Fêter l’Alsace – ùnseri Heimet, ùnseri Feschtle

Par Jacques Schleef, fondateur du festival Summerlied.

Partout en Alsace, l’avenir de nombreuses fêtes locales paraît menacé. Historique (comme le Pfifferdaj à Ribeauvillé ou la Foire Simon et Jude à Habsheim) ou plus récente (à l’instar de la Streisselhochzeit de Seebach), ces manifestations font partie de notre identité culturelle; bien sûr, on peut y ajouter des événements folkloriques tels le Festival du Houblon à Haguenau ou le Corso fleuri de Sélestat, voire la Fête de la Bière à Schiltigheim…

Certes, les difficultés sont aggravées par la crise de la Covid-19, mais elles ont des racines plus profondes que les mesures d’interdiction de rassemblement public imposées depuis plus d’un an. Une réflexion d’ensemble est nécessaire afin de sauvegarder ce patrimoine essentiel pour la cohésion sociale, et qui constitue aussi une richesse touristique importante pour l’attractivité de l’Alsace.

Pour lutter contre le découragement de nombreux acteurs qui contribuent au succès de ces événements, une stratégie cohérente devrait être imaginée et mise en oeuvre par la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace, en partenariat avec les collectivités d’agglomération et les villes et villages concernés :

  • les associations (qui fonctionnent sur la base du bénévolat) ne sont plus en mesure d’assumer les risques financiers et les responsabilités de sécurité qui résultent de l’organisation de ces fêtes; elles ont besoin d’un appui juridique et budgétaire professionnel, mais qui respecte leur autonomie de décision et l’esprit qui anime les participants.
  • la qualité culturelle et même écologique constitue une autre préoccupation, face aux dérives commerciales fréquemment constatées (Christkindelsmarik). L’offre proposée aux visiteurs doit rester conforme aux valeurs traditionnelles et fondatrices de ces fêtes (ainsi, les Messti sont liés à l’anniversaire de la consécration des églises).
  • une coordination territoriale paraît nécessaire pour la gestion du calendrier, afin d’éviter un télescopage chronologique; au contraire, un véritable itinéraire pourrait être construit du nord au sud de l’Alsace; plutôt que la concurrence, la complémentarité doit guider ces décisions.
  • une fois débarrassée du « A-Coeur » et d’un logo ridicules, la CeA serait légitime pour en fixer les principes et les objectifs, par un soutien conditionné au respect d’un cahier des charges rigoureux et ambitieux ; c’est dans le cadre des « territoires » (Sundgau, Kochersberg, Hanauerland, Outre-Forêt, etc) que cette volonté pourrait à la fois s’ancrer et se déployer.

Après les élections de juin, des Assises de la Culture Populaire pourraient offrir un forum de dialogue pertinent pour définir une telle politique; elles devraient réunir les collectivités locales, les représentants du monde associatif et les entreprises du secteur (forains, marchands ambulants, etc), ainsi que des artistes et des experts pour élargir le débat.

In jedem Dorf soll e Masstibaùm stehn!

Un Conseil de développement, pour quoi faire ?

Le président Frédéric Bierry a annoncé, ou plutôt promis, la création d’un « Conseil de développement » de l’Alsace cet automne, une fois les élections départementales passées, après une consultation des citoyens prévue au cours de l’été. En matière de participation  de la population à la décision, l’exemple de la plaque minéralogique incite à la prudence !

Sans préjudice de cette procédure, l’intention est louable, et tente d’anticiper les critiques:

– la parité des genres sera respectée, et tous les « territoires »  seront représentés ;

– avec trois collèges  le Conseil sera ouvert à la fois aux milieux d’affaires et aux organisations professionnelles, au monde associatif (sports et culture notamment) et aux pays voisins (Suisse et Allemagne) ;

– la coopération transfrontalière, dont la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) est le « chef de file », sera une compétence obligatoire de la nouvelle instance, ce qui illustre la volonté d’intégration européenne de Frédéric Bierry.

