Henri Goetschy : l’Alsace est en deuil !

Avec le décès d’Henri GOETSCHY, une haute figure de la politique régionale disparait, laissant un immense héritage d’engagement et d’action politique.

L’ancien sénateur et président du Conseil Général du Haut-Rhin avait toujours défendu, avec Adrien Zeller, l’idée d’une Alsace unie ancrée dans l’espace rhénan et fière de son identité.
Visionnaire, Henri GOETSCHY, avait toujours milité pour une vraie décentralisation, pour un pouvoir au service des citoyens et pour les valeurs démocratiques et humanistes qui se sont développées dans notre région depuis la Renaissance.

Il n’avait de cesse de dénoncer les lâchetés et les compromissions successives qui ont abouti à l’impasse actuelle, et dont la population paye aujourd’hui le prix.
La fidélité et le courage dont cet Alsacien « aus dem Bilderbuch », avec son franc-parler , avait fait preuve, doivent inspirer ceux qui prétendent bâtir une Alsace Nouvelle, et encore plus les jeunes générations.

Merci Henri !

Le Club Perspectives Alsaciennes

Mosquée de Strasbourg : ne déformons pas le droit local

Le contexte dans lequel se développe la discussion suscitée par la décision de la Ville de Strasbourg d’apporter un soutien financier à l’association religieuse Millî Görüş aboutit à une interprétation doublement erronée du droit local alsacien-mosellan en ce qui concerne le financement d’organisations cultuelles.

D’une part, certains commentateurs laissent entendre que les collectivités locales alsaciennes et mosellanes seraient « souveraines » pour décider de l’attribution de telles aides et, d’autre part, un journal parisien publie un avis selon lequel en Alsace et Moselle de telles subventions ne pourraient être attribuées qu’aux seuls cultes dits reconnus. Deux interprétations contradictoires également fausses.

Il n’existe dans le droit particulier d’Alsace et de Moselle aucune disposition régissant de façon générale l’attribution de subventions publiques à des institutions cultuelles. Ce droit local ne comporte que des dispositions rendant légalement obligatoire certaines formes de soutien financier à certains cultes, à savoir les cultes statutaires. Ces dispositions sont précises et d’interprétation stricte. On ne peut en déduire, et on n’en a jamais déduit, l’interdiction de faire bénéficier une institution cultuelle, statutaire ou non, d’autres formes d’avantages financiers. En dehors des règles légales définissant les aides dues aux cultes statutaires, les collectivités publiques d’Alsace et de Moselle ont de tout temps attribué des aides financières diverses à des cultes divers. Cette pratique n’a pas été censurée par le Conseil constitutionnel : dans sa décision du 21 février 2013, il n’a élevé aucune réserve à l’encontre d’aides financières à des organisations cultuelles en dehors du salariat de ministres du culte, seule modalité dont le développement se trouve limité par cette décision. Par conséquent, l’interdiction d’attribuer des subventions publiques à des organisations religieuses repose uniquement sur une loi de droit général, la loi du 9 décembre 1905, qui n’a pas été rendue applicable en Alsace et Moselle. C’est en raison de cette non-introduction que les collectivités publiques peuvent allouer, sans exclusion de principe, des aides financières à des organisations religieuses dans nos trois départements.

Mais une telle faculté ne signifie pas que des subventions aux cultes puissent être décidées de manière discrétionnaire. Toute dépense publique et donc aussi toute subvention doit être justifiée par un motif d’intérêt général. Ceci vaut aussi pour les subventions ayant un objet cultuel, comme l’a rappelé le tribunal administratif de Strasbourg. Faciliter les pratiques cultuelles peut présenter un caractère d’intérêt général du point de vue des autorités publiques dans la mesure où cela peut contribuer à l’ordre public, la paix sociale, la bonne intégration des populations concernées et au développement d’un rapport de confiance entre les autorités publiques et le mouvement culturel concerné. Pour chaque subvention publique demandée par une association religieuse, il revient à la collectivité publique de vérifier l’existence d’un intérêt général de ce type. Le souci de ne pas procéder à des discriminations a priori entre les cultes ne saurait écarter la nécessité d’un examen cas par cas pour déterminer si la condition d’intérêt public est satisfaite. Une délibération de collectivité territoriale ne saurait décider l’attribution systématique dans les mêmes conditions de subventions publiques d’ordre cultuel sans examen de chaque demande particulière pour vérifier qu’elle présente bien un intérêt public proportionné à la dépense envisagée. La collectivité qui octroie la subvention peut subordonner celle-ci à des conditions dès lorsque celles-ci sont en relation avec la garantie ou l’optimisation de l’intérêt public qui constitue la condition de la légalité de la subvention.

