Politique

Que l’Alsace vive !

Par André Walgenwitz – Président du cercle saint Thiébaut – Thann, qui s’exprime en son nom personnel. 11 février 2018.


« L’Alsace n’existe plus » a déclaré François Hollande au mois d’avril 2016. Il avait raison. L’Alsace n’existe plus…

Certains pensent que ce n’est pas grave car personne, disent-ils, ne nous empêchera de manger de la choucroute. D’autres pensent que c’est un progrès bénéfique car nous serons des grands-estiens rhénans qui participeront à un développement onirique de la France de l’est. D’autres ne s’en sont pas encore rendu compte et sont indifférents.

Mais il en est d’autres, heureusement, qui se battent pour que l’Alsace « nous soit rendue », pour que l’Alsace re-existe à nouveau. Mais sur quelles bases ? Voilà la question fondamentale !

Des bases géographiques ? La notion de Ell-sasser (Les résidents des bords de l’Ill) est un peu vague. Des bases historiques ? Le professeur Georges Bischoff affirme de son côté qu’« Il n’y a pas d’unité du peuple alsacien, le peuple alsacien je ne sais pas ce que cela veut dire. » ; et il a entièrement raison également.

Prenons pour cela l’exemple thannois. Nous avons été à ce jour plus longtemps autrichiens que français (324 ans autrichiens tout comme les belfortains et français pendant 318 ans) alors que les gens de Bitschwiller (village voisin) n’ont jamais été autrichiens et que les mulhousiens ont été suisses. Or les belfortains pensent-ils être alsaciens et les Bitschwillerois ou les mulhousiens moins alsaciens que les thannois ?

Certainement pas ! On voit que l’histoire ne peut pas être invoquée, Bischoff a raison, Ce n’est pas dans la notion de peuple qu’il faut chercher ce qui fait Alsace. Nous ne sommes pas des Corses, nous sommes en Alsace, au centre de l’Europe, dans un espace naturellement, culturellement, linguistiquement ouvert sur l’espace rhénan.

Alors, qu’est ce qui fait Alsace ? A cette problématique aux multiples facettes, je ne développerai qu’un seul point, à savoir celui du cadre institutionnel.

Ce qui fait Alsace, c’est son cadre juridique ou administratif dans lequel elle se définit. C’est le cadre institutionnel dans lequel on peut se reconnaître et être reconnu. Que ce fut sous forme de Province à partir de la fin du 17eme siècle, ou sous forme de Land à partir de 1871, ou sous forme de Région Alsace dans un passé récent. Or à ce jour nous n’avons plus rien de tout cela ! « L’Alsace n’existe plus ». Hélas !

Et si rien n’est fait, elle n’existera plus jamais ; sauf dans le souvenir de ceux qui seront qualifiés de vieux rétrogrades par de fringants incultes du haut de leur arrogante posture !

Actuellement nous ne pouvons plus nous reconnaître nulle part. Par une supercherie machiavélique, nous avons été littéralement et politiquement grandestinisés ! Par conséquent, ce qui est primordial maintenant, c’est de recréer une structure, un cadre, une réalité institutionnelle qui permette à l’Alsace de reéxister. Non pas « un machin » ou un truc vague, mais une structure avec de réelles compétences qui iraient bien au-delà de l’art de la culture du géranium.

Cela relève donc de la volonté des alsaciens. De notre volonté. De la volonté de nos responsables politiques. Et de notre prise de conscience de la gravité actuelle.

De grandes voix vont dans ce sens, merci à elles. Je pense particulièrement à notre Brigitte départementale : bravo Mme Klinkert ! Cela relève d’un projet que nous devons mener avec force, avec obstination et avec urgence. S’Hisla brennt !

Il faut réagir avec vigueur et en premier faire taire les gens qui prononcent les
insanités comme la suivante :

« Une région dans la France d’aujourd’hui, ce n’est pas une province d’Ancien régime, avec de grands féodaux veillant jalousement sur leurs frontières et des territoires claquemurés dans leurs certitudes et leurs limites.