Face au Grand Est, c’est donc autant un vecteur de communication qu’un outil de réflexion dont veut se doter la CeA, jusqu’ici peu « armée » en termes de prospective stratégique. Destiné à montrer la créativité de la CeA dans son cadre institutionnel (actuel), ce projet – s’il est validé – est néanmoins parsemé d’embûches:

– comme le CESER, le Conseil de développement risque de se heurter à l’indifférence des médias et de l’opinion (même si les fonctions seront gratuites, ses travaux généreront des coûts) ;

– au-delà des relations transrhénanes, ses compétences sont encore très floues et ne dépasseront pas le stade consultatif  (faute de légitimité démocratique); le risque étant qu’il ne soit écoutée que s’il est d’accord !

– le choix de ses membres pourrait donner lieu à des polémiques, selon les critères retenus et le rôle du Conseil d’Alsace ou de son président (approbation du règlement intérieur par le Conseil et modalités de sélection).

 Avec la création du Conseil de Développement, Frédéric Bierry souhaite élargir son assise populaire. Il peut aussi espérer que celles et ceux qui voudront siéger dans la future instance lui apporteront leur soutien.

S’il n’est pas question d’un « Sénat » ou d’une « Chambre civique », le Conseil de développement pourrait néanmoins s’imposer dans le paysage politique (en fonction notamment de la notoriété et de l’indépendance de son président/sa présidente) et de ses relations avec la presse. Pour cela :

– son fonctionnement devrait être transparent, et prévoir des auditions publiques délocalisées, au plus près des habitants (pour éviter toute « fracture numérique ») ;

– les questions d’identité et d’enseignement de la langue et de la culture régionales pourraient être un axe important de ses réflexions ;

– en tant que « laboratoire d’idées », le Conseil devrait également s’exprimer sur le fonctionnement de la CeA, ses missions et ses ressources, et sur les priorités de l’action publique.

Nul doute qu’il sera interrogé sur l’avenir de la CeA dans le Grand Est, et que sa réponse reflétera la volonté des Alsaciens. Le premier défi du Conseil : intéresser les jeunes, car l’Alsace n’aura pas d’avenir sans les Alsacien.ne.s de demain !

Le Club Perspectives Alsaciennes, 4/03/2021.

Osons fermer l’aéroport d’Entzheim !

Le monde d’après la crise sanitaire, sera différent. Il impose des choix courageux. En matière de transport aérien, l’aéroport de Strasbourg-Entzheim accueillait 1,3 millions de passagers par an avant le covid. Une fréquentation qui le classait déjà bien loin des principaux aéroports européens. La difficulté d’accès à Strasbourg est pourtant le problème n° 1 qui handicape le maintien du siège du Parlement Européen. Or avec un minimum de bon sens, il existe une solution à quelques kilomètres de Strasbourg, pour rationaliser les efforts écologiques et financiers et pour renforcer notre capitale alsacienne et européenne.

L’Etat (actionnaire à 60%) et les collectivités locales (Région, CEA, Eurométropole, actionnaires à 5% chacune) subventionnent déjà l’aéroport d’Entzheim dont ils sont propriétaires. Ils devront mettre encore plus de millions d’euros sur la table pour le renflouer et assurer son redémarrage après la fin de la crise sanitaire.

Or le transport aérien va changer. Une part grandissante de l’opinion publique se détourne de ce mode de transport gros consommateur de gaz à effet de serre par passager et le gouvernement lui-même souhaite supprimer les vols à moins de 2h30 en train (annonces de mai 2020). L’aéroport d’Entzheim n’a pas la fréquentation suffisante pour garantir un équilibre financier pérenne. Il ne propose pas suffisamment de liaisons intéressantes avec les grandes villes européennes, offrant surtout des destinations touristiques.

De fait, Strasbourg est entourée de 4 aéroports internationaux : Francfort à 200 km au nord (70 millions de passagers), Bâle-Mulhouse à 130 km au sud (8,5 millions de passagers), Luxembourg à 200 km à l’ouest (4,4 millions de passagers), Stuttgart à 140 km à l’est (12,7 millions de passagers) – chiffres de 2019. Et Entzheim, l’aéroport à 10 km du centre de Strasbourg, est aussi en concurrence directe avec le Baden Airpark à l’ouest de Baden-Baden, qui totalisait 1,1 millions de passagers en 2019, à moins de 40 km au nord de la cathédrale de Strasbourg.