Au total, dans le système alsacien-mosellan de gestion des cultes, les collectivités publiques se voient dotées de pouvoirs élargis pour contribuer à la paix religieuse et au respect des attentes spirituelles de notre population. Il y a une continuité dans la philosophie qui inspire le régime des cultes statutaires (appelés parfois « concordataires ») et le souci de traitement équitable des nouveaux cultes. Ce fil conducteur, c’est le « donnant-donnant » : les collectivités publiques font un effort pour prendre en compte les attentes des organisations cultuelles, mais en échange elles attendent de ces dernières qu’elles fassent un effort pour répondre aux attentes des collectivités publiques.


Jean-Marie Woehrling
Président de l’Institut du droit Local alsacien-mosellan

Fêter l’Alsace – ùnseri Heimet, ùnseri Feschtle

Par Jacques Schleef, fondateur du festival Summerlied.

Partout en Alsace, l’avenir de nombreuses fêtes locales paraît menacé. Historique (comme le Pfifferdaj à Ribeauvillé ou la Foire Simon et Jude à Habsheim) ou plus récente (à l’instar de la Streisselhochzeit de Seebach), ces manifestations font partie de notre identité culturelle; bien sûr, on peut y ajouter des événements folkloriques tels le Festival du Houblon à Haguenau ou le Corso fleuri de Sélestat, voire la Fête de la Bière à Schiltigheim…

Certes, les difficultés sont aggravées par la crise de la Covid-19, mais elles ont des racines plus profondes que les mesures d’interdiction de rassemblement public imposées depuis plus d’un an. Une réflexion d’ensemble est nécessaire afin de sauvegarder ce patrimoine essentiel pour la cohésion sociale, et qui constitue aussi une richesse touristique importante pour l’attractivité de l’Alsace.

Pour lutter contre le découragement de nombreux acteurs qui contribuent au succès de ces événements, une stratégie cohérente devrait être imaginée et mise en oeuvre par la nouvelle Collectivité européenne d’Alsace, en partenariat avec les collectivités d’agglomération et les villes et villages concernés :

  • les associations (qui fonctionnent sur la base du bénévolat) ne sont plus en mesure d’assumer les risques financiers et les responsabilités de sécurité qui résultent de l’organisation de ces fêtes; elles ont besoin d’un appui juridique et budgétaire professionnel, mais qui respecte leur autonomie de décision et l’esprit qui anime les participants.
  • la qualité culturelle et même écologique constitue une autre préoccupation, face aux dérives commerciales fréquemment constatées (Christkindelsmarik). L’offre proposée aux visiteurs doit rester conforme aux valeurs traditionnelles et fondatrices de ces fêtes (ainsi, les Messti sont liés à l’anniversaire de la consécration des églises).
  • une coordination territoriale paraît nécessaire pour la gestion du calendrier, afin d’éviter un télescopage chronologique; au contraire, un véritable itinéraire pourrait être construit du nord au sud de l’Alsace; plutôt que la concurrence, la complémentarité doit guider ces décisions.
  • une fois débarrassée du « A-Coeur » et d’un logo ridicules, la CeA serait légitime pour en fixer les principes et les objectifs, par un soutien conditionné au respect d’un cahier des charges rigoureux et ambitieux ; c’est dans le cadre des « territoires » (Sundgau, Kochersberg, Hanauerland, Outre-Forêt, etc) que cette volonté pourrait à la fois s’ancrer et se déployer.

