Ne pas tomber dans le piège de Philippe Richert !

grandest mania2Lors de l’inauguration de la Foire aux Vins de Colmar jeudi 27 juillet, Philippe Richert a déclaré :  » je souhaite que l’Alsace retrouve sa place  ». Selon les DNA, il juge nécessaire de répondre aux interrogations légitimes des Alsaciens :  » On ne doit pas seulement entendre le souhait de l’Alsace, il faut aussi y répondre  ».

Très bien. Celui qui s’échine depuis près de 2 ans à fusionner au forceps tout ce qui était alsacien pour le fondre dans le Grand Est aurait-il – une nouvelle fois – changé d’avis ? Car répondre au souhait des Alsaciens, c’est retrouver une région Alsace à part entière, en dehors du Grand Est. Le sondage CSA d’avril 2017 montre que c’est effectivement le souhait de 84% des Alsaciens.

Sauf que Philippe Richert ne propose absolument pas de recréer une région Alsace. Son idée :

  1. créer un Département Alsace à l’intérieur du Grand Est.
  2. sortir l’Eurométropole de Strasbourg de ce département.

Il s’agit en réalité d’un piège, visant à conserver l’hégémonie du Grand Est en marginalisant encore un peu plus l’Alsace, déjà bien malmenée par les politiques iniques du Grand Est.

Créer un Département Alsace soumis au Grand Est ne permet pas de mener le développement dont l’Alsace a besoin. Ses moyens financiers et ses compétences ont été amoindries par la loi NOTRe en 2015. Ce que nous propose Richert, c’est simplement une coquille vide. Néanmoins, fusionner les deux Départements Alsaciens est nécessaire ; car cette fusion constitue la première étape de la sortie du Grand Est. Frédéric Bierry et Eric Straumann pourront consolider cette démarche par une consultation des Alsaciens.

Quant à retirer l’Eurométropole de Strasbourg du Département alsacien, il s’agit évidemment d’une manœuvre pour diviser l’Alsace, pour lui permettre de garder la main sur le Grand Est. Mais au-delà de l’aspect politique, il s’agit en plus d’une grave erreur économique. Contrairement aux autres métropoles françaises, Strasbourg a la particularité d’être entourée de pôles dynamiques dans toute l’Alsace, sur lesquels s’appuie son développement. Cette position particulière est développée dans l’ouvrage le développement métropolitain de Strasbourg par les universitaires de l’Association de Prospective Rhénane (2013). Le schéma de développement doit s’inscrire dans une logique  » Strasbourg avec l’Alsace, l’Alsace avec Strasbourg  ». La séparation institutionnelle de Strasbourg et de l’Alsace proposée par Robert Hermann et Philippe Richert est donc une ineptie.

Par conséquent, contrairement à ce qu’il affirme, Philippe Richert ne cherche pas à répondre aux attentes des Alsaciens. Il cherche à diviser et à affaiblir l’Alsace, afin de sauvegarder la région qu’il aime tant, le Grand Est.

Recréer la Région Alsace

alsacepar Robert Herzog, professeur émérite de droit public à l’Université de Strasbourg. Tribune publiée dans l’AMI Hebdo le 23 juillet 2017.

Après la Conférence nationale des territoires, qui s’est tenue lundi 17 juillet au Sénat, y a-t-il encore un espoir de reconstituer une région Alsace ? Les annonces du Président de la République et du Premier ministre n’ont pas été très explicites. Plusieurs points semblent cependant assurés. Il n’y aura pas de réforme territoriale d’ensemble et le modèle de collectivité fusionnant la région et ses départements ne sera pas généralisé, bien qu’il en existe déjà plusieurs (Martinique, Guyane, Corse en 2018). La préférence va plutôt aux fusions de départements. De grands départements dans de grandes régions avec de grandes intercommunalités : cela garant-il plus d’efficacité, de démocratie et des économies ? Le blocage sur les périmètres actuels, qui n’ont démontré en rien leur pertinence, se fait par défaut : on ne saurait quoi faire de certaines régions résiduelles, Lorraine et Champagne-Ardenne notamment.

