Mois: juin 2019

Pour une collectivité à statut particulier !

Alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à légiférer sur le projet de fusion des deux Départements alsaciens, de nombreuses personnalités semblent s’être converties à l’idée d’une Alsace bénéficiant, comme la Corse, d’un statut particulier. Que ne l’ont-elles pas dit lors de la création du Grand Est ! Il faut dire qu’en 2015, Roland Ries était encore socialiste et que le président de la République s’appelait François Hollande.

Les citoyens sont en droit d’exiger clarté et cohérence dans le débat sur la Collectivité européenne d’Alsace, au moment où se prépare l’unification des deux départements du Rhin :

  • comment l’articulation entre le Grand Est et la CeA pourra-t-elle fonctionner, si la région transfère à l’Alsace certaines missions ? les questions de financement et de personnel, mais aussi de procédure décisionnelle seront cruciales. Mais à l’heure actuelle, aucune compétence ne sera transférée de la région, ce qui signifie que la CeA restera sous tutelle du Grand Est pour ce qui concerne les compétences régionales.
  • de même, comment vont s’organiser les relations « triangulaires » entre Etat, région et CeA si celle-ci est dotée de compétences d’Etat, devenant ainsi plus « forte » que la région ? Cette architecture, ni pyramidale, ni fédérale, est parfaitement instable et risque de s’effondrer à tout moment (au plus tard après les élections de 2021).
  • quel sera le mode de scrutin de la CeA ? S’il s’agit de copier le modèle actuel des Départements, sans aucune dose de proportionnelle, la nouvelle collectivité ne sera rien d’autre qu’un département « relooké ». Au lieu de reposer uniquement sur les cantons, un scrutin où une partie des élus se présenteront sur une liste au niveau Alsace obligerait les partis à proposer un projet global pour l’Alsace. Cela permettrait aussi une véritable représentation des différents courant politiques, y compris minoritaires, ce qui renforcerait l’adhésion de la population à cette nouvelle institution.

A minima, si le gouvernement se cramponne à la CeA, il doit accepter de transférer des compétences significatives anticipant le droit à la différentiation. Le problème, c’est que la révision de la Constitution nécessaire à la différentiation est actuellement bloquée par les sénateur LR, alors que ces derniers devraient s’affirmer comme ses fervents partisans ! Et en l’absence de différentiation, le projet de CeA se heurterait alors à de graves risques juridiques d’inconstitutionnalité.

Etant donné que le droit à la différentiation semble compromis, il reste néanmoins une dernière option. Sous la pression de l’opinion (cf. sondages) et des parlementaires (pas seulement alsaciens !), Jacqueline Gourault peut encore renoncer à ce projet de CeA au rabais. Le plus simple serait de remplacer le projet de loi actuel par un texte autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance d’ici le printemps 2020, afin de préparer une « collectivité à statut particulier » répondant aux exigences d’une démocratie moderne et européenne.

Outre le risque juridique, le refus obstiné de Paris de faire droit aux demandes légitimes des Alsaciens pourrait aussi bien aboutir à un « accident politique » majeur. Car aujourd’hui, les Alsaciens ne sont plus dupes. Gageons qu’en cas d’échec, ils sauront le faire savoir dans les urnes.

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Football : déculottée pour la ligue Grand Est

Coup de tonnerre à la ligue de football du Grand Est, les représentants des clubs ont rejeté le budget 2019-2020. Avec 47 % contre, 32 % pour et 21 % d’abstention, la défaite est cuisante pour le président Albert Gemmrich. Un tel affront est un évènement rare et lourd d’enseignements.

Mais pourquoi les clubs ont-ils rejeté le budget proposé ? Les informations livrées par les DNA sont sidérantes. Rappelons que c’est Albert Gemmrich qui a organisé la liquidation des ligues d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne au profit d’une ligue du Grand Est. Le football alsacien a ainsi été relégué du rang de ligue à celui d’un simple « district ». Tout cela s’est fait sur la promesse d’économies et d’efficacité.

Pour quel résultat ? On apprend maintenant que depuis la fusion, la nouvelle ligue a siphonné 400 000 euros de ses fonds propres. Et avec des recettes en berne et des dépenses difficilement compressibles (frais kilométriques, harmonisation des salaires), la situation ne va faire qu’empirer. Pour compenser les surcouts liés à la fusion des ligues, le budget prévoyait d’augmenter le prix des licences d’un euro pour toutes les catégories, ainsi que les droits de changement de club. A défaut d’économies, on taxe !

Les clubs qui ont sauté dans la fusion des ligues les deux pieds en avant s’en mordent maintenant les doigts. Pourtant, en 2016, Jacques Schleef (ancien membre du comité d’éthique de la ligue d’Alsace de football) et Dominique Lihrmann (président des éducateurs de football d’Alsace) avaient mené la fronde contre la fusion. Mais les présidents de clubs ont préféré suivre Albert Gemmrich. Il est vrai qu’avec ses fausses promesses, ce dernier n’a pas vraiment joué fair-play.

Nous avons une proposition très simple : reconstituer la Ligue d’Alsace de Football ! Cette ligue a très bien fonctionné pendant un siècle. Et pourquoi ne pas réfléchir à organiser des compétitions avec des clubs du Pays de Bade voisin ? Cela coutera sans doute moins cher en déplacement que d’aller dans l’Aube ou les Ardennes.

Européennes : l’avenir de l’Alsace largement oublié dans le débat !

Le résultat des élections européennes en Alsace confirme « l’alignement » politique  des deux départements du Rhin sur la France « de l’Intérieur » Le temps de la défunte Majorité Alsacienne est révolu… Il reste quelques spécificités locales, avec un ancrage rural fort du RN et la bonne implantation de LREM dans les zones urbaines, mais ces particularités ne font pas un « particularisme ».  Quelles leçons peut-on tirer du scrutin ?

Territoire qui se veut « européen » par excellence (en attendant la future Collectivité européenne d’Alsace !), l’Alsace ne participe pas vraiment davantage au vote que le reste du pays ; il n’a donc pas eu de « référendum » pour le maintien du siège du Parlement à Strasbourg, ce qui aurait été un thème de campagne intéressant.

Le « légitimisme » traditionnel en faveur du pouvoir présidentiel a joué un certain rôle, notamment parmi les électeurs âgés et les catégories sociales les plus aisées ; les « gagnants » de la mondialisation se reconnaissent dans les choix de réforme d’Emmanuel Macron.

Alors que les LR enregistrent une « raclée » magistrale (avec un leader impopulaire comme L. Wauquiez), le RN « plafonne », faute de relais crédibles sur place ; ayant renoncé à la sortie de l’euro, le mouvement souverainiste conserve sa fonction tribunicienne de protestation et de « balai dégagiste ».

Les municipales se profilent à l’horizon : à Strasbourg, Alain Fontanel n’est pas encore élu, car LREM a besoin d’alliances face à d’autres ambitions. Dans le débat public, l’avenir de l’Alsace a été largement oublié, alors même que l’Europe (intégration transfrontalière, diversité culturelle, etc.) est le cadre  fondamental pour l‘avenir des jeunes générations.