Politique

Mirage et réalité

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Christian Hahn, président du Conseil Culturel d’Alsace, organisme consultatif rattaché à la région Grand Est, a donné sa vision sur l’avenir dans la langue régionale (DNA du 6/07/2018) à la suite d’un rapport contenant 20 propositions rendu fin mai à Jean Rottner. Mais ce dont il en ressort, c’est surtout l’absence de vision sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, alors que cette question est intimement liée à la valorisation de la culture et des langues.

Christian Hahn connaît la réalité linguistique et culturelle, mais aussi le rapport de forces politiques en Alsace :

  • avec 2% de locuteurs de moins de 10 ans, l’alsacien n’est plus une « langue menacée », mais une langue « en voie d’extinction » ; du fait même de l’absence de transmission familiale, le dernier dialectophone pourrait disparaître deux générations après le décès du dernier Malgré-Nous ;
  • dans de nombreuses écoles maternelles (et pas seulement dans les grandes villes), il n’y a probablement déjà plus d’enfants, ni d’enseignants « alsacophones » ;
  • il n’y a pas de bilinguisme français/allemand à défendre puisqu’il n’existe pas ; coupé de ses racines alémaniques, l’allemand est une langue étrangère, et il est évident que non seulement l’anglais, mais aussi l’espagnol et même le chinois seront plus attractifs pour les familles.

Alors, quelles sont les 20 propositions contenues dans le rapport du Conseil Culturel ? En réalité, nous n’en savons rien. Comme le rapport du préfet Marx sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, les 20 propositions du « Groupe Alsace » sont secrètes ! Une singulière conception de la démocratie, ou seulement la peur des réactions de l’opinion ?

L’interview de Christian Hahn nous apprend cependant que l’articulation entre la culture régionale et les institutions politiques autonomes est refusée (hypocritement ?) par le Conseil culturel d’Alsace. C’est une grave erreur.  L’exemple d’autres pays (Québec, Galles, Tyrol-du-Sud, etc.) montrent qu’elle est au contraire indispensable.

Christian Han sait bien que sa proposition de créer un « médiateur culturel intercommunal » ne serait au mieux qu’un pis-aller, un « alibi » permettant aux élus régionaux de se dédouaner de leur responsabilité. Pour donner une chance à l’alsacien (et au bilinguisme), il faut fonder une « Alsace nouvelle » ! Mais avec Jean Rottner et ses amis au pouvoir, même cette modeste idée risque bien de rester un mirage…

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Ne pas tomber dans le piège de Rottner !

Jean Rottner s’est exprimé devant les maires du Haut-Rhin. Le président du Grand Est propose de rabaisser l’Alsace à un Département auquel il propose une convention pour exercer des compétences. Convention dont il serait, bien évidemment, lui-même le président !

lire l’article complet des DNA

Mais comment pourrait-on faire confiance à un élu qui a retourné sa veste ? Comment pourrait-on faire confiance à un élu qui méprise l’opinion massive des Alsaciens en faveur du retour à leur vraie région de coeur ? Au final, Jean Rottner n’est que le digne – ou plutôt indigne – héritier de Philippe Richert…

Notre ami Frédéric Le Jehan a parfaitement résumé ce que nous voulons dans une tribune également parue dans les DNA : pour que l’Alsace soit plus qu’une région. Une vision juste et claire, c’est à dire incompatible avec la proposition de Jean Rottner.

Refondation de la région Alsace : osons l’innovation démocratique

par Jo Spiegel, maire de Kingersheim, connu pour ses initiatives en faveur de la démocratie participative.


Une réforme qui touche à l’organisation des pouvoirs locaux et donc à la vie quotidienne des gens, ne peut être de nature technocratique. Elle doit être d’essence démocratique. C’est-à-dire réelle et effective. Celle qui s’exerce autant dans l’intervalle des élections que pour les élections.

