Politique

Henri Goetschy : l’Alsace est en deuil !

Avec le décès d’Henri GOETSCHY, une haute figure de la politique régionale disparait, laissant un immense héritage d’engagement et d’action politique.

L’ancien sénateur et président du Conseil Général du Haut-Rhin avait toujours défendu, avec Adrien Zeller, l’idée d’une Alsace unie ancrée dans l’espace rhénan et fière de son identité.
Visionnaire, Henri GOETSCHY, avait toujours milité pour une vraie décentralisation, pour un pouvoir au service des citoyens et pour les valeurs démocratiques et humanistes qui se sont développées dans notre région depuis la Renaissance.

Il n’avait de cesse de dénoncer les lâchetés et les compromissions successives qui ont abouti à l’impasse actuelle, et dont la population paye aujourd’hui le prix.
La fidélité et le courage dont cet Alsacien « aus dem Bilderbuch », avec son franc-parler , avait fait preuve, doivent inspirer ceux qui prétendent bâtir une Alsace Nouvelle, et encore plus les jeunes générations.

Merci Henri !

Le Club Perspectives Alsaciennes

Discours de Jean Castex : le combat des Alsaciens est légitime

Passéistes, égoïstes, repliés sur eux-mêmes. Ces dernières années, les qualificatifs infamants envers les Alsaciens se sont succédés de la part des thuriféraires de la fusion des régions. Certes, nous comprenons bien que ceux qui ont retourné leur veste, à défaut d’avoir des arguments pour justifier une réforme injustifiable, en soient réduits à user d’accusations diffamatoires. Elles n’en sont pas moins iniques, étant donné que les Alsaciens portent au quotidien de nombreux projets de coopération dans l’espace rhénan et revendiquent le développement du bilinguisme au travers de diverses associations.

Depuis cinq ans, le Club Perspectives Alsaciennes propose un nouveau projet pour l’Alsace, et dénonce les tentatives d’intimidation malsaine visant à culpabiliser les Alsaciens. Fort heureusement, elles ne fonctionnent plus. La ministre Brigitte Klinkert le 2 janvier 2021 lors de l’installation de la Collectivité européenne d’Alsace, a souligné la « résilience du peuple alsacien » qui a permis une première avancée. Au plus haut niveau du gouvernement, le premier ministre a insisté dans son discours de Colmar du 23 janvier 2021 sur la légitimité de la contestation alsacienne.

Non seulement le gouvernement reconnait que la réforme de 2015 fusionnant les régions est un ratage, mais il reconnait aussi que la démarche alsacienne visant à s’en émanciper est légitime. Il a fustigé les « immenses régions, dont certaines ne répondent à aucune légitimité historique et surtout ne me paraissent pas répondre aux besoins grandissants de nos concitoyens pour une action publique de proximité ». Bien évidemment, tout le monde aura compris qu’il visait en particulier la région Grand Est.

Toutefois, au-delà des discours et du constat sur l’inanité des nouveaux mastodontes régionaux, l’important est de concrétiser cela par une réforme mettant fin à ces aberrations territoriales, pour remettre de l’efficacité et de la proximité dans l’action publique en France. En ce sens, non seulement la démarche alsacienne est légitime, mais elle est même salutaire !

Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est

Le Club Perspectives Alsaciennes a présenté à la presse un projet de résolution pour que la CEA redevienne une Région à part entière, hors du Grand Est. Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont relayé cette proposition, qui sera également adressée aux élus départementaux.

Notre objectif est que, dès le mois de janvier 2021, la CEA adopte une résolution visant à réaffirmer l’engagement initial du projet des élus qui ont porté le regroupement des Départements, à savoir la constitution collectivité disposant de l’ensemble des compétences régionales, c’est-à-dire hors du Grand Est.

