Philosophie et démocratie

Sur le grand chantier de la Grande Région : les démolitions avant les constructions

par Jean-Paul Sorg, philosophe. Article publié dans l’Ami Hebdo du 18 septembre 2016.jpsorg

On n’imaginait pas toutes les conséquences directes, immédiatement destructrices, qu’entraînerait l’organisation administrative du territoire Grand Est. On savait que l’Alsace sera désormais privée, jusqu’à nouvel ordre, nouvelle République, d’un organe politique propre, d’un Conseil au moins avec ses représentants élus au suffrage universel. On était dans le chagrin d’une perte et d’une régression, mais on ne prévoyait pas le travail de démolition, de déconstruction, qui allait être entrepris sans tarder, avec une hâte et une sorte de rage administrative dont les citoyens candides (que nous sommes restés) ne peuvent que s’étonner.

Même le foot !

L’exemple de la démolition la plus inattendue, la plus brutale, qui ne semble répondre à aucune nécessité, est celui de la Ligue d’Alsace de Football Association (LAFA). Une institution vénérable, cette Ligue, dont le parcours épouse les lignes brisées de l’histoire de la région. Fondée en janvier 1919 à Sélestat, comme organe fédéral dépendant de la Fédération française de football. Auparavant, dans le Reichsland, les clubs alsaciens étaient affiliés au Süddeutscher Fussball-Verband. En 1940, dans une Alsace annexée par les nazis, la LAFA est aussitôt dissoute et les clubs alsaciens incorporés de force dans la Fédération des sports nationale-socialiste. À la Libération, ils retrouveront leur souveraineté et dès le 22 juillet 1945 reconstitueront la Ligue. Donc, trois changements de nationalité et d’appartenance fédérale le long du XXe siècle, et au bout un retour heureux à la normale, à la France.

Or, voilà que, chose incroyable, scandaleuse, la Ligue d’Alsace de football est sommée de se saborder comme telle, comme « alsacienne », et de fusionner avec ses homologues de Lorraine et de Champagne-Ardenne au sein d’une super-ligue du Grand Est. Elle a jusqu’au 31 mars 2017 pour réaliser sa disparition annoncée.

Pourquoi ? C’est logique. « L’Alsace n’existe plus ». Les statuts prévoient une ligue par région, et pas deux, à l’intérieur de la Fédération nationale. C’est arithmétique et c’est aussi, par derrière, psychologique. On cherche, instinctivement et cyniquement, à créer dans le monde du sport un chauvinisme régional, tremplin du chauvinisme national. On attend que les footballeurs et leur supporters vibrent, demain, pour les équipes du Grand Est et que la population dans son ensemble adhère à la nouvelle entité. Dernier slogan en cours : « L’avenir ensemble ».

À ce territoire hétéroclite, qui n’est pas une région, qui n’est pas vécu et perçu comme une région, il manque une « âme », il manque de devenir un objet de fierté et d’amour. C’est une caractéristique (un vice !) de l’esprit français, cartésien et jacobin, que de… placer la charrue avant les bœufs, que de penser que l’État précède la nation, que la nation procède de l’État, que l’État, par sa seule machine administrative et communicative, doit être capable de construire une nation et d’y insuffler un sentiment patriotique – ou en l’occurrence s’agissant de nouvelles régions découpées, comme jadis de nouvelles colonies, d’y faire naître un sentiment d’appartenance, de reconnaissance, d’identité régionale, mais mineur toutefois et subordonné à la capitale identité nationale.

Et ce n’est pas une identité graphique par le logo nouveau Grand-Est, à la symbolique laborieuse, les trois barres égales du « E » devant symboliser l’union des trois ex-régions, qui va changer les données et nous « rendre heureux », comme le voudrait le directeur général des services.

Les architectes de même

Malaise persistant garanti. C’est parce que la classe politique française, moulée par les partis et des écoles comme l’ENA, ne comprend pas que la volonté politique ne peut, sur la durée, forcer la nature sociale – la culture – des peuples et la façonner, qu’elle s’acharne aujourd’hui avec tant de rigueur, tant de raideur, à faire table rase des organismes et structures depuis longtemps installés pour les remplacer hâtivement par de nouvelles organisations « grand-régionales » (sic). Mise au pas – mise à dimension – des chambres de métiers, pour que « la grande Région de l’artisanat » se fasse, des chambres de commerce et d’industrie, des chambres d’agriculture, pour disposer ensemble au salon de Paris d’un stand de prestige commun aux Alsaciens, Lorrains et Champardennais. Les architectes, de même, sont poussés à dessiner un nouveau plan de leur Ordre pour le Grand Est, car la loi impose d’avoir un ordre, et pas trois, par nouvelle région dès 2017. Le périmètre du Grand Est-il pertinent du point de vue des architectes ? Pas du tout, mais on s’aligne, il faut faire avec.

C’est bien ce qui est navrant : cette docilité ou, si l’on préfère dire, ce réalisme spontané, ce grand sens citoyen de la responsabilité qui plie, sans résistance, devant des lois dont on affirme pourtant, et publiquement, qu’elles ne sont pas sensées et qu’elles n’amélioreront en

rien le fonctionnement et les prestations. La culture de l’objection de conscience est au point zéro en France. » Que voulez-vous ! Ou on construit, ou on fait des marches avant-arrière… », « Que voulez-vous ! La réforme est votée, la dynamique est désormais lancée, le chantier ouvert, alors autant y travailler pour faire au mieux et ne pas subir des effets négatifs… ».

Pour beaucoup, c’est même excitant, ce challenge qui fait d’eux, estiment-ils, des bâtisseurs. Il y a une part de sportivité, de virilité, dans le psychisme de ces hauts fonctionnaires et conquérants politiques. On ne se dégonfle pas, on y va ! Résultat de toute une éducation qui depuis des lustres, dans les écoles, sur les stades et sur les écrans, valorise l’esprit de compétition et minore l’esprit humaniste chrétien rhénan de compréhension et de coopération.

Les écrivains aussi

Si les organisations en quelque sorte institutionnelles, consubstantielles à la région, comme la Ligue de football, semble-t-il, les chambres économiques et l’ordre des architectes, sont sommées de se dissoudre pour mieux se reconstituer en se redimensionnant, il y a des associations de moindre importance, certes, qu’on laisse tranquilles, mais qui se trouvent maintenant comme devant un vide, sans interlocuteur, sans répondant politique, sans bureau où toquer. Que d’élans soudain brisés, que d’idées coupées, de projets qui avortent ! Les associations avaient des repères et des contacts dans l’administration de « l’ancienne » région ; ils n’en ont plus.

Le 18 juin dernier, l’association Littér’Al, qui regroupe des écrivains de toute sorte et de belle jeunesse, avait tenu sa troisième assemblée générale dans les locaux de l’Évasion à Sélestat. Réflexions pessimistes du président, Pierre Kretz, sur les conditions de développement et même de survie. On devra en tout cas renoncer cette année aux Journées de Folies Littéraires qui étaient programmées pour octobre, faute de soutien des collectivités et suite au silence de la Région nouvelle.

Il y a deux ans et demi, mars 2014, l’association avait été fondée dans une salle de la Région Alsace, avec la bénédiction de l’autorité culturelle représentée. Beaux discours. Applaudissements. Soutien promis. Lancement de plusieurs initiatives. Intervention dans les Bibliothèques. Présence dans les Salons du Livre. Publication d’un Annuaire des auteurs.

