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Sondage IFOP : la bataille d’Alsace peut commencer

Hasard du calendrier: au moment où le gouvernement mettait la dernière main au projet de loi relatif à la création d’une entité territoriale alsacienne, l’IFOP réalisait, à la demande des clubs de réflexion (Club Perspectives Alsaciennes et Initiative Citoyenne Alsacienne, une nouvelle enquête d’opinion sur les attentes des citoyens des deux départements du Rhin après la « Déclaration de Matignon » d’octobre dernier.

Pour éclairer la situation née de ce « compromis » politiquement et juridiquement bancal, il convient donc de mettre en résonance le texte législatif et ce sondage:

  • la majorité des Alsaciens sait que le Haut-Rhin et le Bas-Rhin vont fusionner le 1er janvier 2021; cependant, sauf vote contraire du Parlement, cette décision aboutira à la naissance de la « Collectivité européenne d’Alsace », qui sera le nom d’un département et non d’une région de plein droit ou d’une collectivité à statut différencié (sur le modèle Corse) !
  • la CeA n’obtiendra pas les compétences réclamées avec force par la population; le sondage a confirmé la stabilité des revendications des Alsaciens, qui vont de l’économie à la culture en passant par l’enseignement et les médias.
  • le gouvernement entend bien gérer le dossier de manière jacobine, grâce à l’outil des ordonnances qu’il peut mettre en œuvre à sa guise (avec un contrôle démocratique limité et des départements en situation de « mendicité politique »).
  • bien entendu, les élus sont rassurés; malgré une situation démographique contrastée, les cantons actuels resteront le cadre du vote en 2021, un redécoupage devant intervenir d’ici 2027; dans ces conditions, l’émergence d’un débat « alsacien » est peu probable, les enjeux locaux étant plus importants que l’intérêt général.
  • Paris veut être débarrassé du dossier au plus vite; en effet, un groupe non négligeable de personnes interrogées affirme être prêt à sanctionner un parti qui « piétinerait » leur volonté de bâtir une ‘vraie » Alsace; lors des prochains débats, tant la majorité que l’opposition seront sur leur garde.
  • enfin, la sortie du Grand Est reste le « grand tabou » du texte, conformément à l’oukase du président de la République (pas de statut particulier, pas de sortie de la région); or, les 2/3 des Alsaciens exigent une abrogation de la réforme Hollande – ce n’est pas la « réformette Macron » qui va les satisfaire !

Deux points positifs doivent être retenus :

  • l’Alsace est présentée comme « européenne »; les départements sont appelés à
    « européaniser » dès maintenant leur action; les négociations sur la
    coopération transfrontalière et l’enseignement de l’allemand comme langue
    régionale sont l’occasion d’affirmer cette ambition (autorisée par le traité
    d’Aix-la-Chapelle).
  • la discussion à l’Assemblée nationale et au Sénat offre des perspectives intéressantes, en particulier pour les élus alsaciens qui ont dorénavant toutes les « armes » pour convaincre leurs collègues, les résultats du Grand Débat National sur la décentralisation pouvant aussi être exploités à bon escient.

La pression populaire est indispensable pour « pousser l’équipe d’Alsace » dans le match qui devrait commencer en avril prochain. Il faudra aussi se « méfier » de l’arbitre, car le Conseil constitutionnel pourrait menacer les avancées (les « buts ») obtenus par les députés et sénateurs pour inscrire dans la future loi les résultats du dernier sondage.

Les chiffres clés du sondage

– 60% des sondés ont entendu parlé de la Collectivité européenne d’Alsace.
– 90% en moyenne des sondés souhaitent disposer pour l’Alsace des compétences suivantes (formation professionnelle, transport, coopération avec les voisins suissss et allemands, enseignement bilingue, développement économique et tourisme, promotion de la culture alsacienne, audiovisuel).
– 66 % ( les 2/3) souhaitent que l’Alsace sorte du Grand Est.
– 58 % disent que la non prise en compte de leur souhait pour l’Alsace influera sur leur choix aux futures échéances électorales.
– 85% souhaitent s’exprimer sur la question par référendum.

sondage complet IFOP février 2019 (PDF)

La structuration d’un espace métropolitain plaide pour la région Alsace

L’association de Prospective Rhénane vient de publier une notre de recherche d’Antoine Beyer, Professeur de Géographie à l’Université de Cergy-Pontoise. Selon l’auteur, l’organisation territoriale de l’Alsace passe obligatoirement par la coopération des métropoles, qui en font l’ossature et qui prend ses racines dans l’histoire de la Décapole.