Pour un seul aéroport Strasbourg-Karlsruhe

Regarder une carte montre l’évidence : il y a trop d’aéroports dans la haute vallée du Rhin !

C’est la géographie qui impose le périmètre pertinent pour organiser les transports. Le périmètre de la vallée rhénane est bien plus pertinent que la région Grand Est. Quant à l’échelle qu’impose le transport aérien, il ne justifie qu’un seul aéroport à équidistance entre Francfort et Bâle-Mulhouse… et c’est le Baden-Airpark ! Un aéroport qui se situe aussi à équidistance de Strasbourg et Karlsruhe, dont les aires urbaines approchent le demi-million d’habitants pour chacune d’elles.

Ne conserver que cet aéroport permettrait de dépasser les 2 millions de passagers par an, potentiel minimal pour des destinations intéressantes pour le Parlement Européen et gage d’une rentabilité plus assurée. Cette solution serait aussi et surtout préférable aux subventions publiques à répétition en Alsace et au Pays de Bade pour perfuser chacun son aéroport de part et d’autre du Rhin.

Mieux situé, le Baden Airpark n’est cependant pas bien desservi par les autres moyens de transport (pas de liaison en train, ni de bretelle autoroutière). Rappelons d’ailleurs que sur les 80 km qui séparent Strasbourg et Karlsruhe, il n’existe à ce jour aucun transport en commun qui traverse le Rhin !

Utilisons donc l’argent public pour des infrastructures logiques qui relient mieux Strasbourg à Karlsruhe en passant par le Baden Airpark. Dans les années 1990 et 2000, l’Alsace a raté par 3 fois (!) l’occasion de collaborer avec le Baden-Airpark, voire d’en prendre le contrôle. Ne ratons pas la 4e opportunité qui est celle du redémarrage d’après-crise pour organiser intelligemment nos transports et notre attractivité.

L’Alsace avec son aéroport tri-national sur ses terres au sud (Bâle-Mulhouse) peut montrer la voie d’une réelle coopération transfrontalière au nord, en se concentrant sur la création d’un seul aéroport transfrontalier. Entzheim pourra continuer à être utilisé pour l’aviation privée et le fret, et pour constituer une réserve foncière à vocation économique qui permettra à l’Eurométropole d’arrêter l’artificialisation des terres agricoles et naturelles.

Avec une nouvelle Collectivité Européenne d’Alsace qui permet de changer d’échelle, avec des élus favorables à l’action transfrontalière, et écologistes de part et d’autre du Rhin, osons !

Michel Lorentz, maire de Roeschwoog

Discours de Jean Castex : le combat des Alsaciens est légitime

Passéistes, égoïstes, repliés sur eux-mêmes. Ces dernières années, les qualificatifs infamants envers les Alsaciens se sont succédés de la part des thuriféraires de la fusion des régions. Certes, nous comprenons bien que ceux qui ont retourné leur veste, à défaut d’avoir des arguments pour justifier une réforme injustifiable, en soient réduits à user d’accusations diffamatoires. Elles n’en sont pas moins iniques, étant donné que les Alsaciens portent au quotidien de nombreux projets de coopération dans l’espace rhénan et revendiquent le développement du bilinguisme au travers de diverses associations.

Depuis cinq ans, le Club Perspectives Alsaciennes propose un nouveau projet pour l’Alsace, et dénonce les tentatives d’intimidation malsaine visant à culpabiliser les Alsaciens. Fort heureusement, elles ne fonctionnent plus. La ministre Brigitte Klinkert le 2 janvier 2021 lors de l’installation de la Collectivité européenne d’Alsace, a souligné la « résilience du peuple alsacien » qui a permis une première avancée. Au plus haut niveau du gouvernement, le premier ministre a insisté dans son discours de Colmar du 23 janvier 2021 sur la légitimité de la contestation alsacienne.

Non seulement le gouvernement reconnait que la réforme de 2015 fusionnant les régions est un ratage, mais il reconnait aussi que la démarche alsacienne visant à s’en émanciper est légitime. Il a fustigé les « immenses régions, dont certaines ne répondent à aucune légitimité historique et surtout ne me paraissent pas répondre aux besoins grandissants de nos concitoyens pour une action publique de proximité ». Bien évidemment, tout le monde aura compris qu’il visait en particulier la région Grand Est.