Le gouvernement promet des « adaptations législatives » là où il faudra calmer des mécontentements. Le résultat sera un compromis mal ficelé, ajoutant des complications et des coûts, selon un schéma qui se dessine depuis quelque temps et a des partisans chez les parlementaires alsaciens. Il semble surtout ne fâcher personne : conserver la région Grand Est, à l’intérieur de laquelle un département Alsace, fusion des deux départements du Rhin, aura un statut spécial par des délégations de compétences de la région et éventuellement de l’Etat.

Admirable ! Des politiques « régionales » seront menées d’un côté par le département et pour le reste du territoire par la Région. Qui peut croire qu’ajouter à l’architecture actuelle des dérogations pour certaines composantes améliorera la clarté des politiques ? Et n’attendons guère d’économies ; la Région gardera ses services et le département devra créer les siens.

Seul avantage apparent : les procédures sont simples. La fusion des départements est décidée par décret après délibérations concordantes des conseils départementaux, adoptées à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Et la loi prévoit une procédure de délégation de compétences entre collectivités territoriales. Toutefois ces compétences déléguées « sont exercées au nom et pour le compte de la collectivité territoriale délégante » sur la base d’une convention « qui définit les objectifs à atteindre et les modalités du contrôle de l’autorité délégante sur l’autorité délégataire». Le département sera donc sous tutelle de la région, laquelle sera peu encline à lui accorder d’importants pouvoirs car elle craindra les revendications d’autres départements. Et le Conseil d’Etat a jugé que le conseil régional ne peut déléguer l’octroi des aides économiques aux départements. Plus délicat sera le calcul de la compensation financière que versera la région au titre des compétences déléguées. Elle ne sera surement pas très généreuse. Or, le département, qui n’a aucune marge de manœuvre sur ses ressources, se retrouvera rapidement étouffé par ces fonctions supplémentaires et sous le joug d’une région qui lui dictera ses orientations.

Ce ne sont donc pas des délégations qu’il faut demander mais des transferts de compétences, ce qui relève de la loi, qui en définira aussi les modalités financières. Il ne faut plus tergiverser. Comme il y a un large accord au sein des conseils départementaux, allons rapidement vers la fusion. Le nouveau département aura du poids pour revendiquer des adaptations législatives. Il aura aussi la possibilité d’organiser en son sein un référendum, et pourquoi pas pour exiger sa transformation en région à part entière ?

Pour compliquer encore le paysage, voilà que le Président de l’Eurométropole propose de transposer à Strasbourg le statut de Lyon, c’est à dire d’en faire une collectivité exerçant sur son territoire toutes les compétences du département. Cela peut se discuter, mais nous y voyons deux objections majeures. D’une part cela n’est pas dans l’intérêt de l’Eurométropole. Elle a déjà de larges pouvoirs économiques et culturels; en matière de transports des ajustements seraient faciles à convenir et pour la voirie l’essentiel est réglé. Restent les collèges et le volet social pour lequel existent des accords avec la Ville de Strasbourg. Que gagnerait l’Eurométropole à accumuler des missions hétéroclites, complexes et coûteuses qui vont gonfler ses structures, pomper des ressources dans le budget et détourner les élus de leurs fonctions stratégiques? Le seul bénéfice envisageable, à court terme, serait de récupérer les bases d’impôts du département. Mais affaiblir celui-ci n’est dans l’intérêt de personne et la métropole serait vite rattrapée par l’explosion de ses charges, perdant de sa réactivité dans ses politiques structurelles!

D’autre part, séparer Strasbourg du reste de l’Alsace par un tel statut est ce qu’il faut surtout éviter car, ensemble, les deux se renforcent alors qu’elles souffrent depuis des décennies de ne pas être suffisamment en synergie et solidaires dans la course au développement, à l’innovation et à l’affirmation sur le plan international.

Mais le plus important dans les quelques semaines à venir serait que les mouvements régionalistes s’entendent enfin pour faire une pression convergente, vigoureuse et visible. L’agitation de groupuscules et les jeux d’égos ont définitivement démontré leurs limites.

A fond les ballons !

ballonGEUne satire par Etichon Adalric, 21 juillet 2017.