Au contraire, le Grand Est est un espace sans fondement géographique, ce qui implique de revenir à un niveau de gouvernance cohérent : l’Alsace.

Dans sa note d’une quinzaine de pages, Antoine Beyer montre aussi que les positions politiques des les trois plus grandes villes d’Alsace (Strasbourg, Mulhouse, et Colmar) doivent changer car elles nuisent à la structuration de l’espace métropolitain alsacien.

Voir la note d’Antoine Beyer via le site de l’Association de Prospective Rhénane

 

Grand Débat National : réunions sur l’avenir de l’Alsace

Voici les réunions qui seront organisées sur l’avenir de l’Alsace, dans le cadre du Grand Débat National. La question alsacienne s’inscrit dans les thèmes de l’organisation de l’Etat et les services publics ; la démocratie et citoyenneté.

  • Haguenau, le 1er février à 18h30 à l’école ABCM-Zweisprachigkeit, 50 rue Ettore Bugatti
  • Mulhouse, le 6 février à 18h30 à l’hôtel Bristol, 18 avenue de Colmar
  • Altkirch, le 7 février à 18h30 à la Halle au blé, 1 place Xavier Jourdain
  • Colmar, le 8 février à 18h30 à l’hôtel Bristol, 7 place de la Gare
  • Strasbourg, le 11 février à 18h30 au centre culturel alsacien, 5 bd de la Victoire
  • Rosheim (pour la région d’Obernai à Molsheim), le 13 février à 18h30 au restaurant à la Croix d’or, 3 rue du Gal de Gaulle
  • Wissembourg, le 18 février à 18h30, à la Nef, 6 rue des écoles
  • Kintzheim (pour la région de Sélestat), le 20 février à 18h30 à l’hôtel Au Parc des Cigognes, route de Sélestat
  • Saverne, le 25 février à 18h30, à la Maison de l’emploi, Pays de Saverne Plaine et Plateau, 16 Rue du Zornhoff

Nous vous invitons à participer à ces conférences, et à faire entendre vos souhaits pour l’avenir de notre région ! Des membres fondateurs du Mouvement Pour l’Alsace viendront aussi présenter et discuter de la démarche de cette nouvelle association.

L’Alsace face aux lois territoriales

par le recteur Gérard-François Dumont, Professeur à Sorbonne Université, Président de la revue Population & Avenir.dumont

Ce document est la synthèse de sa contribution à la conférence sur « l’avenir institutionnel de l’Alsace » organisée le 2 octobre 2018 en partenariat avec l’Association de Prospective Rhénane et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Strasbourg.

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« J’aurais préféré ne pas venir. »

Bien que j’aime venir à Strasbourg et en Alsace. J’aurais préféré ne pas venir dans un tel contexte, marqué par la disparition de l’Alsace en tant que région composant la France.

L’histoire apprend que le célèbre dessinateur Hansi est mort deux fois. La première fois correspond à son tabassage par la Gestapo, qui l’a laissé pour mort. La deuxième fois correspond à sa mort naturelle. Mais Hansi ne va-t-il pas mourir une troisième fois ? Cette dernière mort d’Hansi est une mort spirituelle, la mort d’une certaine identité de l’Alsace. C’est le cœur du problème posé par la dissolution de l’Alsace dans une vaste région qui s’est dénommée « Grand Est ».

Nous allons étudier la problématique alsacienne en trois points. Comment en est-on arrivé là ? Quels sont les conséquences et enjeux de la situation actuelle ? Enfin, quelles sont les solutions ?