Ci-dessous le texte de la résolution proposée par le CPA, qui peut servir de base à celle que pourrait adopter le Conseil d’Alsace en janvier prochain. Nous invitons les élus départementaux à se saisir de l’opportunité que représente la création de la CEA pour réaffirmer l’ambition qu’ils portent pour l’Alsace.


Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est et à son évolution institutionnelle

Le Conseil de la Collectivité européenne d’Alsace, réuni en séance plénière à Colmar le 15 janvier 2021 (ou première réunion plénière suivant la séance d’installation du 2 janvier 2021)

Vu la Charte européenne de l’autonomie locale, ratifiée par la France le 17 janvier 2007 ; Vu l’article 72 de la Constitution ; Vu la loi°2019-816 du 2 août 2019 relative aux compétences de la Collectivité européenne d’Alsace,

Vu l’ordonnance n° 2020-1304 du 28 octobre 2020 portant diverses mesures institutionnelles relatives à la création de la Collectivité européenne d’Alsace,

Rappelant que la suppression de la Région Alsace a été décidée en violation de la Charte européenne précitée ;

Soulignant les nombreuses critiques formulées contre la réforme territoriale de 2014, notamment le rapport de la Cour des Comptes du  2/9/2019 ;

Considérant qu’une grande majorité de citoyens d’Alsace souhaite sa sortie du Grand Est ;

adopte la résolution suivante :

  1. Le Conseil demande solennellement la sortie de la CeA de la région Grand Est, par la révision de la réforme territoriale de 2014 qui a intégré les deux anciens départements du Rhin dans la nouvelle entité, sans consultation des collectivités concernées ni de la population alsacienne. Cette sortie devrait être organisée dans les meilleurs délais, l’objectif politique étant fixé au 1er janvier 2025.
  2. Le Président de la Collectivité européenne d’Alsace est chargé d’adresser la présente résolution à : Madame la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est, Messieurs les députés et sénateurs élus dans les départements du Haut- et du Bas-Rhin, Monsieur le Président du Conseil régional du Grand Est et Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux du Grand Est, Messieurs les Consulats généraux de Suisse, du Luxembourg et d’Allemagne à Strasbourg.
  3. Un débat sur les réponses obtenues des destinataires de cette résolution sera organisé dans un délai de 60  jours après ces transmissions, sur la base d’un rapport du président de la CEA.

Un été politique animé, qui annonce une rentrée agitée

Le CPA a suivi avec intérêt et vigilance les développements de la vie politique en Alsace au cours des derniers mois :

  • Il constate que le fort taux d’abstention lors des scrutins municipaux n’est pas imputable seulement à la crise sanitaire de la Covid-19, mais surtout à la défiance envers le système institutionnel territorial et la classe politique locale.
  • il  relève le fort renouvellement, tant en zone rurale que dans les grands centres urbains, des élus communaux et intercommunaux, notamment avec la progression  des élus écologistes alors que le parti présidentiel, peu enclin à réformer la loi NOTRe,  a probablement été sanctionné en Alsace pour cette raison.
  • il se réjouit de compter de nouveaux élus communaux à la sensibilité alsacienne prononcée (Colmar, Eurométropole de Strasbourg, Gundershoffen, Weiterswiller etc.), et les encourage à mettre en œuvre des mesures volontaristes en faveur du bilinguisme français/allemand et du patrimoine linguistique dialectal (activités périscolaires, soutien aux initiatives culturelles, etc.), qui constituent des atouts économiques et des enjeux sociaux déterminants.

