DNA en mai 2018).

Le seul moyen de retrouver la confiance, c’est de répondre aux aspirations légitimes des citoyens. Une région qui inspire confiance, c’est une région basée sur la cohérence géographique, culturelle, historique et économique ; c’est une région qui parle au cœur des gens. Pour les Alsaciens, cette région, c’est la région Alsace. Nul besoin de dépenser des millions d’euros pour reconnaître une telle évidence.

Quant à la question de l’attractivité, « Alsace », « Lorraine », « Champagne » sont positivement connues dans le monde entier. C’est la meilleure base à partir de laquelle on peut bâtir une politique d’attractivité (export, tourisme, partenariats) au profit de tous. Une appellation aussi insipide que « Grand Est », qui transpire la bureaucratie et la technocratie, ne pourra jamais développer une image aussi positive. S’ils étaient vraiment soucieux du bon usage des fonds publics, les élus régionaux assureraient la valorisation de l’image des trois régions, au lieu d’en effacer la visibilité.

Afficher l’identité du Grand Est

Mais l’excès de zèle en matière de communication peut s’expliquer par un autre objectif : la volonté de créer une identité du Grand Est. En effet, alors que les élus promettent aux citoyens de ne pas toucher aux identités régionales, qu’il ne s’agit que d’une fusion administrative, les discours au sein de l’assemblée régionale sont d’une autre nature. L’ancien président Philippe Richert a affirmé à plusieurs reprises vouloir construire l’identité du Grand Est. Lors de la dernière commission permanente du conseil régional (29 juin 2018), Jean Rottner lui emboîte le pas en annonçant l’objectif d’afficher l’identité du Grand Est, en particulier auprès des jeunes. Pour ce faire, la région va acheter pour 400 000 euros de panneaux Grand Est à placer dans les lycées, partant du principe que l’esprit des jeunes est plus facilement manipulable.

Ainsi, il apparaît clairement que la région tente d’imposer une nouvelle identité à grands coups de dépenses publicitaires. Ceci est complètement absurde. Comment une communication tous azimuts pourrait-elle combler l’absence d’histoire ou de culture commune ? Comment pourrait-elle effacer le déni de démocratie qu’a constitué la fusion forcée ?

Une région fondée sur une véritable identité comme l’Alsace n’a pas besoin de s’afficher partout. Elle rayonne d’elle-même naturellement. Quant à la région Grand Est, elle tente de combler artificiellement ce manque en inventant de nouvelles dépenses, en pure perte. Combien de millions d’euros seront gaspillés avant qu’on se rende compte d’une telle inanité ?

Ne pas tomber dans le piège de Rottner !

Jean Rottner s’est exprimé devant les maires du Haut-Rhin. Le président du Grand Est propose de rabaisser l’Alsace à un Département auquel il propose une convention pour exercer des compétences. Convention dont il serait, bien évidemment, lui-même le président !

lire l’article complet des DNA

Mais comment pourrait-on faire confiance à un élu qui a retourné sa veste ? Comment pourrait-on faire confiance à un élu qui méprise l’opinion massive des Alsaciens en faveur du retour à leur vraie région de coeur ? Au final, Jean Rottner n’est que le digne – ou plutôt indigne – héritier de Philippe Richert…

Notre ami Frédéric Le Jehan a parfaitement résumé ce que nous voulons dans une tribune également parue dans les DNA : pour que l’Alsace soit plus qu’une région. Une vision juste et claire, c’est à dire incompatible avec la proposition de Jean Rottner.

Traité de l’Elysée

Le 22 janvier dernier, l’Assemblée nationale et le Bundestag ont adopté (dans une relative indifférence) une résolution demandant aux gouvernements français et allemand d’élaborer un nouvel accord d’amitié et de coopération destiné à actualiser le Traité de l’Élysée de 1963. Pour l’Alsace, ce texte pourrait prendre une importance particulière s’il est suivi d’effets ; il paraît donc utile de se livrer à une analyse précise d’un document qui devrait guider les discussions entre Paris et Berlin.

1. Considérant que…

Parmi les 24 « Considérant » de cette résolution, plusieurs concernent les régions frontalières dont l’Alsace (sans que celles-ci ne soient néanmoins expressément citées ou définies).

On le voit, la coopération transfrontalière est une thématique importante pour les parlementaires, à la fois parce qu’elle doit faciliter la vie des citoyens, et parce qu’elle illustre la volonté d’intégration européenne des deux pays. Mais derrière cette affirmation généreuse, les structures existantes (par exemple la Conférence du Rhin Supérieur qui rassemblent l’Alsace, le Palatinat et le Pays de Bade – ainsi que la Suisse du Nord-Ouest) – ne sont même pas cités. Dès lors, ces « considérant » sont surtout « des considérations »…

2. Et si on essayait vraiment ?

La coopération transfrontalière est un écheveau où s’entremêlent les compétences d’État et les entités infra-étatiques aux statuts extrêmement différents (Régions et Länder, collectivités territoriales) ; dans ce paysage morcelé (où les rivalités sont nombreuses), la résolution constitue un encouragement incitatif, mais ne représente ni engagements, ni promesses.

En France, il s’agit de questions qui relèvent très largement de la compétence de l’État. Pour être efficace, il faudrait que celui-ci se dote d’une agence de coopération dédiée ; ce qui paraît très problématique dans la mesure où l’État inscrit son action dans le cadre du Grand Est (dont seuls trois départements sur dix sont frontaliers de l’Allemagne). La mise en place d’une telle agence devrait associer l’État et les départements du Rhin et de la Moselle dans les domaines de compétence listés avec pertinence dans cette résolution, mais une telle décision « amputerait » sévèrement les missions du Grand Est.
A la lecture du texte, on peut même s’inquiéter : il existerait donc des entraves administratives au marché intérieur ? Pourtant, les États sont appelés à respecter la législation européenne ; faut-il donc vraiment une résolution pour cela ?

Le bilan actuel de l’Abibac (quelques centaines de baccalauréats binationaux obtenus tous les ans) montre, s’il en était besoin, que la politique menée par l’éducation nationale (en particulier dans les académies de Strasbourg et de Nancy-Metz) s’est révélée « peu performante ». Au-delà des discours du dimanche sur le bilinguise français-allemand que tiennent de nombreux élus, le résultat des dernières décennies d’enseignement monolinguistique apparaît clairement dans les statistiques pour l’emploi en Alsace.

Si on poursuit la « dissection » de la résolution, les « systèmes de propulsion alternatifs » sont certainement nécessaires pour faire avancer l’intégration régionale dans les vallées du Rhin, de la Sarre et de la Moselle. En cette période de carnaval, on pense évidemment à la bicyclette et à la voiture à pédales !

Conclusion

Le député du Bas-Rhin Sylvain Wasermann (MoDem) vient de se voir confier une mission auprès de la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau pour proposer des solutions permettant de faire de la coopération transfrontalière une composante majeure du nouveau « traité de l’Elysée ». Compte tenu du débat sur le Grand Est, il pourrait être amené à intégrer la dimension « alsacienne » dans sa réflexion sur le partenariat franco-allemand.