  1. Comment en est-on arrivé là ?

La loi conduisant à la fusion de régions au 1 janvier 2016 était basée sur deux arguments :

    • un argument non-dit : les autorités de Bruxelles doivent penser que la France va faire des économies en supprimant des régions. Dans ce cas, une région unique suffirait !
    • un argument officiel : Il faudrait que la France ait des régions ayant « une taille critique suffisante » pour « pouvoir se comparer avec les échelons administratifs de nos voisins européens »1 et « accroître la compétitivité ».

Or, cet argument est totalement fallacieux. D’une part, les régions des pays européens sont toujours un héritage de l’histoire. Il en résulte des situations extrêmement variées en Europe, avec des régions de taille très différente. En France métropolitaine, avant 2016, les écarts entre la région la plus vaste des vingt-deux régions et celle à la plus faible superficie, entre la plus peuplée et la moins peuplée étaient moindres que dans les autres pays européens. La France n’était donc pas caractérisée par la présence de régions de petite taille, bien au contraire. La notion de taille européenne des régions n’a donc pas de sens.

D’autre part, il n’existe pas de corrélation entre la taille des régions et leur dynamisme. La Suisse en offre une démonstration évidente ; la modeste taille des cantons de Bâle-ville et de Bâle-campagne ne semble pas être un obstacle insurmontable pour le développement économique de l’agglomération bâloise. Ce constat est également valable pour les grands pays européens comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Dans ce dernier pays, les grandes régions semblent même au contraire rencontrer davantage de difficultés économiques.

Aujourd’hui, la loi oblige à rédiger une étude d’impact, ce qui a donc été fait pour la loi de délimitation des régions. Le problème, c’est que cette étude a été très mal rédigée et souffre de nombreuses lacunes. De l’aveu même de son rédacteur, celui-ci ne s’est même pas déplacé dans d’autres régions européennes pour comparer et analyser la situation des régions. C’est incompréhensible quand on sait que l’objectif officiel était de « pouvoir se comparer ». En réalité, l’étude d’impact n’en est pas vraiment une. C’est un document qui a été bricolé en urgence car il fallait le faire, tentant maladroitement de justifier la fusion des régions, une conclusion écrite d’avance.

Derrière cette réforme se trouve aussi l’idée que la France serait le seul pays à posséder un mille-feuille administratif en Europe. Mais cet argument est également fallacieux. Bien d’autres pays ont plusieurs niveaux décisionnels pour pouvoir adapter les politiques au niveau le plus efficace. L’organisation territoriale de l’État de Bavière est d’une grande complexité, complexité issue de l’histoire, mais cela ne l’empêche pas d’être performante.

Ainsi, la fusion de l’Alsace dans le Grand Est ne relève d’aucune rationalité. Elle ne peut être expliquée que par une idée reçue qu’on peut formuler big is beautiful (« tout ce qui est grand est magnifique »), qui ne repose sur aucune démonstration tangible. En juin juillet 2014, j’ai eu l’honneur d’être auditionné au Sénat et à l’Assemblée nationale. J’ai notamment précisé que les intérêts transfrontaliers de l’Alsace étaient naturellement tournés vers l’Est, en particulier vers le Pays de Bâle et le Bade-Wurtemberg, alors que les liens internationaux de la Lorraine le sont essentiellement vers le Nord, le Luxembourg, les Länder limitrophes de l’Allemagne et la Belgique wallonne dans le cadre de cet accord transfrontalier appelé « la grande région ». Cet aspect géographique concret n’a absolument pas été pris en compte. C’est la preuve d’une réforme non réfléchie. D’ailleurs, à ce jour, je n’ai pas encore rencontré un parlementaire ayant voté la loi de délimitation des régions par conviction, même s’ils ont été suffisamment nombreux pour la voter par allégeance politique.