Croire en un Grand Est performant, efficace, qui permette à l’Alsace, à la Champagne et à la Lorraine de réaliser aujourd’hui ensemble ce qu’hier elles n’auraient pas pu faire séparément.

Offrir à tous les territoires un bouquet de services techniques, notamment en matière de développement économique ». Jean Rottner – Metz (20 janvier 2018)

Si notre Alsace existait, serions-nous une province refermée sur elle-même avec des grands seigneurs veillant jalousement sur leurs prérogatives ? NON M. Rottner !

Si notre Alsace existait serions-nous empêchés de réaliser avec les régions voisines des « choses » en commun dont nous fument hier empêchés ? NON M. Rottner !

Si notre Alsace existait serions-nous privés du « bouquet de services » des territoires en matière de développement économique ? NON M. Rottner !

Les propos de M. Rottner sont des propos creux, falacieux, qui ne sont que de petits épouvantails dont les arguments n’ont aucune réalité. Des vacuités dignes des sophistes les plus manipulateurs. Des brèves de tribune, comme d’autres tiennent des brèves de comptoir !

Au contraire, si l’Alsace existait, elle serait au centre d’un formidable dynamisme entre des régions qui pourraient créer en synergie ce fameux développement économique dont il est question dans la diatribe de M. Rottner. Tout le monde est d’accord pour que ce développement se fasse avec les régions d’outre Vosges, les régions rhodaniennes du sud ainsi qu’avec les régions d’outre Rhin.

Dans une telle situation, personne, même parmi les esprits les plus rétrogrades et les plus étriqués ne penserait à être un de ces « féodaux qui veilleraient sur ses frontières », comme le prétend M. Rottner. Mais quelle ineptie !

L’Alsace doit redevenir une réalité réelle, forte, reconnaissable et reconnue, non seulement pour que nous ne restions pas cantonnés dans la situation de grandestiens rhénans, mais pour faire entrer notre région Alsace recrée, rebâtie, reconnue dans le concert des dynamismes européens, comme elle le fut par le passé, dynamismes européens et rhénans dont la construction de notre exceptionnelle collégiale de Thann est le plus bel exemple de l’expression du génie transfrontalier rhénan qui s’est exprimé il y a plus de 500 ans. Bâtissons la nouvelle Alsace avec la même ferveur que ceux qui ont construit notre collégiale !

Voilà où se situe notre chantier. Voilà où se situe notre responsabilité. Voilà pourquoi il faut des discours alternatifs à celui de M. Rottner. Que l’Alsace vive !

Verklemmi ! Fer’s Elsàss unser Landel !

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Nouvelle Alsace : la pression monte

Dans les DNA du 16 décembre, le sénateur de Mulhouse Jean-Marie Bockel demande à Jean Rottner de prendre une initiative en faveur d’une nouvelle Alsace.

Cette intervention dans le débat sur l’avenir de l’Alsace montre que « tous les voyants sont au rouge » pour le Grand Est, ainsi que pour la classe politique qui craint un dégagisme lors des prochains scrutins électoraux (municipales de 2020, territoriales de 2021), avec une forte abstention et un vote protestataire massif.

Soucieux de sa place dans l’histoire, Jean-Marie Bockel intervient dans la querelle sur le maintien ou non de l’Alsace dans le Grand Est. L’ancien secrétaire d’Etat et ministre se dit être prêt au compromis, en se posant comme l’interlocuteur de tout le monde, de Laurent Furst (LR) à Sylvain Wassermann (LREM). Toutefois, sa déclaration de loyauté et de fidélité à Philippe Richert et Jean Rottner devrait en inquiéter certains. En prenant publiquement position pour réclamer une initiative de son successeur à la mairie de Mulhouse pour imaginer une « Alsace nouvelle », il lui donne un « coup de poignard dans le dos ».