L’heure est grave. Cela fait maintenant un an et demi que le Grand Est déploie des efforts inimaginables pour imposer son nom et son logo partout. Et pourtant, un sondage CSA d’avril 2017 montre que 84% des orientaux du Grand Est souhaitent son démantèlement, pour retrouver une région Alsace.

La partie orientale pose en effet problème. Encerclée par des peuplades germaniques bordant le Rhin, elle en subit les mauvaises influences. A tel point que les habitants ont tendance à se sentir Alsaciens au lieu d’adhérer à l’idéal commun que devrait partager le peuple du Grand Est. Rendez-vous compte, ils prétendent même avoir une culture et une langue spécifique à eux ! Le populaire et regretté François Hollande était pourtant venu à Strasbourg pour leur expliquer que  »l’Alsace n’existe plus », mais ces farfelus ne veulent rien savoir. Que faire ?

Certains orientaux osent même jusqu’à demander une consultation par référendum sur la sortie du Grand Est. Mais disons-le net, il est hors de question de leur donner satisfaction. On voit bien que l’idée d’un référendum s’inspire du modèle pseudo-démocratique Suisse, connu pour son archaïsme. Ce n’est pas comme cela que se passent les choses dans une région moderne comme le Grand Est, bien évidemment  »une et indivisible ». C’est au gouverneur du Grand Est d’imposer sa loi. On ne va quand même pas se rabaisser à demander l’avis des gens !

Non, la seule stratégie possible, c’est continuer à marteler Grand Est dans la tête de ces récalcitrants. Ils finiront bien par s’y faire !

Continuons à acheter des espaces publicitaires dans les journaux locaux. Continuons à dépenser pour des panneaux Grand Est au stade de la Meinau. Continuons à débourser pour s’afficher dans la caravane du Tour de France. Ils ne doivent pas passer la moindre journée sans avoir vu le logo du Grand Est !

Mais cela ne suffit pas. Il faut que le Grand Est soit visible même lorsque les gens regardent le ciel. La solution ? Le ballon du Grand Est, pardi ! Quelle beauté éblouissante, n’est-ce pas ?

Certes, il paraît qu’il faut 5 semaines en ballon pour faire le tour du Grand Est. Mais au moins il pourra voler suffisamment haut pour éviter les projectiles que pourraient envoyer certains perturbateurs de la plaine du Rhin. Ce serait dommage de l’endommager ; il parait qu’un ballon coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais cela, il ne faut surtout pas leur dire, ça risquerait de les énerver encore plus.

Que peut-on maintenant imaginer pour la suite ? Quel dommage que notre Grand Est ne soit pas une région maritime. Imaginez un sous-marin du Grand Est capable d’aller 20 000 lieues sous les mers. Quelle fierté pour le peuple du Grand Est ! Mais faisons confiance à nos élus régionaux pour trouver la prochaine idée, on sait qu’ils ne sont pas du genre à se dégonfler.

Le Grand Est fait son Tour !

Une satire par Etichon Adalric, 19 juillet 2017.

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Le Tour de France est vraiment un spectacle riche en émotion. Cette année, les spectateurs ont même l’honneur d’être salués par deux automobiles aux couleurs du Grand Est qui intègrent la caravane, ce qui en soit mérite le déplacement.

Certaines mauvaises langues critiquent le logo de la région, qui nous permet pourtant d’effacer le vilain blason de l’Alsace de nos plaques d’immatriculation. Voilà qui devrait les faire changer d’avis. Quelle élégance ! Peugeot serait bien inspiré de proposer ces peintures au grand public pour relancer ses ventes.

En tout cas, merci à la région Grand Est de nous montrer à quoi servent nos impôts. Nous ne connaissons pas le cout de l’opération, mais il doit être assez salé vu l’ampleur de la manifestation. Mais nous sommes persuadés que cet argent n’aurait pas pu être mieux utilisé, car il répond sans aucun doute aux aspirations de la population.