Le CPA est  pleinement mobilisé pour contribuer au débat sur l’avenir de l’Alsace, dans la perspective de la mise en place de la CeA au 1er janvier prochain :

  • Il déplore que de nombreux candidats aux sénatoriales, adhérents de partis nationaux, voire conseillers régionaux, se découvrent subitement une ambition régionaliste peu crédible au vu de leur comportement récent ;
  • Il souligne que tout membre  du CPA, éventuellement candidat  devra se mettre en congé de l’association et ne pourra se prévaloir  des activités menées dans ce cadre ; il souhaite que cette règle soit suivie par les autres mouvements de la société civile ;
  • il souhaite davantage de transparence dans l’engagement des Conseils départementaux dans la préparation de la fusion du Haut- et du Bas-Rhin, notamment dans la volonté et la capacité de la CeA à quitter le Grand Est à l’horizon 2022/25, afin de permettre une gouvernance plus moderne et plus adaptée au territoire alsacien.
  • il se réjouit de la nomination de Brigitte Klinkert comme ministre déléguée à l’Insertion, en attendant d’elle une action déterminée pour faire entendre la voix de l’Alsace auprès du Président et du Gouvernement, suite aux  projets de décentralisation différenciée annoncés par le Premier ministre Jean Castex.

Avec les autres associations engagées pour la construction d’une Alsace nouvelle, assumant pleinement son identité historique et culturelle et intégrée dans l’espace euro-rhénan, le Club Perspectives Alsaciennes appelle les Alsacien.nes à faire confiance aux femmes et aux hommes qui  réagissent avec détermination et courage pour imaginer  un avenir plus serein pour  notre Heimet.

Non, il n’y a pas d’antisémitisme politique en Alsace !

Face aux insinuations concernant un soi-disant « antisémitisme alsacien » et aux tentatives récurrentes d’instrumentaliser des délits antisémites contre les revendications régionalistes, les messages suivants ont été présentés à la presse le 10 décembre dernier. Les DNA en ont d’ailleurs fait un excellent compte-rendu.

  • les profanations de cimetière sont des délits odieux qui doivent être sanctionnés sévèrement par la justice dès que les coupables seront arrêtés (sans mansuétude ni laxisme)
  • les commentaires associant l’Alsace ou les Alsaciens à ces faits commis par des individus sont inacceptables (culpabilité collective, ‘haine de soi’ anti-alsacienne, amalgame entre dialecte et nazisme, etc.)
  • le judaïsme fait partie intégrante du patrimoine culturel alsacien, et son statut juridique doit être respecté (comme celui des autres religions « reconnues »)
  • une politique d’enseignement de l’histoire et des langues régionales (y compris le yiddisch/judéo-alsacien) est la mieux à même de lutter contre la xénophobie, l’intolérance et l’antisémitisme
  • l’antisémitisme n’est pas « national » ou « régional », comme le prouve l’affaire Dreyfus (Juif alsacien…à la fois Allemand et Juif pour ses accusateurs), mais un phénomène qui ne connaît pas de frontières de pays ni de classe
  • il appartient à l’Etat, qui refuse tout transfert de compétence aux collectivités territoriales en matière pédagogique, d’inscrire dans les programmes scolaires l’héritage juif de l’Alsace (en partenariat avec la future CeA)
  • en cette période de Noël, les chrétiens savent les liens qui les unissent à la religion ‘aînée » et condamnent avec force les sentiments de haine contre ceux qui partagent la foi « originelle » de Jésus.       

Non, l’antisémitisme ne fait pas partie de l’identité politique et culturelle de l’Alsace. Notre projet pour l’Alsace vise à valoriser notre patrimoine sous toutes ses formes, y compris celui apporté par les religions qui coexistent pacifiquement sur nos terres. Et les élus du Grand Est qui instrumentalisent ces actes afin d’éteindre toute revendication alsacienne devraient avoir honte d’utiliser de telles méthodes.

Torture des chiffres par le Grand Est : toujours et encore !

Selon les DNA du lundi 4 novembre 2019, la majorité régionale du Grand Est tiendrait sa revanche sur le rapport accablant de la Cour des Comptes qui pointait les surcouts liés à la fusion des régions. Dans quel sens ? « Car les « dépenses réelles de fonctionnement du Grand Est hors transport auraient baissé de 0,3% entre 2015 et 2018 ». C’est à partir de cette unique donnée tirée de l’IFRAP que Valérie Debord et Jean Rottner ont voulu  pour balayer les critiques.