Juin 2015, deuxième AG, encore dans les locaux de la Région Alsace, où nous nous trouvons pourtant un peu seuls cette fois-ci. Pas de représentant officiel pour souhaiter la bienvenue. On sent que le vent tourne et se refroidit.

1er janvier 2016 : disparition officielle de la Région Alsace.

Les nouveaux conseillers régionaux et fonctionnaires du Grand-Est ne vont jamais s’intéresser à la créativité littéraire en Alsace ni au patrimoine littéraire alsacien comme tel, dans sa « triphonie ». Ils ne vont pas regarder la culture en Alsace comme particulière, extraordinaire (!), au risque de la privilégier. Ce serait contraire à leur principe républicain fixe de l’égalité qui doit aussi s’appliquer à l’intérieur des régions et entre les régions. Leur idée stratégique fixe est de promouvoir une vie littéraire qui « contribue à créer une identité à la nouvelle région », qui soit, expression employée sans rire, « grand-régionalisable ».

L’ineptie politique d’un tel dessein apparaît dès que l’intention en est formulée. C’est le cas.

Jean-Paul Sorg

L’Alsace est une nation… par la littérature.

par Jean-Paul Sorg, philosophe, poète, essayiste et spécialiste d’Albert Schweitzer. (article publié dans Land un Sproch, numéro 198, juillet 2016)jpsorg

Où il y a une littérature, il y a une nation. L’Alsace est donc une nation ? Oui, une petite. Elle présente nombre de propriétés qui fondent et font une nation, dont justement l’existence d’une littérature et en elle la conscience d’une langue et d’une histoire singulière. Pour autant, elle n’a pas à devenir un État-nation, Dieu nous en garde, ce n’est pas nécessaire ni souhaitable, mais elle a vocation de devenir une petite région européenne, une « Eurorégion transfrontalière » (selon le concept du géographe Raymond Woessner), jouissant de la capacité de s’occuper elle-même de sa culture et de la transmettre.

Le premier poème dialectal

Alsacien par la littérature. Sérieusement ? Ça ne touche pas beaucoup de monde ! Dans la littérature, la langue, conservée, explorée et exposée, amenée à des états de pureté et de plénitude. Quand est-ce que j’ai eu pour la première fois un livre de poésie dialectale entre les mains ? J’essaye de me souvenir, de reconstruire des souvenirs.

La « première fois », dans la mémoire du vieil homme, est souvent composée d’un fondu enchaîné de plusieurs fois. Peut-être était-ce un des premiers volumes de la Petite anthologie de la poésie alsacienne que la vénérable intendante de l’École Normale où j’enseignais avait en stock et refilait sous le manteau ? Ou était-ce plutôt le livre de Nathan Katz, déjà mythique pour les happy few, déjà introuvable chez les libraires, O loos da Rüef dur d’Gàrte, que j’ai pu feuilleter – seulement – dans la bibliothèque de mon collègue de philosophie ? C’était en 1972 par là. J’avais déjà plus de trente ans et revenais en Alsace, après être passé par la Lorraine et avoir passé deux ans au Sénégal. Je découvrais l’existence d’une poésie alsacienne dialectale et me rendais compte, tout ému et ravi, que je comprenais sans difficulté ce qui était écrit. Que ce fût du Nathan Katz ou du Weckmann ou d’un autre, qui alternaient dans les petits volumes de l’anthologie Weckerlin, je reconnaissais les mots et saisissais les phrases. C’était ma langue. Je la possédais là, au bout de mes doigts, comme un objet, objectivée dans des textes, distribuée dans des lettres.

Est-ce que je ne savais pas alors qu’il existe naturellement une littérature alsacienne, et pas seulement dialectale ? Est-ce que je n’avais pas entendu de la poésie alsacienne sur Radio Strasbourg ? Est-ce que dans l’enfance je n’avais pas assisté à des représentations de l’ETM (Elsasser Theater vu Mülhüse) ? Est-ce que je n’avais pas écouté des chansons, acheté les premiers disques de Siffer et de Brumbt ? Je ne sais plus bien ce qui a été premier. Tout cela, un mouvement, une vague, allait ensemble, dans l’air du temps.

Pas de langue sans une littérature.

Säwrä. C’est-à-dire : sans littérature, pas de conscience réflexive de la langue, pas d’examen de, donc pas de conscience, chez le locuteur natif (naïf), de la singularité et spécificité, avec toutes sortes de caractères propres, de la langue qu’il parle, dans laquelle il est en quelque sorte immergé comme dans un milieu gazeux qu’il ne perçoit pas, pas plus qu’on ne perçoit l’air qu’on respire. Le locuteur naïf, comme l’enfant l’est, ne mesure pas sa langue, il n’en mesure pas le lexique, son étendue, ses couches, il n’ouvre pas de dictionnaire et il ignore la grammaire, il ne sait pas qu’il y en a une et il n’a nul besoin de l’apprendre, puisqu’il sait parler, puisqu’il s’exprime de façon suffisante et se fait comprendre.

L’âge venant, et songeant aux années de l’enfance, au temps d’avant l’école, je m’étonne et m’émerveille toujours à nouveau – en toute naïveté – d’avoir appris l’alsacien (oui, la langue alsacienne) sans… l’apprendre, sans savoir que je l’apprenais, sans efforts, sans être enseigné, par la seule méthode que les pédagogues (comme Freinet) appellent « naturelle » et qui est absence de méthode ; j’apprenais à parler en parlant alsacien, j’apprenais le langage dans une langue déterminée, qui se trouvait être l’alsacien, rien qu’en répétant, imitant, et ainsi intériorisant, m’appropriant, ce que j’entendais, ce que maman et papa et frère aîné et d’autres, tout le monde, me disaient, avec patience.

Bien que ce ne soit pas nécessaire à son emploi ou son fonctionnement, chaque langue, au fil du temps, dans le cours d’une évolution, dégage de son sein (de ses entrailles) une littérature, un corpus de vers ou de versets (au commencement c’est ça, avant la prose), qui racontent une histoire, des histoires, des mythes, ou condensent et fixent des pensées, sous forme de maximes de vie, ce sont des sentences, des proverbes, des prières, des blagues, des astuces, etc.

La langue est comme un élément fluide ou gazeux, avons-nous dit ; la littérature (des textes, des livres), c’est du solide, du solidifié, c’est comme un monument, un château, qui surplombe la langue et que l’ont peut visiter, dans lequel on peut entrer et circuler. C’est par ce dehors, la littérature, que l’on prend conscience du dedans de la langue et de son existence spécifique et originale. Dans la littérature, la langue se mire, s’admire, et se reconnaît.

Donc, insistons, pas de langue vivante qui, si les conditions sont correctes, ne donne lieu à une littérature et n’évolue et ne se développe à travers elle aussi. Cela vaut pour les formes de langue que sont les dialectes. Ne pas confondre avec les « patois ». Pas de dialecte qui « ne comporte une culture littéraire », écrivait Littré en définissant la notion.