  1. Quels sont les conséquences et enjeux de la situation actuelle ?

La disparition de la région Alsace au sein du Grand Est soulève différentes difficultés :

  • La notoriété. Le nom Alsace disparaît de nombreux documents et supports. Par exemple, On ne trouve plus d’information statistique sur l’Alsace sur le site de l’INSEE. Autre exemple, le loto du patrimoine a retenu des grands projets à financer pour 18 régions, dont l’Alsace ne fait pas partie2>. La visibilité de l’Alsace est donc affectée négativement.
  • Les élus régionaux prennent des décisions sur des dossiers qui ne les concernent pas. Par exemple, les élus de la Marne peuvent-ils être intéressés et compétents pour voter sur les connexions entre l’Alsace et la Suisse ? De même, est-il logique que des élus alsaciens se prononcent sur l’amélioration de la ligne de chemin de fer entre Paris et Troyes ?
  • En intégrant des régions dans de grands ensembles, on se prive de l’émulation entre les régions. Au lieu d’innover, de se valoriser par l’adoption de politiques singulières, on englobe l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne dans des schémas uniformes.
  • Le problème le plus grave : l’enjeu démocratique. Le non-attachement au territoire provoque un risque de « passivité citoyenne », et des territoires qui ne se sentent plus concernés. Le non-attachement à ce territoire Grand Est peut entraîner un amoindrissement de la citoyenneté. Par conséquent, les taux d’abstention risquent d’augmenter sensiblement. Autre difficulté, l’esprit d’entreprenariat peut s’en trouver affaibli. L’entrepreneuriat n’est pas uniquement motivé par le gain financier, mais contient aussi une part émotionnelle liée à un attachement territorial, ce qui suppose de pouvoir s’identifier à un territoire qui donne du sens. Le développement local suppose toujours la présence et l’investissement d’acteurs qui aiment leur territoire et qui ont envie de se battre pour lui3. L’attachement à l’Alsace est une source de motivation qui favorise l’esprit d’entreprise. La défiance envers le Grand Est peut en revanche aboutir à l’effet inverse.
  1. Quelles solutions pour l’Alsace ?

Quel projet institutionnel pour l’Alsace serait le plus à même de résoudre les problèmes posés par la fusion dans le Grand Est, et redonner plus d’autonomie de décision au service du bien commun des populations et des territoires alsaciens ? Il existe plusieurs possibilités, plus ou moins réalistes.

  1. Première hypothèse qui peut engendrer un vrai ou un faux sourire : l’Alsace retrouvant son autonomie en devenant un Land allemand à la suite d’un référendum, suivant l’exemple de la Sarre. La Sarre a voté le projet de devenir un Land allemand en 1955, ce qui lui a permis d’obtenir une autonomie de décision et des moyens beaucoup plus importants que sous la souveraineté française qu’elle a connue de 1945 à 1955. Toutefois, cette solution ne semble pas conforme à l’histoire et à la volonté des Alsaciens qui ont lutté contre les tentatives assimilatrices des prussiens (cf. Hansi). Et il n’est pas sûr qu’elle soit du goût des autorités françaises, ni même des autorités allemandes !
  2. Le statut quo géopolitique actuel. On pourrait considérer que les intérêts de l’Alsace devraient être correctement pris en compte dans la région Grand Est, sachant que – cas unique – Strasbourg a été inscrite comme chef-lieu du Grand Est dans le texte même de la loi et que la haute direction de la région est alsacienne depuis le 1 janvier 2016. Mais ce n’est qu’une situation temporaire. Un jour, la présidence du Grand Est pourrait ne plus être alsacienne. Et Strasbourg pourrait connaître les mêmes péripéties concernant son statut de capitale de la région Grand Est qu’avec son statut de siège du Parlement européen. Le statu quo n’est donc pas une solution.
  3. La collectivité à statut spécifique. Doter l’Alsace d’une collectivité à l’instar de la Corse peut sembler une solution souhaitable. Mais entre le vote des textes législatifs et leur mise en œuvre, cela prendra beaucoup du temps. Cette perspective annonce des années de procédures et de mise en musique administrative, et il faudra plusieurs années avant que les politiques alsaciennes puissent être déployées de manière efficiente. Et pendant ce temps-là, l’Alsace prendra du retard. Dans tous les cas, une collectivité Alsace ne devrait être mise en place qu’à la seule condition que les compétences, notamment en matière de coopération transfrontalière, soient effectives.
  4. Gouverner la région Grand Est comme une fédération des trois régions. Ce qui n’est pas interdit est autorisé. Si la région Grand Est le souhaitait, dans la mesure où cette région a une dénomination qui ne fait pas sens et une homogénéité inexistante, elle peut organiser une gouvernance fédéralisée qui peut essayer de corriger les effets néfastes de cette réforme territoriale. En écartant le risque d’un jacobinisme régional, elle pourrait valoriser ses marques mondiales comme une holding disposant de trois niveaux décentralisés. Cette nouvelle gouvernance du Grand Est confierait des capacités à agir de manière autonome au niveau des trois régions historiques. Pour y parvenir, il faut toutefois que les gouvernants de la région Grand Est acceptent de mettre en œuvre une gouvernance subsidiaire.