 Voilà « la réalité des chiffres », s’est esclaffée la vice-présidente du Grand Est sur Twitter.

Par souci de précision, notons qu’il s’agit de la dépense réelle de fonctionnement par habitant, qui est passée de 293 euros en 2015 (avant fusion) à 292 euros en 2018, soit une baisse de 1 euro. On la trouve le tableau publié par l’IFRAP le 31 octobre 2019.

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A partir de ce seul chiffre, peut-on nier les surcouts de la fusion ?  Nous affirmons que non, pour les raisons suivantes :

  • La base de comparaison, entre l’année 2015 et l’année 2018, est fortement biaisée en ce qui concerne le Grand Est. En effet, la région Lorraine a été épinglée sévèrement pour de graves dérives des dépenses les années avant la fusion. Si elle avait été gérée correctement, la dépense aurait été plus faible en 2015 que les 293 euros qui servent de comparaison. La correction de ces dérives aurait dû amener à une baisse des dépenses. Le seul fait qu’elles stagnent est donc un mauvais résultat en soi.
  • Plutôt que de faire une comparaison sur une base biaisée, il vaut mieux comparer les dépenses entre les régions. Or, si on reprend le tableau de l’IFRAP, on constate que les dépenses de fonctionnement hors transport sont 263 euros en moyenne dans toutes les régions. Le Grand Est affiche, avec 292 euros, une dépense supérieure de 11% à la moyenne.
  • Pour évaluer la situation financière d’une collectivité, il ne faut pas se contenter d’un seul chiffre, mais d’un ensemble de données complémentaires pour avoir une vision claire. Si on prend les dépenses totales (incluant le transport), on constate une forte hausse des dépenses de fonctionnement. On voit bien qu’on ne peut pas se baser uniquement sur la dépense de fonctionnement pour juger de la situation, d’autant plus que cela ne dit rien sur l’utilité de la dépense.
  • Dans les dépenses de fonctionnement, il faut distinguer les dépenses d’intervention (services rendus à la population) et les charges à caractère général (couts de gestion de la collectivité). C’est au niveau des charges générales, qui constituent les « mauvaises dépenses », qu’on nous promettait des économies. Donc ce sont ces charges qu’il faut regarder en priorité. Le verdict est sans appel : ces charges sont en très forte hausse, comme le montre le graphique du rapport financier officiel de la région. On peut ajouter à cela les charges de personnel qui sont également en forte augmentation.

En conclusion, nous voyons que les élus de la majorité régionale persistent à nier l’évidence des surcouts causés par la fusion des régions guidés par leur seul souci de justifier leur politique néfaste pour les citoyens, qu’ils soient Alsaciens, Champardennais ou Lorrains. Utiliser un unique chiffre pour invalider les études indépendantes autrement plus sérieuses et rigoureuses est assez risible, surtout lorsque ce chiffre est construit sur une base biaisée. Nous comprenons bien que ces élus puissent avoir des intérêts particuliers à défendre difficilement compatibles avec la réalité des faits, et tentent de  les manipuler. Mais cette tentative de tromperie dépasse une nouvelle fois l’entendement.

Urgence au Grand Est !

Le président du Grand Est Jean Rottner a annoncé reprendre à temps partiel ses activités professionnelles de médecin urgentiste à Mulhouse. S’il est tout à fait louable d’exercer une activité de médecin dans un service hospitalier en difficulté, on peut tout de même s’interroger sur les motivations d’un tel choix, surtout quand on exerce un mandat politique censé demander un investissement total. Même si Jean Rottner affirme qu’il essayera essentiellement de prendre cette charge sur son temps privé, son emploi du temps de président de conseil régional sera réaménagé pour être allégé.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance, cette annonce inédite appelle tout de même les commentaires suivants :