Après les élections de juin, des Assises de la Culture Populaire pourraient offrir un forum de dialogue pertinent pour définir une telle politique; elles devraient réunir les collectivités locales, les représentants du monde associatif et les entreprises du secteur (forains, marchands ambulants, etc), ainsi que des artistes et des experts pour élargir le débat.

In jedem Dorf soll e Masstibaùm stehn!

Un Conseil de développement, pour quoi faire ?

Le président Frédéric Bierry a annoncé, ou plutôt promis, la création d’un « Conseil de développement » de l’Alsace cet automne, une fois les élections départementales passées, après une consultation des citoyens prévue au cours de l’été. En matière de participation  de la population à la décision, l’exemple de la plaque minéralogique incite à la prudence !

Sans préjudice de cette procédure, l’intention est louable, et tente d’anticiper les critiques:

– la parité des genres sera respectée, et tous les « territoires »  seront représentés ;

– avec trois collèges  le Conseil sera ouvert à la fois aux milieux d’affaires et aux organisations professionnelles, au monde associatif (sports et culture notamment) et aux pays voisins (Suisse et Allemagne) ;

– la coopération transfrontalière, dont la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) est le « chef de file », sera une compétence obligatoire de la nouvelle instance, ce qui illustre la volonté d’intégration européenne de Frédéric Bierry.

Face au Grand Est, c’est donc autant un vecteur de communication qu’un outil de réflexion dont veut se doter la CeA, jusqu’ici peu « armée » en termes de prospective stratégique. Destiné à montrer la créativité de la CeA dans son cadre institutionnel (actuel), ce projet – s’il est validé – est néanmoins parsemé d’embûches:

– comme le CESER, le Conseil de développement risque de se heurter à l’indifférence des médias et de l’opinion (même si les fonctions seront gratuites, ses travaux généreront des coûts) ;

– au-delà des relations transrhénanes, ses compétences sont encore très floues et ne dépasseront pas le stade consultatif  (faute de légitimité démocratique); le risque étant qu’il ne soit écoutée que s’il est d’accord !

– le choix de ses membres pourrait donner lieu à des polémiques, selon les critères retenus et le rôle du Conseil d’Alsace ou de son président (approbation du règlement intérieur par le Conseil et modalités de sélection).

 Avec la création du Conseil de Développement, Frédéric Bierry souhaite élargir son assise populaire. Il peut aussi espérer que celles et ceux qui voudront siéger dans la future instance lui apporteront leur soutien.

S’il n’est pas question d’un « Sénat » ou d’une « Chambre civique », le Conseil de développement pourrait néanmoins s’imposer dans le paysage politique (en fonction notamment de la notoriété et de l’indépendance de son président/sa présidente) et de ses relations avec la presse. Pour cela :

– son fonctionnement devrait être transparent, et prévoir des auditions publiques délocalisées, au plus près des habitants (pour éviter toute « fracture numérique ») ;

– les questions d’identité et d’enseignement de la langue et de la culture régionales pourraient être un axe important de ses réflexions ;

– en tant que « laboratoire d’idées », le Conseil devrait également s’exprimer sur le fonctionnement de la CeA, ses missions et ses ressources, et sur les priorités de l’action publique.

Nul doute qu’il sera interrogé sur l’avenir de la CeA dans le Grand Est, et que sa réponse reflétera la volonté des Alsaciens. Le premier défi du Conseil : intéresser les jeunes, car l’Alsace n’aura pas d’avenir sans les Alsacien.ne.s de demain !

Le Club Perspectives Alsaciennes, 4/03/2021.

Osons fermer l’aéroport d’Entzheim !

Le monde d’après la crise sanitaire, sera différent. Il impose des choix courageux. En matière de transport aérien, l’aéroport de Strasbourg-Entzheim accueillait 1,3 millions de passagers par an avant le covid. Une fréquentation qui le classait déjà bien loin des principaux aéroports européens. La difficulté d’accès à Strasbourg est pourtant le problème n° 1 qui handicape le maintien du siège du Parlement Européen. Or avec un minimum de bon sens, il existe une solution à quelques kilomètres de Strasbourg, pour rationaliser les efforts écologiques et financiers et pour renforcer notre capitale alsacienne et européenne.

