Nous avons invité Benjamin Morel, Maître de conférences à l’université Paris 2 Panthéon-Assas, à débattre avec Jean-Philippe Atzenhoffer le 28 juin à la librairie Kléber de Strasbourg. Outre les comptes-rendus publiés dans la presse, DNA et L’Alsace, Ami Hebdo, voici les trois points essentiels que nous en retenons :
- Sur la fusion des régions. Benjamin Morel qualifie la fusion des régions de « bêtise », et déclare soutenir le retour de la Région Alsace. Il est favorable à plus de décentralisation, dénonçant le caractère « féodal » des institutions en France. La décentralisation implique selon lui de laisser une liberté complète à l’échelle locale pour gérer les compétences en question, car sinon à quoi bon décentraliser si c’est pour conserver une tutelle qui vient d’en haut. Il est en parfait accord avec Jean-Philippe Atzenhoffer sur ces réflexions.
- Concernant le séparatisme. Les deux auteurs ont une vision différente des mouvements régionalistes en France. Benjamin Morel y voit une menace car ils ont tendance à inventer des récits régionaux qui entrent en contradiction avec le cadre national, prônant en cela une séparation avec la République Française (ce qui constitue la principale thèse de son livre). Pour Jean-Philippe Atzenhoffer, la revendication de séparatisme est très minoritaire – du moins en Alsace – et la principale menace vient plutôt de la création d’identités régionales artificielles, comme tente de l’imposer la Région Grand Est.
- Sur la différenciation des collectivité territoriales en France. Benjamin Morel y est opposé en raison du risque de surenchère entre collectivités pour obtenir toujours plus de compétences, entrainant un risque de dislocation du pays. S’il est favorable à la Région Alsace, il ne souhaite pas qu’elle ait un statut différent des autres régions. Dans l’idéal, il faudrait donc une réforme territoriale qui ne concerne pas que l’Alsace mais l’ensemble des régions de France. Pour Jean-Philippe Atzenhoffer, en l’absence de volonté politique de réformer en profondeur au niveau national, le statut particulier permettrait de réaliser une collectivité unique en Alsace, quitte à généraliser ce statut aux autres régions par la suite. Cela permettrait aussi d’avoir des compétences sur mesure dans l’optique des spécificité rhénanes de l’Alsace.
Au final, les points de vue de Benjamin Morel et Jean-Philippe Atzenhoffer ne sont pas aussi éloignés que nous le pensions. Leurs divergences portent surtout sur la méthode plus que sur le fond, car ils s’accordent sur la nécessité de revoir la décentralisation sur la base d’entité historiques et culturelles, dans laquelle l’Alsace tiendrait toute sa place.
Pour approfondir vos réflexions, les deux livres sont disponibles à la librairie Kléber :
- Le Grand Est, une aberration économique, Jean-Philippe Atzenhoffer, Le Verger Editeur 2021
- La France en miettes, Benjamin Morel, Le Cerf, 2023

Pour finir, nous remercions aussi Jacques Fortier d’avoir assuré l’animation du débat. Vous pouvez aussi retrouver son dernier roman à la librairie : Le Maître des horloges, Le Verger Editeur, 2023.