Toutefois, au-delà des discours et du constat sur l’inanité des nouveaux mastodontes régionaux, l’important est de concrétiser cela par une réforme mettant fin à ces aberrations territoriales, pour remettre de l’efficacité et de la proximité dans l’action publique en France. En ce sens, non seulement la démarche alsacienne est légitime, mais elle est même salutaire !

Enquête : « L’Alsace que nous souhaitons »

A la faveur de la naissance de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Lionel et Céline Lutz ont réalisé un énorme travail d’enquête en réalisant une enquête sur plus de 850 personnes. A n’en pas douter, il s’agit d’une contribution majeure pour continuer à alimenter les débats auprès des élus, à quelques mois des élections.

Les DNA se sont fait l’écho des conclusions de l’enquêtes : Erstein. « L’Alsace que nous souhaitons » : les résultats d’un sondage autour du devenir de la région (dna.fr). Dans ce recueil de doléances, les Alsaciens donnent à la CEA la mission de sortir du Grand Est pour former une nouvelle région Alsace. Ils souhaitent un renforcement des compétences dans divers domaines, dont le le bilinguisme ou la préservation du patrimoine.

D’autres questions comme la fermeture de la centrale de Fessenheim ou du Grand Contournement Ouest de Strasbourg sont abordées. Cette enquête approfondie constitue un travail remarquable, riche d’enseignement.


Bonne lecture !

Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est

Le Club Perspectives Alsaciennes a présenté à la presse un projet de résolution pour que la CEA redevienne une Région à part entière, hors du Grand Est. Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont relayé cette proposition, qui sera également adressée aux élus départementaux.

Notre objectif est que, dès le mois de janvier 2021, la CEA adopte une résolution visant à réaffirmer l’engagement initial du projet des élus qui ont porté le regroupement des Départements, à savoir la constitution collectivité disposant de l’ensemble des compétences régionales, c’est-à-dire hors du Grand Est.

Ci-dessous le texte de la résolution proposée par le CPA, qui peut servir de base à celle que pourrait adopter le Conseil d’Alsace en janvier prochain. Nous invitons les élus départementaux à se saisir de l’opportunité que représente la création de la CEA pour réaffirmer l’ambition qu’ils portent pour l’Alsace.


Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est et à son évolution institutionnelle

Le Conseil de la Collectivité européenne d’Alsace, réuni en séance plénière à Colmar le 15 janvier 2021 (ou première réunion plénière suivant la séance d’installation du 2 janvier 2021)

Vu la Charte européenne de l’autonomie locale, ratifiée par la France le 17 janvier 2007 ; Vu l’article 72 de la Constitution ; Vu la loi°2019-816 du 2 août 2019 relative aux compétences de la Collectivité européenne d’Alsace,

Vu l’ordonnance n° 2020-1304 du 28 octobre 2020 portant diverses mesures institutionnelles relatives à la création de la Collectivité européenne d’Alsace,

Rappelant que la suppression de la Région Alsace a été décidée en violation de la Charte européenne précitée ;

Soulignant les nombreuses critiques formulées contre la réforme territoriale de 2014, notamment le rapport de la Cour des Comptes du  2/9/2019 ;

Considérant qu’une grande majorité de citoyens d’Alsace souhaite sa sortie du Grand Est ;

adopte la résolution suivante :

  1. Le Conseil demande solennellement la sortie de la CeA de la région Grand Est, par la révision de la réforme territoriale de 2014 qui a intégré les deux anciens départements du Rhin dans la nouvelle entité, sans consultation des collectivités concernées ni de la population alsacienne. Cette sortie devrait être organisée dans les meilleurs délais, l’objectif politique étant fixé au 1er janvier 2025.
  2. Le Président de la Collectivité européenne d’Alsace est chargé d’adresser la présente résolution à : Madame la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est, Messieurs les députés et sénateurs élus dans les départements du Haut- et du Bas-Rhin, Monsieur le Président du Conseil régional du Grand Est et Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux du Grand Est, Messieurs les Consulats généraux de Suisse, du Luxembourg et d’Allemagne à Strasbourg.
  3. Un débat sur les réponses obtenues des destinataires de cette résolution sera organisé dans un délai de 60  jours après ces transmissions, sur la base d’un rapport du président de la CEA.