  • Dorénavant la région sera dirigée à temps partiel, ce qui annonce le début de la campagne pour les élections de 2021 et la multiplication des querelles entre les ambitions et les rivalités qui déchirent déjà l’actuelle majorité régionale.
  • Comment ne pas interpréter l’annonce, à l’approche des élections, comme un coup de communication visant à redorer une image écornée par le retournement de veste sur la question de l’Alsace et du Grand Est ? Jean Rottner s’adresse ainsi spécialement aux Mulhousiens, peut-être dans le but de se positionner pour retrouver ses fonctions de maire de Mulhouse au printemps 2020. Ce qui au passage exigera l’éviction « douloureuse » de Michèle Lutz qui espérait bien conserver le poste.
  • Malgré ses affirmations, Jean Rottner est conscient que le Grand Est s’achemine irrémédiablement vers l’échec (notamment avec la création de la CeA) et souhaite donc préparer son avenir (au Sénat ?).

Après la démission de Philippe Richert, ce nouveau coup de théâtre montre l’instabilité fondamentale de la grande bureaucratie régionale. Le Grand Est est une région à laquelle personne ne croit, même si certains font semblant d’y croire. Une région que même les présidents ne veulent pas présider.

Quelle identité politique pour l’Alsace ?

Tribune de Jacques Schleef publiée dans l’Ami Hebdo du 22 septembre 2019.

Ces derniers temps, la question d’un « ethno-régionalisme » alsacien a donné lieu à des polémiques stériles au sujet de la légitimité d’une revendication  identitaire dans les deux départements du Rhin, à la suite de l’adoption de la loi créant (au 1er janvier 2021) la Collectivité européenne d’Alsace »(CeA). Certains arguments paraissent utilisés pour dénigrer ceux qui « osent » dorénavant afficher leurs convictions « pro-alsaciennes ». Ce climat de ‘guerre civile »  n’est pas acceptable dans une démocratie moderne et apaisée (comme la souhaite le président de la République). Dans la perspective des prochains scrutins, les Alsaciens devraient donc réfléchir ensemble, à la question de l’identité politique de l’Alsace (qu’elle porte le nom de CeA, de région ou toute autre terme).

L’Alsace d’aujourd’hui,  c’est une identité territoriale constitué du Haut- et du Bas-Rhin. Ces deux collectivités disparaîtront avec l’entrée en vigueur de la CeA ; il serait souhaitable pour des raisons de gestion et de cohésion que l’Etat fusionne aussi ses deux administrations afin de former un « département du Rhin » unifié. En outre, un découpage en « districts » et « communautés d’agglomération » éviterait une « hydrocéphalie » strasbourgeoise tout en respectant la diversité historique de l’Alsace. Ceci étant, la future CeA doit être « ouverte » sur le plan géographique. Si demain, le Territoire-de-Belfort (détaché du Haut-Rhin en 1871) ou d’autres entités voisines voulaient nous rejoindre, il faudrait les accueillir (dans des conditions à déterminer). Il ne s’agit pas d’encourager un « irrédentisme » mosellan, mais de montrer que l’Alsace n’a pas « peur » de ses amis lorrains.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité économique largement tournée vers l’espace rhénan et -plus largement- l’Europe. Plusieurs défis doivent être relevés dans les prochaines années: le marché de l’emploi (impact de l’évolution démographique, formation et qualification professionnelle), l’attractivité pour les investisseurs locaux et étrangers (fiscalité et droit social), les infrastructures et l’énergie (fermeture de la centrale de Fessenheim, mise en place d’un péage pour les poids-lourds, amélioration des liaisons ferroviaires et « ferroutage » du fret en transit). Ces domaines requièrent une véritable stratégie pour la CeA, pour laquelle la contribution des acteurs privés est indispensable.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité sociale composite. Si la société alsacienne était largement homogène jusque dans les années 60, l’immigration a largement modifié sa composition, avec l’arrivée importante de Français « de l’Intérieur » et de ressortissants européens et extra-européens. Déjà après la Guerre de Trente Ans, l’Alsace avait « absorbé » des immigrants venus repeupler ses villes et villages dévastés, dans un esprit de large tolérance religieuse. Actuellement, les différences sont souvent exacerbées et instrumentalisées au détriment de l’intégration. Pour que tous et chacun, sans distinction d’origine, puisse se sentir Elsasser, une action de pédagogie civique volontariste doit être menée en direction de ceux dont les ancêtres vivaient ailleurs. Un échec serait doublement dangereux: les Alsaciens « d’origine » pourraient se sentir « colonisés » (entraînant un vote de protestation extrémiste), tandis que  les « nouveaux »  leur reprocheraient une « exclusion communautariste » (dont les différents groupes s’accuseraient réciproquement).