L’Etat (actionnaire à 60%) et les collectivités locales (Région, CEA, Eurométropole, actionnaires à 5% chacune) subventionnent déjà l’aéroport d’Entzheim dont ils sont propriétaires. Ils devront mettre encore plus de millions d’euros sur la table pour le renflouer et assurer son redémarrage après la fin de la crise sanitaire.

Or le transport aérien va changer. Une part grandissante de l’opinion publique se détourne de ce mode de transport gros consommateur de gaz à effet de serre par passager et le gouvernement lui-même souhaite supprimer les vols à moins de 2h30 en train (annonces de mai 2020). L’aéroport d’Entzheim n’a pas la fréquentation suffisante pour garantir un équilibre financier pérenne. Il ne propose pas suffisamment de liaisons intéressantes avec les grandes villes européennes, offrant surtout des destinations touristiques.

De fait, Strasbourg est entourée de 4 aéroports internationaux : Francfort à 200 km au nord (70 millions de passagers), Bâle-Mulhouse à 130 km au sud (8,5 millions de passagers), Luxembourg à 200 km à l’ouest (4,4 millions de passagers), Stuttgart à 140 km à l’est (12,7 millions de passagers) – chiffres de 2019. Et Entzheim, l’aéroport à 10 km du centre de Strasbourg, est aussi en concurrence directe avec le Baden Airpark à l’ouest de Baden-Baden, qui totalisait 1,1 millions de passagers en 2019, à moins de 40 km au nord de la cathédrale de Strasbourg.

Pour un seul aéroport Strasbourg-Karlsruhe

Regarder une carte montre l’évidence : il y a trop d’aéroports dans la haute vallée du Rhin !

C’est la géographie qui impose le périmètre pertinent pour organiser les transports. Le périmètre de la vallée rhénane est bien plus pertinent que la région Grand Est. Quant à l’échelle qu’impose le transport aérien, il ne justifie qu’un seul aéroport à équidistance entre Francfort et Bâle-Mulhouse… et c’est le Baden-Airpark ! Un aéroport qui se situe aussi à équidistance de Strasbourg et Karlsruhe, dont les aires urbaines approchent le demi-million d’habitants pour chacune d’elles.

Ne conserver que cet aéroport permettrait de dépasser les 2 millions de passagers par an, potentiel minimal pour des destinations intéressantes pour le Parlement Européen et gage d’une rentabilité plus assurée. Cette solution serait aussi et surtout préférable aux subventions publiques à répétition en Alsace et au Pays de Bade pour perfuser chacun son aéroport de part et d’autre du Rhin.

Mieux situé, le Baden Airpark n’est cependant pas bien desservi par les autres moyens de transport (pas de liaison en train, ni de bretelle autoroutière). Rappelons d’ailleurs que sur les 80 km qui séparent Strasbourg et Karlsruhe, il n’existe à ce jour aucun transport en commun qui traverse le Rhin !

Utilisons donc l’argent public pour des infrastructures logiques qui relient mieux Strasbourg à Karlsruhe en passant par le Baden Airpark. Dans les années 1990 et 2000, l’Alsace a raté par 3 fois (!) l’occasion de collaborer avec le Baden-Airpark, voire d’en prendre le contrôle. Ne ratons pas la 4e opportunité qui est celle du redémarrage d’après-crise pour organiser intelligemment nos transports et notre attractivité.

L’Alsace avec son aéroport tri-national sur ses terres au sud (Bâle-Mulhouse) peut montrer la voie d’une réelle coopération transfrontalière au nord, en se concentrant sur la création d’un seul aéroport transfrontalier. Entzheim pourra continuer à être utilisé pour l’aviation privée et le fret, et pour constituer une réserve foncière à vocation économique qui permettra à l’Eurométropole d’arrêter l’artificialisation des terres agricoles et naturelles.