1 PROJET DE LOI relatif à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral (PROCÉDURE ACCÉLÉRÉE), Sénat, 18 juin 2014, étude d’impact, page 4.

2 Cf. Dumont, Gérard-François, « La France rurale a enfin un ministre, Stéphane Bern !”, Population & Avenir, n° 739, septembre-octobre 2018.

3 Cf. Dumont, Gérard-François, Les territoires français. Diagnostic et gouvernance, Paris, Armand Colin, 2018.

Conférence : l’avenir institutionnel de l’Alsace

L’APR, le CPA et l’ICA organisent en partenariat avec la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion une conférence-débat sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, le mardi 2 octobre à Strasbourg.

Ce sujet, de la plus haute actualité pour notre territoire, sera traité avec le recul intellectuel des chercheurs et non pas sous un mode polémique, ou avec un quelconque a priori politicien. Les experts qui s’exprimeront ont certes chacun leur point de vue de citoyen sur le sujet, mais l’objectif est de confronter des approches de l’économie et de la géographie.

La conférence est ouverte à tous : monde universitaire, décideurs publics et privés, associations concernées, grand public. Elle débutera par l’intervention de Gérard-François Dumont, Professeur à l’université Paris-Sorbonne, Président de la revue Population & Avenir, expert reconnu de la gouvernance des territoires. Interviendront également Antoine Beyer (professeur de géographie à l’Université de Cergy-Pontoise) et Jean-Philippe Atzenhoffer (docteur en sciences économiques). Elle sera animée par Jean-Alain Héraud, président de l’Association de Prospective Rhénane.

Lieu et date :

PEGE (Amphi commun), 61 avenue de la Forêt Noire, Strasbourg
Mardi 2 octobre 2018 à 17h

Programme :

17h00 : Introduction et présentation de Jean-Alain Héraud, président de l’APR
17h15 : « L’Alsace face aux lois territoriales » par Gérard-François Dumont
17h45 : Questions du public
18h00 : « Le système métropolitain et la position politique des villes dans le débat sur la place de l’Alsace dans le Grand Est » par Antoine Beyer
18h20 : « Économie, institutions et identité en Alsace » par Jean-Philippe Atzenhoffer
18h40-19h00 : Débat avec la salle

Contact : perspectivesalsaciennes@gmail.com

Appel des 100

Une centaine de personnalités alsaciennes du monde de la culture, de l’économie, des sciences, du droit, du sport, etc. ont signé un « Appel pour une nouvelle Région Alsace ».

appelcent

Voir le texte de l’Appel et la liste des signataires

L’appel a été lancé par quatre associations : l’Initiative citoyenne alsacienne, Culture & Bilinguisme, le Club Perspectives alsaciennes et Avenir Région d’Europe.

La cohésion de l’Alsace

par Jean-Paul Sorg. Article publié dans l’Ami Hebdo du 14/08/2017.jpsorg


« Ce qui tient la France unie relève de l’acceptation de la diversité des origines et des destins. De là vient notre volonté de donner l’autonomie à tous. »

Emmanuel Macron (Révolution)


Face à une douteuse politique de « la cohésion des territoires », nous affirmons en tout cas la cohésion de l’Alsace. Tandis que le Grand Est et d’autres grandes régions manquent à l’évidence de cohésion. D’où les problèmes. D’où le nouveau ministère. Non seulement ces territoires, tels qu’ils ont été d’office délimités, n’ont pour la plupart aucune cohésion interne, mais entre eux, entre grosses régions, vieux départements, jeunes métropoles et communautés de communes, ce sont des tiraillements, des rivalités, des empiètements, des « querelles de clocher », au niveau inférieur de la politique.