Entre tous les dialectes germaniques, en particulier alémaniques, l’alsacien est le plus vulnérable, le plus éprouvé, le plus abîmé, le plus menacé d’être renié et de disparaître. Sa transmission aux générations futures paraît, pour ce qui est d’un usage quotidien ou vernaculaire, des plus problématiques. Et c’est pourtant dans ce dialecte bigarré qu’a mûri et que s’est constituée en deux siècles la littérature – dialectale, régionale – la plus riche, je crois, la plus forte, la plus féconde, dans les deux veines, lyrique et satirique. Vous ne trouverez rien d’équivalent, en durée et en variété, dans les cantons suisses où le dialecte reste puissant, où les gens (du peuple) le parlent à tous les niveaux, naturellement, comme le bec leur a poussé. À croire que la créativité littéraire d’un peuple n’est jamais aussi vivace que dans les situations de péril, dans le combat, quand il se refuse à mourir ?

Pas de littérature sans école

L’originalité, la force spirituelle, de la littérature alsacienne vient de ce qu’elle ne se limite pas à une production dialectale locale, mais du fait qu’elle se déploie également dans des œuvres en allemand et en français, qui ont une audience au-delà de la région. On en a composé des anthologies, des « manuels » (le Finck), on en a raconté la genèse et l’histoire. Comme telle, comme organisme vivant constitué, dans sa triphonie et son interculturalité, elle demande à être conservée et transmise, à persévérer ainsi et à se développer dans son être. Son existence nous oblige à la fidélité, à la transmission. Concrètement, et l’heure est venue, à la faire entrer dans « nos » écoles, du primaire à l’université, et à nous donner les moyens et les pouvoirs de l’enseigner, à arracher ces pouvoirs et ces moyens à l’Éducation nationale centrale !

Avec quelle timidité et quel courage Martin Allheilig, président de l’association J.-B. Weckerlin, dont il était un fondateur, avec d’autres comme Jean-Paul Gunsett, et qui comptait alors 600 amis, avait-il lancé la Petite anthologie de la poésie alsacienne. En ces années 1960 il lui fallut justifier une telle entreprise, car « d’aucuns pourraient douter de son intérêt ». « Qui de nos jours prête encore une oreille attentive au chant des muses régionales ? Nous rêvons tous d’horizons élargis. Nos aspirations sont à l’échelle planétaire. Est-il alors raisonnable de se soucier d’un langage prisonnier à l’intérieur de deux, trois départements ? ». Soixante ans plus tard, nous n’avons plus à nous justifier, la cause est entendue, mais à réaliser les promesses, à faire fructifier l’héritage.

Etre Alsacien aujourd’hui ?

lusL’association Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle et le Club Perspectives Alsaciennes ont collaboré pour sortir un numéro de la revue « Land un Sproch » consacrée au thème : être alsacien aujourd’hui. Durant l’été, nous publierons les contributions des membres du CPA, qui reflètent différentes manières de s’affirmer alsacien aujourd’hui. Comprendre ce que signifie être alsacien, c’est se donner la possibilité d’imaginer ce que nous souhaitons pour l’avenir de l’Alsace. Nous commençons cette série par l’éditorial de Jean-Marie Woerhling, suivi d’une contribution de Jean Faivre.

Editorial de Jean-Marie Woerhling

lus2

La suppression de la Région Alsace a été ressentie comme une perte par beaucoup d’Alsaciens. Mais une perte de quoi ? Que signifie pour eux l’Alsace ? Pourquoi faudrait-il éviter que celle-ci disparaisse ? Quel contenu donner de culture et d’identité régionale ? Quels éléments une Institution Alsace devrait-elle promouvoir ? Qu’est ce que cela signifie aujourd’hui être Alsacien ? Quel sens donner à l’engagement pour l’Alsace ?

Chacun de nous a des éléments de réponse à ces questions mais perçoit aussi la nécessité d’approfondir la réflexion à ce sujet et de trouver les informations nécessaires. Il s’agit aussi de faire un travail de prospective tenant compte de l’évolution de l’Europe et du monde dans lequel l’Alsace est intégrée.

Le dossier de notre revue donne la parole à un certain nombre de personnes qui ont bien voulu apporter des éléments de réponse à cette question.

Celle-ci pouvait bien sur se comprendre de différentes façons : Qu’est ce que l’Alsace, qu’en reste-il et quelle avenir peut-elle avoir ?

Pour notre association, l’Alsace se caractérise comme lieu de rencontre de la culture française et de la culture germanique ; son identité se construit à partir de la combinaison de ces deux éléments compris comme une voie d’accès à l’esprit européen. L’alsaciannité de l’esprit réside dans un esprit de dépassement des monolithismes de tous ordres. Au contraire de l’évolution actuelle, qui tend à la « normalisation nationale » et ne laisse plus à la spécificité alsacienne qu’une dimension touristiquo-folklorique.

Sans cadre institutionnel donnant aux habitants de l’Alsace les pouvoirs de développer cette dimension particulière, celle-ci continuera à s’étioler. Une institution Alsace devrait favoriser la double culture dans tous les domaines, mais une telle orientation ne rencontre guère de soutien. Cependant, a plupart des Alsaciens se sont satisfont de quelques faux-semblants. L’Alsace est en voie de disparition, mais finalement elle n’a que quelques longueurs d’avance sur l’Europe dans son ensemble.

Face à l’étiolement de la personnalité collective de l’Alsace dans un cadre institutionnel qui la nie, il reste à chacun d’entre nous, individuellement et avec d’autres, de trouver les pratiques culturelles et les engagements qui lui permettent de sauvegarder son intégrité.


 Jean Faivre : « L’Alsacien doit redevenir un homme de frontières, inséré à une géographie particulière, se jouant d’elles, puisant dans plusieurs cultures pour construire l’Europe. »

photo Jean faivre

Jean Faivre, étudiant en droit, militant associatif engagé dans la cause régionaliste.

Être Alsacien , c’était avant tout être Elsasser. Avec la chute inexorable de la pratique du dialecte parmi les jeunes générations, l’identité alsacienne devra s’appuyer sur d’autres ressorts et s’exprimer en dehors de la langue. Pour cela, il faudra renouer avec la connaissance de ce qui fait la spécificité de l’Alsacien , c’est-à-dire un homme de frontières, inséré dans une géographie particulière aux allures de carrefour, dépositaire d’une histoire où deux nations s’entrechoquent et fécondent une culture spécifique et irréductible à aucune autre.

J’aimerais tout d’abord dissiper un malentendu : la lutte pour la survie de l’elsasserditsch est indispensable et doit être continuée et amplifiée, mais l’objet de mon propos est d’analyser l’identité alsacienne sous d’autres aspects, pour corroborer l’idée selon laquelle l’Alsace ne possède pas qu’une langue en propre et que l’identité peut se vivre en dehors de la seule langue, fût-elle éminemment importante.

L’Alsacien étant de moins en moins Elsasser, se normalisant et devenant un Français comme les autres sur le plan linguistique, il faudra qu’il s’affirme principalement sur deux plans : historique et géographique.

Sur le plan historique , il devra se réapproprier une Histoire qui lui a été longtemps cachée pour mieux servir les intérêts du pouvoir en place et étouffer les prises de conscience et autres tentatives de révolte. On a interdit de mémoire des alsaciens fidèles à leur patrie et porté au pinacle des hommes ayant creusé sa tombe. Il faudra que l’alsacien plonge des les livres d’histoire écrits du point de vue alsacien et pas édulcorée ou falsifiée par une historiographie soumise au pouvoir dominant.