Pourtant, Jean-Marie Bockel ne dévoile pas véritablement sa propre position ce débat. Même s’il est juridiquement complexe, il n’en est pas moins binaire : la « nouvelle Alsace » issue de la fusion des deux départements du Rhin doit-elle bénéficier d’un statut différencié comme la Corse ? Ou seulement d’une vague délégation de compétences de l’Etat et de la région (révocable à tout moment, et sans pouvoir ni ressources financières et humaines propres) ?

L’offre de services de Jean-Marie Bockel renforce la pression sur tous les acteurs pour négocier sérieusement. Cependant, elle fait in fine le jeu du Grand Est qui peut continuer à « acheter ses partisans » à coups de subventions et de prébendes. Dans ce contexte, le « centrisme » ne sert à rien faute d’idées et de militants. Ni l’UDI, ni le Parti Radical, ni le MoDem ne sont des partis aujourd’hui susceptibles de répondre aux Alsaciens.

Le « désir d’Alsace » va au-delà des seuls autonomistes : s’il se libère du « complexe » qui l’entrave depuis des décennies, tout reste possible. Là-dessus, Jean-Marie Bockel n’a, pour l’heure, pas de vrai message…

Groupe Alsace : encore un comité Théodule !

Jean Rottner, président du Grand Est, a créé un groupe de 6 personnalités censées remettre un rapport sur la culture et la langue d’Alsace. Que penser de cette initiative ?

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un nouveau rapport, mais de l’action. Les Assises du bilinguisme tenues en 2014 ont déjà établi le diagnostic et une feuille de route des politiques à mettre en œuvre pour revivifier notre langue, effectivement malmenées (cf. les menaces du rectorat sur l’enseignement bilingue). De nombreuses publications de diverses associations et d’universitaires fournissent déjà une bonne vision de la situation aux décideurs publics. Alors à quoi bon créer une nouvelle commission, dont le résultat sera de dire des choses que l’on connaît pourtant déjà très bien ? Depuis 2015, un Conseil Culturel d’Alsace adossé au Grand Est est déjà censé réfléchir sur ces questions. Créé par le précédent Président, il n’a jamais apporté aux Alsaciens la légitimité de leur identité culturelle, car il n’avait pour seul but que de calmer l’indignation de l’Alsace devant l’intégration forcée dans le Grand Est.

Alors même que les deux départements, de concert avec un certain nombre de parlementaires, s’attachent à trouver une solution pour créer une collectivité alsacienne, Jean Rottner refuse, à l’heure actuelle, de transférer les compétences pourtant essentielles pour rendre plausible la fusion des départements. En inventant un nouveau comité Théodule,  le Groupe Alsace, il espère anesthésier les exigences des Alsaciens en les confinant dans une demande purement identitaire. Cette tentative d’apparaitre comme le défenseur de l’identité alsacienne (alors qu’en réalité il est le plus déterminé des élus alsaciens à vouloir conserver le Grand Est en l’état) vise uniquement à préparer une campagne de dénigrement contre les Conseils Départementaux qui s’obstineraient à ne pas vouloir fusionner, privant ainsi les alsaciens d’une collectivité Alsace qu’ils réclament.

Ce que nous voulons de la part du Grand Est, ce n’est pas de se cacher derrière un nouveau comité qui vient se superposer à un autre, mais un engagement à transférer des compétences à la future collectivité Alsace. Nous voulons la maîtrise de notre destin autant dans les domaines économiques et touristiques que dans la gestion de notre patrimoine culturel et linguistique. Nous demandons simplement à Jean Rottner d’être cohérent avec son engagement de l’été 2014, quand il disait dans sa pétition : Nous, Alsaciens, devons désormais prendre notre destin en main !, et qu’il demandait une délibération instaurant un Conseil Unique d’Alsace.