Avec une nouvelle Collectivité Européenne d’Alsace qui permet de changer d’échelle, avec des élus favorables à l’action transfrontalière, et écologistes de part et d’autre du Rhin, osons !

Michel Lorentz, maire de Roeschwoog

Discours de Jean Castex : le combat des Alsaciens est légitime

Passéistes, égoïstes, repliés sur eux-mêmes. Ces dernières années, les qualificatifs infamants envers les Alsaciens se sont succédés de la part des thuriféraires de la fusion des régions. Certes, nous comprenons bien que ceux qui ont retourné leur veste, à défaut d’avoir des arguments pour justifier une réforme injustifiable, en soient réduits à user d’accusations diffamatoires. Elles n’en sont pas moins iniques, étant donné que les Alsaciens portent au quotidien de nombreux projets de coopération dans l’espace rhénan et revendiquent le développement du bilinguisme au travers de diverses associations.

Depuis cinq ans, le Club Perspectives Alsaciennes propose un nouveau projet pour l’Alsace, et dénonce les tentatives d’intimidation malsaine visant à culpabiliser les Alsaciens. Fort heureusement, elles ne fonctionnent plus. La ministre Brigitte Klinkert le 2 janvier 2021 lors de l’installation de la Collectivité européenne d’Alsace, a souligné la « résilience du peuple alsacien » qui a permis une première avancée. Au plus haut niveau du gouvernement, le premier ministre a insisté dans son discours de Colmar du 23 janvier 2021 sur la légitimité de la contestation alsacienne.

Non seulement le gouvernement reconnait que la réforme de 2015 fusionnant les régions est un ratage, mais il reconnait aussi que la démarche alsacienne visant à s’en émanciper est légitime. Il a fustigé les « immenses régions, dont certaines ne répondent à aucune légitimité historique et surtout ne me paraissent pas répondre aux besoins grandissants de nos concitoyens pour une action publique de proximité ». Bien évidemment, tout le monde aura compris qu’il visait en particulier la région Grand Est.

Toutefois, au-delà des discours et du constat sur l’inanité des nouveaux mastodontes régionaux, l’important est de concrétiser cela par une réforme mettant fin à ces aberrations territoriales, pour remettre de l’efficacité et de la proximité dans l’action publique en France. En ce sens, non seulement la démarche alsacienne est légitime, mais elle est même salutaire !

Enquête : « L’Alsace que nous souhaitons »

A la faveur de la naissance de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Lionel et Céline Lutz ont réalisé un énorme travail d’enquête en réalisant une enquête sur plus de 850 personnes. A n’en pas douter, il s’agit d’une contribution majeure pour continuer à alimenter les débats auprès des élus, à quelques mois des élections.

Les DNA se sont fait l’écho des conclusions de l’enquêtes : Erstein. « L’Alsace que nous souhaitons » : les résultats d’un sondage autour du devenir de la région (dna.fr). Dans ce recueil de doléances, les Alsaciens donnent à la CEA la mission de sortir du Grand Est pour former une nouvelle région Alsace. Ils souhaitent un renforcement des compétences dans divers domaines, dont le le bilinguisme ou la préservation du patrimoine.

D’autres questions comme la fermeture de la centrale de Fessenheim ou du Grand Contournement Ouest de Strasbourg sont abordées. Cette enquête approfondie constitue un travail remarquable, riche d’enseignement.


Bonne lecture !

Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est

Le Club Perspectives Alsaciennes a présenté à la presse un projet de résolution pour que la CEA redevienne une Région à part entière, hors du Grand Est. Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont relayé cette proposition, qui sera également adressée aux élus départementaux.

Notre objectif est que, dès le mois de janvier 2021, la CEA adopte une résolution visant à réaffirmer l’engagement initial du projet des élus qui ont porté le regroupement des Départements, à savoir la constitution collectivité disposant de l’ensemble des compétences régionales, c’est-à-dire hors du Grand Est.