Bilinguisme : vers un dépôt de bilan pédagogique et politique ?

Les Dernières nouvelles d’Alsace ont fait état sur le nombre insuffisant de professeurs d’allemand et des déperditions des élèves dans les cursus bilingues. Ces nouvelles données sur l’état du soi-disant « bilinguisme français/allemand » en Alsace – sans même parler de la Moselle ex-germanophone – ne sont pas très réjouissantes.

Depuis plusieurs décennies, les discours (toujours en français) annoncent la volonté « déterminée » d’oeuvrer en faveur de la langue régionale (l’allemand) et du dialecte (l’alsacien, avec ses variantes locales). Le seul résultat a été la suppression de la Région Alsace et de l’Académie de Strasbourg, rattachée à Nancy…

Une langue dont on ne se sert pas meurt. C’est évidemment le cas entre Vosges et Rhin, où les mesures d’éradication linguistique menées après 1945 portent maintenant leurs fruits (amers). Faute de transmission familiale et scolaire, cette identité culturelle est moribonde, sauf pour le folklore des Mannele et Bredele. L’effondrement des compétences en alsacien et en allemand dans la jeunesse se reflète aussi dans la baisse du nombre des travailleurs frontaliers et la montée du chômage, y compris en Alsace, car les entreprises -pas seulement dans le tourisme- ont besoin de germanistes pour produire et exporter vers l’Europe centrale.

De fait, on manque de professeurs, et le nombre d’élèves en classes bilingues fond au fur et à mesure que l’on s’approche du baccalauréat (Abibac). Ensuite, l’enseignement universitaire de l’allemand devient une « savane », pour ne pas dire un « désert » quantitatif (et tous les étudiants ne veulent pas devenir professeurs). Malgré une certaine demande sociale, les modestes objectifs proposés par Brigitte Klinkert ne pourront pas être atteints avec cette stratégie (qui n’en est pas une…). Il faut donc réhabiliter au plus haut niveau public l’alsacien et l’allemand pour rendre leur maîtrise à nouveau « désirables », car avec moins de 6% des lycéens en classes bilingues, l’effet de seuil « négatif » est peut-être déjà franchi.

Laisser à l’Education nationale le contrôle de l’enseignement primaire et secondaire en Alsace est suicidaire pour le maintien et la diffusion de la langue régionale (malgré les dénégations officielles et syndicales). Les connaissances sur l’Alsace (histoire, géographie, littérature, etc.) doivent donner un « soubassement pédagogique » à un projet politique global pour la future Collectivité européenne d’Alsace, dont le bilinguisme sera un pilier essentiel, afin de lui assurer sa place dans l’espace rhénan. Les dernières nouvelles quant à l’enseignement de l’allemand ne sont pas encourageantes, mais doivent stimuler les Alsaciens qui aiment leur Heimet pour défendre ses couleurs et sa langue.

Un été politique animé, qui annonce une rentrée agitée

Le CPA a suivi avec intérêt et vigilance les développements de la vie politique en Alsace au cours des derniers mois :

  • Il constate que le fort taux d’abstention lors des scrutins municipaux n’est pas imputable seulement à la crise sanitaire de la Covid-19, mais surtout à la défiance envers le système institutionnel territorial et la classe politique locale.
  • il  relève le fort renouvellement, tant en zone rurale que dans les grands centres urbains, des élus communaux et intercommunaux, notamment avec la progression  des élus écologistes alors que le parti présidentiel, peu enclin à réformer la loi NOTRe,  a probablement été sanctionné en Alsace pour cette raison.
  • il se réjouit de compter de nouveaux élus communaux à la sensibilité alsacienne prononcée (Colmar, Eurométropole de Strasbourg, Gundershoffen, Weiterswiller etc.), et les encourage à mettre en œuvre des mesures volontaristes en faveur du bilinguisme français/allemand et du patrimoine linguistique dialectal (activités périscolaires, soutien aux initiatives culturelles, etc.), qui constituent des atouts économiques et des enjeux sociaux déterminants.