Suite à la visite d’Emmanuel Macron en Alsace

Voici notre réaction suite à la visite d’Emmanuel Macron en Alsace le 31 octobre 2017. Le président de la République s’est déclaré favorable à un statut particulier pour l’Alsace, bien que celui soit pour l’heure envisagé à l’intérieur du Grand Est.

Ci-dessous se trouve également une lettre que nous avons envoyé à l’ensemble des parlementaires d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne.

Communiqué du 22/11/2017

Les propos du président de la République tenus à Strasbourg (31 octobre) lors du « déjeuner républicain » offert à un certain nombre de personnalités locales sont encourageants : Emmanuel Macron a reconnu que l’avenir de l’Alsace était une préoccupation au plus haut niveau de l’Etat, et qu’il fallait trouver une solution au « malaise » actuel, avant qu’il ne débouche sur une « crise de légitimité » des institutions décentralisées.

Le sort du Grand Est n’est pas encore scellé et le fait que la question de l’appartenance de l’Alsace à ce conglomérat territorial soit posée est un vrai succès (qui n’est pas sans lien avec « l’Appel des Cent » et les déclarations du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker).

A l’Elysée, la réflexion va donc se poursuivre pour trouver une « sortie par le haut » : il revient aux parlementaires alsaciens de faire preuve de courage, d’audace et de vision pour convaincre le chef de l’Etat que le « droit d’inventaire » pour l’héritage de son prédécesseur est un « devoir démocratique » et qu’il est dans l’intérêt de la France de corriger les erreurs de 2015.


Lettre aux parlementaires d’Alsace, de Lorraine, et de Champagne-Ardenne

Strasbourg, le 02 novembre 2017

Madame la Conseillère régionale,
Monsieur le Conseiller régional,

Les Alsaciens étaient en 2014 vigoureusement opposés à la réforme régionale, non parce qu’elle les associait à d’autres mais parce qu’elle les privait d’une organisation politique et administrative, établie par les lois de la République, à laquelle ils étaient attachés et qui convenait à l’histoire, à la géographie et à la culture de leur territoire. Un sondage CSA réalisé en avril 2017 montre que 84 % des Alsaciens souhaitent le rétablissement d’une Région Alsace de plein exercice et que 73% sont favorables à ce qu’elle cumule les compétences régionales et départementales.

Les propos hostiles, les arguments vexants envers ces positions renforcent le sentiment d’incompréhension de nos concitoyens et toutes les initiatives visant au rétablissement d’une Région Alsace trouvent immédiatement un fort accueil populaire : pétitions, livres, colloques et conférences, « Appel des cent », etc. L’écrasante majorité des élus alsaciens du Grand Est était également opposée à une réforme imposée contre la volonté des habitants et sans consultation des assemblées locales concernées, en violation flagrante de la Charte européenne de l’autonomie locale, comme cela a été formellement constaté par le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux du Conseil de l’Europe, le 22 mars 2016.
Mais en Lorraine et en Champagne – Ardenne également, les oppositions grandissent contre cette construction artificielle. S’agissant du redécoupage et de son périmètre, géographes, historiens, et économistes sont unanimes pour en constater l’absolue artificialité. De nombreux membres du Conseil régional ou du Conseil économique, social et environnemental partagent cette opinion dès lors que la conversation reste privée. Tous les arguments assénés par le gouvernement, à l’époque, se sont révélés faux : économies budgétaires, « taille européenne », simplification administrative, efficacité des politiques, etc…

Cette réforme, imposée par la loi du 16 janvier 2015 n’est qu’une expérimentation administrative improvisée et irréfléchie ; les économistes nous apprennent qu’une population consciente de sa communauté de culture et d’intérêts est plus déterminante pour la prospérité des territoires que la taille de ceux-ci ; et les comparaisons internationales faites par l’OCDE montrent le rôle majeur des métropoles, dans la croissance et l’innovation, lorsqu’elles sont bien en phase avec leur région.
La référence insistante aux territoires, dans le discours politique, est-elle vraiment honnête si l’on ignore leur réalité concrète et humaine? En quoi améliore-t-on la conception et la gestion des politiques relevant de la Région, en additionnant en un immense ensemble les problèmes de la Lorraine, de la Champagne-Ardenne et de l’Alsace, malgré des réalités de terrain et humaines si différentes ? On annonce, par exemple, une « grande politique transfrontalière » alors que les conditions de son bon fonctionnement, qui tiennent largement aux relations directes entre dirigeants et acteurs de la société civile, sont radicalement différentes avec les cantons suisses, les trois Länder Allemands, le Luxembourg ou la Belgique.