Du point de vue de la géographie, l’Alsacien doit redevenir un homme de frontières, se jouant d’elles, picorant des idées au-delà de celles-ci, se situant au-dessus des nationalismes étriqués. En cela, il doit se sentir européen mais pas de manière désincarnée, éthérée, mais avec des enracinements concrets qui peuvent être multiples.

C’est à l’Alsacien, demain, de construire l’Europe en la renforçant par le sentiment inculqué par l’Histoire que des frontières barricadées ne peuvent naître que des affrontements mortifères.

Dans cette optique, notre combat ne doit pas être celui de l’ethnicisme. A contrario, il ne s’agit pas non plus de jeter le discrédit sur des mouvements qui visaient avant tout à préserver l’âme alsacienne face aux assauts toujours plus vifs de l’assimilation.

Néanmoins, de nos jours, il s’agit de concilier accueil de l’autre dans la tradition de l’humanisme rhénan en l’intégrant au creuset fécond qu’est l’Alsace avec la préservation de notre alsacianité, Elsassertum.

C’est pour cela qu’Abd Al Malik, enfant du Neuhof, célèbre slameur, portant haut la langue française, défendant des valeurs universalistes, et clamant au su du monde sa qualité d’Alsacien, l’est autant que moi, fils d’une alsacienne du Kochersberg, ayant été conçu et ayant fait mes armes sur notre terre.

 

Offensives laïcistes contre l’enseignement religieux en Alsace et Moselle

Par Ernest Winstein, chroniqueur et théologien, 24 avril 2016.

winsteinA peine l’ubuesque nouvelle région vient-elle, dans la douleur, de se donner un nom, que les laïcistes (la représentante de la Ligue des Droits de l’Homme en est) sont repartis à la charge pour demander l’abolition du statut de l‘enseignement religieux en Alsace et en Moselle. Ce positionnement qui prend l’allure d’une idéologie quasi religieuse n’est pas nouveau. Déjà en 2014 , et sans attendre que tombe le vote final décrétant la dilution de l’Alsace dans un grand ensemble dit régional, les laïcs radicaux étaient montés au créneau.

Retour à l’année 1924 ?

On se croit revenu en 1924 lorsque Edouard Herriot, devenu président du Conseil, dans son premier discours à l’Assemblée, promettait que le gouvernement « interprétera fidèlement le vœu des chères populations enfin rendues à la France en hâtant la venue du jour où seront effacées les dernières différences de la législation entre les départements recouvrés et l’ensemble du territoire de la République ». Il était en réalité très loin de ce que souhaitaient ces chères populations : peu de temps après, 50 000 personnes manifestaient à Strasbourg pour la conservation de la législation en vigueur.

Le temps est-il venu de mettre un trait sur ce particularisme auquel la grande majorité des Alsaciens (et Mosellans) sont attachés ? Oui, dans l’esprit d’un positionnement républicain qui exigerait le nivellement de tous les citoyens. Non ! Au nom d’une République qui respecte les régions, leur histoire, leur culture, tout ce qui en fait un tissu vivant.

D’ailleurs, au nom de quoi les laïcistes s’autorisent-ils à intervenir sur le statut scolaire ? Au nom de l’esprit démocratique et des Droits de l’Homme souvent mis en avant, c’est à la population de la région qu’il appartient de décider – de cette région que l’on s’est empressé de faire disparaître.

Décidément, le temps est loin où le professeur Etienne Trocmé, alors promoteur d’un socialisme d’esprit humaniste, proposait la création d’une Faculté d’Etat pour l’étude de la religion musulmane, à côté des facultés catholique et protestante…

Le statut scolaire actuel permet de tenir un enseignement religieux mis en œuvre par des enseignants dont la formation est assurée de manière rigoureuse et professionnelle et qui n’a rien d’un endoctrinement religieux. Les élèves inscrits sont tenus d’y assister. Mais l’enseignement religieux, contrairement à ce que prétendent les laïcistes, n’a rien d’obligatoire, puisqu’en début de scolarité les parents sont libres d’y inscrire ou non leurs enfants. Les statistiques invoquées par les opposants ne disent pas grand-chose de la situation réelle. La fréquentation des cours de religion dans les écoles a toujours été fluctuante et dépend souvent de l’organigramme des enseignements dispensés dans l’établissement : les nombreuses options souvent proposées peuvent être un handicap pour le cours de religion. On a pu relever un vrai renouveau quant à la participation des élèves dans les années 2000 lorsque la formation des intervenants en cours de religion a été organisée de manière plus systématique. Notons encore qu’on connaît des situations où les intervenants de l’une ou l’autre confession assurent l’enseignement aux élèves d’une même classe, inscrits et appartenant aux deux confessions chrétiennes.

Le régime de la laïcité hors Alsace-Moselle

Hors de l’Alsace et de la Moselle, la séparation Eglises – Etat selon la loi de 1905 – a engendré des résultats surprenants. Pour ne citer que la situation en Bretagne, l’on a vu des cités entières se diviser entre tenants de l’école laïque et tenants de l’école privée. Je nommerai au besoin ce grand village où les enfants d’âge scolaire se séparent en proportion égale entre l’école privée catholique (où l’on retrouve les enfants des familles plutôt aisées) et l’école laïque. Il tiendrait de la pure logique que des regroupements d’élèves se fassent pour une plus grande efficacité de l’enseignement et une gestion saine des frais incombant à la municipalité –  pour la paix de la cité, celle-ci se voit obligée de partager ses subventions entre les deux écoles.

Notre système alsacien-mosellan est de loin plus performant – étant entendu que le culte musulman devrait y trouver sa place – puisque rares sont les écoles strictement privées.

Quant au statut des cultes, mis en place par le Concordat et des « Articles Organiques », et conservé en Alsace et en Moselle, on peut arguer qu’il serait logique que les départements d’Alsace-Moselle soient les contributeurs financiers. Mais tout changement en profondeur suppose que la population régionale concernée soit consultée et que l’on s’autorise un vrai débat. La région, si elle était dotée d’un système de gestion autonome des charges, pourrait, le cas échéant, se voir confié le prélèvement des impôts destinés à financer les cultes. Le système socialiste actuel n’a cependant rien résolu en profondeur quant aux compétences des régions. Et la fusion ne fait qu’ajouter à la confusion.

En conclusion

Nous ne remettons pas en cause le principe même de la laïcité instaurée par la législation française. Notre statut scolaire est un aménagement régional concédé aux trois départements d’Alsace-Moselle. Il ne met pas en cause la législation. Les institutions religieuses n’interviennent pas dans le fonctionnement de l’Etat. Que les détracteurs de la réglementation scolaire soient rassurés… et qu’ils s’autorisent une réflexion digne d’un véritable jeu démocratique !

Le mirage du Grand

Par Jean-Paul Sorg, Philosophe. Tribune publiée par l’Ami Hebdo le 10 avril 2016.jpsorg

C’était à prévoir, qu’en définitive le lapin qui sortira des urnes aura pour nom « Grand Est ». Je l’aurais parié ! Pourquoi ? Parce que conforme à l’idéologie du président et à sa volonté profonde.

Ce tour de prestidigitation démocratique ne s’est pas déroulé sans accrocs. Nous, spectateurs, n’avons pas pu ne pas voir que les artistes ont un peu bidouillé. Le comité de soixante experts et citoyens n’avait pas retenu dans le trio de tête le nom qu’il fallait. Stupéfait, le président avait jugé que ce n’était « juste pas possible » et se fondant sur son autorité il le fit repêcher in extremis.