Le CPA est  pleinement mobilisé pour contribuer au débat sur l’avenir de l’Alsace, dans la perspective de la mise en place de la CeA au 1er janvier prochain :

  • Il déplore que de nombreux candidats aux sénatoriales, adhérents de partis nationaux, voire conseillers régionaux, se découvrent subitement une ambition régionaliste peu crédible au vu de leur comportement récent ;
  • Il souligne que tout membre  du CPA, éventuellement candidat  devra se mettre en congé de l’association et ne pourra se prévaloir  des activités menées dans ce cadre ; il souhaite que cette règle soit suivie par les autres mouvements de la société civile ;
  • il souhaite davantage de transparence dans l’engagement des Conseils départementaux dans la préparation de la fusion du Haut- et du Bas-Rhin, notamment dans la volonté et la capacité de la CeA à quitter le Grand Est à l’horizon 2022/25, afin de permettre une gouvernance plus moderne et plus adaptée au territoire alsacien.
  • il se réjouit de la nomination de Brigitte Klinkert comme ministre déléguée à l’Insertion, en attendant d’elle une action déterminée pour faire entendre la voix de l’Alsace auprès du Président et du Gouvernement, suite aux  projets de décentralisation différenciée annoncés par le Premier ministre Jean Castex.

Avec les autres associations engagées pour la construction d’une Alsace nouvelle, assumant pleinement son identité historique et culturelle et intégrée dans l’espace euro-rhénan, le Club Perspectives Alsaciennes appelle les Alsacien.nes à faire confiance aux femmes et aux hommes qui  réagissent avec détermination et courage pour imaginer  un avenir plus serein pour  notre Heimet.

Pour l’Europe

2020 est une année de commémoration d’événements qui ont forgé le destin de l’Europe et particulièrement celui de l’espace « ober-rhénan », d’abord dans la douleur, puis dans l’espoir.

Il y a 150 ans le conflit sanglant entre la France et la Prusse, où la Suisse a été partiellement impliquée, a laissé entre nos pays des tensions durables et parfois haineuses pour des décennies. Il y a 70 ans (9 mai 1950), Robert Schuman prononça une Déclaration qui  allait aboutir à la construction de l’Union Européenne, ouverte aussi à un élargissement économique  et douanier avec des pays voisins comme la Suisse. Le 9 mai, journée de l’Europe, nous célébrons à la fois le courage visionnaire de ses fondateurs, la paix revenue,  et les valeurs  de la démocratie européenne.

Or, dès son début, la crise du Covid-19 a été marquée par  des réactions égoïstes que l’on croyait oubliées, avec la fermeture des frontières d’Etat dans toute l’Europe, y compris entre la France, l’Allemagne et la Suisse. Outre le fait qu’aucune vraie concertation n’a été menée, ces décisions ont constitué, pour les habitants , un choc, une désillusion, et même une agression contre leur mode de vie quotidienne qui s’était largement affranchie de tout contrôle douanier. Alors que ce virus est insensible au principe de la souveraineté nationale, ce réflexe politique a semblé obéir à des règles de gouvernance archaïque  pour les habitants.

Pourtant, dès le début de la pandémie, malgré la lourdeur des règles administratives des états centraux, l’Alsace, durement touchée, a pu compter sur le soutien badois et suisse pour l’hospitalisation de ses malades. La solidarité de proximité transfrontalière n’est pas un vain mot ! Qui plus est, c’est aussi et d’abord une réponse de bon sens évitant de transporter les patients à des centaines de kilomètres de chez eux…

La crise sanitaire a démontré que les échanges  d’informations, de plans d’intervention en matière de sécurité civile ou de formation, doivent être renforcés à l’échelle locale du Rhin Supérieur.

Aussi, en cette période de dé-confinement,  convient-il  dès à présent de réfléchir au « monde d’après » la pandémie. Une étroite concertation doit rendre cette stratégie plus cohérente entre nous, en tenant compte des spécificités de la situation. Ce dialogue pourrait porter sur le  redémarrage des entreprises, les risques de discrimination à l’égard des travailleurs frontaliers, l’harmonisation dans  la reprise des échanges de biens et de services et de la relance des activités touristiques et commerciales.