  • Celle qui préfère associer les citoyens et les ressources démocratiques au processus de décision, plutôt que de se complaire dans l’entre soi des élus, de la posture, des clivages et des intérêts souvent partisans.
  • Celle qui vise à fertiliser des points de vue différents, plutôt que de nous retrancher dans des affrontements stériles.
  • Celle qui veut, enfin, s’inscrire dans une éthique de la discussion et du dialogue, pour susciter l’élévation scrupuleuse du débat public.

Rien de tout cela dans la réforme des régions. C’est une réforme de la déliaison, une réforme institutionnelle sans les citoyens, sans les experts, sans les organisations et sans les élus concernés.

Dans quel espace voulons-nous nous reconnaitre, penser, agir, vivre ensemble en ouverture avec les autres ? Pour quelles visions, quels projets, quel avenir ? Telle est la question qui mérite débat, qui mérite transparence et qui mérite co-construction.

Hannah Arrendt disait de la démocratique, qu’elle est la capacité à organiser l’espace qui existe entre les gens. La haute qualité de l’organisation des pouvoirs locaux et la haute qualité démocratique sont intrinsèquement liées.

La mise en agenda de cette réforme devrait donc commencer par intégrer les préoccupations des citoyens. Il me semble qu’elles sont de 4 ordres :

  • 1ère préoccupation : quelle est l’organisation la plus efficace, la plus cohérente, la plus lisible, bref la plus respectueuse de l’usage du denier public ? la réponse n’est certes pas dans l’empilement des structures, ni dans l’enchevêtrement des compétences. Cette question est importante, elle interroge le rapport à l’efficacité des politiques publiques !
  • 2ème préoccupation : quelle est l’organisation des territoires qui parle à mon cœur, à mon vécu, qui résonne à mon sentiment d’appartenance ? ce n’est certainement pas le Grand Est ? cette question centrale interroge le rapport à l’identité. Elle concerne autant le sentiment d’appartenance régionale que celui des bassins de vie.
  • 3ème préoccupation : quelle est l’organisation la plus souhaitable ? celle qui propose plus d’étendue, qui professe le « big is beautiful », ou celle qui propose plus de compétences ? A l’évidence ce qui est revendiqué ce n’est pas l’éloignement, c’est la capacité des représentants d’agir au mieux, au service de tous, du bien commun et des habitants. Cette question interroge le rapport au pouvoir d’agir.
  • 4ème préoccupation : la préoccupation qui englobe toutes les autres est la question démocratique. Comment exister en tant que citoyen et en tant qu’élu de base, dans l’intervalle des élections ?

Il faut bien reconnaitre que les politiques sont passés maître dans l’art de conquérir le pouvoir et restent des analphabètes quand il s’agit de le partager. L’éloignement des centres de décisions participe à cette paresse démocratique et va renforcer le fossé entre les représentants et les représentés !

Je pense, pour ma part, que dans une perspective véritablement démocratique, cette réforme ne peut pas être portée dans l’entre soi des élus. Nous ne sommes pas propriétaires des institutions que nous sommes censés servir. Pas davantage l’Etat au demeurant.

J’avais proposé, à Sélestat, la mobilisation de toutes les ressources de sens, d’intelligence et d’expertise au travers d’une séquence démocratique qui pouvait prendre la forme d’une conférence du consensus. Avec la volonté de réunir citoyens, élus, organisations, experts pour aller au fond du sujet, fertiliser les points de vue différents, pour proposer le meilleur pour les Alsaciens et avec les Alsaciens.

Il me semble que compte tenu des enjeux, la chance que constitue le débat sur cette question, il faut oser l’innovation démocratique au travers d’un processus citoyen instituant plus audacieux, dans le cadre d’Etats Généraux de la refondation de la région Alsace. Dans ces Etats Généraux il faudra voir s’épanouir, partout, les débats, la transparence, l’expertise, la contribution et la co-construction.

Une Assemblée Instituante pourrait être la pierre angulaire de cette approche de « Démocratie Construction » réelle, effective et permettant de co-construire les bases d’une organisation des pouvoirs locaux, pensée réfléchie à partir avec et pour les citoyens. Cette démarche est possible. Elle est souhaitable. Elle revendique une véritable ingénierie de débat public.