Certains pourraient s’étonner de faire rouler des voitures sur 200 kilomètres, alors qu’en même temps la région vient d’organiser un séminaire climat Air Energie (le 5 juillet) pour lutter contre le changement climatique et la pollution de l’air. Mais rappelons que 200 kilomètres ne représentent que la moitié seulement du trajet entre Strasbourg et Châlons-en-Champagne. Autrement dit, c’est une petite balade au regard des déplacements quotidiens des agents et des élus régionaux. Dans le Grand Est, on n’en est plus à ça près !

Si nous pouvons donner un conseil à la région, ce serait de renouveler l’expérience pour le Tour d’Alsace fin juillet. Le public serait ravi, car comme le souligne le président de la région : « nous avons juste, avec le Grand Est, un supplément d’âme » (Philippe Richert le 21 janvier 2017). Et les Orientaux du Grand Est sont effectivement très sensibles à l’âme d’une région qui puise ses racines dans leur histoire et de leur culture. Par contre, il est donc fortement recommandé de fermer les vitres des véhicules. Car dans un débordement de joie, il n’est pas impossible que certains spectateurs en viennent à lancer des tomates.

Comme le dit Jean Rottner : « Grand Est is back ! »

Pourquoi il faut revenir à la région Alsace

Pierre Peter Meyer, ancien directeur des relations internationales au Conseil Régional d’Alsace. 4 juillet 2017.

photomeyerTout ce qui touche à l’Alsace est international par essence, tant au plan historique que géographique et culturel. Ceci est particulièrement évident au niveau du Rhin Supérieur (Suisse du NW, Pays de Bade, Palatinat du Sud, et… L’Alsace).

En prenant en compte l’environnement, les transports et communications, la formation et la culture et les questions de développement en général doivent s’inscrire dans l’espace naturel situé entre les Vosges, la Forêt Noire et le Jura, espace coupé par 4 frontières (française, allemande, suisse et européenne). Il est vital pour les autorités nationales françaises de donner aux territoires frontaliers des compétences et des moyens, afin d’assurer un développement optimal. On peut notamment penser aux trois domaines suivants :

  1. Le bassin du Rhin supérieur : le fleuve représente un fournisseur considérable d’énergie hydraulique « propre », il offre un potentiel en eau indispensable tant à l’urbanisation qu’au développement agricole. Ceci est également valable pour la nappe phréatique rhénane pour sa masse et pour la qualité de l’eau.
  2. Les transports et communications : le problème N°1 semble être l’énorme trafic de poids lourds qui passe par l’Alsace, essentiellement parce que l’autoroute A5 au Pays de Bade est à péage, tandis que l’A35 est gratuite en Alsace. Les véhicules qui l’utilisent tous les jours passent des heures dans les embouteillages (temps perdu, pollution importante).
  3. La culture et la formation : il faut donner à notre territoire et aux habitants les formations en langue allemande et dans un cadre s’inspirant des formations duales, qui reposent tant sur les formations théoriques que pratiques en entreprise. Il faut savoir que l’apprentissage est très performant chez les voisins, il n’est pas considéré, comme trop souvent dans notre pays, comme une voie de qualité pas très satisfaisante.

Il est essentiel aujourd’hui de donner aux collectivités françaises, des compétences qui leur permettent d’agir en direct avec les collectivités étrangères voisines s’inscrivant dans un système fédéral (Suisse et Allemagne).

Le gouvernement français doit comprendre une fois pour toute que l’Europe a apporté à des territoires marqués par les violences meurtrières des conflits qui se sont succédés depuis des siècles, et pour la première fois plus de 70 ans de paix. Cette entente franco-allemande doit être mise à profit par une coopération renforcée.

Le Conseil régional d’Alsace, présidé en 2008 par M. Adrien ZELLER avait organisé le 11 janvier 2008 un Congrès tripartite dont l’objectif premier était la mise en place d’un GECT (Groupement européen de coopération territoriale) qui aurait pris en charge la gestion et les opérations de développement. Ceci en lien avec les autorités nationales et communautaires puisque, de plus, l’espace Rhin supérieur bénéficiait et bénéficie toujours du Programme INTERREG dont l’objectif est de cofinancer les projets de coopération transfrontalière. La disparition du Président ZELLER en 2009 et les changements politiques à Stuttgart ont malheureusement bloqué le processus. Il est temps de le réactiver.