L’espace « ober-rhénan » intégrée dans la même zone économique, constitue une réalité géographique, sociale, environnementale et culturelle commune. Cette richesse mérite   d’être mieux valorisée, y compris en développant le bilinguisme français/allemand sur la base de notre identité alémanique ou francique.

L’Europe doit aussi dépasser des cadres de pensées restrictifs et handicapants face aux nouveaux défis et dangers qui la menacent, afin de rétablir la confiance abimée de ses citoyens.

Ensemble, engageons-nous à donner corps à nos ambitieuses convictions  pour mieux « vivre ensemble notre belle région d’Europe » !

Jean-Daniel Zeter

Président du Club Perspectives Alsaciennes / Ancien vice-président du Conseil Départemental d’Alsace

Arrêté du 3 avril : encore un mauvais coup porté au bilinguisme en Alsace

L’arrêté du 3 avril 2020, publié au JORF sous ne n° 0083 du 5 avril, pris par Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieure et qui porte sur « la certification en langue anglaise pour les candidats inscrits aux diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et au diplôme universitaire de technologie » compromet gravement le développement de la politique linguistique spécifique qui conditionne l’avenir de l’Alsace et celui des jeunes générations.

L’arrêté de Madame VIDAL qui conditionne la délivrance de l’ensemble des Licences, licences nationales et professionnelles ainsi que des diplômes universitaires de technologies à une certification obligatoire en langue anglaise prévoit en outre que cette certification en langue anglaise fera l’objet « d’une évaluation externe et reconnue au niveau international et par le monde économique », amputant de ce fait les droits généralement reconnus à l’Université.

Cet arrêté imposant à tous nos étudiants de l’enseignement supérieur l’obligation de suivre un enseignement de l’anglais est une atteinte à leur liberté de choix, va à l’encontre de la nécessaire diversité linguistique prônée au sein de l’Union Européenne et viole ouvertementles engagements pris par la France dans le cadre des accords de coopération qui fondent l’approfondissement de l’amitié franco-allemande récemment réaffirmée à Aix-La- Chapelle.

Cet arrêté aura surtout de lourdes sur la mise en œuvre de la politique linguistique poursuivie en Alsace depuis des décennies.

Cette politique linguistique spécifique a pour objectif d’offrir à tout enfant l‘accès au plurilinguisme en s’appuyant sur un enseignement précoce de l’allemand et en allemand à parité horaire dès l’entrée en maternelle et qui se prolonge tout au long de la scolarité en lycée quelle que soit l’option choisie par la famille. 

La généralisation de cette éducation bilingue se heurte depuis des années à l’insuffisance du nombre de maîtres bilingues formés pour enseigner dans le cycle élémentaire et dans le cycle secondaire.

L’entrée en vigueur de cet arrêté rendant obligatoire l’enseignement de l’anglais ne peut qu’amplifier la pénurie de compétence en allemand des étudiants et portera un préjudice inacceptable à la mise en œuvre de la politique linguistique pour l’Alsace qui a fait l’objet d’une convention liant la Région et l’Académie de Strasbourg en 2018.

Cet arrêté, par ses effets, est une nouvelle atteinte à la personnalité de l’Alsace, qui repose sur le renforcement de son assise culturelle passant par une rapide généralisation de l’enseignement bilingue paritaire franco-allemand avec la nécessaire ouverture sur la richesse dialectale. Il nuit gravement à l’ouverture de l’Alsace et à son rayonnement dans l’espace du Rhin Supérieur et porte préjudice à l’avenir de la jeunesse en contrariant son intégration économique sur le marché de l’emploi transfrontalier qui offre du travail à près de 60 000 frontaliers se rendant quotidiennement en Allemagne ou en Suisse. 

Cet arrêté ministériel illustre tragiquement l’incapacité du pouvoir central à prendre en compte les réalités alsaciennes. Il est la résultante de la nouvelle organisation déconcentrée de l’Etat dans le domaine éducatif avec l’instauration du recteur de la région Grand Est et la nomination d’un recteur délégué à l’enseignement supérieur qui siègent à Nancy. Une telle organisation inféode le recteur de Strasbourg et le relègue à un rang de vice-recteur.

Il est urgent de retirer sans délais cet arrêt.

Paul Higi, ancien directeur de l’Éducation et de la Formation au Conseil régional d’Alsace