Deux conditions sont nécessaires à une telle démarche innovante :

  • d’abord la volonté des Grands Elus de s’inscrire dans un tel processus, d’accepter un rapport humble au pouvoir pour mieux décider ensemble et de rappeler cette réflexion d’Hannah Arendt : « le pouvoir nait quand les hommes travaillent ensemble et disparait lorsqu’ils se dispersent ».
  • il faut, enfin, le soutien des collectivités, singulièrement des Conseils Départementaux, voire de l’Etat pour le financement, la logistique et l’ingénierie démocratique à déployer.

Une telle démarche de démocratie réelle, effective, exigeante a un coût. Celui qui permet de mieux décider ensemble.

Que l’Alsace vive !

Par André Walgenwitz – Président du cercle saint Thiébaut – Thann, qui s’exprime en son nom personnel. 11 février 2018.


« L’Alsace n’existe plus » a déclaré François Hollande au mois d’avril 2016. Il avait raison. L’Alsace n’existe plus…

Certains pensent que ce n’est pas grave car personne, disent-ils, ne nous empêchera de manger de la choucroute. D’autres pensent que c’est un progrès bénéfique car nous serons des grands-estiens rhénans qui participeront à un développement onirique de la France de l’est. D’autres ne s’en sont pas encore rendu compte et sont indifférents.

Mais il en est d’autres, heureusement, qui se battent pour que l’Alsace « nous soit rendue », pour que l’Alsace re-existe à nouveau. Mais sur quelles bases ? Voilà la question fondamentale !

Des bases géographiques ? La notion de Ell-sasser (Les résidents des bords de l’Ill) est un peu vague. Des bases historiques ? Le professeur Georges Bischoff affirme de son côté qu’« Il n’y a pas d’unité du peuple alsacien, le peuple alsacien je ne sais pas ce que cela veut dire. » ; et il a entièrement raison également.

Prenons pour cela l’exemple thannois. Nous avons été à ce jour plus longtemps autrichiens que français (324 ans autrichiens tout comme les belfortains et français pendant 318 ans) alors que les gens de Bitschwiller (village voisin) n’ont jamais été autrichiens et que les mulhousiens ont été suisses. Or les belfortains pensent-ils être alsaciens et les Bitschwillerois ou les mulhousiens moins alsaciens que les thannois ?

Certainement pas ! On voit que l’histoire ne peut pas être invoquée, Bischoff a raison, Ce n’est pas dans la notion de peuple qu’il faut chercher ce qui fait Alsace. Nous ne sommes pas des Corses, nous sommes en Alsace, au centre de l’Europe, dans un espace naturellement, culturellement, linguistiquement ouvert sur l’espace rhénan.

Alors, qu’est ce qui fait Alsace ? A cette problématique aux multiples facettes, je ne développerai qu’un seul point, à savoir celui du cadre institutionnel.

Ce qui fait Alsace, c’est son cadre juridique ou administratif dans lequel elle se définit. C’est le cadre institutionnel dans lequel on peut se reconnaître et être reconnu. Que ce fut sous forme de Province à partir de la fin du 17eme siècle, ou sous forme de Land à partir de 1871, ou sous forme de Région Alsace dans un passé récent. Or à ce jour nous n’avons plus rien de tout cela ! « L’Alsace n’existe plus ». Hélas !

Et si rien n’est fait, elle n’existera plus jamais ; sauf dans le souvenir de ceux qui seront qualifiés de vieux rétrogrades par de fringants incultes du haut de leur arrogante posture !

Actuellement nous ne pouvons plus nous reconnaître nulle part. Par une supercherie machiavélique, nous avons été littéralement et politiquement grandestinisés ! Par conséquent, ce qui est primordial maintenant, c’est de recréer une structure, un cadre, une réalité institutionnelle qui permette à l’Alsace de reéxister. Non pas « un machin » ou un truc vague, mais une structure avec de réelles compétences qui iraient bien au-delà de l’art de la culture du géranium.

Cela relève donc de la volonté des alsaciens. De notre volonté. De la volonté de nos responsables politiques. Et de notre prise de conscience de la gravité actuelle.