Pour cela, la France a intérêt à revoir totalement la répartition des compétences, notamment pour tout ce qui est lié aux régions qui sont au contact direct avec de pays dont le développement est favorable. L’Alsace a besoin de compétences et de moyens nouveaux, ceci dans l’intérêt général de la France.

Seule la Région ALSACE est en mesure de prendre cette mission en charge. Il est nécessaire de sortir du Grand Est, pour créer une nouvelle collectivité territoriale associant les fonctions départementales et régionales. Une nouvelle réforme territoriale aurait le soutien de la population, car ainsi notre territoire jouerait pleinement le rôle de tête de pont de la France en direction de l’Europe médiane.

Vidéo : présentation du CPA par Victor Vogt

Victor Vogt est membre fondateur du CPA et élu municipal à Gundershoffen. Il nous présente son engagement pour l’Alsace, et la vision que nous portons pour l’Alsace.

 

Parfaitement à l’aise dans notre langue régionale, Victor nous propose aussi une version alsacienne.

Non ! Ce n’est pas encore perdu !

Oui, l’Alsace est encore possible ! C’est ce que nous montrons dans ce journal gratuit de 12 pages. Imprimé et diffusé à plus de 150 000 exemplaires, il sera prochainement distribué dans de nombreuses villes et villages d’Alsace. Mais vous pouvez d’ores et déjà le consulter en ligne en cliquant sur l’image.

Bonne lecture !

Une du journal

Consultez le journal, et partagez-le  !

L’Alsace que nous voulons !

Le Club Perspectives Alsaciennes, cercle de réflexion réunissant des femmes et des hommes d’horizons politiques divers, revendique la sortie de l’Alsace du Grand Est, afin que soit respectée la volonté de la majorité des habitants de l’Alsace qui n’ont jamais été consultés à propos de cette fusion technocratique. Mais le retour à l’Alsace d’avant n’a pas de sens si elle ne jouit pas d’avantage de pouvoirs, de compétences, aussi bien au niveau de la région que de ses composantes, les territoires locaux.

C’est la raison pour laquelle le CPA a entrepris une ébauche sur la gouvernance et l’architecture institutionnelle d’une nouvelle Alsace sous la forme de ce manifeste qu’il vous invite à lire, en souhaitant également que vous réagissiez à ce document en n’hésitant pas à y apporter vos contributions, car rien ne doit être figé dans l’expérimentation que nous voulons partager avec les Alsaciennes et les Alsaciens.

Téléchargez notre projet pour l’Alsace (pdf)

Conférence de Pierre Kretz à Haguenau : « L’Alsace n’existe plus »

kretzPierre Kretz, ancien avocat, essayiste et metteur en scène présentera son dernier ouvrage « l’Alsace n’existe plus » dans lequel il est question de la « faillite du système démocratique français… et des méfaits et absurdités du Grand Est ».

Date : lundi le 13 mars 2017 à 20 heures

Lieu : amphithéâtre de l’I.U.T. de HAGUENAU (30 rue du maire Traband)

Affiche de la Conférence de Haguenau (pdf)

TER Grand Est : l’art du trompe-l’oeil

par Jean-Philippe Atzenhoffer, docteur en sciences économiques de l’Université de Strasbourg, 24 février 2017.
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La disparition de la région Alsace au profit du Grand Est a été justifiée par le gouvernement par les économies qu’elle allait générer. Mais, contrairement à cette affirmation, diverses analyses pointaient au contraire les inévitables surcouts liés à la fusion des régions.

Face à cette remise en cause de la pertinence du périmètre régional, Philippe Richert, après l’avoir pourtant combattu, tente maintenant de le justifier à travers l’argument suivant : la région Grand Est serait efficace car « tous les jours, 200 trains supplémentaires circulent dans le Grand Est depuis que nous avons signé et voté la convention TER sans que cela ne coûte plus cher. Sans le Grand Est, cela n’aurait pas été possible » (La Semaine, 27/12/2016). Ainsi, grâce à la fusion, il serait possible de faire circuler plus de trains pour le même coût.