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité juridique « en sursis » (partagée avec la Moselle). On sait que le Conseil constitutionnel a imposé une « abrogation rampante » du droit « local ». Aussi longtemps que le principe de différenciation ne sera pas reconnu, cette érosion insidieuse se poursuivra dans une large indifférence, la population veillant davantage à « ses » jours chômés (Saint-Etienne et Vendredi-Saint) qu’au respect du Code des communes. La reconnaissance d’un pouvoir normatif alsacien, serait conforme au principe de subsidiarité reconnu par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe.

L’Alsace d’aujourd’hui, c’est une identité culturelle perturbée et menacée. La langue régionale (dans ses versions dialectale et littéraire) se meurt, et les efforts menés pour soutenir sa transmission aux nouvelles générations sont voués à l’échec sans soutien des familles, des entreprises, de la société et des pouvoirs publics. L’Etat « profond » (centraliste et jacobin) fait tout pour saboter les projets de réforme d’Emmanuel Macron. Sur le modèle de la Corse, il faut imposer l’apprentissage obligatoire de l’alsacien et de l’allemand à l’école dès la maternelle (d’autant plus que la scolarisation obligatoire monolingue à trois ans aura un impact désastreux sur la connaissance du dialecte chez les enfants). Sans « déclaration d’état d’urgence culturelle », la disparition (programmée en haut lieu) de ce patrimoine sera un désastre pour l’Alsace, qu’il s’agisse du tourisme, des échanges avec les pays germanophones et du « bonheur d’être Alsacien » de ses habitants. L’Alsace n’est pas une « Bretagne de l’Est » avec une langue régionale cantonnée au folklore commercial !

Demain les régionalistes de toute obédience seront appelés à s’unir pour réussir le pari de la CeA: ne comptons pas sur les mouvements politiques nationaux pour une telle ambition, mais mobilisons nos propres capacités à imaginer une « Alsace nouvelle ».

Jacques Schleef

secrétaire général du Club Perspectives Alsaciennes secrétaire général adjoint du Mouvement pour l’Alsace,

Pour une collectivité à statut particulier !

Alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à légiférer sur le projet de fusion des deux Départements alsaciens, de nombreuses personnalités semblent s’être converties à l’idée d’une Alsace bénéficiant, comme la Corse, d’un statut particulier. Que ne l’ont-elles pas dit lors de la création du Grand Est ! Il faut dire qu’en 2015, Roland Ries était encore socialiste et que le président de la République s’appelait François Hollande.

Les citoyens sont en droit d’exiger clarté et cohérence dans le débat sur la Collectivité européenne d’Alsace, au moment où se prépare l’unification des deux départements du Rhin :