De grandes voix vont dans ce sens, merci à elles. Je pense particulièrement à notre Brigitte départementale : bravo Mme Klinkert ! Cela relève d’un projet que nous devons mener avec force, avec obstination et avec urgence. S’Hisla brennt !

Il faut réagir avec vigueur et en premier faire taire les gens qui prononcent les
insanités comme la suivante :

« Une région dans la France d’aujourd’hui, ce n’est pas une province d’Ancien régime, avec de grands féodaux veillant jalousement sur leurs frontières et des territoires claquemurés dans leurs certitudes et leurs limites.

Croire en un Grand Est performant, efficace, qui permette à l’Alsace, à la Champagne et à la Lorraine de réaliser aujourd’hui ensemble ce qu’hier elles n’auraient pas pu faire séparément.

Offrir à tous les territoires un bouquet de services techniques, notamment en matière de développement économique ». Jean Rottner – Metz (20 janvier 2018)

Si notre Alsace existait, serions-nous une province refermée sur elle-même avec des grands seigneurs veillant jalousement sur leurs prérogatives ? NON M. Rottner !

Si notre Alsace existait serions-nous empêchés de réaliser avec les régions voisines des « choses » en commun dont nous fument hier empêchés ? NON M. Rottner !

Si notre Alsace existait serions-nous privés du « bouquet de services » des territoires en matière de développement économique ? NON M. Rottner !

Les propos de M. Rottner sont des propos creux, falacieux, qui ne sont que de petits épouvantails dont les arguments n’ont aucune réalité. Des vacuités dignes des sophistes les plus manipulateurs. Des brèves de tribune, comme d’autres tiennent des brèves de comptoir !

Au contraire, si l’Alsace existait, elle serait au centre d’un formidable dynamisme entre des régions qui pourraient créer en synergie ce fameux développement économique dont il est question dans la diatribe de M. Rottner. Tout le monde est d’accord pour que ce développement se fasse avec les régions d’outre Vosges, les régions rhodaniennes du sud ainsi qu’avec les régions d’outre Rhin.

Dans une telle situation, personne, même parmi les esprits les plus rétrogrades et les plus étriqués ne penserait à être un de ces « féodaux qui veilleraient sur ses frontières », comme le prétend M. Rottner. Mais quelle ineptie !

L’Alsace doit redevenir une réalité réelle, forte, reconnaissable et reconnue, non seulement pour que nous ne restions pas cantonnés dans la situation de grandestiens rhénans, mais pour faire entrer notre région Alsace recrée, rebâtie, reconnue dans le concert des dynamismes européens, comme elle le fut par le passé, dynamismes européens et rhénans dont la construction de notre exceptionnelle collégiale de Thann est le plus bel exemple de l’expression du génie transfrontalier rhénan qui s’est exprimé il y a plus de 500 ans. Bâtissons la nouvelle Alsace avec la même ferveur que ceux qui ont construit notre collégiale !

Voilà où se situe notre chantier. Voilà où se situe notre responsabilité. Voilà pourquoi il faut des discours alternatifs à celui de M. Rottner. Que l’Alsace vive !

Verklemmi ! Fer’s Elsàss unser Landel !

Nouvelle Alsace : la pression monte

Dans les DNA du 16 décembre, le sénateur de Mulhouse Jean-Marie Bockel demande à Jean Rottner de prendre une initiative en faveur d’une nouvelle Alsace.

Cette intervention dans le débat sur l’avenir de l’Alsace montre que « tous les voyants sont au rouge » pour le Grand Est, ainsi que pour la classe politique qui craint un dégagisme lors des prochains scrutins électoraux (municipales de 2020, territoriales de 2021), avec une forte abstention et un vote protestataire massif.

Soucieux de sa place dans l’histoire, Jean-Marie Bockel intervient dans la querelle sur le maintien ou non de l’Alsace dans le Grand Est. L’ancien secrétaire d’Etat et ministre se dit être prêt au compromis, en se posant comme l’interlocuteur de tout le monde, de Laurent Furst (LR) à Sylvain Wassermann (LREM). Toutefois, sa déclaration de loyauté et de fidélité à Philippe Richert et Jean Rottner devrait en inquiéter certains. En prenant publiquement position pour réclamer une initiative de son successeur à la mairie de Mulhouse pour imaginer une « Alsace nouvelle », il lui donne un « coup de poignard dans le dos ».