Attribuer au Grand Est ce gain d’efficacité revient à supposer que la mise en circulation de ces trains supplémentaires n’aurait pas été réalisée en gardant les anciennes régions. Ce message a été systématiquement relayé dans différents médias par Philippe Richert ces dernières semaines.

Le problème, c’est que cet argument est pour le moins douteux, pour ne pas dire trompeur.

Des gains liés au cadencement

Comment est-il possible de faire circuler 200 trains de plus pour un coût identique ? Selon un communiqué de la région du 19 décembre 2016, « Le Grand Est et SNCF Mobilités consolident ainsi leur engagement pour 8 années supplémentaires afin de favoriser la mobilité des usagers des transports ferroviaires, et vont faire circuler 200 trains de plus chaque jour à coût constant en 2017, grâce au cadencement du réseau, mis en oeuvre ou amélioré successivement en Lorraine, sur le triangle marnais (Reims, Châlons-en-Champagne, Epernay) et sur le TER 200 en Alsace ». Ainsi, le gain d’efficacité vient de la mise en place du cadencement.

Le cadencement consiste à faire circuler des trains de manière régulière tout au long de la journée. Sur une ligne cela signifie que les trains se succèdent à intervalle fixe, par exemple toutes les heures, ou toutes les demi-heures. À l’image d’un tapis roulant, à chaque train correspond un train en miroir qui circule dans l’autre sens.

Selon Jaques Weill, responsable régional de SNCF mobilité, Le cadencement permet une meilleure organisation et de meilleures rotations qui se traduit par 23% de trains supplémentaires en Lorraines (l’Est Républicain, 14/09/2016). C’est à dire une centaine de trains supplémentaires pour la seule région Lorraine.

Mais est-il vraiment nécessaire de fusionner les régions à l’échelle du Grand Est pour mettre en place le cadencement, comme l’affirme Philippe Richert ?

Il n’en est rien. L’introduction du cadencement ne dépend aucunement de la taille de la région, étant donné qu’il peut se décider pour chaque ligne séparément. Il n’y a donc aucune utilité à avoir une grande région pour le mettre en place. Le Luxembourg, pourtant près de quatre fois plus petit que l’Alsace en superficie et en population, a adopté le cadencement des trains depuis presque vingt ans, en 1998.

En réalité, le cadencement réalisé en Lorraine ne vient pas d’une décision du Grand Est. C’est un projet initié par la région Lorraine depuis 2013, bien avant la fusion des régions. Ainsi, le Grand Est s’approprie un gain qui vient d’une décision antérieure à sa création, ce qui n’empêche pas son président d’affirmer que cela n’aurait pas été possible sans le Grand Est. Mais de qui se moque-t-on ?

Par conséquent, les supposées économies réalisées sur les trains ne constituent en rien une preuve de l’efficacité du Gand Est, puisqu’elles auraient de toute façon été réalisées en conservant les régions historiques. Pourtant, il s’agit de l’unique argument avancé à ce jour pour justifier le Grand Est.

Mais où sont les économies ?

Si le Grand Est voulait vraiment justifier des économies réalisées, c’est sur les dépenses effectivement comptabilisées qu’il faudrait regarder. Les régions doivent en effet publier une comptabilité selon des normes comptables particulières (dénommée M71). On y retrouve notamment les dépenses liées au fonctionnement des élus et du personnel, telles que les rémunérations, les frais de déplacement, les frais d’hébergement, etc.

Philippe Richert a récemment déclaré : « Il m’arrive de faire 1 000 kilomètres en une journée » (La Semaine, 27/12/2016). Sachant que les indemnités kilométriques sont de 25 à 35 centimes par kilomètre pour les déplacements des élus régionaux, cela donne environ 300 euros en une seule journée pour son président. Voici des frais directement liés au nouveau périmètre régional objectivement mesurables. Et effectivement, dans ce cas, on peut dire que sans le Grand Est, cela n’aurait pas été possible.

Il est intéressant de constater qu’au niveau de ces coûts de fonctionnement, le Grand Est semble beaucoup moins enclin à communiquer. Pourtant, c’est sur ces éléments précis que le Grand Est était censé générer des économies. Mais à ce niveau, pour le moment, c’est silence radio.