Bilinguisme : vers un dépôt de bilan pédagogique et politique ?

Les Dernières nouvelles d’Alsace ont fait état sur le nombre insuffisant de professeurs d’allemand et des déperditions des élèves dans les cursus bilingues. Ces nouvelles données sur l’état du soi-disant « bilinguisme français/allemand » en Alsace – sans même parler de la Moselle ex-germanophone – ne sont pas très réjouissantes.

Depuis plusieurs décennies, les discours (toujours en français) annoncent la volonté « déterminée » d’oeuvrer en faveur de la langue régionale (l’allemand) et du dialecte (l’alsacien, avec ses variantes locales). Le seul résultat a été la suppression de la Région Alsace et de l’Académie de Strasbourg, rattachée à Nancy…

Une langue dont on ne se sert pas meurt. C’est évidemment le cas entre Vosges et Rhin, où les mesures d’éradication linguistique menées après 1945 portent maintenant leurs fruits (amers). Faute de transmission familiale et scolaire, cette identité culturelle est moribonde, sauf pour le folklore des Mannele et Bredele. L’effondrement des compétences en alsacien et en allemand dans la jeunesse se reflète aussi dans la baisse du nombre des travailleurs frontaliers et la montée du chômage, y compris en Alsace, car les entreprises -pas seulement dans le tourisme- ont besoin de germanistes pour produire et exporter vers l’Europe centrale.

De fait, on manque de professeurs, et le nombre d’élèves en classes bilingues fond au fur et à mesure que l’on s’approche du baccalauréat (Abibac). Ensuite, l’enseignement universitaire de l’allemand devient une « savane », pour ne pas dire un « désert » quantitatif (et tous les étudiants ne veulent pas devenir professeurs). Malgré une certaine demande sociale, les modestes objectifs proposés par Brigitte Klinkert ne pourront pas être atteints avec cette stratégie (qui n’en est pas une…). Il faut donc réhabiliter au plus haut niveau public l’alsacien et l’allemand pour rendre leur maîtrise à nouveau « désirables », car avec moins de 6% des lycéens en classes bilingues, l’effet de seuil « négatif » est peut-être déjà franchi.

Laisser à l’Education nationale le contrôle de l’enseignement primaire et secondaire en Alsace est suicidaire pour le maintien et la diffusion de la langue régionale (malgré les dénégations officielles et syndicales). Les connaissances sur l’Alsace (histoire, géographie, littérature, etc.) doivent donner un « soubassement pédagogique » à un projet politique global pour la future Collectivité européenne d’Alsace, dont le bilinguisme sera un pilier essentiel, afin de lui assurer sa place dans l’espace rhénan. Les dernières nouvelles quant à l’enseignement de l’allemand ne sont pas encourageantes, mais doivent stimuler les Alsaciens qui aiment leur Heimet pour défendre ses couleurs et sa langue.