Pourtant, Jean-Marie Bockel ne dévoile pas véritablement sa propre position ce débat. Même s’il est juridiquement complexe, il n’en est pas moins binaire : la « nouvelle Alsace » issue de la fusion des deux départements du Rhin doit-elle bénéficier d’un statut différencié comme la Corse ? Ou seulement d’une vague délégation de compétences de l’Etat et de la région (révocable à tout moment, et sans pouvoir ni ressources financières et humaines propres) ?

L’offre de services de Jean-Marie Bockel renforce la pression sur tous les acteurs pour négocier sérieusement. Cependant, elle fait in fine le jeu du Grand Est qui peut continuer à « acheter ses partisans » à coups de subventions et de prébendes. Dans ce contexte, le « centrisme » ne sert à rien faute d’idées et de militants. Ni l’UDI, ni le Parti Radical, ni le MoDem ne sont des partis aujourd’hui susceptibles de répondre aux Alsaciens.

Le « désir d’Alsace » va au-delà des seuls autonomistes : s’il se libère du « complexe » qui l’entrave depuis des décennies, tout reste possible. Là-dessus, Jean-Marie Bockel n’a, pour l’heure, pas de vrai message…

Groupe Alsace : encore un comité Théodule !

Jean Rottner, président du Grand Est, a créé un groupe de 6 personnalités censées remettre un rapport sur la culture et la langue d’Alsace. Que penser de cette initiative ?

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un nouveau rapport, mais de l’action. Les Assises du bilinguisme tenues en 2014 ont déjà établi le diagnostic et une feuille de route des politiques à mettre en œuvre pour revivifier notre langue, effectivement malmenées (cf. les menaces du rectorat sur l’enseignement bilingue). De nombreuses publications de diverses associations et d’universitaires fournissent déjà une bonne vision de la situation aux décideurs publics. Alors à quoi bon créer une nouvelle commission, dont le résultat sera de dire des choses que l’on connaît pourtant déjà très bien ? Depuis 2015, un Conseil Culturel d’Alsace adossé au Grand Est est déjà censé réfléchir sur ces questions. Créé par le précédent Président, il n’a jamais apporté aux Alsaciens la légitimité de leur identité culturelle, car il n’avait pour seul but que de calmer l’indignation de l’Alsace devant l’intégration forcée dans le Grand Est.

Alors même que les deux départements, de concert avec un certain nombre de parlementaires, s’attachent à trouver une solution pour créer une collectivité alsacienne, Jean Rottner refuse, à l’heure actuelle, de transférer les compétences pourtant essentielles pour rendre plausible la fusion des départements. En inventant un nouveau comité Théodule,  le Groupe Alsace, il espère anesthésier les exigences des Alsaciens en les confinant dans une demande purement identitaire. Cette tentative d’apparaitre comme le défenseur de l’identité alsacienne (alors qu’en réalité il est le plus déterminé des élus alsaciens à vouloir conserver le Grand Est en l’état) vise uniquement à préparer une campagne de dénigrement contre les Conseils Départementaux qui s’obstineraient à ne pas vouloir fusionner, privant ainsi les alsaciens d’une collectivité Alsace qu’ils réclament.

Ce que nous voulons de la part du Grand Est, ce n’est pas de se cacher derrière un nouveau comité qui vient se superposer à un autre, mais un engagement à transférer des compétences à la future collectivité Alsace. Nous voulons la maîtrise de notre destin autant dans les domaines économiques et touristiques que dans la gestion de notre patrimoine culturel et linguistique. Nous demandons simplement à Jean Rottner d’être cohérent avec son engagement de l’été 2014, quand il disait dans sa pétition : Nous, Alsaciens, devons désormais prendre notre destin en main !, et qu’il demandait une délibération instaurant un Conseil Unique d’Alsace.