Il avait bien laissé entrevoir une préférence esthétique pour « Rhin-Champagne », mais n’était-ce pas une ruse ? Rhin-Champagne ! Une trouvaille poétique, géopoétique, capable d’enchanter ce vaste espace, faisant souffler un doux vent d’est à ouest. Il y avait un mouvement, une dynamique. Et des résonances. Ça sonnait bien. Mais les Lorrains, on le comprend, se sentaient évincés. Ils furent poussés à faire barrage en votant « Grand Est ». Les réseaux, les partis ont dû exhorter leurs troupes au bon choix. Comme toujours dans ce genre de consultation « populaire », la participation n’est rien d’autre qu’une forme de propagande, une technique de communication, et le résultat ne reflète nullement l’état spontané du sentiment public. L’esprit citoyen se trouve abusé une fois de plus et la démocratie non pas rafraîchie, mais compromise.

Tiens, si j’avais daigné participer à l’opération, j’aurais, sur le modèle « Rhin-Champagne », géographiquement correct, voté « Rhin-Vosges » !

Combien de participants, joueurs et militants, ont eu la naïveté de croire que leur bulletin comptera et qu’ils remplissaient un devoir de citoyen ? Un signe que Grand Est était attendu, les jeux déjà faits et les dés pipés : bien avant la fin de l’opération, au soir du 1er avril (clin d’œil du calendrier), on pouvait trouver dans les maisons de presse un magazine intitulé fièrement Grand Est magazine, n° 2, janvier, février, mars, 84 pages, papier glacé, 4€ 50. Beaucoup plus d’images et de pub que de textes d’information. Bien sûr, pas une seule voix discordante. Tout le monde s’y montre beau et gentil et enthousiaste. Les grands médias savent anticiper.

Une erreur de géographie

En toute rigueur, l’appellation « Grand-Est » n’est même pas soutenable par la géographie. Si déjà on se situe d’un point de vue purement français et qu’on regarde les choses à partir de Paris, le Grand Est irait de Nice à Strasbourg. Car il existe bien pour les Français un Sud-Est et logiquement il faut un espace pour un Centre-Est, vers la Suisse. Alors, « Grand Est » pour ce qui ne constitue que le Nord-Est, notion familière en météo, est une tromperie ! Mais dans ce monde où domine le langage publicitaire, qui pénètre le langage politique, personne ne s’offusque des incohérences, on se complaît dans les approximations.

Dans l’espace européen, cet Est, nord-est, se situe plutôt au sud-ouest ! Comme quoi toutes les directions sont relatives et réversibles. Et quoi qu’il en soit, nos dirigeants républicains ou socialistes et nos stratèges nationaux ne s’orientent pas selon l’Europe. Quand la réforme territoriale a été lancée, certains acteurs politiques, du centre-droit, avaient cherché à la justifier en montrant dans ce qui est maintenant le Grand Est « la première EuroRégion française ». Encore un coup de rhétorique dans le vide. La politique en cours pense France, ne pense pas Europe.

Le nom sera légalement arrêté par le Conseil d’État, avant le 1er octobre prochain. La collectivité territoriale ne jouit même pas de l’autonomie de déterminer son nom, elle n’a que le pouvoir de proposer, mais c’est l’État central, pas fédéral, qui dispose. Nous restons bien en France, dans une république pyramidale.

Les voisins allemands traduisent : Große Ost-Region. Mais pour eux nous sommes à l’ouest ! (Nos ancêtres, je le rappelle, écoutaient Südwestfunk.) Leur Grand Est à eux est et a toujours été la Russie et l’Ukraine. Résonance sinistre dans les mémoires alsaciennes. Les 130 000 incorporés de force, dont 30 000 Lorrains, qui ont souffert et péri auf der Ost Front. Envoyés d’un Est à un autre Est, d’un Est à un Ost. Toujours terre de malheur, l’Est, dans notre histoire. Vous n’avez pas eu une pensée pour eux, n’est-ce pas, pas un scrupule, vous les nouveaux table raseurs et constructeurs inconsidérés ? Vous n’avez rien perçu des ondes négatives que produit le nom dont vous avez guidé le choix.

Vous n’avez vu que « Grand » dans le nom, vous avez cru voir grand… Et là est en fait votre erreur la plus lourde.

Une erreur de taille

Grand, plus grand, est naturellement désiré et vous stimule, vous attire. Il y a là quelque chose de primitif, de l’ordre du phallique. Les dirigeants, les présidents, les chefs quelconques sont tous, presque tous, tentés d’augmenter leur importance en augmentant la taille de leur royaume, ne serait-ce, modestement, que les dimensions de leur bureau et le nombre du personnel qu’ils commandent. Quel homme bien trempé, conscient de ses ressources, résisterait à la chance qui s’offre à lui – ou, mieux, qu’il lui a fallu arracher – de gagner en puissance et en efficience ? Président d’une Grande et nouvelle Région, d’un Grand Est, ça ne doit pas faire peur, c’est plus difficile, certes, mais tellement plus gratifiant que d’être à la tête d’une petite région seulement. Et quand il faut la construire, quasiment la créer, quand tout est à inventer, quel exaltant défi ! Quelle importance je prends ! Moi président, je…

On ne va pas s’arrêter, cependant, à ce niveau psychologique. Les ambitions politiques, qui ne sont pas blâmables en soi, ne peuvent s’épanouir que sur un fond de tendances ou de potentialités collectives. Ce qui a tout de suite étonné les citoyens, dans cette histoire, c’est la facilité avec laquelle la classe politique et économique dominante, tous partis confondus, avait accepté et avalisé la réforme. Le légalisme républicain, régulièrement invoqué, ne suffit pas à l’expliquer. Ni la faiblesse de la conscience identitaire, encore chargée, cinquante ans, cent ans et plus après les traumatismes, d’un complexe de culpabilité ou d’illégitimité. Le complexe de l’enfant adoptif, comme l’analysait Hoffet, qui se sent toujours en défaut, suspecté de ne pas être entièrement ce qu’il devrait être, et qui en rajoute en déclarations de fidélité.

Ces complexes et le malaise qu’ils génèrent ne sont plus tellement vivaces pour les jeunes générations qui sont aux commandes, supposons-le. Mais plus profonde, plus déterminante, imprimée dans toutes les têtes, il y a l’idée simple, à la fois arithmétique et morale, non réfléchie, que grand est mieux que petit, que plus grand marque un progrès, signifie un bénéfice, va dans le sens de l’histoire. Valeureux donc ceux qui sont… En Marche ! Ringards, sentant la poubelle, ceux qui s’attachent au passé et veulent demeurer dans les anciennes limites.

Notre mentalité est ainsi façonnée que la partie s’annonce toujours idéologiquement inégale entre le camp des progressistes, vent en poupe, et le camp de leurs opposants, disqualifiés d’avance comme rétrogrades. Nous, qui voulons que l’Alsace soit respectée dans ses dimensions historiques, nous voilà placés sur la défensive, dans une position vulnérable de repli.