Un fort mouvement politique est en marche en Alsace pour que cela change : il ne faiblira pas. La volonté des Alsaciens de faire rétablir une région dispose d’un soutien populaire massif ainsi que de celui des présidents des conseils départementaux et de nombreux parlementaires. La fusion des deux départements du Rhin n’a pas d’autre intérêt que de constituer une étape vers ce but. Même si la Région acceptait de lui déléguer des compétences dans certains domaines, ceci ne règlerait rien, car ces compétences seraient exercées dans les cadres fixés par la Région, sous son contrôle et avec les moyens qu’elle voudra bien allouer. Cette façade ne fera qu’ajouter de la confusion à l’édifice administratif et plus personne ne se retrouvera dans la distribution des pouvoirs et des responsabilités.

On ne comprend pas la défense acharnée du statu quo que promeuvent certains responsables politiques avec des arguments incohérents. Beaucoup vivent de l’intérieur l’effarante complexité des nouvelles institutions, qui, à l’évidence, ne sont satisfaisantes pour aucune des anciennes régions.

Il est navrant et injuste d’entendre critiquer la prétendue frilosité des Alsaciens ou leur tentation de repli alors qu’aucune région française n’est plus ouverte sur l’international et sur l’Europe que la nôtre, que ce soit au niveau de l’accueil des entreprises étrangères, des exportations, des universités, des partenariats avec les voisins suisses et allemands. De plus, ils se sont toujours montrés attentifs à la coopération et la solidarité avec les régions voisines, sans qu’il soit nécessaire de les enfermer dans une entité « Grand Est ».
Nous partageons votre souci de respecter la loi lorsqu’il s’agit de la mettre en œuvre et nous vous savons gré de vouloir gérer la Région au mieux de l’intérêt général. Il ne vous est nullement demandé de faillir à vos obligations d’élus régionaux. Seulement, critiquer une loi et en souhaiter la modification n’est pas se placer hors de la légalité républicaine comme on tente de le faire croire.

Au contraire, il s’agit d’un droit inaliénable en démocratie, surtout lorsque cela s’appuie sur un puissant soutien populaire. La Cour internationale de justice de La Haye a jugé que  »dans une démocratie, contrairement à une dictature, ce n’est pas la loi qui détermine la volonté des citoyens, mais c’est elle qui crée et modifie la légalité en vigueur (Arrêt du 22 juillet 2010).

De surcroît, deux arguments plaident pour la dissolution du Grand Est et le retour aux régions initiales :

  • Le dernier rapport de la Cour des Comptes a relevé que la réforme régionale aboutissait à un surcroit de dépenses publiques alors que la France s’est engagée à respecter les critères d’équilibre des comptes publics inscrits dans les accords de Maastricht,
  • Le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker vient d’affirmer à Strasbourg, l’absurdité du découpage de 2015 qui constitue un handicap pour faire progresser l’intégration transfrontalière et n’est d’ailleurs pas utilisé par les autorités de Bruxelles.

Respecter la démocratie, c’est donner aux Alsaciens, aux Lorrains et aux Champardennais la possibilité de s’exprimer directement sur l’avenir du Grand Est. Dans ces conditions, il serait judicieux que les élus régionaux se préoccupent de savoir quel sera leur plan pour le devenir de la grande région et de ses autres anciennes composantes, sans se réfugier dans un discours légaliste n’offrant pas de vraie perspective.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Conseillère régionale, Monsieur le Conseiller régional, l’expression de nos salutations très distinguées.