Ci-dessous le texte de la résolution proposée par le CPA, qui peut servir de base à celle que pourrait adopter le Conseil d’Alsace en janvier prochain. Nous invitons les élus départementaux à se saisir de l’opportunité que représente la création de la CEA pour réaffirmer l’ambition qu’ils portent pour l’Alsace.


Résolution relative à la sortie de la Collectivité européenne d’Alsace du Grand Est et à son évolution institutionnelle

Le Conseil de la Collectivité européenne d’Alsace, réuni en séance plénière à Colmar le 15 janvier 2021 (ou première réunion plénière suivant la séance d’installation du 2 janvier 2021)

Vu la Charte européenne de l’autonomie locale, ratifiée par la France le 17 janvier 2007 ; Vu l’article 72 de la Constitution ; Vu la loi°2019-816 du 2 août 2019 relative aux compétences de la Collectivité européenne d’Alsace,

Vu l’ordonnance n° 2020-1304 du 28 octobre 2020 portant diverses mesures institutionnelles relatives à la création de la Collectivité européenne d’Alsace,

Rappelant que la suppression de la Région Alsace a été décidée en violation de la Charte européenne précitée ;

Soulignant les nombreuses critiques formulées contre la réforme territoriale de 2014, notamment le rapport de la Cour des Comptes du  2/9/2019 ;

Considérant qu’une grande majorité de citoyens d’Alsace souhaite sa sortie du Grand Est ;

adopte la résolution suivante :

  1. Le Conseil demande solennellement la sortie de la CeA de la région Grand Est, par la révision de la réforme territoriale de 2014 qui a intégré les deux anciens départements du Rhin dans la nouvelle entité, sans consultation des collectivités concernées ni de la population alsacienne. Cette sortie devrait être organisée dans les meilleurs délais, l’objectif politique étant fixé au 1er janvier 2025.
  2. Le Président de la Collectivité européenne d’Alsace est chargé d’adresser la présente résolution à : Madame la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est, Messieurs les députés et sénateurs élus dans les départements du Haut- et du Bas-Rhin, Monsieur le Président du Conseil régional du Grand Est et Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux du Grand Est, Messieurs les Consulats généraux de Suisse, du Luxembourg et d’Allemagne à Strasbourg.
  3. Un débat sur les réponses obtenues des destinataires de cette résolution sera organisé dans un délai de 60  jours après ces transmissions, sur la base d’un rapport du président de la CEA.

Bilinguisme : vers un dépôt de bilan pédagogique et politique ?

Les Dernières nouvelles d’Alsace ont fait état sur le nombre insuffisant de professeurs d’allemand et des déperditions des élèves dans les cursus bilingues. Ces nouvelles données sur l’état du soi-disant « bilinguisme français/allemand » en Alsace – sans même parler de la Moselle ex-germanophone – ne sont pas très réjouissantes.

Depuis plusieurs décennies, les discours (toujours en français) annoncent la volonté « déterminée » d’oeuvrer en faveur de la langue régionale (l’allemand) et du dialecte (l’alsacien, avec ses variantes locales). Le seul résultat a été la suppression de la Région Alsace et de l’Académie de Strasbourg, rattachée à Nancy…

Une langue dont on ne se sert pas meurt. C’est évidemment le cas entre Vosges et Rhin, où les mesures d’éradication linguistique menées après 1945 portent maintenant leurs fruits (amers). Faute de transmission familiale et scolaire, cette identité culturelle est moribonde, sauf pour le folklore des Mannele et Bredele. L’effondrement des compétences en alsacien et en allemand dans la jeunesse se reflète aussi dans la baisse du nombre des travailleurs frontaliers et la montée du chômage, y compris en Alsace, car les entreprises -pas seulement dans le tourisme- ont besoin de germanistes pour produire et exporter vers l’Europe centrale.