Deux visions de l’histoire

Passons à l’offensive. Le problème, en profondeur, est philosophique. Mettons en question cette idée, qui paraît si naturelle, d’une supériorité du « grand », et que le vent de l’histoire pousse l’humanité vers la constitution d’entités politiques et sociales de plus en plus grandes et complexes. Jusqu’où ? On nous serine qu’il n’y aurait pas d’autre avenir possible. La mondialisation, qu’on invoque, qui n’est que celle des échanges, et non des États, pourrait, au contraire, susciter le besoin de multiplier et préserver de petites unités politiques dans lesquelles seules peut s’organiser une vraie vie démocratique, participative et délibérative, où les représentants élus sont contrôlables, leur responsabilité clairement engagée et visible.

Dans les années 1970, un économiste britannique, Schumacher, s’éleva contre les tendances au gigantisme et la valorisation idéologique du more et du big. Il rendit populaire le slogan Small is beautiful, ce n’est qu’un slogan, mais il appela à expérimenter une société et une économie « à la mesure de l’homme » (as if people mattered). « Quand une société dépasse sa taille optimale, les problèmes qu’elle rencontre croissent beaucoup plus vite que les moyens humains pour les traiter. »

De nos jours un jeune philosophe français, Olivier Rey, reprend ces analyses et ces avertissements. Il exagère lui-même sûrement quand il affirme que les crises inhérentes à la modernité ont pour unique cause la taille excessive (bigness) des sociétés et des usines de production industrielle et agricole. Unique ? Non. Mais on vérifie que « partout où une chose ne va pas, cette chose est trop grande. »

Ne haussons pas les épaules. Réfléchissons. Ce qui ne va pas avec les socialistes jacobins qui nous gouvernent, c’est qu’ils ne conçoivent même pas et ne veulent pas que les régions soient des sociétés, vivantes , vivant leur vie ; pour eux, les régions ne doivent être rien d’autre que – ah ! ce langage technocratique – des territoires administratifs de la République.

« Il n’y a pas de peuple alsacien, il n’y a qu’un seul peuple français », avons-nous dû entendre. En termes plus incisifs : Il n’y a pas de société régionale, il n’y a qu’une seule société française. C’est juste terrible !

Jean-Paul Sorg

Note bibliographique

Lire E. F. Schumacher, Small is beautiful, 1973, éd. française Le Seuil, 1978. Olivier Rey, Une question de taille, éditions Stock, 2014.

 

En quel sens les Alsaciens forment un peuple…

Par Jean-Paul Sorg, Philosophe. Texte basé sur une tribune publiée par l’Ami Hebdo du 21 février 2016.

« L’Alsace n’est pas ceci, et elle n’est pas cela. Elle est ceci et cela à la fois et, en plus, quelque chose qui n’est ni ceci, ni cela. »

Frédéric Hoffet, Psychanalyse de l’Alsace

jpsorg

La gifle. « Il n’y a pas de peuple alsacien. Il n’y a qu’un seul peuple français. » La réplique du Premier ministre au député du Bas-Rhin, Patrick Hetzel, le 14 octobre 2014 à l’Assemblée nationale. On s’en souvient. Moment historique pour l’Alsace. De là, de cette négation brutale et satisfaite, qui ne faisait d’ailleurs que confirmer la position éternelle de la France, est sortie et s’est élevée une prise de conscience que si… quand même… nous sommes un peuple. Et nous allons vous le montrer et le dire. La conscience s’est amplifiée de manifestation en manifestation et à pétition. Défi à un déni qui a été immédiatement ressenti comme un affront. La joue nous brûle encore.

Vexations

Mais la première réaction, devant la violence du choc, a été plutôt du type Duck di, Baisse-toi ! (Duch Dich, au 11 rue Thomann à Strasbourg, était le nom d’une Winstub que fréquentait à la fin de sa vie, pour s’y noyer, le peintre Léo Schnug.) Le député alsacien s’est rétracté en partie. « Je n’ai jamais parlé de peuple alsacien, mais de peuple d’Alsace. » Une vidéo de la séance confirme ce propos. Subtile différence ! Tabou l’adjectif « alsacien », malsonnant aux oreilles jacobines. L’attribut qualifierait une substance ou un sujet qui n’existe pas. On prend les devants. On ne le dira plus. On intériorise ainsi par le langage l’interdiction d’exister. Rien d’alsacien en nous, que du français. Pas de cuisine alsacienne, par exemple, qu’une cuisine d’Alsace ! Pas de littérature alsacienne, juste une littérature d’Alsace. Pas d’histoire alsacienne. Qu’une histoire de France. Pas d’identité alsacienne. Qu’une identité nationale française.

Sur les bancs du gouvernement, une photo a paru dans la presse, on voit au moment de l’altercation deux ministres importants qui sourient, amusés : Quoi, ces petits Alsaciens se rebiffent ? Heureusement que Manuel a su tout de suite les remettre à leur place ! Au micro le député… alsacien (pardon, bas-rhinois) se défend bravement, mais le visage rouge d’émotion, comme celui d’un enfant qui vient d’être grondé, qui se sait à la fois innocent, dans son droit, et condamné, impuissant à convaincre.

Il a donc suffi de cet incident… parlementaire, de cette parole blessante, sur fond du projet obstiné de liquidation du corps politique de l’Alsace, pour que naisse et s’exprime un « nouveau malaise » et plus, plus lourdement, une rancœur. Pour surmonter des sentiments aussi négatifs, qui infectent l’âme, pour ne pas céder au découragement, pire, au nihilisme, et sombrer dans la honte, il n’y a pas d’autre remède que le mouvement, l’action et la clarification. La clarté du concept. Comprendre ce que la notion de peuple veut dire quand on l’applique au cas alsacien…

Définitions

Remontons à une des sources de la pensée nationaliste en Europe, à la querelle entre le français Ernest Renan (1823 – 1892) et l’allemand David Friedrich Strauss (1808 – 1874) à propos de l’Alsace justement, qui avec le département de la Moselle devait être annexée à l’empire allemand comme butin de sa victoire en 1870. Dans l’esprit de Bismarck et des généraux, ce n’était politiquement rien d’autre qu’un classique acte guerrier de conquête, légitimé par le droit naturel du plus fort. Sur le plan idéologique, les historiens Strauss et Mommsen, face respectivement à Renan et à Fustel de Coulanges, justifiaient l’incorporation de l’Alsace et de la partie thioise de la Lorraine au Reich en invoquant « une communauté de race et de langue avec l’Allemagne ».

Cette conception « ethnique » (en un mot) de la nation n’est pas soutenable, elle se trouve démentie par les faits historiques et ouvrirait la porte à des revendications passionnelles sans fin. Nous la récusons aujourd’hui comme Renan la récusait en 1871, quand il élabora de la nation une conception élective, démocratique et libérale. Soulignons-le : ce n’est pas sur la mauvaise définition straussienne, allemande, de la nation que nous nous appuyons pour montrer que les Alsaciens en particulier ont des raisons de se comprendre comme un peuple, mais sur la bonne définition française, laïque et républicaine, donnée par Renan.

Nous remarquons non sans malice que les critères que celui-ci retient pour définir une nation valent pour définir un peuple comme le peuple alsacien. Alors, non seulement les Alsaciens formeraient un peuple, mais pourraient former une nation ? Non, non, pas d’affolement. Nous distinguerons soigneusement à la fin entre peuple et nation et dirons que mon Dieu tout peuple n’a pas vocation pour jouir de sa nature de constituer une nation, au sens politique, un État-nation.