Les signataires : Jean-Daniel Zeter – Pierre Klein – Jean-Marie Woehrling – Ernest Winstein

Réponse au préfet du Grand Est

Jean-Luc Marx, préfet du Grand Est, a affirmé qu‘il n’y aura pas de refonte de la carte régionale. Comme alternative, il évoque la possibilité d’une simple fusion ou d’une entente entre les deux Départements alsaciens (DNA du 6/10/2017). Une position inacceptable selon nous.

Communiqué de presse du 7/10/2017

Le préfet Jean-Luc Marx rappelle à ceux qui en doutaient encore que la République française est bien une monarchie élective : ce n’est pas le Parlement qui décide de l’organisation des institutions et des collectivités territoriales, mais le président – sous François Hollande comme avec Emmanuel Macron… Si les citoyens acceptent ce modèle de gouvernance, il n’y a plus de débat démocratique (sauf tous les cinq ans ) !

Sur le fond, le représentant de l’Etat dans le Bas-Rhin et le Grand Est formule deux remarques intéressantes :

  • d’une part, une partie des services d’Etat a conservé le cadre territorial de l’Alsace, surtout lorsqu’il s’agit des forces de l’ordre et de contrôle aux frontières (une manière de marquer la souveraineté française entre Vosges et Rhin, depuis Louis XIV).
  • d’autre part, les départements peuvent imaginer toutes les formes de coopération, allant jusqu’à la fusion, pour gérer leurs propres compétences « résiduelles » (distribuer le RSA, etc.), mais il n’est pas question d’accorder à un éventuel département du Rhin des missions supplémentaires (culture, enseignement, économie,  etc.) et donc un vrai pouvoir.

Dans ce contexte, les Alsaciens peuvent deviner ce qui se profile comme « ersatz » d’Alsace : une vague confédération interdépartementale pour accompagner avec bretzels et kougelhopfs la « mise en extinction » de leur Landel, en fredonnant la célèbre (et prémonitoire) chanson de Germain Muller : « Mer sin d’Leschde…mer hàn ‘s e so gewellt ».

L’histoire n’est toutefois pas écrite, et le discours de Furiani reste une référence : il appartient aux élus et à toute la population de montrer qu’il existe un projet pour l’Alsace, dans le cadre et dans l’intérêt des institutions françaises et qu’ils sont prêts à lutter pour gagner.

Compliqué comme une corrida !

Une fois n’est pas coutume, le CPA publie un point de vue sur la situation en Catalogne, qui pourrait avoir des conséquences sur d’autres régions européennes. Que penser de la tentative de référendum en Catalogne qui se tient aujourd’hui ?

catalogneLe jeu politique en Catalogne est compliquée comme une corrida : planter une banderille ne signifie pas qu’on va sacrifier soi-même le ‘toro bravo’ et le public peut toujours gracier le « fauve »… Du reste  les courses de taureaux sont interdites depuis 2010 dans la province.

Entendons-nous d’abord sur les mots :

  • La Catalogne (comme le Pays Basque, par exemple) bénéficie d’un statut d’autonomie, dans le cadre de la Constitution du Royaume d’Espagne de 1976 ; un projet de réforme a en effet échoué en 2010, mais les compétences des régions espagnoles sont largement supérieures à celles de leurs « cousines » françaises.
  • Ensuite, les nationalistes catalans réclament (comme leurs amis d’Ecosse) l’indépendance ; il est vrai que cette affirmation est surtout « tactique », l’idée étant de faire évoluer la monarchie espagnole vers le fédéralisme (suivant le modèle de la Belgique) ; les questions budgétaires et fiscales semblent bloquer ce processus.
  • dès lors, la situation est d’autant plus dangereuse que personne ne veut « perdre la face » (« l’Espagnol est fier ») ; eu égard aux autres projets de réforme institutionnelle, le référendum du 1er octobre (s’il a lieu) ne résoudra rien, car c’est l’ensemble du système qu’il faut repenser (en accordant des attributs de souveraineté à la Catalogne, comme la personnalité internationale dans les organisations culturelles et sportives).