La France qui s’imagine une et indivisible est en morceaux.

Un ministère et après ?

Quand lors de la formation du nouveau gouvernement, un ministère de « la cohésion des territoires » est apparu, ce fut une surprise et la perplexité. On se demanda ce qu’on pouvait entendre sous ces mots.

J’ai ouvert le Manifeste de campagne d’Emmanuel Macron, Révolution. J’ai trouvé quelques allusions au chapitre XI, curieusement intitulé « Réconcilier les France ». Merveilleux pluriel, mais sans s. L’auteur nous convie à « renoncer au rêve d’une France uniforme, dans laquelle un modèle unique serait appliqué dans chaque territoire ». Un rêve ? Ce fut la réalité coercitive d’une politique jacobine dominante, longtemps incontestable et jugée propre au génie français.

L’unité à force pesait et craquait. Des éruptions régionalistes surgissaient çà et là au cours des années 70. En réponse plusieurs réformes furent entreprises, qui avaient toutes en commun de brider les processus de décentralisation annoncés et de ne reconnaître aucune autonomie (mot tabou) effective aux collectivités de base régionale. La décentralisation mise en œuvre n’a jamais été plus qu’une déconcentration contrôlée de quelques services de l’État, une délégation de quelques compétences, non un transfert de compétences qui auraient été définies, délimitées certes, décidées et exercées par les élus régionaux (ou départementaux) eux-mêmes. Des pratiques démocratiques fédérales ne sont envisageables en France d’aucune façon.

Ce qui frappe dans les discours de Macron, c’est qu’il ne parle de ces problèmes et ne raisonne qu’en termes de « territoire ». Ce n’est pas si nouveau d’ailleurs et pas « révolutionnaire » du tout ; cela fait bien vingt ans que des politiques stratèges ont pris l’habitude de penser et de s’exprimer ainsi. Déjà Balladur. Déjà Raffarin. Et tous les socialistes.

Et maintenant les vœux de Macron : « Désormais il faut faire en sorte que chaque métropole puisse entraîner d’autres territoires et recréer ainsi de la cohérence. » Nous ferons donc « en sorte que » (une locution qu’on entend à satiété et qui nous étourdit les oreilles), mais… « en même temps nous devons considérer que chaque métropole porte une grande responsabilité à l’égard du territoire dans lequel elle s’inscrit ». Quel genre de responsabilité ? Pourquoi ? Et comment donc est-elle « inscrite » (encore inscrite ?) dans un territoire ? Quel genre de territoire ?

L’eurométropole strasbourgeoise aspire, par la bouche de son actuel président, à se désinscrire plutôt, à sortir de « son » territoire qui est le département, qui est la région. Comme tout cela s’embrouille ! Et Macron ne débrouille rien quand il dira encore : « une part importante du développement de la France passera, selon moi, par une complémentarité du couple que ces métropoles doivent former avec nos nouvelles grandes régions ».

Qui a compris ? Qui imagine une « complémentarité du couple » et que les (grandes) métropoles forment un couple avec non pas un département ici, mais avec « nos » nouvelles régions entérinées, l’Eurométropole Strasbourg avec le Grand Est par exemple ? Pas même avec le Bas-Rhin et pas avec l’Alsace ! Qui peut sérieusement, sur la base de réalités géographiques, historiques, économiques, concevoir et vouloir une telle chimère ?

Contre ces fantaisies dispendieuses, qui naissent dans le cerveau de quelque affamés de pouvoir supplémentaire, affirmons, rappelons, que Strasbourg, de par son histoire et son rayonnement, est la capitale naturelle de l’Alsace et de plus, « en même temps », une des capitales de l’Europe. C’est tout – et c’est déjà beau !

