Mois: décembre 2017

Nouvelle Alsace : la pression monte

Dans les DNA du 16 décembre, le sénateur de Mulhouse Jean-Marie Bockel demande à Jean Rottner de prendre une initiative en faveur d’une nouvelle Alsace.

Cette intervention dans le débat sur l’avenir de l’Alsace montre que « tous les voyants sont au rouge » pour le Grand Est, ainsi que pour la classe politique qui craint un dégagisme lors des prochains scrutins électoraux (municipales de 2020, territoriales de 2021), avec une forte abstention et un vote protestataire massif.

Soucieux de sa place dans l’histoire, Jean-Marie Bockel intervient dans la querelle sur le maintien ou non de l’Alsace dans le Grand Est. L’ancien secrétaire d’Etat et ministre se dit être prêt au compromis, en se posant comme l’interlocuteur de tout le monde, de Laurent Furst (LR) à Sylvain Wassermann (LREM). Toutefois, sa déclaration de loyauté et de fidélité à Philippe Richert et Jean Rottner devrait en inquiéter certains. En prenant publiquement position pour réclamer une initiative de son successeur à la mairie de Mulhouse pour imaginer une « Alsace nouvelle », il lui donne un « coup de poignard dans le dos ».

Pourtant, Jean-Marie Bockel ne dévoile pas véritablement sa propre position ce débat. Même s’il est juridiquement complexe, il n’en est pas moins binaire : la « nouvelle Alsace » issue de la fusion des deux départements du Rhin doit-elle bénéficier d’un statut différencié comme la Corse ? Ou seulement d’une vague délégation de compétences de l’Etat et de la région (révocable à tout moment, et sans pouvoir ni ressources financières et humaines propres) ?

L’offre de services de Jean-Marie Bockel renforce la pression sur tous les acteurs pour négocier sérieusement. Cependant, elle fait in fine le jeu du Grand Est qui peut continuer à « acheter ses partisans » à coups de subventions et de prébendes. Dans ce contexte, le « centrisme » ne sert à rien faute d’idées et de militants. Ni l’UDI, ni le Parti Radical, ni le MoDem ne sont des partis aujourd’hui susceptibles de répondre aux Alsaciens.

Le « désir d’Alsace » va au-delà des seuls autonomistes : s’il se libère du « complexe » qui l’entrave depuis des décennies, tout reste possible. Là-dessus, Jean-Marie Bockel n’a, pour l’heure, pas de vrai message…

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Groupe Alsace : encore un comité Théodule !

Jean Rottner, président du Grand Est, a créé un groupe de 6 personnalités censées remettre un rapport sur la culture et la langue d’Alsace. Que penser de cette initiative ?

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un nouveau rapport, mais de l’action. Les Assises du bilinguisme tenues en 2014 ont déjà établi le diagnostic et une feuille de route des politiques à mettre en œuvre pour revivifier notre langue, effectivement malmenées (cf. les menaces du rectorat sur l’enseignement bilingue). De nombreuses publications de diverses associations et d’universitaires fournissent déjà une bonne vision de la situation aux décideurs publics. Alors à quoi bon créer une nouvelle commission, dont le résultat sera de dire des choses que l’on connaît pourtant déjà très bien ? Depuis 2015, un Conseil Culturel d’Alsace adossé au Grand Est est déjà censé réfléchir sur ces questions. Créé par le précédent Président, il n’a jamais apporté aux Alsaciens la légitimité de leur identité culturelle, car il n’avait pour seul but que de calmer l’indignation de l’Alsace devant l’intégration forcée dans le Grand Est.

Alors même que les deux départements, de concert avec un certain nombre de parlementaires, s’attachent à trouver une solution pour créer une collectivité alsacienne, Jean Rottner refuse, à l’heure actuelle, de transférer les compétences pourtant essentielles pour rendre plausible la fusion des départements. En inventant un nouveau comité Théodule,  le Groupe Alsace, il espère anesthésier les exigences des Alsaciens en les confinant dans une demande purement identitaire. Cette tentative d’apparaitre comme le défenseur de l’identité alsacienne (alors qu’en réalité il est le plus déterminé des élus alsaciens à vouloir conserver le Grand Est en l’état) vise uniquement à préparer une campagne de dénigrement contre les Conseils Départementaux qui s’obstineraient à ne pas vouloir fusionner, privant ainsi les alsaciens d’une collectivité Alsace qu’ils réclament.

Ce que nous voulons de la part du Grand Est, ce n’est pas de se cacher derrière un nouveau comité qui vient se superposer à un autre, mais un engagement à transférer des compétences à la future collectivité Alsace. Nous voulons la maîtrise de notre destin autant dans les domaines économiques et touristiques que dans la gestion de notre patrimoine culturel et linguistique. Nous demandons simplement à Jean Rottner d’être cohérent avec son engagement de l’été 2014, quand il disait dans sa pétition : Nous, Alsaciens, devons désormais prendre notre destin en main !, et qu’il demandait une délibération instaurant un Conseil Unique d’Alsace.