Plusieurs dangers se profilent :

  • si la confrontation entre Madrid et Barcelone devait prendre un tour violent (émeutes, etc.) le retour à la table de négociation deviendrait encore plus difficile ; l’Europe, qui ne s’est jamais occupée de la crise en Irlande du Nord sous Margaret Thatcher, ne « bougera » sans doute pas.
  • si la Catalogne devient effectivement pleinement indépendante, l’Ecosse suivra le même chemin (et d’autres régions, comme la Lombardie, pourraient être tentées), il en irait de même du Pays Basque.
  • pour la France, ces nouveaux Etats seraient des partenaires compliqués, en raison des « irrédentismes » potentiels du côté de Perpignan et de Biarritz ; une querelle supplémentaire dans le débat qui se poserait aussi au sujet de leur entrée dans l’Union européenne (que la Castille pourrait empêcher par représailles).

En comparaison, la défusion du Grand Est paraît une sinécure…

Point de vue paru dans les DNA le 30 septembre 2017.

Pour une nouvelle Alsace : Sommerbrànd !

jacquespar Jacques Schleef. Texte ayant fait l’objet d’une publication dans les DNA le 30 juillet 2017.

Les députés élus il y a quelques semaines dans les deux départements du Rhin semblent dorénavant d’accord pour retrouver une région de plein exercice ; certains ayant d’ailleurs été clairement élus ou réélus sur un tel engagement. Rien ne devrait donc pouvoir empêcher le rétablissement rapide d’une région Alsace.

Es brennd !

Car c’est maintenant que ce processus doit être mis sur les rails. Dans trois mois cela sera trop tard. On sera dans les budgets et l’économie et probablement dans l’annonce de projets de réorganisation des départements et peut-être de refonte des compétences des régions. Le dossier Alsace passera alors en arrière-plan puis à la trappe, sauf à voir se lever des manifestations de citoyens exaspérés, ne comprenant pas un nouvel échec de nos représentants politiques…

Processus simple

Les débats entretenus depuis 2012 ont clarifié les problèmes et dégagé la solution : ni retour en arrière, ni simple fusion des départements au sein du Grand Est (GE), ni délégations de compétences de la Région à un département Alsace, formule compliquée et politiquement et financièrement fragile. Ne reste donc que la création d’une Région Alsace réunissant en même temps les compétences des départements, ce qui répond au souhait de simplification et aux exigences d’économie exprimés par le Président.

Impératif démocratique

Il faudra dès lors une loi, prise après consultation de l’actuel conseil régional du GE et de tous les conseils départementaux (il s’agit uniquement d’une consultation non contraignante visant à respecter de la Charte de l’Autonomie locale du Conseil de l’Europe). Les arguments pour le retour à l’Alsace à faire valoir au plan national sont solidement fondés. Il est maintenant avéré que le GE n’apporte aucun bénéfice qualitatif aux politiques publiques, ni de l’efficacité à l’organisation administrative, ni des économies budgétaires. Mais c’est aussi un impératif démocratique puisqu’une majorité massive des citoyens alsaciens le demande.

Dynamiser les potentialités de l’Alsace

Seule une politique vigoureuse tenant compte des caractéristiques de l’Alsace pourra contribuer à dynamiser son économie en exploitant les formidables potentialités qu’offre sa proximité, au cœur de l’Europe, avec de puissants Länder allemands et de riches cantons suisses. Une Alsace en croissance et en innovation profitera à la France entière. La réforme sera faite pour les jeunes générations, pour l’avenir d’une économie et d’une culture, loin de l’image fausse et mensongère d’une Alsace repliée sur elle-même et fascinée par son passé.