Suite à la visite d’Emmanuel Macron en Alsace

Voici notre réaction suite à la visite d’Emmanuel Macron en Alsace le 31 octobre 2017. Le président de la République s’est déclaré favorable à un statut particulier pour l’Alsace, bien que celui soit pour l’heure envisagé à l’intérieur du Grand Est.

Ci-dessous se trouve également une lettre que nous avons envoyé à l’ensemble des parlementaires d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne.

Communiqué du 22/11/2017

Les propos du président de la République tenus à Strasbourg (31 octobre) lors du « déjeuner républicain » offert à un certain nombre de personnalités locales sont encourageants : Emmanuel Macron a reconnu que l’avenir de l’Alsace était une préoccupation au plus haut niveau de l’Etat, et qu’il fallait trouver une solution au « malaise » actuel, avant qu’il ne débouche sur une « crise de légitimité » des institutions décentralisées.

Le sort du Grand Est n’est pas encore scellé et le fait que la question de l’appartenance de l’Alsace à ce conglomérat territorial soit posée est un vrai succès (qui n’est pas sans lien avec « l’Appel des Cent » et les déclarations du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker).

A l’Elysée, la réflexion va donc se poursuivre pour trouver une « sortie par le haut » : il revient aux parlementaires alsaciens de faire preuve de courage, d’audace et de vision pour convaincre le chef de l’Etat que le « droit d’inventaire » pour l’héritage de son prédécesseur est un « devoir démocratique » et qu’il est dans l’intérêt de la France de corriger les erreurs de 2015.


Lettre aux parlementaires d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne

Strasbourg, le 02 novembre 2017

Madame la Conseillère régionale,
Monsieur le Conseiller régional,

Les Alsaciens étaient en 2014 vigoureusement opposés à la réforme régionale, non parce qu’elle les associait à d’autres mais parce qu’elle les privait d’une organisation politique et administrative, établie par les lois de la République, à laquelle ils étaient attachés et qui convenait à l’histoire, à la géographie et à la culture de leur territoire. Un sondage CSA réalisé en avril 2017 montre que 84 % des Alsaciens souhaitent le rétablissement d’une Région Alsace de plein exercice et que 73% sont favorables à ce qu’elle cumule les compétences régionales et départementales.

Les propos hostiles, les arguments vexants envers ces positions renforcent le sentiment d’incompréhension de nos concitoyens et toutes les initiatives visant au rétablissement d’une Région Alsace trouvent immédiatement un fort accueil populaire : pétitions, livres, colloques et conférences, « Appel des cent », etc. L’écrasante majorité des élus alsaciens du Grand Est était également opposée à une réforme imposée contre la volonté des habitants et sans consultation des assemblées locales concernées, en violation flagrante de la Charte européenne de l’autonomie locale, comme cela a été formellement constaté par le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux du Conseil de l’Europe, le 22 mars 2016.
Mais en Lorraine et en Champagne – Ardenne également, les oppositions grandissent contre cette construction artificielle. S’agissant du redécoupage et de son périmètre, géographes, historiens, et économistes sont unanimes pour en constater l’absolue artificialité. De nombreux membres du Conseil régional ou du Conseil économique, social et environnemental partagent cette opinion dès lors que la conversation reste privée. Tous les arguments assénés par le gouvernement, à l’époque, se sont révélés faux : économies budgétaires, « taille européenne », simplification administrative, efficacité des politiques, etc…

Cette réforme, imposée par la loi du 16 janvier 2015 n’est qu’une expérimentation administrative improvisée et irréfléchie ; les économistes nous apprennent qu’une population consciente de sa communauté de culture et d’intérêts est plus déterminante pour la prospérité des territoires que la taille de ceux-ci ; et les comparaisons internationales faites par l’OCDE montrent le rôle majeur des métropoles, dans la croissance et l’innovation, lorsqu’elles sont bien en phase avec leur région.
La référence insistante aux territoires, dans le discours politique, est-elle vraiment honnête si l’on ignore leur réalité concrète et humaine? En quoi améliore-t-on la conception et la gestion des politiques relevant de la Région, en additionnant en un immense ensemble les problèmes de la Lorraine, de la Champagne-Ardenne et de l’Alsace, malgré des réalités de terrain et humaines si différentes ? On annonce, par exemple, une « grande politique transfrontalière » alors que les conditions de son bon fonctionnement, qui tiennent largement aux relations directes entre dirigeants et acteurs de la société civile, sont radicalement différentes avec les cantons suisses, les trois Länder Allemands, le Luxembourg ou la Belgique.