Un peuple donc est selon Renan « une grande solidarité », fondée sur le sentiment d’un passé commun, d’une histoire partagée, et, corrélativement, sur la vision commune d’un avenir désirable, un projet commun de prospérité, de liberté, de vie démocratique propre, de dépassement d’une crise ou de guérison d’un malaise, si conscience d’une situation de crise et de malaise il y a. Il s’agit toujours au fond, pour une société, un peuple, comme pour un individu, de pouvoir devenir ce qu’on est et d’être ainsi le plus heureux possible.

Le passé propre, singulier, que les Alsaciens ont en partage et qui marque leur être ne se confond pas avec le passé national de la France ni avec celui de l’Allemagne. Comme il est banal de le dire, leur histoire est justement d’exister entre ces deux grandes puissances et d’avoir été tour à tour possédés par l’une et l’autre, attachés à l’une, intégrés dans son empire, puis arrachés, assimilés par l’autre, royaume, ensuite république, de nouveau arrachés, reconquis, malgré les protestations, encore coupés, réintégrés, et vingt ans après rebelote, en plus féroce. Expérience commune de l’histoire comme enchaînements de violence, logique de revanche. Jusqu’à la construction pacifique de l’Union européenne, grande espérance de solution, de dépassement des nationalismes, mais comme c’est difficile, comme c’est pénible, comme la construction présente est loin de ce qu’on imaginait !

Le potentiel du négatif

Les esprits forts s’agacent de ce que les Alsaciens se présentent toujours en victimes, et toujours placés à la fin du côté du vainqueur et pleurnichant quand même sur leur sort. Mais c’est vrai, c’est la réalité, que les Alsaciens n’ont jamais pu agir comme des sujets, comme des citoyens adultes, autonomes, décidant eux-mêmes de leur appartenance, de leur culture, de leur éducation et de la gestion de leurs affaires internes. C’est donc précisément cet état de fait, ces manques, ce souvenir des vexations endurées, cette impossibilité pratique, par l’histoire et les pressions mentales, d’être soi-même, c’est ce négatif qui définit jusqu’à nos jours le peuple alsacien.

Et depuis bientôt un demi-siècle, ce n’est plus la jouissance d’une langue propre, ce dialecte alémanique parlé dans la plaine rhénane supérieure (Oberrhein), qui lui donne un fond d’identité et une aise linguistique, condition d’une assurance psychologique, d’une confiance en soi. Heureux les peuples qui ont conservé leur langue ! Heureux les quatre peuples suisses qui forment la Confédération ! Heureux le peuple d’Île de France et des autres provinces ! Mais quant aux Alsaciens, ce qui les caractérise entre de nombreux peuples, c’est d’avoir aliéné leur langue originale, d’avoir laissé faire et permis que les jeunes générations la renient, la perdent et avec elle la transition naturelle vers la langue allemande générale en usage chez les voisins. Parlant français, ils ont eu trop honte de leur accent, de leur manière. Au lieu de faire respecter et même aimer, comme les Belges ou les Suisses, une musicalité qui les distingue.

Voici qu’ils mesurent maintenant, un peu tard, leur pauvreté de monolingues et qu’ils commencent à regretter leur reniement ou leur négligence. Les acteurs politiques eux-mêmes, qui n’ont pas agi et réagi comme ils auraient pu, se rendent compte du gâchis culturel et déplorent ses effets sur la marche de l’économie.

Voici que ce passé même qui pèse, fait d’erreurs et de lâchetés, que les Alsaciens ont en partage et qu’il leur faut regarder en face, apprendre, enseigner, pourrait les rassembler dans le présent et inspirer un large projet politique de réparation, de rattrapage, d’appropriation critique de leur histoire, de reconstruction de leur culture multilingue et de défense de leurs droits locaux, élargis et modernisés en un Droit régional.

Peuple et nation

Pour autant, loin d’eux l’idée de former une nation. Il serait insensé que tout peuple veuille s’élever au rang de nation. Les Alsaciens ne songent à rien d’autre qu’à être une région de France, mais une région effective jouissant des pouvoirs démocratiques nécessaires pour organiser et gérer elle-même un certain nombre de choses, en harmonie certes avec l’État central. Un peuple ne fait pas obligatoirement une nation politique. Non plus n’y a-t-il à poser l’équation : une nation = un peuple. Où est le problème si une grande nation en général, et tout spécialement la France, regroupe en son sein plusieurs peuples, l’État central (fédéral !) veillant à leur coexistence équilibrée et solidaire ? Plurielle, elle n’en est pas moins indivisible. Quelle unité n’est pas multiple ?

Manuel Valls, devant la timide fronde régionale des élus alsaciens à l’Assemblée nationale, tonna qu’il s’opposera « à tout projet qui vise à défaire la Nation ». A-t-il vraiment peur ou agite-t-il des peurs rien que pour serrer les rangs et renforcer le pouvoir établi ? Il se croit encore en 1792 ! Si la Ve République vacille, c’est pour d’autres raisons. Comment ouvrir et moderniser l’esprit de la France ? La réforme politique pour laquelle les Alsaciens, en particulier, auront à se battre devra être accompagnée d’une réforme intellectuelle qui pénètre et libère les consciences.

Nom de la nouvelle région : la farce de la consultation

par Pierre Kretz, avocat honoraire au barreau de Strasbourg et écrivain. Tribune publiée dans les DNA du 27 février 2016.

“Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.” Et quand les mots pour dire les choses, cher Boileau, n’arrivent pas aisément ? C’est donc que la “chose” en question ne se conçoit pas bien ! C’est en tout cas ce que pense la grande majorité – 85 % en Alsace et à peine moins dans les deux autres régions fusionnées – des habitants de la “grande région” à propos de ce découpage absurde. Quant aux élus alsaciens, oserais-je rappeler que pas un seul d’entre eux, gauche et droite confondus, n’était favorable à la disparition de la Région Alsace ?

Et aujourd’hui, “une consultation citoyenne” est organisée autour du choix du nom de cet ensemble sans queue ni tête. Il s’agit, tenez-vous bien, de “mettre en place une démocratie territoriale innovante” !

Une telle consultation est à la fois ridicule et indécente.

Ridicule, car elle revient à laisser à des époux mariés de force le choix des fleurs qui seront disposées sur la table du repas de noce.

Indécente, car on tente de faire passer cette “consultation” pour un exercice de démocratie ; le président de la grande région allant jusqu’à prétendre que celle-ci serait un véritable “laboratoire de démocratie participative”. Il est permis d’en sourire quand on se souvient de l’énergie déployée par ce même président pour pousser sous le tapis les 117 000 signatures d’Alsaciens opposés à la grande région. Ce chiffre est à comparer aux 190 000 voix obtenues en Alsace par la liste Richert au premier tour des régionales, voix obtenues grâce aux moyens de la puissante machine du parti LR ainsi qu’à une crainte, hélas justifiée, d’une victoire du FN. Alors que les 117 000 signatures, elles, émanaient de citoyens inorganisés et sans moyens, scandalisés par l’invraisemblable mépris de la démocratie, de l’histoire et de la géographie révélé par cette réforme.

Déni de démocratie

Ce déni de démocratie est encore plus éclatant depuis que le président de la République a annoncé que pour l’aéroport de ND des Landes et le barrage de Sivens, il y aurait des référendums… que personne n’avait demandés.

