Santé

Stop au démantèlement des services hospitaliers en Alsace !

L’heure est grave pour notre santé. L’Agence régionale de Santé (ARS) Grand Est continue à sacrifier des services hospitaliers vitaux en Alsace. Après des fermetures de services à Saint Louis, Altkirch, Thann, etc. la liste va encore s’allonger sous la houlette de l’administration de la Santé, désormais installée à Nancy (siège en image).

Aujourd’hui c’est le centre hospitalier de Wissembourg qui connaît la tempête. Sa direction haguenovienne travaille d’arrache-pied à la fermeture du service de maternité, « trop petit « comme on aime à l’annoncer depuis longtemps. Pire encore, l’ARS Grand Est en profite en catimini pour envisager très sérieusement la très probable fermeture du service d’accueil des urgences. Que restera-t-il bientôt à l’hôpital pour soigner rapidement les Wissembourgeois ? A-t-on bien conscience depuis Nancy du potentiel de soin si on se place dans une optique transfrontalière, Wissembourg se situant à la frontière et pouvant attirer des patients allemands ?

Quant à l’avenir de l’Institut du Cancer de Strasbourg (ICANS), il semble irrémédiablement funeste. Il fermera au 31 décembre prochain dans son organisation complémentaire entre le centre Paul Strauss et Hôpitaux universitaires. Et ce dans l’indifférence générale, alors que le Cancer reste un véritable fléau en Alsace. L’Etat a pourtant investit 150 millions d’euros pour accompagner ce projet inédit de complémentarité d’expertises médicales, validé et salué en son temps tant au niveau national à l’avenue de Ségur que par l’inspection générale des affaires sanitaires. De même, il était considéré comme prioritaire pour l’ARS Alsace et tous les professionnels de santé, et plébiscité par l’instance alsacienne de la démocratie sanitaire (CRSA). Tout cela sera bientôt du passé. Plus aucun responsable administratif aujourd’hui ne tient compte de ces décisions. Qu’en pense le Gouvernement à l’heure de l’injonction formulée il y a quelques jours de « veiller à la bonne application de principes de gestion nécessaire au redressement des comptes publics » ?

La Collectivité Européenne d’Alsace est consultée pour donner son avis sur le projet régional de Santé de l’ARS Grand Est qui validera ces transformations et fermetures. Nous attendons une réaction ferme de nos élus, qui doivent associer les habitants, patients potentiels, et les structures concernées.

Les Alsaciens doivent s’élever avec véhémence contre le démantèlement systématisé depuis 2016 de notre système de santé, et plus généralement l’effondrement des services publics de proximité. Cela est d’autant plus insupportable que l’ARS Grand Est poursuit les projets pharaoniques au-delà de la ligne bleue des Vosges. Nancy sera doté d’un nouveau CHU pour 800 millions d’euros, de même que Reims pour 500 millions, avec 200 créations de postes annoncées dans la presse locale à l’ouverture.

Il existe deux solutions alternatives pour mettre fin à ce désastre :

  • dissoudre l’ARS Grand Est et reformer l’ARS Alsace.
  • dissoudre l’ARS et transférer la compétence de santé exercée à la Collectivité d’Alsace (qui reste encore à créer). Une telle décentralisation est un modèle existant chez nos voisins européens.

L’objectif est double. D’une part, il s’agit de retrouver une équité dans les ressources consacrées à la santé, en mettant fin au siphonnage dont les Alsaciens sont victimes. Mais surtout, il est nécessaire de prendre en compte les besoins réels et le potentiel de soin qu’offre le bassin rhénan, aujourd’hui ignorés par une administration nancéenne déconnectée de ces réalités.

Polémiques comparatistes

ll est évidemment prématuré de faire le bilan du Covid-19, et les polémiques « comparatistes » entre la France et d’autres Etats n’apporteront rien pour sortir de la crise actuelle. L’obsession « allemande » de la France, particulièrement marquée en Alsace, est ancrée dans l’histoire. Elle est souvent instrumentalisée, notamment par les milieux national-populistes, à des fins politiques. Ce débat est inutile et même dangereux pour l’Europe !

