L’Alsace et la Moselle, lanterne rouge dans la mise à disposition d’outils numériques au service des associations

Aujourd’hui, si vous voulez créer une association, modifier les données juridiques relatives à votre association, connaître des informations légales concernant une association, dans la France « de l’intérieur », en Allemagne, au Luxembourg, en Autriche, un peu partout en Europe, c’est simple : vous allez sur internet. Vous déclarez en ligne votre association, vous modifiez en ligne les mentions relatives à votre association et vous pouvez accéder de façon numérique à un fichier national des associations avec toutes sortes d’informations utiles.

Partout, sauf en Alsace et Moselle ! Chez nous, quand vous voulez créer une association, vous devez vous déplacer au tribunal du siège de votre association. Même chose si vous voulez consulter le dossier d’une association. Quant à un fichier d’ensemble des associations d’Alsace et de Moselle, ca n’existe pas ! Il existe, certes, un fichier national des associations, le « Répertoire National des Associations », mais les associations d’Alsace et de Moselle n’en font pas partie. Il existe aussi sur « Service-Public.fr » une procédure simple et facile pour créer une association par internet, mais elle ne s’applique pas aux associations d’Alsace et de Moselle. Celles-ci sont peut-être les dernières en Europe à ne pas bénéficier de ces facilités numériques ! Il y a quelques mois, on a appris que des associations de droit local se voyaient refuser par facebook le droit de collecter des dons, car elles ne sont pas répertoriées au registre national des associations. Certaines associations envisagent face à de telles difficultés de déplacer leur siège social hors d’Alsace-Moselle.

Depuis plus de 20 ans, l’Institut du Droit Local signale ce problème et demande que soit créé un registre des associations d’Alsace-Moselle, informatisé, unifié et accessible par internet. En vain. De nombreux parlementaires sont intervenus au niveau ministériel pour demander que cette lacune soit comblée. En vain. En 2019, on a adopté une loi modifiant les missions de l’EPELFI (l’établissement publie pour l’informatisation du livre foncier, sous tutelle du ministère de la justice) pour les étendre à la modernisation, la numérisation et l’exploitation du registre unifié des associations de droit local. Mais alors que dans ce cadre les études ont été réalisées pour la conception d’un tel registre avec des services en ligne, la réalisation concrète parait en panne.

Lors du débat au Sénat (séance du 4 avril) sur le projet de loi confortant le respect des principes de la République, la représentante du Gouvernement, Madame Marlène Schiappa, prenant position sur un amendement visant à fournir, en tant que de besoin, les bases légales nécessaires, ainsi qu’à manifester l’urgence du règlement de cette question, a donné un avis défavorable, prétextant des études insuffisantes et de problèmes de protection de données personnelles, arguments absolument irrecevables, le sujet étant parfaitement connu et les difficultés aisées à résoudre. Lors de son audition par la commission des lois du Sénat, le ministre de la Justice, Monsieur Eric Dupond-Moretti, n’a pas apporté de réponse aux retards de l’informatisation.

Une telle carence, alors que les problèmes juridiques et techniques sont parfaitement maitrisés, tant pour les associations de la loi de 1901que pour les associations du code civil allemand (le droit local des associations réside dans le maintien en vigueur des dispositions du code civil allemand relatives aux associations dans sa version de 1918) est incompréhensible. Veut-on décourager les habitants d’Alsace et de Moselle, afin que, de guerre lasse, ils demandent d’eux même l’extension à leur territoire du système des associations de la loi de 1901, lesquelles bénéficient, elles, de services numériques performants? A une époque où l’on invoque à tout bout de champ le principe de non discrimination, voilà une discrimination qui ne semble pas déranger le Gouvernement. Celui-ci veut soumettre au Parlement un projet de loi « 4D » prenant en compte les spécificités locales. ce serait une excellente occasion de mettre en œuvre la différenciation territoriale et de donner enfin aux associations d’Alsace et de Moselle les mêmes outils numériques qu’ailleurs en France et en Europe.

Jean-Marie Woehrling

Président de l’Institut du Droit Local alsacien-mosellan