  • comment l’articulation entre le Grand Est et la CeA pourra-t-elle fonctionner, si la région transfère à l’Alsace certaines missions ? les questions de financement et de personnel, mais aussi de procédure décisionnelle seront cruciales. Mais à l’heure actuelle, aucune compétence ne sera transférée de la région, ce qui signifie que la CeA restera sous tutelle du Grand Est pour ce qui concerne les compétences régionales.
  • de même, comment vont s’organiser les relations « triangulaires » entre Etat, région et CeA si celle-ci est dotée de compétences d’Etat, devenant ainsi plus « forte » que la région ? Cette architecture, ni pyramidale, ni fédérale, est parfaitement instable et risque de s’effondrer à tout moment (au plus tard après les élections de 2021).
  • quel sera le mode de scrutin de la CeA ? S’il s’agit de copier le modèle actuel des Départements, sans aucune dose de proportionnelle, la nouvelle collectivité ne sera rien d’autre qu’un département « relooké ». Au lieu de reposer uniquement sur les cantons, un scrutin où une partie des élus se présenteront sur une liste au niveau Alsace obligerait les partis à proposer un projet global pour l’Alsace. Cela permettrait aussi une véritable représentation des différents courant politiques, y compris minoritaires, ce qui renforcerait l’adhésion de la population à cette nouvelle institution.

A minima, si le gouvernement se cramponne à la CeA, il doit accepter de transférer des compétences significatives anticipant le droit à la différentiation. Le problème, c’est que la révision de la Constitution nécessaire à la différentiation est actuellement bloquée par les sénateur LR, alors que ces derniers devraient s’affirmer comme ses fervents partisans ! Et en l’absence de différentiation, le projet de CeA se heurterait alors à de graves risques juridiques d’inconstitutionnalité.

Etant donné que le droit à la différentiation semble compromis, il reste néanmoins une dernière option. Sous la pression de l’opinion (cf. sondages) et des parlementaires (pas seulement alsaciens !), Jacqueline Gourault peut encore renoncer à ce projet de CeA au rabais. Le plus simple serait de remplacer le projet de loi actuel par un texte autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance d’ici le printemps 2020, afin de préparer une « collectivité à statut particulier » répondant aux exigences d’une démocratie moderne et européenne.

Outre le risque juridique, le refus obstiné de Paris de faire droit aux demandes légitimes des Alsaciens pourrait aussi bien aboutir à un « accident politique » majeur. Car aujourd’hui, les Alsaciens ne sont plus dupes. Gageons qu’en cas d’échec, ils sauront le faire savoir dans les urnes.

Européennes : l’avenir de l’Alsace largement oublié dans le débat !

Le résultat des élections européennes en Alsace confirme « l’alignement » politique  des deux départements du Rhin sur la France « de l’Intérieur » Le temps de la défunte Majorité Alsacienne est révolu… Il reste quelques spécificités locales, avec un ancrage rural fort du RN et la bonne implantation de LREM dans les zones urbaines, mais ces particularités ne font pas un « particularisme ».  Quelles leçons peut-on tirer du scrutin ?

Territoire qui se veut « européen » par excellence (en attendant la future Collectivité européenne d’Alsace !), l’Alsace ne participe pas vraiment davantage au vote que le reste du pays ; il n’a donc pas eu de « référendum » pour le maintien du siège du Parlement à Strasbourg, ce qui aurait été un thème de campagne intéressant.

Le « légitimisme » traditionnel en faveur du pouvoir présidentiel a joué un certain rôle, notamment parmi les électeurs âgés et les catégories sociales les plus aisées ; les « gagnants » de la mondialisation se reconnaissent dans les choix de réforme d’Emmanuel Macron.

Alors que les LR enregistrent une « raclée » magistrale (avec un leader impopulaire comme L. Wauquiez), le RN « plafonne », faute de relais crédibles sur place ; ayant renoncé à la sortie de l’euro, le mouvement souverainiste conserve sa fonction tribunicienne de protestation et de « balai dégagiste ».

Les municipales se profilent à l’horizon : à Strasbourg, Alain Fontanel n’est pas encore élu, car LREM a besoin d’alliances face à d’autres ambitions. Dans le débat public, l’avenir de l’Alsace a été largement oublié, alors même que l’Europe (intégration transfrontalière, diversité culturelle, etc.) est le cadre  fondamental pour l‘avenir des jeunes générations.