Les affrontements idéologiques autour des « narratifs » ont déjà commencé sur les réseaux sociaux; ils vont s’intensifier dans les prochains mois. Pour l’Alsace, durement frappée par le virus, l’introspection ne suffira pas – en 2021, la mise en place de la CeA offre des opportunités nouvelles. Comme l’a dit le président de la République, « rien ne sera plus comme avant » !

Aujourd’hui, il n’y a pas encore de réponses, mais certaines questions doivent et peuvent être posées :

– faut-il conserver ou abolir le système des Agences régionales de Santé ?
– quel rôle doivent jouer les collectivités territoriales (et notamment la future Collectivité européenne d’Alsace) en matière de santé publique et d’équipements hospitaliers et sociaux et médicaux ?
– faut-il des normes européennes et, plus généralement, une compétence de l’UE pour la santé publique et la lutte contre les pandémies ?
– dans ce contexte, faut-il réformer la fonction publique hospitalière (FPH) ?
– quelles conséquences faut-il tirer de la crise pour notre société ?

Mais, pour l’heure, deux remarques s’imposent :

– la stratégie de nos voisins directs ou plus éloignés (l’Autriche, par exemple) doit nous inspirer pour relever les défis qui s’annoncent à l’horizon dans le domaine sanitaire, qui est un élément de la souveraineté européenne prônée par le chef de l’Etat
– l’Alsace peut imaginer une organisation de la santé publique, de la maternité à la maison de retraite, qui répond mieux aux besoins de ses habitants qu’un modèle « jacobin », valable de Lille à Guéret et de Biarritz à Sedan.

Ce travail de réflexion est indispensable, et le confinement nous y invite.

Pour une politique alsacienne de la santé

Le directeur de l’Agence régionale de santé du Grand Est a été limogé le mercredi 8 avril 2020. Mais ce n’est pas tant le directeur de l’ARS du Grand Est qu’il fallait limoger – c’est l’ARS et la région Grand Est qu’il faut dissoudre !

En effet, au-delà des questions de personnes, la crise du Covid-19 braque le projecteur sur les défauts de l’organisation politico-administrative de la France, et pas seulement pour les questions de santé publique.

Les rapports se sont multipliés, les sondages sont clairs, les faits le prouvent de manière dramatique: la réforme territoriale de 2015 (loi NOTRe) est un échec !  Quant à la gestion de la pandémie, elle ne semble pas exempte non plus de tout reproche. Par exemple, expliquer qu’il est impossible pour des raisons techniques d’indiquer le nombre de décès imputables au virus dans les EPAD n’est un aveu d’échec dont il faudrait tirer les conséquences ? Mais au-delà de cet exemple, c’est tout le système de la centralisation et de la déconcentration de l’Etat qui est en faillite.

Dans quelques mois sera mise en place la Collectivité européenne d’Alsace (CeA). Conformément à l’article 13 du traité d’Aix-la-Chapelle de 2019, elle est en droit de demander à exercer des compétences en matière de santé en raison de son caractère frontalier. Pour réaliser concrètement cette ambition, la CeA doit :

  • exiger le transfert à son profit de la santé publique, en particulier de la tutelle des établissements hospitaliers et médico-sociaux (y compris les maisons de retraite), avec les moyens financiers et humains nécessaires ;
  • concevoir un plan cohérent de réponse aux crises de sécurité civile (y compris les épidémies), avec une forte dimension rhénane (formation des personnels, compatibilité des équipements, carte des sites, etc. ) ;
  • confier la responsabilité des structures de soins et d’accueil de proximité aux institutions de coopération intercommunale (à commencer par les communautés d’agglomération), pour  une gestion plus efficace.

Nous contribuerons à développer des propositions dans les mois à venir. Car dès maintenant, il faut préparer l’Alsace de demain.