Un fort mouvement politique est en marche en Alsace pour que cela change : il ne faiblira pas. La volonté des Alsaciens de faire rétablir une région dispose d’un soutien populaire massif ainsi que de celui des présidents des conseils départementaux et de nombreux parlementaires. La fusion des deux départements du Rhin n’a pas d’autre intérêt que de constituer une étape vers ce but. Même si la Région acceptait de lui déléguer des compétences dans certains domaines, ceci ne règlerait rien, car ces compétences seraient exercées dans les cadres fixés par la Région, sous son contrôle et avec les moyens qu’elle voudra bien allouer. Cette façade ne fera qu’ajouter de la confusion à l’édifice administratif et plus personne ne se retrouvera dans la distribution des pouvoirs et des responsabilités.

On ne comprend pas la défense acharnée du statu quo que promeuvent certains responsables politiques avec des arguments incohérents. Beaucoup vivent de l’intérieur l’effarante complexité des nouvelles institutions, qui, à l’évidence, ne sont satisfaisantes pour aucune des anciennes régions.

Il est navrant et injuste d’entendre critiquer la prétendue frilosité des Alsaciens ou leur tentation de repli alors qu’aucune région française n’est plus ouverte sur l’international et sur l’Europe que la nôtre, que ce soit au niveau de l’accueil des entreprises étrangères, des exportations, des universités, des partenariats avec les voisins suisses et allemands. De plus, ils se sont toujours montrés attentifs à la coopération et la solidarité avec les régions voisines, sans qu’il soit nécessaire de les enfermer dans une entité « Grand Est ».
Nous partageons votre souci de respecter la loi lorsqu’il s’agit de la mettre en œuvre et nous vous savons gré de vouloir gérer la Région au mieux de l’intérêt général. Il ne vous est nullement demandé de faillir à vos obligations d’élus régionaux. Seulement, critiquer une loi et en souhaiter la modification n’est pas se placer hors de la légalité républicaine comme on tente de le faire croire.

Au contraire, il s’agit d’un droit inaliénable en démocratie, surtout lorsque cela s’appuie sur un puissant soutien populaire. La Cour internationale de justice de La Haye a jugé que  »dans une démocratie, contrairement à une dictature, ce n’est pas la loi qui détermine la volonté des citoyens, mais c’est elle qui crée et modifie la légalité en vigueur (Arrêt du 22 juillet 2010).

De surcroît, deux arguments plaident pour la dissolution du Grand Est et le retour aux régions initiales :

  • Le dernier rapport de la Cour des Comptes a relevé que la réforme régionale aboutissait à un surcroit de dépenses publiques alors que la France s’est engagée à respecter les critères d’équilibre des comptes publics inscrits dans les accords de Maastricht,
  • Le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker vient d’affirmer à Strasbourg, l’absurdité du découpage de 2015 qui constitue un handicap pour faire progresser l’intégration transfrontalière et n’est d’ailleurs pas utilisé par les autorités de Bruxelles.

Respecter la démocratie, c’est donner aux Alsaciens, aux Lorrains et aux Champardennais la possibilité de s’exprimer directement sur l’avenir du Grand Est. Dans ces conditions, il serait judicieux que les élus régionaux se préoccupent de savoir quel sera leur plan pour le devenir de la grande région et de ses autres anciennes composantes, sans se réfugier dans un discours légaliste n’offrant pas de vraie perspective.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Conseillère régionale, Monsieur le Conseiller régional, l’expression de nos salutations très distinguées.

Les signataires : Jean-Daniel Zeter – Pierre Klein – Jean-Marie Woehrling – Ernest Winstein