Des logiques néo-féodales

Qu’est-ce qu’un territoire ? Qu’est-ce que l’usage politique (relativement récent) de ce concept dit et cache aujourd’hui ? Un territoire est un terrain de pouvoir, donc de domination, économique et politique. Une métropole, en expansion, qui concentre des richesses et des services supérieurs ou presque à ceux du département (dans lequel elle « s’inscrit »), veut les pouvoirs de celui-ci et s’en émanciper. Ce sont des hommes, les élus présidents et vice-présidents ambitieux, qui veulent, qui se sentent avoir des droits, et même des devoirs, de puissance.

Les rapports conflictuels – ou compétitifs – obéissent à des logiques politiques plus fortes qu’un souci de l’intérêt général. Ce phénomène politique, que nous voyons s’étendre aujourd’hui en France et qui en mine le corps, de par la faiblesse de l’État, reproduit des structures et des rapports de type féodal. Les présidents des Conseils départementaux se conduisent comme des comtes. Les présidents des Régions se conduisent comme des ducs. Les comtes jalousent le duc qui se tient au-dessus et ils visent sa place. Le duc veille à ce que les comtes lui restent subordonnés, obligés et soumis. Quant aux vicomtes qui gouvernent les métropoles, ils se pensent déjà et se veulent comtes. Ce sont des défis et des calculs de pouvoir constants. La République menace d’éclater. Au secours ! Le moyen âge revient !

Comment en est-on arrivé là et pourquoi ça ne s’arrange pas ? On le sait. Parce que les corps possédants de l’État ne peuvent se résoudre à simplifier, à réduire le nombre de strates politiques, et à lâcher du lest, du pouvoir. Le monarque a peur d’une Fronde et ménage par instinct de conservation les baronnies installées. Cohésion d’un système : il n’y a pas si longtemps le maire était appelé à devenir conseiller général ou régional, puis député. Les pouvoirs, placés à différents degrés, coagulaient. L’ascenseur politique, bien huilé, fonctionnait bien. Cela va changer, est déjà changé ? Cumul restreint des mandats. Mais les territoires, comme espaces de pouvoir, demeurent ou même se multiplient.

L’accomplissement de la réforme régionale, amorcée en 1982, impliquait rationnellement la suppression à terme des départements – ou, disons plus précisément, évitons la confusion, des conseils généraux. C’est parce que l’État central depuis vingt ans ajoute de nouveaux organes et fiefs de pouvoir, au lieu d’en supprimer, que se posent des problèmes difficiles de cohésion et que la France souffre d’embonpoint. La création d’un ministère de la cohésion territoriale serait le remède.

La philosophie du président, si on en croit ses écrits de campagne, n’est pas de réguler et de mettre de l’ordre là-dedans, par ordonnance, mais de laisser les dynamiques des territoires se développer selon le principe libéral : que les plus forts s’agrandissent et gagnent, ils obtiendront les pouvoirs qu’ils méritent et dont ils ont besoin pour jouir.

Fin du régionalisme

Ne nous faisons plus d’illusion, comprenons que cette philosophie, cette vision, signifie la mise au rancart de l’idée régionaliste, la fermeture de la perspective d’une France équilibrée des régions. L’avenir appartiendrait aux territoires multiples sur une base essentiellement économique.

Quelle leçon tirer de ce changement de paramètres et de vocabulaire ? Les Alsaciens, conscients de la cohésion de leur région historique, de leurs droits et du devoir de défendre leurs valeurs, leurs qualités et leurs atouts, devront s’unir, déterminer eux-mêmes leur statut particulier au sein de la République, l’élaborer et se battre avec l’État pour l’obtenir. Viser une autonomie conséquente. Ne pas s’aligner sur une ligne générale. Faire exception. Le vouloir clairement, sans complexe. Comme la Corse. Comme la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Nouvelle Calédonie. Mais ce sont des îles et l’Alsace n’est pas une île. Si ! Le pays de l’Ill. J’ai déjà entendu ce bon mot. Je revendique d’en être l’auteur.

Jean-Paul Sorg