De fait, on manque de professeurs, et le nombre d’élèves en classes bilingues fond au fur et à mesure que l’on s’approche du baccalauréat (Abibac). Ensuite, l’enseignement universitaire de l’allemand devient une « savane », pour ne pas dire un « désert » quantitatif (et tous les étudiants ne veulent pas devenir professeurs). Malgré une certaine demande sociale, les modestes objectifs proposés par Brigitte Klinkert ne pourront pas être atteints avec cette stratégie (qui n’en est pas une…). Il faut donc réhabiliter au plus haut niveau public l’alsacien et l’allemand pour rendre leur maîtrise à nouveau « désirables », car avec moins de 6% des lycéens en classes bilingues, l’effet de seuil « négatif » est peut-être déjà franchi.

Laisser à l’Education nationale le contrôle de l’enseignement primaire et secondaire en Alsace est suicidaire pour le maintien et la diffusion de la langue régionale (malgré les dénégations officielles et syndicales). Les connaissances sur l’Alsace (histoire, géographie, littérature, etc.) doivent donner un « soubassement pédagogique » à un projet politique global pour la future Collectivité européenne d’Alsace, dont le bilinguisme sera un pilier essentiel, afin de lui assurer sa place dans l’espace rhénan. Les dernières nouvelles quant à l’enseignement de l’allemand ne sont pas encourageantes, mais doivent stimuler les Alsaciens qui aiment leur Heimet pour défendre ses couleurs et sa langue.

Un été politique animé, qui annonce une rentrée agitée

Le CPA a suivi avec intérêt et vigilance les développements de la vie politique en Alsace au cours des derniers mois :

  • Il constate que le fort taux d’abstention lors des scrutins municipaux n’est pas imputable seulement à la crise sanitaire de la Covid-19, mais surtout à la défiance envers le système institutionnel territorial et la classe politique locale.
  • il  relève le fort renouvellement, tant en zone rurale que dans les grands centres urbains, des élus communaux et intercommunaux, notamment avec la progression  des élus écologistes alors que le parti présidentiel, peu enclin à réformer la loi NOTRe,  a probablement été sanctionné en Alsace pour cette raison.
  • il se réjouit de compter de nouveaux élus communaux à la sensibilité alsacienne prononcée (Colmar, Eurométropole de Strasbourg, Gundershoffen, Weiterswiller etc.), et les encourage à mettre en œuvre des mesures volontaristes en faveur du bilinguisme français/allemand et du patrimoine linguistique dialectal (activités périscolaires, soutien aux initiatives culturelles, etc.), qui constituent des atouts économiques et des enjeux sociaux déterminants.

Le CPA est  pleinement mobilisé pour contribuer au débat sur l’avenir de l’Alsace, dans la perspective de la mise en place de la CeA au 1er janvier prochain :

  • Il déplore que de nombreux candidats aux sénatoriales, adhérents de partis nationaux, voire conseillers régionaux, se découvrent subitement une ambition régionaliste peu crédible au vu de leur comportement récent ;
  • Il souligne que tout membre  du CPA, éventuellement candidat  devra se mettre en congé de l’association et ne pourra se prévaloir  des activités menées dans ce cadre ; il souhaite que cette règle soit suivie par les autres mouvements de la société civile ;
  • il souhaite davantage de transparence dans l’engagement des Conseils départementaux dans la préparation de la fusion du Haut- et du Bas-Rhin, notamment dans la volonté et la capacité de la CeA à quitter le Grand Est à l’horizon 2022/25, afin de permettre une gouvernance plus moderne et plus adaptée au territoire alsacien.
  • il se réjouit de la nomination de Brigitte Klinkert comme ministre déléguée à l’Insertion, en attendant d’elle une action déterminée pour faire entendre la voix de l’Alsace auprès du Président et du Gouvernement, suite aux  projets de décentralisation différenciée annoncés par le Premier ministre Jean Castex.

Avec les autres associations engagées pour la construction d’une Alsace nouvelle, assumant pleinement son identité historique et culturelle et intégrée dans l’espace euro-rhénan, le Club Perspectives Alsaciennes appelle les Alsacien.nes à faire confiance aux femmes et aux hommes qui  réagissent avec détermination et courage pour imaginer  un avenir plus serein pour  notre Heimet.