Cet épisode pitoyable de la dénomination de la grande région n’est qu’une illustration d’un mal profond qui ronge notre République : celui d’un fossé grandissant entre le ressenti d’une population et ce qui se décide dans les cabinets ministériels, entre les attentes des citoyens et une représentation politique qui a renoncé à la noblesse de sa mission.

Le nouveau régionalisme : un avenir pour l’Alsace

Le Club Perspectives Alsaciennes pose dans ce texte collectif les fondements de sa vision du régionalisme. Texte publié par l’Ami Hebdo le 7 novembre 2015.

Qu’est-ce que le «nouveau régionalisme» ?
E neji Politik fer ùnser Elsàss

Il ne s’agit pas, pour reprendre une formule biblique, de mettre du «vieux vin dans une outre neuve», mais de développer une notion politique qui réponde aux aspirations démocratiques des Alsaciens. Cette idée a pour ambition de moderniser et d’actualiser la notion «d’autonomie » telle qu’elle a existé par le passé pour répondre aux menaces pesant sur l’identité locale (en provenance de Paris comme de Berlin), en intégrant les principes de subsidiarité et de «selfgovernment » qui sont des valeurs de référence de la démocratie en Europe. Le régionalisme est d’abord une revendication politique, qui concerne la société comme les institutions, mais aussi le fonctionnement de l’économie et la promotion de la culture. Dans ce contexte, la proximité du niveau de décision avec le citoyen est un gage de transparence et d’efficacité ; elle se décline aussi pour le choix des modes de vie et de consommation, en accordant une large place à la sobriété énergétique et à la protection de l’environnement. Sur le fond, le régionalisme met l’homme (les femmes et les hommes) au cœur de l’organisation de la collectivité, celle-ci étant le fruit d’une histoire partagée, d’une géographie particulière et d’une volonté collective. En France (comme ailleurs), le régionalisme n’est pas incompatible avec l’idée de nation, dès lors que celle-ci respecte la diversité de ses composantes individuelles et «communautaires» (non communautaristes ») ; toutefois, le régionalisme récuse le terme «d’État-nation» qui nourrit une idéologie clivante, fermée au monde et qui est menacée par le nationalisme chauvin et la gangrène totalitaire.

Comment expliquer le «nouveau régionalisme» ?
Wie geht’s widersch ?

Le régionalisme refuse d’être considéré comme une idéologie, comme tant d’autres «ismes». En fait, c’est une «norme» de structuration sociale dans le cadre d’une région, c’est-à-dire d’un territoire reconnu, habité par une population qui affirme un attachement particulier à cet espace, à son passé comme à ses «pratiques» (langue, musique, cuisine, etc.). Ce qui est important, c’est de décider ensemble ce que nous voulons, et ce que nous refusons, dans le cadre d’une répartition claire des compétences entre les différents niveaux d’administration (de la commune à l’Europe). Au-delà de cet équilibre fonctionnel des pouvoirs, le régionalisme réclame aussi une séparation entre les organes délibératif et exécutif. Enfin, au sein de la région comme entre les régions, pour assurer la solidarité dans l’État et entre les membres de l’Union européenne, le fédéralisme paraît le meilleur système pour garantir la «péréquation» entre les intérêts de tous les partenaires. Ce qui est nouveau, c’est l’approche inclusive, et non plus exclusive, qui guide la réflexion, sachant que chacun a envers la région des droits et des devoirs qu’il doit respecter pour bénéficier des liens du «contrat civique» qui unit les habitants.

Comment construire un projet régionaliste pour l’Alsace de demain ?
E Fàchwarikhüs àls Vorbild 

Les Alsaciens veulent rester ce qu’ils sont, mais acceptent de devenir «davantage», en intégrant, comme ils l’ont toujours fait, de nouveaux éléments dans leur identité régionale. Ce projet est en fait une «procédure», un «chemin» toujours perfectible, qui exige un engagement permanent. Quelques grands axes peuvent être retenus :

❍ Sur le plan politique, il convient de définir une  «souveraineté régionale» qui doit notamment porter sur l’organisation des collectivités locales, en appliquant pleinement les règles de la démocratie et des libertés individuelles ; des institutions «parlementaires représentatives paraissent les plus appropriées pour un tel modèle de gouvernance.

❍ Sur le plan économique, l’économie sociale de marché, qui offre un haut niveau de protection sociale à tous, a prouvé ses qualités ; le mutualisme et la coopération sont, au même titre que les services publics municipaux, sont emblématiques de l’Alsace et méritent un statut particulier pour encourager leur compétitivité.

❍ Sur le plan de la culture, l’utilisation et la transmission de la langue régionale (sous ses formes dialectales comme littéraire, c’est-à-dire l’allemand pour la plus grande partie du territoire alsacien) est au cœur du message régionaliste ; l’enseignement primaire et secondaire, de même que la formation professionnelle, doit être l’une des compétences de la région, tant pour les programmes que pour le recrutement et la gestion des personnels ; la région doit aussi avoir la maîtrise de l’audio-visuel public «de proximité» ; la Charte des langues régionales doit être mise en œuvre sans attendre.

❍ Sur le plan sociétal, le régionalisme prône l’ouverture et la tolérance, chacun devant respecter l’autre, mais aussi s’adapter aux exigences de la cohésion «citoyenne» entre toutes les générations et les catégories sociales.

Comment agir pour l’Alsace dans une ACAL dont elle sera «prisonnière» jusqu’en 2017 ?
Freiheit ùn Respakt fer’s Elsàss

L’ACAL est une «maison» dont les néo-régionalistes contestent la légitimité. Pour «réformer la réforme» (en 2017) avec les autres forces régionalistes françaises, il faut structurer l’ACAL selon une logique territoriale qui respecte les anciennes régions, afin que les politiques publiques puissent être «divisées» sans dommage et pour consolider le sentiment «régional» des citoyens ; l’ACAL doit être une «copropriété» avec le minimum de «parties communes». Pour cela, une organisation administrative en «Agences» permettrait de limiter les institutions «centrales» à une fonction de «holding» appartenant à ses «filiales», le Conseil régional approuvant les décisions élaborées dans des Commissions pour l’Alsace, la Lorraine et la Champagne. Ainsi, nous demandons la création d’Agences spécialisées dans les domaines suivants : économie / attractivité / industrie, enseignement / culture, formation / emploi, énergie / environnement / transports, coopération européenne (ces Agences pourront coopérer entre elles, pour des projets communs, comme le tourisme et l’environnement dans les Vosges). Pour assurer l’égalité entre l’Alsace et les autres composantes de l’ACAL, la clé de répartition des crédits devra être basée sur la population de chaque territoire. Dans cette optique, la fusion des départements du Rhin – une priorité ! – permettrait de conclure des accords de «délégation de compétences» entre l’ACAL et un département Alsace uni.

Aller de l’avant !
S’Elsàss weiss wàs es will

En se lançant dans l’aventure des élections régionales, «Unser Land» fait le pari d’une «elsacianité » qui trouverait son expression dans les urnes, seul vrai «baromètre» de la volonté du peuple. Notre région a été souvent conquise ; notre conviction est que la création de l’ACAL a été «l’annexion de trop» : nous avons une chance, et même le devoir, de prendre notre destin «en mains», en renouvelant une classe politique compromise et décrédibilisée, et en proposant un projet clair et cohérent pour notre avenir.